UNIS DANS LE « SYLLABUS
On ne lit pas assez le Syllabus. Je voudrais qii'oiï le remît plus souvent sous le nez des cléricaux qui demandent la liberté d'enseigner au nom de la pensée libre. Je voudrais qu'on le placardât dans toutes les écoles de France, sur toutes les places publiques. Pour avertir la raison naissante de nos fils, on ne peut rien rêver de mieux que le spectacle de ces divagations cléricales. Pour inspirer aux esprits libres et à tous les honnêtes gens la répulsion du cléricalisme, on ne trouverait pas un plus sûr objet de idégoût que le spectacle de cette prose ivre.
Montalembert avait bien raison d'affirmer que
î l'âme jésuitique est l'âme même de l'Eglise ro-
i maine. Les doctrines du Gesu n'étaient que le fidèle écho des conciles du moyen âge ; le Syllabus de Pie IX n'est que l'écho fidèle des doctrines du Gesu. On dirait d'une traduction des livres de Molina et
' autres casuistes de l'Ordre.
^/( Le SijUahiis de 1864 fut précédé d'une Encyclique
; qui les résume. Quelques passages de cette Encyclique montreront au lecteur l'insolence du défi que le Vatican jetait au droit moderne. Quelques articles du Syllabus montreront la révolte de Rome' icontre les droits et l'autorité de la puissance civile, «entre l'esprit et le texte de nos lois.
L'Encyclique s'adressait aux archevêques, évô-* |gues et primats ;
.'-' U Hpns est parfaitement connu. Vénérables frères»
• LE CLDRGE- HORS l'école -323
.élfi&it Pie IXiiQu'auJourd'iiuj âlne manque pas d'hommes qui. en appliquant à la sociciô civile l'impie et absurde doc- , trine du naturalisme,. corame ils rappellent, osent enseigner/ *«^que la perfection et le progrès civil deniaiideiu imp(:'rieu-^ .«ement que la société soit constituée et f^ouvernée, sans .plus tenir compte de la religion quç; si elle n'existait pas, ' ou du m'oins sans faire aucune djlTérence entre la vraie religion et les fausses.» De plus, Tcontiairement à îa doctrine de l'Ecriture, de l'Eglise et des Saints-Pères, ils ne craignent pas d'affirmer que «le meilleur gouvernement est celui où l'on ne reconnaît pas au pouvoir l'obligation '«le réprimer par la sanction des peines les violatcMjrs do laf •religion catholique, si ce n'est lorsque la tranquillité publi- ' que le demande. »
En conséquence de cette idée absolument fausse du gou- •vemement social, ils n'hésitent pas à favoriser cette opinion erronée, on ne peut ilus fatale à l'Eglise catholique et au salut des âmes, et que Notre prédéceseur d'heureuse mémoire, Grégoire XVI, appelait un dclire, savoir, I •Que « la liberté de conscience et des cultes est un droiti propre à chaque homme, qui doit être proclamé et assuré •dans tout Etat Men constitué. »
Et parce que là où la religion est bannie de la société civile.et la doctrine et l'autorité de la révélation divine, rejetées, la .vraie, notion de la justice et du droit humain se? .perd, et la force matérielle prend la place de la justice et du vrai droit, on voit clairement pourquoi certaijis hommes, ne tenant aucun compte des princii)es les plus certains de la saine raison, osent publier que « la volojitô iJu peuple, manifestée par ce (lu'ils apj)el](?nt l'opinion pul)liquc ou telle autre manière », constitue la « loi su- •prême », indépendante de tout droit divin et humain : et que dans l'ordre politique les faits accomplis, i)ar cela môme qu'ils sont accomplis, ont la valeur du droit.
Par un trait de plume et en moins d'une page, . l'^Èncyclique abolissait la « liberté do conscience, l'égalité des cultes, le suffrage universel î » En moins d'une autre page, elle allait affirmer « le jpQUVoir temporel » de Rome, l'autorité du Saint- Siège « à regard de Tordre extérieur », lui opposer Tindépendance du pape pour ce qui touche à Torf^aiiisatiOîi de TEglise. L'Enéyclique réclamait, en diitre, pour l'Eglise, le droit de « lier la conscience ■des fidèles relativement à l'usage des biens tempo- .9^ jtf. Elle -réclamait pour-l'Eglise « le droit de ré-
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primander, par des peiMs temporrflos, les viola-»' teurs de ses lois ».
C'était, en même temps que Fimpudente négation du Concordat et des Articles organiques, la négation audacieuse de tous les principes qui constituent le droit public dans tes Etats modernes. Si nous avions eu en 1864 un véritable gouvernement notre ambassadeur à Rome eût été rappelé sur l'heure, le Concordat dénoncé, toutes les Congrégations auraient été dissoutes et l'Eglise eût été rappelée au droit commun. Mais nous avions l'Empire. Le Syllabus fut promulgué, et, aujourd'hui encore, sous le pontificat de ce même Léon XIII, que M. Méline croit rallié à la République, le Syllabus de Pie IX est la loi de l'Eglise française. 11 oblige tout le clergé.
Le Syllabus n'a pas besoin de beaucoup de commentaires. Il suffit d'énumérer quelques uns de ses articles. ,
Art. XX. — Anathème à qui dira : « La puissance ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l'assentiment du gouvernement civil. »
Que devient le droit « d'exequatur »; que devient « l'appel comme d'abus », anodines mesures si l'on .veut, mais insérées tout de même dans nos codes? L'article LXI s'inscrit d'ailleurs très nettement en faux contre l'un et l'autre de ces droits.
Art. XXIV. — .Anathème à qui dira que «l'Eglise n'a pai le droit d'employer la force et qu'elle n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect. »
Que devient la distinction de la puissance spiri. iuelle et du pouvoir temporel, elle aussi sanctionnée par les lois françaises ?
m»J^\^' ^^?^-^~' Anathème à qui dira que « l'immunité de ^Sghse et des personnes ecclésiastiques tire son origine
« L'Eglise juge l'Eglise ». — C'était la vieille for-