LE CLERGÉ HORS L ECOLE
bornes en accomplissement de ces naroles que Dieu ' adressait à Jérémic :
rai mis ma parole dans votre bouche, jo vous ai établi Bur tous les peuples alin que vous arrachiez et détruisiez et que vous renversiez et dissipiez, aiu v^îis J)atiss:ez et plantiez. (Salmeron. Livre sur les Epiircs de saint Paul).
Cest une erreur de prétendre qu'un Prince est, toujours et sans exception, dans son royaume, au-dessus de tout magistrat ecclésiastique. (Salmeron. Disput., ii, livre IIIJ.
Quoi I la puissance spirituelle serait-elle donc moindre maintenant dans l'Eplise qu'autrefois dans la synagogue, en sorte qu'elle ne puisse faire un roi selon qu'elle jugera à propos. (Salmeron, ibld.)
Un prince ne perd pas le domaine temporel et l'autorité sur ses sujets que par le seul droit naturel et divin ; mais, I par le droit ecclésiastique et par conséquent par l'autorité i de la sentence du Pape de qui ce droit ém;ine, une personne peut assurément être privée de son drjmaiiie et de sa puissance sur ses sujets à cause du péché d'apostasie de la Foi. (Valentia, Dfsput. 5. Quest. i2. Punct. S.)
— Lorsque des princes seront nommément excommuniés par sentence d'un juge ecclésiastique pour cause d'Jiérésie ou d'apostasie de la foi, ils sont dès lors privés ipso facto de leur puissance et de leur autorité poliliqiKî.
Bien plus, si le crime d'iiérésie ou d'aprstasie est si notoire qu'il ne puisse être déguisé, cette peine est. encourue en pîirt'i avant toute sentence du juge; c'est-à-dire que les sujets sont dès lors en droit de refuser lObéissaiice à leur souverain liérétique, quoiqu'ils n'y soient obligés qu'après la sentence. (Valkntia. Ibid.)
— Le Souverain, quand il csfe d'-posé et qu'il refuse d'obéir au papo devient un tyran en titre ; il est entièrement privé de ses Etats et n'a plus aucun droit de les posséder. (Stiarkz.)
— Le Pape peut changer les Royaumes, les ("^ter aux uns, . les donner aux autres, comme Prince Si)irituel Souverain,
s'il le juge néces-^aive ï)()ur le salut des ùmes. (HKM.AnMiN, De Romano Ponfiflre. lib. 5. cap. G.)
Nous ne voulons pas dire que h'S clercs sniciit tenus d'obéir aux lois des ))rin<'es par une i»bIigation étroite, mais seulement directive, à moins que ces lois u'a-'eut éîé ■ approuvées par IKgiis •; que si une l^i ("•'■!t's = '^-!''tU'^ ;i statué sur ces méruî's oi)jets temporels, c'est cello-l.'\ que les clercs doivent suivre. (P.KLLAHMi.v, ( o;///(»r. i.h. I cap. 98.)
Si le Royaume est infecté, le bien de la Foi et de la Religion demandent (luo le Souverain rhef de l'Kglise donne un roi à une luonai'cliie qui est dans cette situatifin et a»ril passe, au ])esoin, par-dessus les lois fnudemeutales de l'Etat. (Vasqukz. Qiuvst. 90, art. 5, dispat. iOGj
t II n'y a qu'un seul prince souverain, qui est le Pape ; 11 est impossible qu'il gouverne mai son troupeau ; il est la règle infaillible de la foi et des mœurs dans les décrets qu'il fait comme Pape ; il a le pouvoir d'ôter et de modérer toutes les juridictions, de créer les rois et de leur ôter leur royaume ; enfin, il a une autorité souveraine sur tout le monde. (Jean Osorius. Cojic. in cath. Pétri.)
— Les Princes séculiers n'ont aucun droit de faire punir de mort les prêtres ni les autres ministres de l'Eglise qui auraient commis des crimes qui méritent la mort... le pouvoir est tout à l'Eglise maintenant et appartient au Pape qui a un droit monarchique sur toute l'Eglise. (COSME Magalian.)
La puissance politique vient immédiatement de Dieu et il n'y a personne qui la puisse arrêter ou changer. (Benoit, Intimes.)
La prééminence royale n'est rien de réel ; elle est purement imaginaire. (Antonius Fernandius.)
Sans doute la pudeur de la secte Fa obligée, en des temps difficiles, à rétracter ou à désavouer ces doctrines.
Hypocrite et vaine rétractation î Les Constitutions portent expressément « qu'aucun Jésuite ne pourra donner des livres au public sans l'approbation et le consentement du Général qui les fera examiner par trois religieux » ; ces mêmes Constitutions donnent pour motif qu'il faut empêcher dans la Société « la diversité de doctrines ».
L'orage passé, l'Ordre revendiqua cette doctrine avec orgueil. « La doctrine de Molina est notre avis commun », écrivait le Père Heissius.
I Le Jésuite plie quelquefois ; il ne cède jamais. Ses formules peuvent s'assouplir, s'accommoder aux exigences du siècle ; lui, il reste intransigeant, dans l'esprit de son ordre. Sint ut sunt aut non sint I Qu'ils restent ce qu'ils sont ou qu'ils ne soient pas. Ce sont toujours les mêmes hommes, ceb jésuites qui font mettre à jour le Père Loriquet par le Père Gazeau, et le Père Gazeau par l'abbé de Courval. Depuis quatre siècles, l'âme jésuitique n'a pas changé. Elle a pu travestir la forme, modifier l'aspect de sa pensée ; mais l'arrière-pensée est restée immuable. Telle elle était du temps d^
LE CLERGE HORS l'eCOLE 313
Loyola, telle elle est aujourd'hui. Les maximes des jésuites sont les mêmes que du temps de Pascal. Leurs doctrines sont les mêmes que du temps do Molina.
Ce qu'on va lire est le compte-rendu d'un sermon prononcé le dimanche 18 mars 1900, à Toulouse, par un Jésuite, le R. P. Van den Brûle.
J'emprunte ce compte-rendu à un journal royaliste, l'Mjxpress :
Le R. P. Van den Brûle suit sa marche; il progresse dans son sujet, sans dévier d'une ligne.
Décidé à rompre avec les préjugés, à battre en brèche les erreurs en crédit, il s'arc-boute à sa définition de lai liberté ; le mouvement de l'âme dans le bien. Ainsi fixé, I assuré, il va de l'avant.
De la liberté de conscience qui est une liberté individuelle, morale, il nous conduit à la liberté des cultes, qui est une liberté publique et sociale.
L'orateur la distingue d'abord d'avec la tolérance religieuse.
Il rétudiera dans l'individu et dans la société, et il la condamne aussi bien pour l'individu que pour la société.
Il la déclare irrationnelle et insociable.
Et il la condamne, précisément, parce que l'homme est libre. Sa liberté est celle du bien, non celle du mal.
Donc, pour que la liberté des cultes fût un bien, il serait nécessaire que tous les cultes fussent également bons, toutes les religions pareillement véritables.
Ce qui est un non-sens.
L'homme n'a pas le choix de son culte.
Il n'y a qu'un Dieu.
Donc, il n'y a qu'un culte de bon, qu'une religion de vraie : le culte que Dieu a prescrit, la religion que Dieu a révélée.
Lorsque l'homme choisit, façonne le culte, il le dégrade par les pires aberrations. Le passé et le présent en témoignent trop par l'extravagance, l'impudence et l'atrocité des rites et des sacrifices inventés par les hommes.
La liberté des cultes est, de plus, insociable.
Le mot seul de religion indique les liens étroits que le culte noue entre les hommes : elle est la grande puissance Cui fonde et maintient les sociétés.
La religion va jusqu'à l'intime de l'être humain qu'elle lait communier à Dieu, et, par Dieu, à ses semblables.
Imaginez un peuple éclairé par le même soleil, foulant le même sol, pratiquant les mêmes coutumes, ayant les mêmes lois, obéissant aux mAmes chefs, parlant la même
816 LE CLERICALISME ET L*ÉCOLB