‹ Le cléricalisme et l'école: la loi Falloux, mars, 1900Chapitre 7 sur 47 · LE COMPROMIS · texte numérisé non relu

LE COMPROMIS

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On avait mis en présence deux théories diamétralement contraires et qui étaient d'une vanité égale. Au lieu d'en chercher une troisième qui, peut-être, n eût été la bonne, on a mieux aimé marier ces deux théories fausses et tâcher de leur faire faire bon ' ménage. Il y a toujours quelque esprit bien fait pour présid.or à ces mariages de raison. . ^

Le mariage de raison s'est appelé: la liberté de - ^^,jt\i l'enseignement avec la surveillance de l'Etat. « "V^/hi^^i'

On doit à M. Thiers — ce prophète du juste-milieu {,^ ntt^ »-iV — la meilleure formule de cette combinaison <j., ^'^,,/ ^,; bâtarde qui devait aboutir un jour à la loi scélérate ^^^^ ç;^; ,,; de Falloux. Son célèbre rapport à la Chambre des '"' députés sur le projet d*organisation de l'enseignement secondaire, déposé en 1844 par Villemain, est un chef-d'œuvre de pure et claire dialectique ; i^ ne fallait pas moins que ce talent pour cacher les contradictions d'un système qui consistait à satisfaire et à leurrer tout le monde. On l'a bien vu par la suite.

L'enfant qui naît appartient à deux autorités à la fols, disait M. Thiers : au père qui lui a donné le jour et qui voit en lui sa propre postérité, le continuateur de sa famille, et à l'Etat qui voit en lui le citoyen futur, le continuateur de la nation. Les droits de ces deux autorités sont divers, mais également sacrés, et ne doivent être éludés ni l'un ni l'autre. Le père a le droit d'élever cet enfant d'une manière conforme à sa sollicitude paternelle ; l'Etat a le droit de le faire élever d'une manière conforme à la Constitution du pays... La liberté d'enseignement consiste à fournir à tous

les pères les moyens de satisfaire leurs penchants divers et de les satisfaire non seulement dans lasii'i sacré de la famille, asile fermé à toute autuiité ext-'-rieure, mais aussi dans les étabIir;stMnents publias, ri'ffulièioment coiistilut's, toujours ouvrit-^. Mîiis là s arrrie le droit du père de famille et là commence le droit de l'Etat...

L'Jiltat a bieti le droit de vouloir quelque chose an sujet de l'enfant qui vient de naître : et si le père a le droit, au nom do sa tendresse, de souhai- u* pour hii certains soina physiques et moraux, TKtat a dioit de vouloir qu'on en fasse im citoyen plein de l'esprit f!e la CouF^titution, aimant les lois, aimant le pays, ayant 'e- penchauîs ,«ui peuvent contribuer à la grandeur, à la pro.- périt;- nationales...

La vérité en cette matière, où est-elle ? Elle r-st dans la reconnaissance de ces deux autorités, épralement sacrées, et dans la conciliation de leur action bienfaisante. Elles doivent se soutenir l'une l'autre, s'aider, quelquefois se limiter, jamais se combr/itrc ou s'entre-détruire... (Rapport présenté à la Chambre dos députés le 13 juillet 1845)

On ne peut pas contenter tout le monde et sort père. Il semblait difficile de contenter du nnôme coup « le père », dont on reconnaissait la prérogative, et tout le monde, c'est-à-dire rEt.it. C'est pourtant ce problème insoluble que le système de la surveillance s'est flatté do résoudre. Et naturellement il n'a rien résolu, tant il est vrai que, lorsqu'on part de prémisses erronées, on aboutit à de méchantes et absurdes conséquences !

Il est donc arrivé que, lorsqu'on voulait exercer l'intervention de TEtat, elle gênait la liberté de renseignement, et que, lorsqu'on voulait respecter la liberté de renseignement, ce n'était qu'à condition de remiser l'ingérence de l'Etat. Le résultat était facile à prévoir. Il a été plus d'une fois prévu, et toujours le mode de surveillance a été réglé, vaille que vaille, après des débals laborieux.

Le grand vice du système, c'est, en effet, qu'il est littéralement impossibîe de fixer; en matière d'idées, des limites exactes à la surveillance. Où finirait la censure ?

On a dit que toute liberté peut engendrer des abus et que, par conséquent, il ne peut pas exister de liberté sans restrictions. Cela est vrai en règle générale ; mais, dans le domaine des opinions, la

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liberté c'est toiit ô'u rien. Qu'on examine un peu co' qui se passe dans le régime actuel de la presse. ,K Ccsfc un régime qui passe pour être relativement; libéral. Il aboutit cependant à l'arbitraire. Oui, à' l'arbitraire tout pur ! L'arbitraire se colore, il est vrai, de jugements rendus en bonne forme par la magistrature, mais c'est encore et toujours l'arbi- . traire. Quand une loi vise des abus aussi mal définis que « l'outrage » ou « l'injure », elle n'est qu'un nid d'injustices. Qu'on donne à un magistrat trois lignes d'un journal,. et ce sera le diable s'il ne trouve pas dans ces trois lignes de quoi faire pendre l'auteur.

Le seul régime équitable pour la presse serait celui qui ne relèverait de délits que dans les alléga-, lions diffamatoires inexactes, c'est-à-dire que des délits matcrids. En fait de mots et d'idées, il ne saurait exister de délils, par la très simple raison que le domaine de la censure ne peut être délimité. Si la surveillance s'exerce dans toute sa rigueur, elle aboutit forcément au desi)otisme ; si elle s'exerce doucement, on revient doucement à la liberté toute pure.

Veut-on en matière d'enseignement la liberté toute pure? Vout-on la liberté toute pure, c'est-à-. dire la licence d'enseigner quoi que ce soit k des, adolescents qui, sans se douter du péril, s'assimileui, bon ou mauvais, tout ce qu'on leur enseigne. On va voir par un seul exemple historique les résultais de cette libci'té mensongère.

Après Fattentat de Jacques Clément sur Henri III, les jésuites avaient fait à Fenvi l'éloge du régicide.' Mariana avait écrit son De rege et rvgi^ institiftiône,^ Le père Guignart avait glorifié comme un martyr . le jacobin fanaticfue'et proposé son exemple à qui " voudrait faire subir au Béarnais le sort de Henri de..' Valois. Dans la cellule de ce jésuite, on trouva un; livret, écrit de sa main.

Le livret du père Guignart disait ceci :

Que le Néron cruel a esté tué par un Clément et le moine simulé depesclié par la main cl'un vray moine. Que l'acte héroïque fait par Jacques Clément, comme don du S. Esprit

appelé de ce nom par nos Théologiens, a esté justcmenf loué par le feu Prieur des Jacobins, Baurgoing, Confesseur et Martyr. Que la Couronne de France pouvoit et dévoie estre transférée en une autre famille que celle de Bourbon. Que le Biarnois, ores que converti à la foy catholique, seraifi traité plus doucement qu'il ne méritait, si on lui donnait la couronne monachale en quelque couvent bien réformé, pour illec faire pénitence de tant de maux qu'il a faits à la France et remercier Dieu .^e i e Qi/'il lui avoit fuit la grâce de se recognoistre avant la mort. Que si on ne le peut dépo- •

I ser sans guerre, qu'on guerroyé; si on ne peut faire la

\ guerre, qu'on le fasce mourir.

Treize ans plus tard, les leçons des Bons Pères Jésuites avaient porté leurs fruits. Jean Ghatel, un enfant presque — il avait dix-huit ans ! — pénétrait dans rhôtel du Bouchage, et, d'un coup de couteau, ( frappait à la figure Henri IV. L'interrogatoire de /.Jean Ghatel permet de mesurer le redoutable pourvoir conféré à quiconque enseigne la jeunesse. En \ voici le procès-verbal :

Enquis où il auoit apris ceste théologie, il dit que c'estoit par la Philosophie.

Interrogé s'il auoit estudié en Philosophie au Collège des Jésuites, a dit qu'ouy, et ce sous le Père Gueret, avec lequel il auoit été deux ans et demy.

Enquis s'il n'auoit pas esté en la chambre des méditations, où les Jésuites induisoient les plus grand pêcheurs, qui voyoient en icelle chambre les pourtraits de plusieurs diables de diverses figures espouvantables sous couleur de les réduire en une meilleure vie, pour esbranler leurs esprits et les pousser par telles admonitions à faire quelque grand cas, a dit qu'il auoit esté souvent en ceste chambra des méditations .

Enquis par qui il auoit esté persuadé à tuer le Roy. A dit avoir entendu en plusieurs lieux qu'il faloit tenir maxime véritable qu'il estoit loisible de tuer le Roy et que ceux qui le disoient l'appeloient Tyran.

Enquis si les propos de tuer le Roy n'estoient pas ordinaires aux Jésuites. A dit leur avoir ouy dire qu'il estoit loisible de tuer le Roy, et qu'il estoit hors de l'Eglise, et ne luy faloit obéir, ni le tenir pour Roy, jusques à ce qu'il fut approuvé par le Papti.

Derechef interrogé en la grand'chambre, messieurs les présidents et conseillers d'icelle SiX de la Tournelle assemblez, il a fait les mesmes réponses, et signamment a proposé et soutenu la maxime, qu'il estoit loisible de tuer les Roys, mesmement le Roy régnant, lequel n'estoit en l'Eglise *insi qu'il disoit, parce qu'il n'estoit approuvé par le PapQ,

LES SOPHISMÈâ

Le régicide n'est plus de notre époque. La révolte a changé de nom et de moyens, mais l'esprit du Gesu n'a pas changé ! Quiconque n'est pas l'ami de Rome est l'ennemi du prêtre. Ne doutez pas que l'Etat républicain ait pris dans les haines du Jésuite la place du monarque. Il « n'est pas dans l'Eglise», et voilà l'abomination!... L'Etat, même converti, c'est encore l'hérétique voué au châtiment. On ne peut pas méditer sa mort mais on ne cesse de méditer sa perte ; on ne poignarde plus mais on conspire toujours.

Je ne suppose pas qu'on trouvât aujourd'hui un seul homme politique pour tolérer une liberté d'enseignement qui forme et qui déforme un enfant comme on fit Jean Ghâtel, et qui permet à certains maîtres de porter sur l'enfance une main criminelle, de la diriger vers le crime. Nous tolérons pourtant un complot perpétuel contre l'esprit moderne. Eh bien ! si on ne veut pas de cette liberté maisaine, il faut cesser de lui reconnaître le caractère d'une liberté. La surveillance ne sera jamais qu'une faible | barrière tôt ou tard renversée. Le système eti encore ; (de ceux qui se condamnent par leurs propres résul- |tàts ! L'expérience de la loi Falloux, est là pour la ij^rouver. ' ' \

48 LE CLKRICALIS^rE ET L*KCOLE

MONOPOLE ou LICENCE

L'article 21 de la loi Falloux est ainsi conçu : Art. XXL — «... L'inspection des écoles libres porte sur la moralité et Thygiène. Elle ne peut porter ..sur renseignement que pour vérifier s'il n'est pas ^T /■ ■ ^ îîContraire à la morale, à la Constitution et aux lois «. j5K.y"!. / qq^ article ne se borne pas à désigner l'objet de

fv»«viia*i^>... « rinspcction ; dans son second paragraphe, il est limitatif. C'est la formule la plus précise qui ait été donnée du droit de surveillance en matière d'ensei- : E. ' gnement.

r . Eh bien ! on peut se rendre conipte sur une sim-

\ ■ -, pie leclure combien sa précision est imprécise.

[ ', L'article XXI est comme le Turc de Covielle ; il dit

l ;. beaucoup de choses en peu de mots. Il en dit énor-

f ■ ". mément. Il dit tout ce qu'on voudra lui faire dire.

l . \ Il en dit mcmc davantage.

l '. Les lois ! la Constitution ! la morale ! Cela ne fait

^ que trois substantifs. Mais on y pourrait faire tenir

la création toute entière.

Les lois, il y en a des centaines. Leurs articles se comptent par milliers. Trouvez un cours de n'importe cuel ordre, trouvez-moi une leçon dune heure, dont le sujet n'ait pas quelque rapport avec les prescriptions d'une quelconque loi .

Une Constitution ! mais c'est le résumé général, en termes vagues et peu ou prou définis, de toute une organisation sociale. Trouvez donc un professeur qui puisse parler cinq minutes sans effleurer quel-

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'que llièsc se rattachant aux principes formulés dans ce sommaire politique qui s'appelle une Constitution.

La morale?. Où commence son domaine, où finit-il? Y a-t-il une phrase sortant d'une bouche humaine qui n'intéresse plus ou moins directement, mais par quelque côté, la morale?

L'article 21 de la loi Palloux stipule que la surveillance ne portera que sur « la morale, la Constitution et les lois ». Rien que cela ! Je me demande alors sur quel terrain elle ne doit pas porter et ce qui reste à l'abri de ses indiscrétions.

C'est que, sur ce terrain des opinions et des croyances, il n'est pas plus facile d'assigner des imites à la censure qu'il n'est facile d'établir urfe démarcation entre le bien et le mal, entre la vérité et l'erreur. La surveillance pourra donc se refuser à reconnaître des bornes. C'est le despotisme qui | sera au bout.

On aura donné la liberté d'une main pour la reprendre de llàutre, et l'on sera revenu au monopole par un chemin détourné. Le monopole... mais avec j; l'hypocrisie en plus !

Cette suppression de la liberté par le moyen de la surveillance n'est pas pour gêner ceux qui, comme moi, dénient à l'exercice de l'enseignement le caraol tère d'une liberté. Mais elle devrait gêner au mou:?3 ceux qui, en établissant autour de l'éducation une surveillance forcément arbitraire, se flattent d octroyer la liberté tout de même.

Et alors il se passe tout simplement ceci : c{uc pour ne pas arriver à un extrême on aboutit à un autre, et que par peur de verser dans l'arbitraire on tombe dans la licence ! Il en est en effet plus commode de laisser faire que de surveiller. Il est plus agréable, plus profitable quelquefois, d'avoir des complaisances que d'exercer des rigueurs.

Lisez les dépositions des directeurs de maisons congrégahistes devant la Commission d'enquête de l'Enseignement secondaire. Leurs réponses aux questions du président sont de pince-sans-rire, et l'on

ff ne sait ce qu'il faut le plus admirer de leur aplomb

7 ou de leur comique à froid.

'7 Ces messieurs n'ont pas le moindre goût pour

'•f l'inspection établie par la loi de 1850 et ils ne Font

>r I pas envoyé dire à MM. les députés.

ff / Savourez ce dialogue entre M. Ribot et M. Tabbé

^ Orain, directeur de l'école de Notre-Dame-des-A.yJes,

'/^ jk Blois :

(f M. Orain. — L'inspection, qu'eUe soit liée ou non à la

f/ dispense de l'examen, diminuerait toujours la liberté. Je ne

^ vois pas l'utilité d'une inspection de notre enseignement,

^ ! du moment que nous avons des professeurs auxquels vous

J • avez reconnu une capacité suffisante. L'Etat r\ toute satis-

^ faction, au point de départ des études par les grades de

^ professeurs, et au point d'arrivée par les examens qu'il

>^ fait passer aux élèves.

V M. le président. — Aujourd'hui même, l'inspection peu|

•'' porter sur l'enseignement en tant qu'il n'est pas contraire

/y 11 la Constitution. Fait-on même cette inspection ?

y M. Orain. — Oui, mais je n'en vois vraiment pas l'utilité.

'' L'inspecteur qui regardera les livres n'y verra jamais rien

fr contre la morale ni contre la Constitution.

l^ M. le président. — Quelle objection avez-vous à ce que

A l'inspecteur se rende dans les classes et assiste à l'enseignement ?

M. Orain. — Encore une fois, pourquoi un contrôle qui

(/ n'est pas nécessaire ? C'est contraire au principe de la

^ liberté.

■% M. le président. — Ce serait à nous de voir si ce contrôle

^ n'est pas nécessaire ou tout au moins utile.

<f M. Orain. — C'est à nous à nous défendre.

M. le président. — Mais, enfln, vous verriez avec inquiétude les inspecteurs faire autre chose que ce qu'ils font 7

: M. Orain. — Incontestablement. Ce serait une atteinte à

f 3^ la liberté, atteinte modérée pour le moment, mais qui pour

f rait aller s'accentuant.

C'est la même thèse qui est soutenue par M. Tabbô * Pechenard, recteur de l'Institut catholique de Paris :

3f M. le président. — Puisque vous voudriez que l'enseigne-

/ ment libre fût rattaché au ministère de l'instruction p-^bli-

i que par un lien étroit, feriez-vous une objection à ce que

A l'inspection de l'Etat s'exerçât dans les établissements

./ libres ?

g M Pechenard. — Je m'y opposerais le plus que je pour- ,' rais parce que ce ne serait plus de la liberté.

Vftiif-nn Ravnîr Tna.inf.Ana.nt r.nnnmAnt c^ATArAA r.Ail.^

iES SÔPHISMES 49

fameuse et terrible surveillance ? C'est très simple i elle ne s'exerce pas du tout. Ou si peu !

Je ne parle que pour mémoire des petits ^é)rinaires. Dans l'intérêt du recrutement sacerdotal, ces maisons ecclésiastiques jouissent d'un régir^.c^ ie faveur, mais elles sont soumises néanmoins à l'inspection de l'Etat. En fait, ce sont des établissemeRts ] secondaires comme les autres. Voici la réponse do ' M. l'abbé Vie, directeur du petit séminaire de la chapelle Saint-Mesmin :

M. lé président. — En tant que petit séminaire, vous n'êtes pas soumis à l'inspection universitaire ?

M. Vie. — Nous sommes soumis à l'inspection du préfet ou de son délégué.

< M. le président. — Vient-il tous les ans ?

M. Vie. — Depuis une dizaine d'années, nous avons eu 'deux ou trois visites ; celle du secrétaire général de la p^étecture, une ou deux fois. On nous demande à peu près les mêmes renseignements que ceux qui sont contenus dan?; le questionnaire. Par .exemple, la nature des carrières suivies par nos anciens élèves, les diver'ses modifications apportées au matériel de la maison, le nombre des bacheliers (iue nous faisons recevoir aux différentes sessions.

M. le président. — Cela se fait dans votre cabinet ?

M. Vie. — Pas toujours ; nous nous promenons dans es 1 Jardins tout en visitant l'établissement et en causant avec! ces messieurs. L'entretien est toujours très cordial.

C'est-à-dire que la surveillance se passe en conversations ! On se demande des nouvelles comme on ferait entre amis ; on taille une bavette à l'ombre, et voilà M. l'inspecteur renseigné sur « le respect de la Constitution, de la morale et des lois ». Se renseigne-t-il seulement? Cela n'est pas très sur, si l'on en croit le Père Didon. Il s'agit de son collCôe d'Arcueil. Savourez ce dialogue :

Le P. Didon. — L'inspection, nous l'avons déjà.

M. le président. — Comment fonctionne-t-elle ?

Le P. Didon. — Elle s'exerce au point de vue hygiénique et au point de vue du personnel.

. M. le président. -— Mais elle ne se fait pas au point de vue de l'enseignement?

Le P. Didon. — Elle n'existe pas à cet égard ; nous la faisons pour notre compte. L'Etat n'intervient pas.

. OiiMl s'aeisse des Dominicains ou des Jésuites,

50 tB CLÈRIOALISMS ET L'ÊCOLS

l'Etat n'îritenient guère davantage. Et quand if intervient, ce sont ses inspecteurs qui n'inlerviennenS plus. Ces messieurs pénètrent dans les jésuilières ^ [avec le môme respect qu'ils pénétreraient dans uiio ^1' I église : en y faisant le moins de bruit possiole. L\ dépcsition d'un jésuite, M. Fournier, directeur d& l'école de Vaugirard est, à cet égard, bien édi-» j[lu.nLe :

M. Fournier. — Depuis que Je suis à Paris, dit-il, chacina

fois que les inspecteurs sont venus visiter Técole que je dirige, je les ai suppliés d'entrer dans les classes ; ils n'ont' ' jamais voulu le faire, je le regrette vivement. J'ai rencontré', M. Aubin, que j'avais: connu à Lyon, qui était entré dans' mes classes à Lyon, et je lui ai dit : « Mai. s, monsieur l'ins-i

f>ecteur, à Lyon, vous entriez dans les cluises et ici vous ne e voulez pas. — Oh 1 ici, c'est une plus grande maison, c% n'est pas la même chose. >

Deuxième jésuite. Celui-ci est M. Patot, directeur de l'école Sainte-Geneviève.

Le président interroge :

— Comment se passent chez vous les inspections ? M. Patot. — L'inspecteur d'académie vérifle les listes dti personnel et visite quelques parties de l'école. A la première inspection, il venait d'être nommé, et j'étais moi-. même nouvellement installé : nous avons parcouru ensemble la maison ; il est entré dans une étude ; j'ai ouvert la * I porte d'une classe pendant un cours ; il m'a dit : « Ne déran- '' Igeons pas les élèves», et il n'est pas entré.

Je ne sais pas si cet inspecteur est décoré. S'il ns l'est pas, c'est dommage. On décore des k<îiis pour. moins que ça !

Même antienne chez un troisième jésulii-. rîîlai-KÏ directeur de l'exlernat de la rue de Madrid. Sa l^insition est d'une assez belle ironie :

M. le président. — Les inspecteurs généraux ne vont pas dans votre établissement, mais les inspecteurs d'académie y vont ?

M. Havret, — Oui, monsieur le président.

M. le président. — Que voient-ils ? Uniquement le registre du personnel ?

M. Havret. — .Voici comment s'est passée la dernière visite cjue j'ai reçue. M. l'inspecteur arrive ; il me demande là registre du personnel, le parcourt avec grand soin, volt

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te'il est à jour; il me parle des professeurs et des surveillants, m'entretient avec beaucoup de détails de certains cas que l'on doit.évitf^r au sujet des professeurs étrangers, par exemple des professeurs de langue allemande, des naturalisés, etc. ; il constate que tout est en règle. Nous causons d'études et examens. Il me dit qu'à son sens c'est dans l'étude de quelques auteurs moins multipliés que bien i ■choisis, notamment dans l'étude de Cicéron, qu'un jeune! •homme peut arriver à cette culture général^ nécessaire à la formation de l'esprit. En quoi j'étais parfaitement de fion avis. Puis il ajoute: a Qu'allez-vous me montrer? — 'Que désirez-vous voir ? Une classe ? Je suis à votre disposition. — Oh ! maintenant, nous n'allons plus dans les clas-: | -^ • ses. — Il n'en a pas toujours été ainsi ; h une époque, il y a eu. des inspections dans les clàssp.s. — Oui, mais cela ne se" renouvello plus.

M. le président. — Pourquoi?

M. Havret. — Lui, mieux que moi, pourrait vous le dire.

La chute est adorable !

C'est une belle chose que la surveilla''''3 rinsi Icomprise, et du haut du ciel, sa demeure dernière, ■feu M. Thiers doit être bien content. L'F.-.«L aus?i. 'Mais, au vrai, il ne faut pas être sévère plus- que de raison à ces pauvres inspecteurs qui n'i:]^; î i loiit .pas. Ils voudraient inspecter que ce serait absolument le même prix! C'est tout juste i/ils liO HUJt pas inspectés eux-mêm^s par les jésuites. Fîejiv! ns la parole à M. Havret- 3ouchc-d'Or :

M. Havret. — Je ne désire pas de restriction à ma libarté. Je serais très heureux que quelrirun vînt dîner chez moi si je l'invitais ; s'il s'invite je trouve la chose fort déplaisante.

• M. le pré.^idont. — Mais il ne s'acrit pas d'invitation à dînor; il s'agit do surveiller l'éducation donnée à une grande partie de la jeunysse.

M. Havret. — Nous no voyons aucun inconvénient à ce système, mais pratiqué comme jo viens (îe le dire. Supposons que nous ayons quelaup, chose à cacher...

Ici, le jésuite laissant passer un bouô ^le son i oreille, M. Piou, prudent comme feu Ul\.-^3e, inl-jr- ""^ yient avec vivacité :

M. Jacques Piou. — Vous n'avez rien à cacher.

Et le jésuite de se reprendre presto :

M. Havret. — C'est une hypothèse que je fais — nous

n'irions pas le dire juste au moment où rinspecteuif serait là.

Toute la moralité du système est contenue en *el aveu final. L'expérience démontre — et pour cause —

1 que l'inspection finit toujours par tomber en désué- ' : tude. Elle ne s'exerce plus aujourd'hui que pour la

' forme. Il s'est même produit un phénomène bizarre; les congréganistes, n'ayant rien à en redouter, la

I sollicitent et s'en prévalent auprès deç familles comme d'une consécration et d'une estampille officielles. De ce qui est à leur égard un acte de défiance ils en sont arrivés à se faire une recommandation. Admirez un système qui aboutit à de tels résultats ! L'inspection exercée sérieusement, ce serait quel-'

j que chose comme le monopole honteux. En fait,

' exercée avec abandon, elle n'est que la licence sous les dehors de la légalité.

' Il faut choisir entre cette anarchie et le privilège hautement avoué et fièrement proclamé de l'Etat.

Le Principe

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