LE JÉSUITE
Contre Luther TEglisé a dressé Loyola, le Gesu contre la Réforme.
La Réforme ne fut pas seulement un mouvement d'émancipation religieuse. Elle donna le signal d'une renaissance scolaire. On n'a pas oublié la belle lettre que Luther écrivait aux conseillers des Etats :
Il s'agit, leur disait-il, de s'occuper de notre jeunesse, si nous voulons faire du bien à notre peuple et à nous tous. On dépense tant d'argent pour les choses d'utilité publique ; pourquoi n'en emploierait-on pas autant pour former de bons maîtres d'école et élever nos enfants... Quand il n'y aurait ni âme, ni ciel, ni enfer, encore serait-il nécessaire d'avoir des écoles pour les choses d'ici-bas. J'ai honte de nos chrétiens quand je les entends dire : l'instruction est bonne pour les ecclésiastiques, mais elle n'est pas nécessaire aux laïcs. Quoi ! il serait indifférent que le prince, le seigneur ou le fonctionnaire fût un ignorant ou un homme instruit, capable de remplir les devoirs de sa chait-e II faut donc en tout lieu des écoles pour nos filles et nos garçons, afin que l'homme soit capable d'exercer convenablement sa profession et la femme de diriger son m îoagî e'^^ de bien élever ses enfants. Et c'est à vous, messieurs, de prendre cette œuvre en main ; car si l'on remet 03 soni aux parents, nous périrons cent fois avant que la chose se fasse.
L'Eglise sentit le danger. Sur le libre examen elle lança les compagnons d'Ignace, conquistadors mâtinés d'inquisiteur. Tout de suite ils mirent le pied fiur l'école.
— Après la prédication, avait dit Luther, le métier d'ins-
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«tuteur est le plus utile, le plus grand et le meilleur, et, i j en^j^re. je ne sais lequel des deux doit passer le premier, j
L'avertissement fut entendu des Jésuites. Misfiionnaires, ils se doublèrent d'éducateurs. Un instinct les avertit qu'ils devaient porter leurs efforts sur le terrain de l'éducation. C'est là qu'on semait le grain des futures révoltes ; c'est là qu'il fallait éeraser l'hérésie en son germe.
Ils se dévouèrent à celte œuvre avec le prosélytisme impatient qui caractérise la secte, avec son humeur tyrannique, son esprit de domination, sa superbe. Ils s'étaient promis ce domaine : il le leur fallait tout entier. Nul autre qu'eux n'y entrerait en maître. Du prenjier jour ils s'installaient dansi ^ l'Université. Ils ne prirent même pas la peine de' dire d'où ils venaient. Ils s'installaient, ici, là, un peu partout, négligeant de s'assurer des lettres patentes, s'arrogeant la collation des grades, visant à usurper l'enseignement public. Pendant près de trois siècles, les tribunaux ont retenti du bruit de leurs empiétements. Le mot est de d'Alembert : « Ou- j vrez-leur, disait-il, un guichet, ils en feront bientôt ■; une porte cochère ».
Il leur fallut la porte cochère tout de suite. Ils s'emparaient en Allemagne des Universités de Paderborn et d'Ingolstadt. En Bohème, ils arrachaient au cardinal d'Arach l'Université de Prague, ses revenus, cent cinquante mille livres environ, avec tous ses privilèges ; ils firent décider par l'Empereur que désormais le recteur du Collège des Jésuites « serait à perpétuité recteur de toute l'Uni-versité, cassant et annulant le droit que quelques autres pourraient y prétendre ». La même ordonnance soumettait à leur juridiction « tous les collèges et petites écoles de tout le Royaume, tant celles qui sont établies que celles qui s'établiront à l'avenir ».
En France, vers le milieu du dix-huitième siècle, on les trouve un reu partout. A Bourges, ils occupaient seuls toutes les chaires de la Faculté des
blO • LE rLKiiîrALiSME ivr ï^^ricoLfî
Arls et, CG ffui est pis,' ils délivraient, au grafid* scandale du oîmncelier Lamoiçnon, des brevets de ' I maîtrii^c à des y;Qn^ qui n'avaient pass.é aucuu. cxamen, qui n'apportaient aucun titre.
Quels étaient donc ces hommes, qui*. revend!-* quaient si insolemment, qui accaparaient avec cette . violence la direction intellectuelle de la Jeunesse? Quelles étnient leurs maximes et quelles étaient leurs doctrines, ces doctrines « sur la puissance " spirituelle et le pouvoir temporel » dont M. Thiers , seffravait encore en 1844? Leurs maximes, on les connaît depuis les Provinciales. Leurs doctrines, I les voii'i ; elles se résument toutes dans la prédo- '' ! niinaiîce du Pape sur tout pouvoir temporel. Laissons parler leurs auteurs.
Au célèbre Molina, d'abord :
— Le Souvorain Pontife a une pleine puissance de pro- ' toftioji qui s'i'ti'inl sur tons les princes de la terre; il peut
j^ son î^'-' (h postT les rois, les princes de leurs Etats... an- ■ niiler leurs lois... procr'der contre eux, non seulement par voie (le censure, mnis encore par des peine.s e.\tCrieurc»s. (Po jdstilla et jure. Tract. S Disput. 29. Edition 1G02, p. HZ. 143.)
— ..'l'^'i^-Clirist n'aurait pas pourvu suffisamment i\ son K^'lis.» s'il n'avait assujetti au Pape tous les princes sécu- " îi î-; ci j. liins. et cela avec une tiès pleine puissance dans le Souv.'rain i'ontife pour lt^>. châtier et les contraindre ' s..'i (Il -a rli.-n.LTe à ce (ju'il jugera simi)leni2nt nécessaire Ijiur la il:i siiriiatiirelle. (MOLiNA. ibid. p. 199.)
-- 1." l'îii.e a ses <Il'UX glaives dans la main; il possède la s.iîivei.-îiii ' puissance temporelle et spirituelle. (Molina, ibid. p. i',i, ;;;.;
— Si un ]):ince devient hér('>tique ou scliismatiqne, le pape i)eiit. iis t conire lui du glaive temp«)rel, passer outre jiisciuà le déposer ut le chasser de son royaume. (Molina. ibid.. p. 1 ',:',.)
— Si hî prince i)nMe, de quelque manière que ce soit, ua ' stîeoiirs aux héi'!'ti(iues, aux schismatiques ou autres inli.ièles «lui cond)attiaient l'K-rliso, ou s'il a fait quelque autre chose (lui soit au (h'-lriment de l'Eglise, on peut sa servir contre lui (hi glaive temporel. (Mol. ibid.J
Salmeron, un des dix compagnons d'Ignace soutient ({uo le Pape est le maître absolu de toutes* croyances. Il attribue au Pape une puissance sans