‹ Le cléricalisme et l'école: la loi Falloux, mars, 1900Chapitre 35 sur 47 · AD MAJOREM DEI GLORIAM · texte numérisé non relu

AD MAJOREM DEI GLORIAM

Ce que ferait renseignement clérical le jour qu'il I aurait conquis, avec la liberté des examens, la I liberté de ses programmes, les écrivains cléricaux . ne nous l'ont pas dissimulé.

''^ Déjà, au seizième siècle, un jésuite, le Père Possevin, nous le laissait entrevoir : .

— pue pensez-vous donc, s'écriait-il, que soit la cause formidabJe qui précipite aujourd'hui les hommes dans le gouffre du sensualisme, de l'injustice, du blasphème, de Timpiélé, de l'athéisme? C'est, n'en doutez pas, que dès l'enfance on leur a enseigné toutes choses, excepté la religion; c'est que, dans les collèges, pépinières des Etats, on leur a fait lire et étudier tout, excepté les auteurs chrétiens. Si on y parle de religion, cet enseignement se

(mêle avec l'enseignement impur du paganisme, véritable perte de l'âme. A quoi peut servir, je vous le demande, de verser dans un vaste tonneau un verre de vin pur, délicieux, bien dépouillé, et d'y verser en même temps des torrents de vin gâté? En d'autres termes, que signifie un peu de

I catéchisme par semaine avec l'enseigriementi quotidiea

'des impiétés païennes? Voilà, pourtant ce que Ton fait dans notre siècle d'un bout de l'Europe à l'autre!

Voulez-vous sauver votre république? Portez sans délai la cognée à la racine du mal; bannissez de vos écoles les aulonr^ païens, qui, sous le vain prétexte d'enseigner à

I vos en a Us la belle langue latine, leur apprennent la langue de l'enter.

Expurger renseignement, ramener rinstruclion à îa pensée catholique, et, pour tout horizon, lui donjier rhorizon du bréviaire: voilà le but. A trois

'-^ LES DESSiàNS BE LÏ:GUSI3 201

'^Siècles de distance, la doctrine du Père Possevin, ' se retrouve formulée en termes plus précis dans ( liB livre de Mgr Gaume ; v^

^ — I/cHat actuel du moiuie, flisait Mf?r Gaurno, no pormot

; ni retard ni concession. I.a forïnation iai)i(ie do flciix: .grandes unités, runilé du bien et l'unité du mal, reines sans rivales de- l'avenir, n'est vUis un pro))lèuie j)t)ur ixmsonne. Elevé à sa dernière puissn:ice, le mal se loiinulo aujourd'hui par une né^jation absolue. Une né;:aii()u

■.absolue ne peut être combattue que par une aflinnalion

- légalement absolue. Le Catholieisme, le catholicisme dans toute son intégrité, le catho.iicjsme professé par des martyrs, peut seul lutter contre la société du mal. Mais mie seule chose peut ramener dans toule sa vigueur et dans

• toute sa pureté le catholicisme au sein de l'Europe : c est .

-une éducation fortement calholi(|ue Uno éducation seiïi- 1 (blable n'est possible «luavec des classiques chrétiens, lui; conséquence, nous supplions qu'on veuille bien repioudre pour évangile, en fait d'éducation, la conduite des siècles

' chrétiens. Cela posé, voici nos idées et notre plan :

Pour les peuples chrétiens, nous l'avons flit. lEvauf^ilo est tout. Tout doit en sortir, tout doit y ramener. AuhMir de ce divin pivot doit évidemment tourner tout le système de l'éducation.

L'Evangile est un centre placé au milieu du ni<mde, auquel aboutissent par deux courants op|)osés les siècles QUI le précèdent et les siècles qui le suivent Ouant à notre plan, le voici en peu de mois : r Tous les classiques, jusqu'à la quainème inclusive- ) ment, doivent être chrétiens ; :

2' A partir du la froisirnir jusoità In rhâlnrîQur. 1rs ; elnssiqnca pcuncnt rire chrrlivns ri pairns A ce moment, d'étude du paganisme offre moins i\c dan^icr. pui'^que,

• -suivant le mot de Terlulhen. l'esprit et le ro-ur des enfants " sont solidement trempés aux sources chrélii'tmes

Nous ajouterons, tant il nous paraît nécessaire aujourd'hui de christianiser Téducalion, qu'il faut enseii^ner ; chrétiennement même les auteurs païens Voici le moyiMi d'y réussir. Au lieu de les donner, comme on ne la fait que trop souvent, depuis la Fîenaissance, pour des

■ modèles accomplis de vertus réelles, il faut avoir soin de

■ faire remarquer l'imperfection de leur sagesse, de leur force, de leur prudence, de leur tempérance, de leurs inten-

-tlons et de leurs sentiments, en comparant toutes ces . choses aux enseignements de la foi

: Que dites-vous de Vépître?

- Jl ne faudrait pas croire que le système d'enseî-

292 LE CLÊRICALISMK ET t'ÊCOLB

gnement préconisé par Mgr Gamne est le fait d'une invention personnelle, la conQlusion d'une doctrine isolée. Cette doctrine est la doctrine de l'Eglise ; ce système est celui de tous les pédagogues catholiques.

Les évêques réunis au concile d'Amiens nous ont laissé le directoire de cette éducation :

— « Le principe fondamental qui doit présider au régime des écoles, c'est que l'éducation a pour but de former les jeunes gens à la vie chrétienne surtout, en même temps à la vie civile et aux sciences qui s'y rattachent. »

L'entraînement catholique d'abord ; les sciences par surcroît. Ce principe posé, Nosseigneurs exami-, nent point par point les règles de l'enseignement.

Etudes littéraires. — Nous avons recommandé de grandes précautions à l'égard des livres. On doit, assurément, continuer à se servir des ouvrages les plus célèbre» des auteurs païens ; la force de l'esprit humain qui brilla dans ces écrits est un véritable don de Dieu, et il est certain que ce genre d'étude a été fort utile aux plus grands écrivains chrétiens. Mais il ne faut admettre ces livres dans le» ] écoles qu'après qu'ils ont été expurgés de tout ce qui pou- ' vait offenser une âme chaste. De plus, en expliquant les monuments de la littérature profane, les professeurs devront saisir toutes les occasions de faire ressortir, par la comparaison, la supériorité des doctrines du christianisme...

» Nous sommes persuadés que cette manière d'enseigner peut être adoptée sans qu'on fasse injure par là aux usages catholiques. Les annales de l'Eglise nous font voir, en effet, que bien des choses, qui, à certaines époques, ne présagent rien de funeste, deviennent ensuite, quand les circonstances sont changées, dangereuses ou même nuisibles. Il y a bien des choses, non mauvaises par elles-mêmes, qu'il est bon de tolérer et même de régler de peur qu'elles ne viennent a être corrompues par les plus grands abus. Il y en a beaucoup qui, confirmées par l'usage, ne doivent pas être réformées prématurément, jusqu'à ce qu'on ait suffisamment préparé les voies à un ordre de choses plus salutaire...?

L'ordre de choses salutaire espéré par le concile: d Amiens n'est pas encore venu. Vienne la liberté des examens et des programmes et Tordre des -cho^

LES DESSEINS DE L^EGLISB 203

ses salutaire naîtra. On pourra remiser Cicéron et s'asseoir sur Tacite.

L'enseignement de l'histoire passera, à ce moment béni, un agréable quart d'heure. A la manière dont le règle le concile d'Amiens, il promet de l'agrément :

De L'msTOiRE. — Lorsqu'ils traitent de l'histoire des peuples anciens les professeurs doivent ramener le récit détaillé des faits à des conclusions qui se rapportent à la [ religion. Ils montreront que les vérités avaient été dimi- • nuées; que les mœurs s'étaient corrompues à mesure que la lumière qui avait brillé sur le genre humain s'était obscurcie parmi les nations et que la philosophie humaine était, ou impuissante à extirper les mauvaises doctrines, ou fertile en doctrines plus mauvaises encore. Mais en faisant le tableau des erreurs répandues partout, ils ne négligeront pas de recueillir les restes et les fragments de vérités qui se rencontrent dans les monuments de l'antiquité ou qu'on y découvrira par suite des progrès de la science, et qui paraissent conformes, par quelque endroit, aux récits, aux affirmations des livres paints. En effet, quoique la vérité de la religion n'ait pas besoin de ces secours, appuyée sur ses propres fondements, ces recherches de l'érudition ont leur utilité et trouvent leur place dans Ja défense de la religion comme on Je voit p?ir l'exemple de beaucoup d'apologistes et des Pères de rp:glise.

Mais lorsqu'ils examinent les majurs, Ja condition civile et les institutions politiques de ces peuples, ils doivent, faire comprendre à leurs élèves qu'elles .s'a(]rîi)teraient bien mal à la sagesse et au génie des peuples chriHious. Ils pren-dr ont garde que l'imagination des élèves se laisse gagner i par une admiration irréfléchie qui leur inspirerait un justs' mépris pour la société dans laquelle ils doivent vivre et leur ferait rêver une imitation insensée des institutions païennes. Les engouements de ce genre sont une excitation aux troubles politiques, ainsi que l'a prouvé la lamentable expérience faite à la fin du dernier siècle.

En exposant l'histoire des peuples chrétiens, les professeurs entreront dans de plus grands développements...

Nous avons là comme un avant-goût de ce que deviendrait l'enseignement clérical dès qu'il pourrait se mouvoir dans son indépendance et ses programmes d'études.

Rattacher tout le passé, amorcer tout l'avenir au catholicisme et à sa glorification ; faire tourner l'histoire de tous les pays, les annales de toutes le»

204 LE CL^RKULISME ET L'tCOLB

époques, tous les événements humains autour do' cet événement unique : le christianisme ; étendre la pensée païenne sur le lit de Prôcuste du dogme ; mutiler, effacer la civilisation antique ; faire de ses grands homiïîes, de ses penseurs et de ses sages, les précurseurs et les hérauts du Christ. — Quoilammodo fiant jprafcoiies Chridi, dit le Jésuite -^ quels

- projets fous lEglise a délires ! Elle se console mal de vivre à neuf siècles de Vân mil ; elle prétend y. ramener le genre humain. Le jour où, dans les cer-' veaux comprimés, dans les intelligences paresseuses elle aurait fait rcatrcr un peu de moyen âge,

I semé à pleines mains la stupidité jcatholique, ce jour-là, seulement, elle se tiendrait satisfaite. L'Eglise louerait Dieu ; sa moisson serait mûre 1

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