‹ Le cléricalisme, questions d'éducation nationale;Chapitre 21 sur 28 · LB CLÉRICALISME. H · texte numérisé non relu

LB CLÉRICALISME. H

confidence. J'ai beaucoup étonné un jour le Conseil supérieur de Tlnstruction publique, lorsque, proposant un plan d'études pour la classe de philosophie des garçons, je lui dis que ce plan était semblable au programme que j'enseignais à des jeunes filles du même âge.

D'autres expériences ont été faites ailleurs. En Amérique, Gregory, président de l'université industrielle de rillinois, déclare que les jeunes filles montrent autant de capacité et d'ardeur à étudier que les garçons.

M. Fairchild, président du collège d'Oberlin (Ohio), dit ceci : t J'ai enseigné le grec, le latin, l'hébreu, les mathématiques pures et appliquées, les sciences morales et philosophiques. Pour toutes ces différentes branches d'étude, j'ai eu dans mes classes des jeunes filles aussi bien que des jeunes gens, et je n'ai remarqué entre les uns et les autres aucune différence. Les deux sexes ont une part égale parmi les forts élèves et parmi les faibles. >

Ces renseignements, que je pourrais multiplier, sont corroborés par le témoignage d'un vieil universitaire, homme très sagace, M. Hippeau, qui fut envoyé en mission en Amérique. Il dit : c Les jeunes filles ne paraissent inférieures sous aucun rapport aux jeunes gens du même âge, quel que soit le genre d'étude auquel elles s'appliquent. »

C'est très curieux quand on rapproche cela de l'a priori du philosophe Joubert, il y a trente ans. « Rien de trop terrestre et de trop matériel ne doit occuper les jeunes filles. Il ne faut entre leurs mains que des matières légères... Elles ressemblent à l'imagination et ne doivent qu'effleurer comme elle. >

Un homme autrement sérieux comme éducateur, que je cite, non pas dans le désir de le railler en le prenant en défaut, car il s'est montré dévoué à l'éducation publique et spécialement à l'éducation de la femme, Jules Simon écrit dans VÉcole en 1865 : t On ne demanderait jamais qu'on enseignât l'algèbre à la femme,

parce qu'elle la comprendrait mal, et parce qu'elle n'en a aucun besoin. »

Voyez comme il faut se défier de Va priori dans cette question ! M. Hippeau disait : « Parmi les particularités dont je fus frappé, je signalerai la prédilection que les élèves les plus avancées manifestent pour l'étude des sciences, et particulièrement pour la géométrie et l'algèbre. »

Il dit encore, à une autre occasion, mais toujours à propos de ses visites aux collèges en Amérique : « L'étude des mathématiques est poussée très loin, les jeunes filles, dans la quatrième année, étudient la trigonométrie, la géométrie analytique et le calcul différentiel. »

En Angleterre, à l'Université de Cambridge : « Les femmes battent souvent les hommes. > — Il s'agit du domaine intellectuel (Rires). — La médaille d'anatomie a été gagnée l'année dernière par une femme de l'Université de Londres ; une autre dame a été première en philosophie.

En Belgique, M. de Laveleye déclare : t Appelé à prendre place cette année (1882) dans le jury chargé de décerner les diplômes de régentes d'école moyenne, j'ai été extrêmement frappé de la somme vraiment énorme de connaissances que ces jeunes filles parviennent à acquérir dans le court espace de deux années. Sous le rapport de la rédaction, de la précision des réponses, leurs examens étaient très supérieurs à ceux de nos candidats en philosophie. >

Et enfin Legouvé, résumant ce qui s'était passé chez nous en France à ce point de vue, dit, en 1883 : t Les examens des élèves de sciences ont été notablement supérieurs à ceux des élèves des lettres.

» Ce résultat contredit une opinion fort générale, et que j'ai, quant à moi, vivement soutenue, à savoir qu'il faut reléguer au second rang, dans l'éducation des femmes, les études scientifiques, les sciences abstraites, les mathématiques, comme étant peu compatibles avec

la nature môme de Tintelligence féminine. Nous nous sommes trompés. >

Vous le voyez, il le reconnaît : nous nous sommes trompés, dit-il.

€ Nous nous sommes trompés. A voir l'empressement des jeunes filles à se porter vers cet enseignement, et les brillants succès qu'elles y obtiennent, on peut dire hardiment que les sciences abstraites ne sont pas plus interdites à un sexe qu'à l'autre, et que ce qu'il y a dans l'esprit des femmes de pratique et de subtil s'applique à merveille à l'intelligence des problèmes mathématiques. »

Combien Montesquieu avait raison de dire : c Entre hommes et femmes, les forces seraient égales si l'éducation l'était aussi. Éprouvons-le dans les talents que l'éducation n'a point affaiblis, et nous verrons si nous sommes si forts ! »

Condorcet l'avait deviné, et, dans son rapport, résumant tous les arguments en faveur de l'éducation des filles, il disait : < Il est nécessaire que les femmes partagent l'instruction donnée aux hommes », pour les raisons que je vous ai dites au commencement de cette conférence *.

On prétend que nous ferons des pédantes; on dit qu'il y a là une question trop forte, même pour un parlement anglais, qui peut tout faire, sauf changer un homme en femme et une femme en homme. Vous ferez des êtres hybrides, ajoute-ton encore; vous allez susciter une concurrence redoutable aux hommes, auxquels, dans bien des carrières pourtant, elles seront inférieures. Je répondrai : ne craignez rien ; les femmes ne demandent pas, ne demanderont pas à faire ce qui est au-dessus de leurs forces. Est-ce que, malgré la liberté des professions, il y a des femmes charpentiers, maçons? Non. Eh

1» Voir ci-dessus, p» 146.

bien, celles qui voudront se faire avocats devront avoir non seulement le savoir, mais la puissance nécessaire pour soutenir la concurrence.

Mais, dit-on encore, vous détruisez le foyer domestique. Pendant que les femmes seront à leurs bureaux que deviendront les enfants, les domestiques? Hélas! que deviennent-ils aujourd'hui pendant que les femmes sont au bois, au bal ou aux courses? (Applaudissements.)

Ce ne sont pas là des objections sérieuses, et, cependant, il faut considérer tous les côtés de la question, il faut voir la réalité. Et la réalité, c'est que la femme, au moins dans la majorité des cas, trouvera toujours à la maison, dans la famille, pour la surveillance du ménage, l'emploi suffisant de ses qualités, de son temps et de son instruction.

Ne vous fâchez donc pas, vous qui dites, avec raison, que là est son empire. Croyez bien qu'à être instruite la femme ne perdra en aucune façon ses grâces ni ses charmes; elle acquerra la manière de discipliner ses facultés de bon sens, de finesse, de sûreté, pour les diriger vers un travail supérieur.

Non, rien de toutes ces craintes n'est à redouter, et vous pouvez sans souci pour le développement de l'esprit de famille, pour la conservation du caractère spécial de la femme, l'instruire et vous livrer à la fondation de maisons d'éducation féminine. Il y a plus, quand on parle de la femme dans le ménage, cette situation suppose un mari, des enfants, une certaine fortune. Mais pourquoi voulez-vous empêcher la femme qui n'a aucune fortune, de s'asseoir au même bureau que l'homme pour apporter dans la famille un supplément de gain? Et si la femme devient veuve, pourquoi voulez-vous aussi vous opposer à ce qu'elle recherche pour sa famille, pour ses enfants, les avantages de la fortune que la société lui a refusés?

Il y a autre chose encore. Vous n'avez pas le droit de limiter comme vous le faites le rôle de la femme. Vous n'avez pas le droit de lui indiquer la voie même de son

bonheur. Et les femmes qui ne veulent pas se marier? celles qui jugent que ce n'est pas dans cette direction qu'elles doivent s'engager, de quel droit voulez-vous les empêcher d'assurer par l'indépendance la dignité de leur vie? Cette grande préoccupation de préparer la femme uniquement pour les soins du ménage; de n'en faire que l'éducatrice des enfants, la servante de l'homme, nous pouvons le dire, en terminant, n'est autre chose qu'une des formes de Tégoïsme masculin. Il est inexact de dire que la destinée, que la mission de la femme soit de faire le bonheur de l'homme; non, sa destinée est de faire son propre bonheur, et lorsque Rousseau prétendait que l'éducation de la femme doit être toute relative à l'homme, il donnait la formule de l'égoïsme, de l'injustice.

On ne peut pas s'écarter longtemps de la justice. Il faut y revenir; il faut que la formule vraie passe dans le domaine des faits. C'est nécessaire aussi pour l'équilibre social. C'est nécessaire enfin pour le développement et la fortune de la Patrie. De deux facteurs nous en oublions un. C'est une faute lourde, une faute grave et dont toute la gravité se sentira davantage quand les races anglo-saxonnes auront appelé la femme à concourir à la puissance de l'État par l'utilisation maxima de toutes ses facultés.

Il y a donc une question nationale engagée sous cette question qui semble ne relever que de la pédagogie pure. L'histoire montre, en effet que la grandeur d'un peuple est en rapport direct avec le rôle de la femme dans la famille et dans la société. Il faut que nous instruisions les femmes, sinon, prenons garde, nous, peuples de l'Occident, de descendre au niveau pitoyable des nations de l'Orient dont l'Europe se dispute les débris aujourd'hui.

C'est la femme américaine qui a fait l'Amérique, a dit Tocqueville. Nous avons malheureusement à refaire la France, et ce n'est pas trop de convier la femme, c'est-àdire la moitié des Français, celle même qui préparera l'avenir, à nous aider dans cette noble tâche.

vGoosle

Laïcité nécessaire de l'école publique *.

Messieurs, l'article i^^ du projet de loi que nous vous soumettons aujourd'hui est ainsi conçu :

t L'instruction religieuse ne sera plus donnée dans les écoles primaires publiques des divers ordres; elle sera facultative dans les écoles privées.

> Les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine, en outre du dimanche, afin de permettre aux parents de faire donner, s'ils le désirent, à leurs enfants, telle instruction religieuse que bon leur semblera. > (Très bien! très bien! à gauche.)

Cet article !«'' est suivi d'un second article qui n'en est en quelque sorte qu'une déduction, qu'un corollaire dans l'ordre administratif.

€ Art. 2. — Sont abrogées les dispositions des articles 18 et 44 de la loi des 15 et 27 mars 1859, en ce qu'elles donnent aux ministres des cultes un droit d'inspection, de surveillance et de direction dans les écoles primaires publiques et privées et dans les salles d'asile. > (Nouvelle approbation à gauche,)

1. Extraits d'un Discours sur l'obligation et la laïcité de l'enseignement primaire (Chambre des députés, 4 décembre 1880). — Publié en entier dans « Discours parlementaires », 1 vol. in-18 de la Bibliothèque Charpentier.

Messieurs, nous avons fait précéder de cette définition de récole notre loi sur Tobligation, parce que nous avons jugé que cela était indispensable, surtout en proclamant l'obligation. Alors que nous édictons une loi qui peut frapper de peines assez sévères le père de famille, s'il n'envoie pas son enfant à l'école ; en présence de cette situation que, dans l'immense majorité des cas, c'est l'école publique qui devra s'ouvrir à l'enfant, il nous a paru indispensable d'affirmer au père de famille que rien ne sera enseigné dans cette école qui puisse porter atteinte à la liberté de conscience de son enfant et à la sienne propre. (Vives marques d'approbation à

Nous avons voulu commencer par affirmer que son enfant ne recevra pas à l'école une instruction contraire à ses sentiments, en telle sorte que, rentré au foyer familial, il devienne une source de discussions et une occasion de scandales. (Interruptions à droite, — Très bien! Très bien! à gauche.)

M. ViLLiERs. — Le mot « scandale > est fort.

M. LE RAPPORTEUR. — Cela dépend de la manière dont sera donnée l'instruction religieuse.

Comment pourrait-on condamner un père de famille qui vous dirait : t Je comprends l'importance de l'obligation qui m'est imposée; j'accepte et j'approuve votre loi qui d'une obligation morale me fait une obligation légale. Mais comme je ne puis instruire moi-même mon enfant ou le faire instruire par un précepteur, je refuse de l'envoyer à l'école publique, où il recevra un enseignement religieux que je repousse. Je sais que j'agis contre son intérêt; je sais qu'il est par là frappé d'infériorité sociale; je sais que son avenir est en péril; mais il y a quelque chose que je prise plus haut que son intérêt matériel, plus haut que sa situation sociale, plus haut même que la science acquise, c'est l'intégrité conservée de sa conscience. Je ne veux pas, moi protestant, envoyer mon enfant à l'école catholique, la seule qui existe dans ma commune, je ne le veux pas, parce que

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là on lui donnera renseignement catholique; je ne le veux pas non plus, moi juif, parce qu'on lui donnera un enseignement chrétien; enfin je ne le veux pas, moi, classé comme catholique, qui n'ai eu cependant de rapports avec la religion catholique qu'au premier jour de ma naissance, alors qu'on m'a porté sur les fonts baptismaux. Je ne veux pas qu'on donne à mon enfant l'enseignement catholique. > (Très bien! très bien! à gauche. — Rumeurs à droite,)

M. Paul de Cassagnac. — C'est l'oppression de la majorité par la minorité !

M. Gambetta, président. — N'interrompez pas. Vous répondrez à la tribune.

M. LE rapporteur. — Voilà ce que dirait le père de famille à l'enfant duquel vous voudriez imposer l'enseignement religieux comme conséquence de l'obligation. Voilà ce qu'il dirait, et, je vous le demande, quelle loi, quel juge pourra le condamner? (Bruit à droite,)

Ah ! vous ne vous sentez pas frappés et touchés par cela, je le sais bien, parce que vous êtes la majorité, et parce que vos enfants sont élevés dans des écoles où est enseignée votre propre religion. Mais passez la frontière, allez dans les pays où vous vous appellerez minorité, vous catholiques, et vous verrez si vous ne vous sentez pas soumis à une insupportable tyrannie. {Applaudissements à gauche et au centre, — Bruyantes réclamations à droite,)

Plusieurs membres à droite. — Nous faisons une loi française, une loi pour la France !

M. Paul de Cassagnac. — Nous ne pouvons pas faire de lois pour l'étranger! Faites des lois pour les Français et non pas pour les Grecs !

M. DE la Billiais. — Ne dites pas : Passez la' frontière. Nous sommes en France ; restez en France.

M. LE PRÉSIDENT. — Je VOUS prie, messieurs, de ne pas interrompre ainsi tous à la fois. La tribune est ouverte à tout le monde. Vous viendrez vous y expliquer. Mais il est absolument impossible qu'un débat de cette importance puisse dégénérer en colloque tumultueux.

M. Paul de Cassagnac. — Il ne fallait pas déclarer rurgence.

M. LE RAPPORTEUR. — J'exposc une vérité d'une évidence telle que je ne m'attendais pas à ces protestations.

M. Paul de Cassagnac. — Il y en aura bien d'autres!

M. LE rapporteur. — On me dit : Nous faisons des lois pour la France et non pas pour la Turquie ou pour la Grèce. Je le sais bien ; mais, quand vous dites que vous êtes les défenseurs de la liberté de conscience, je vous réponds : Supposez que vous vous trouvez dans une autre situation, supposez que vous êtes minorité, et alors vous retournerez la question et vous penserez comme nous. Je vous en donnerai des exemples et des preuves tout à l'heure.

Ainsi, la nécessité de neutraliser l'école, d'en enlever l'enseignement religieux et confessionnel pour le rendre au fonctionnaire qui a pour rôle naturel de le donner, c'est-à-dire au prêtre, cette neutralisation de l'école nous a paru intimement liée à l'obligation et en être la condition première...

Mais ne croyez pas que, dans mon sentiment et dans celui de la commission, la laïcité du programme n'ait d'autre raison d'être que l'obligation sur laquelle elle s'appuie, et que, si vous refusiez de prononcer l'obligation, vous seriez pour cela, dans notre opinion, déchargés de la nécessité de voter la laïcité. Bien au contraire, si la nécessité de voter la laïcité prend quelque chose de particulièrement impérieux par le fait que nous aurons voté au préalable l'obligation, elle n'en existe pas moins de par elle-même et pour des raisons supérieures. C'est qu'en effet, il est véritablement impossible de laisser fonctionner plus longtemps, dans les conditions où elle existe depuis trente ans, la loi que vous me permettrez d'appeler la loi funeste de 1850. (Très bien! très bien! à gauche.)

Un membre à gauche. — Oh! oui, funeste !

Un membre à droite. — C'est une loi de liberté! (Exclamations à gauche.)

M. Blachère. — Celle que vous nous proposez s'appelle en Belgique la loi de malheur! (Bruit.)

M. LE RAPPORTEUR. — Je n'ai pas dit la loi de malheur, j'ai dit la loi funeste de 1850.

Cette loi, messieurs, inscrit en tête des matières obligatoires de l'instruction primaire l'instruction morale et religieuse, et nous vous demandons d'enlever ce dernier mot et de ne laisser subsister que l'instruction morale.

M. Freppel. — C'est la même chose I

M. le rapporteur. — Les conséquences que le législateur a tirées de cette inscription de l'instruction religieuse dans le programme obligatoire sont nombreuses ; plus nombreuses encore, peut-être, celles que les administrations en ont tirées. Mais tout d'abord, le législateur a bien compris qu'il était indispensable que chacune des communions religieuses que reconnaît la législation française pût avoir à l'occasion son école; aussi a-t-il décidé qu'il y aurait des écoles confessionnelles, en restreignant cette obligation aux communes dans lesquelles les cultes dits dissidents seraient publiquement professés. D'où il résulte que, pour toutes les communes dans lesquelles existent des minorités de prolestants ou d'Israélites trop peu nombreuses pour qu'elles puissent avoir une église spéciale, il n'y a pas d'école confessionnelle.

Bien plus, il n'a pas été possible de donner satisfaction à la loi, même dans les communes où existent des temples protestants; si bien que, sur 1369 communes où les églises protestantes professent publiquement le culte, il n'y a aujourd'hui que 584 écoles de garçons; de telle sorte que les prescriptions mêmes de la loi de 1850 — et je n'en fais pas un grief, parce qu'il y avait quasi-impossibilité matérielle à lui obéir, — en telle sorte, dis-je, que ces prescriptions mêmes de la loi de 1850 sur les écoles confessionnelles n'ont pas été exécutées.

Mais l'eussent-elles été que je déclare, quant à moi et

au nom de la commission, qu'elles sont mauvaises et dangereuses. Nous trouvons que c'est un spectacle funeste que celui de ces écoles confessionnelles; que c'est une chose fâcheuse que de diviser les enfants dès leur plus bas âge sur les bancs mêmes de l'école (Applaudissements à gauche) et de leur apprendre d'abord, non pas qu'ils sont Français, mais qu'ils sont catholiques...

M. Paul de Gassagnac. — C'est la même chose !

M. LE RAPPORTEUR. — .... protestants ou juifs.

Nous trouvons que c'est un spectacle funeste, et lorsque nous voyons dans ces pays mixtes se perpétuer d'antiques haines, je dirai d'antiques dissentiments, pour ne pas exagérer la valeur des mots, nous nous disons que peut-être l'éducation commune aurait empêché tout cela et que cette séparation des enfants était une mauvaise préparation à l'union, à la concorde et à la fraternité qui doivent exister entre les enfants de la mère patrie. (Applaudissements à gauche et au centre.)

Mais, messieurs, ce n'est pas la conséquence la plus redoutable, à mon sens, de la loi de 1850. 11 y en a bien d'autres.

Le fait de rendre obligatoire l'enseignement religieux dans les écoles publiques a cette conséquence que l'instituteur doit appartenir à la religion qu'il enseigne.

A droite, — A la religion dominante !

M. LE RAPPORTEUR. — Il est bien clair qu'il n'est pas possible de faire donner l'instruction catholique par un protestant, et réciproquement, cela est manifeste.

De là pour le service de l'instruction une diminution de ressources qui n'est pas à dédaigner. Les instituteurs et institutrices, considérables en nombre, que fournissent les communions protestantes, ne peuvent, sous l'empire de la loi actuelle, être introduits dans les écoles publiques, parce que ces écoles sont en immense majorité catholiques, ou du moins ils ne peuvent y être introduits que pour des offices accessoires.

M. DE LA Rochefoucauld, duc de Bisaccia. — Cela va contre votre thèse '

M. LE RAPPORTEUR. — Mais Cela n'a pas suffi, et ici cesse le rôle du législateur et intervient le rôle de Fadministration qui interprète les lois.

La loi avait dit : Il faut que l'instituteur qui professe dans une école catholique soit catholique. On a ajouté administrativement : Il faut qu'il soit bon catholique; il faut qu'il fasse ses preuves de catholicisme... (C'est cela ! — Très bien ! à gauche), il faut qu'il les fasse pour obtenir le brevet d'instituteur; il faut qu'il les fasse dans lëcole normale, il faut qu'il les fasse pendant qu'il sera instituteur.

Le même raisonnement a été appliqué aux instituteurs protestants.

Et cela était assez légitime. J'indique les conséquences fatales de la loi pour montrer combien elle est mauvaise, je ne fais pas la critique de ceux qui l'ont appliquée. On a dit la même chose pour les instituteurs protestants, qui par suite ont dû être choisis uniquement par les consistoires.

Qu'en est-il résulté? C'est que, lorsqu'il s'est élevé des dissentiments trop fréquents parmi les membres des églises protestantes, les instituteurs ont subi la loi fatale des majorités religieuses, toujours intolérantes...

M. Paul de Cassagnac. — C'est votre histoire!

M. LE RAPPORTEUR. — ... dcs sous-scctcs quc représentaient les consistoires. (Très bien ! très bien ! à gauche.)

Pour les instituteurs catholiques, cela a été la même chose; seulement les exemples sont plus clairs, plus considérables, plus nombreux. On a fait entrer dans le programme des matières exigées pour le brevet d'instituteur la connaissance approfondie des matières religieuses; ce qui était inutile, puisque, d'après les circulaires faites par les différents ministres de l'instruction publique, sous la pression des représentants de l'autorité ecclésiastique catholique, l'instituteur doit se borner à la lettre même du catéchisme et des évangiles, et qu'il pourrait à la rigueur ne pas savoir grand'chose . ni en histoire ecclésiastique, ni en dogme religieux.

Mais, enfîn, on a introduit, dans les examens pour le brevet, des interrogations sur lesquelles nous revien drons peut-être quelque jour, des interrogations d'oixire purement religieux.

On a fait plus : il n'a pas suffi que l'instituteur répondît pertinemment à des questions sur Thistoire sainte ou sur des points de catéchisme ; on a exigé, par une circulaire officielle du 8 mai 1855, qui n'a jamais été officiellement abrogée, que c le jury eût le devoir de s'assurer que le candidat connaissait sa religion et pos sédait non seulement la lettre, mais l'esprit du catéchisme ».

M. Paul de Cassagnac et d'autres membres à droite. — Très bien ! très bien !

M. LE RAPPORTEUR. — J'cnrcgistre les très bien! qui viennent de ce côté {V orateur désigne la droite), et je les porte à l'actif de ma discussion. {Marques d'appobaiion à gauche,)

Voilà ce qu'on a exigé de l'instituteur quand il s'est présenté pour obtenir le brevet.

Quant à nos écoles normales, ce n'est rien exagérer que de dire qu'on a fait de ces écoles des séminaires et des couvents. (Dénégation à droite, — Nouvelle approbation à gauche.)

Un membre à gauche, — Plus mauvais que des séminaires !

M. LE RAPPORTEUR. — Je m'étonne qu'on dénie de ce côté (la droite) ce que j'indique : j'ai les mains pleines des preuves de ce que j'avance. Je vous demande donc la permission de vous citer deux faits pour que mes affirmations ne restent pas sans quelque appui. {Parlez! parlez!) Je prends l'un dans les écoles de garçons et l'autre dans les écoles de filles. Je puis prendre absolument au hasard {Oh! oh! adroite), car tous ces règlements, contresignés par M. de Fortoul, sont à peu près identiques les uns aux autres.

Voici l'école des garçons.

» Tous les dimanches et les jours de fêtes dits d'obli»

galion, les élèves sont conduits par le directeur et ses maîtres adjoints à la messe et à vêpres. > {Très bien! à droite, — Sourires à gauche.)

M. Paul de Gassagnac. — Cela vaut mieux que d'aller au cabaret !

M. LE RAPPORTEUR, Continuant, — t Chaque soir, pendant les neuf jours que dure la neu vaine de saint François Xavier, les élèves se rendent à l'église de Sainte-Madeleine pour y suivre les exercices de cette semaine... >

M. LE RAPPORTEUR, sc toumant vers la droite, — Vous ne dites plus très bien! messieurs (Rires approbatifs à gauche et au centre), et cependant vous pourriez le dire : écoutez ce qui suit : c ... car ils gagnent ainsi une indulgence de 300 jours par soir... >

M. Paul de Cassagnac. — Vous en avez besoin! Il vous en faut plus que cela !

M. LE RAPPORTEUR. — € Ce qui fait 2700 jours pour la neuvaine tout entière. »

Je continue :

«... Chaque matin, pendant tout le mois de mai, les élèves de l'école normale laïque sont conduits à la chapelle de l'école, et là, le directeur récite en l'honneur de la sainte Vierge immaculée des prières qu'après lui les élèves répètent.

> Enfin, quelques jours avant l'examen pour le brevet de capacité, tous les aspirants doivent se confesser et communier pour attirer sur eux la bénédiction du ciel et obtenir, au cours de l'examen, la protection de Dieu. »

A droite. — Très bien !

M. LE COMTE DE Maillé. — C'est très moral!

Voix à gauche. — C'est la liberté de conscience !

M. LE RAPPORTEUR. — J'ai indiqué un type d'école de garçons; voici maintenant un type d'école de filles.

« Art. H. — A chaque heure de la journée, je ferai une courte prière avec mes enfants, je prierai le sacré cœur de Jésus de me conserver toujours une grande pureté d'intentions. » (Sounres à gauche.)

€ Art. 16. -- Je réciterai chaque jour une dizaine de chapelet avec mes enfants; deux fois la semaine il se dira en entier. Je le réciterai moi-même chaque jour. Tous les premiers samedis du mois, je ferai avec mes enfants une petite consécration au cœur de Marie. »

M. Blachère. — Cela ne fait pas de mal aux personnes!

Voix à droite, — Ce n'est pas une loi, cela!

M. Paul DE Cassagnac. — Ça vaut mieux que les journaux pornographiques !

M. LE RAPPORTEUR, poursuivant. — € Art. 23.... >

A droite, — Qu'est-ce que cela ?

M. LE RAPPORTEUR. — Je vais vous le dire. Ayez la patience d'attendre.

€ ... Art. 23. — Chaque année, je ferai le mois de saint Joseph, de la sainte Vierge et du Sacré-Cœur avec mes enfants, afin de leur inspirer une grande dévotion pour ces saintes pratiques. Je me préparerai avec mes enfants à la fête de sainte Anne par une neuvaine, et, le jour de la fête ou dans l'octave, je ferai dire une messe à leur intention. »

Chap. 2. — € Article l«^ Je verrai toujours dans M. le curé le représentant de Notre-Seigneur... (Exclamations et rires à gauche^ ... j'aurai en lui une grande confiance et je suivrai docilement ses avis. »

€ Art. 3. — Je ne ferai aucune démarche, aucune visite, je ne sortirai point du village sans la permission de M. le curé. >

Vous me demandez ce qu'est ce document? Vous avez cent fois raison. Ce n'est pas d'abord le règlement d'une école congréganiste, ce n'est pas le règlement d'un couvent — vous pourriez vous y tromper, — mais le règlement que chaque élève de l'école normale laïque de Lons-le-Saunier devait copier et jurer d'exécuter avant de quitter l'école. Nos collègues connaissent cette histoire et savent comment elle a fini. (Mouvements divers,)

M. Paul de Cassagnac. — Qui est-ce qui a ordonné cela, monsieur?

M. Lelievre. — La directrice de Técole! {Exclamations à droite.)

M. Paul de Cassagnac. — Il n'est pas permis de dire des choses aussi peu sérieuses que cela.

M. LE PRÉSIDENT. — N'interrompez pas, vous répondrez.

M. Paul de Cassagnac. — Mais nous ne pouvons pas répondre.

M. LE PRÉSIDENT. — Qui cst-cc qui s'y oppose?

M. Paul de Cassagnac. — Vous, monsieur le président, et la Chambre.

M. LE président. — Réservez-vous, vous aurez la parole, et je m'engage à vous faire écouter...

M. Paul de Cassagnac — Cela vous est quelquefois difficile.

M. LE PRÉSIDENT. — • Seulement, je vous prie de ne plus interrompre.

M. LE rapporteur. — J'ai eu l'honneur de vous dire que le législateur avait tiré certaines conséquences du principe qu'il avait posé, et je vous en ai indiqué quelquesunes. Je vous ai dit que les administrations, poursuivant la logique des législateurs, avaient été jusqu'à transformer nos écoles normales publiques en couvents et en séminaires; je demande si la lecture que je viens de faire n'est pas la preuve absolue de ce que j'ai avancé? {Marques (T approbation à gauche.)

Je ne prends pas la défense de ces choses. Je ne dis pas à l'honorable collègue qui m'interrompait que ce Boit sérieux. Je suis de son avis, ce n'est pas sérieux; mais je suis obligé de dire que cela a été le règlement dans l'intérieur de l'école normale de Lons-le-Saunier.

M. DE LA Bassetière. — Aimericz-vous mieux qu'on leur lût un chapitre de VÉmilef

M. LE PRÉSIDENT. — Veuillez ne pas interrompre, monsieur de la Bassetière, vous êtes inscrit le premier dans la discussion générale. {Sourires approbatifs à gauche.)

M. LE RAPPORTEUR. — Voilà Ics prcuvcs de bon catho-

lique que devait faire rinstituteur avant d'être intronisé. Et, quand il est nommé, quand il est dans son école, est-il exclusivement chargé de donner cet enseignement religieux que, dans un mandement, Farchevêque de Paris — je crois, — je n'en suis pas sûr...

A droite, — Ah ! ah !

M. LE RAPPORTEUR. — •-.• j© ne suis pas sûr de tout, messieurs. Je crois que c'est l'archevêque de Paris qui avait demandé au ministre de l'Instruction publique d'alors de réduire l'enseignement religieux à une simple récitation. Eh bien, l'instituteur en sera-t-il quitte pour une récitation? Non, messieurs. Il y a un règlement d'école, ce règlement existe encore, il est encore en vigueur, et il le sera jusqu'à ce que le conseil supérieur de l'instruction publique, dans sa prochaine session, ait admis les modifications proposées par les conseils départementaux et qui lui seront présentées; mais jusqu'à présent, sauf quelques détails variables de département à département, ces règlements sont identiques quant au fond. J'en prends un, absolument au hasard. {Exclamations ironiques à diroite.)

Apportez-en donc un autre dans lequel cet article ou quelque autre analogue ne soit pas inscrit!

Voici celui du Pas-de-Calais :

€ Art. 2. — L'instituteur doit instruire par ses exemples comme par ses leçons. Il ne se bornera donc pas à recommander et à faire accomplir les devoirs que la religion prescrit : il ne manquera pas de les accomplir lui-même.

€ Art; 22. — L'instituteur conduira les enfants aux offices, les dimanches et fêtes consacrées, à la place qui leur aura été assignée par le curé. [1 est tenu de les y surveiller.

c Art. 33. — Toutes les fois que la présence des élèves sera nécessaire à l'église pour les catéchismes, et principalement à l'époque de la première communion, l'instituteur devra les y conduire ou les y faire conduire. > — {Très bien! à droite.)

M. LE RAPPORTEUR. — Très bien? Écoutez :

€ Art. 28. — Quant à la fréquentation des sacrements, l'instituteur se concertera avec le curé sur le temps et les moyens les plus propres à y disposer convenablement tous ses élèves, de quelque âge qu'ils soient. » (Très bien! à droite.)

Ainsi ce règlement, dont je ne vois pas qu'on s'étonne de ce côté (V orateur désigne Ui droite)^ tant s'en faut, puisqu'on l'approuve ; ainsi ce règlement ordonne à l'instituteur, non seulement de donner dans l'école cette instruction religieuse réduite, comme je l'indiquais tout à l'heure, mais de se mettre au service ou à la dévotion du curé pour conduire les enfants à l'église. (Murmures à droite,)

M. DE LA Rochefoucauld, duc de Bisaccla. — De s'entendre avec lui l

M. LE RAPPORTEUR. — Est-cc le mot « service > ou le mot € dévotion » qui excite vos murmures? Je dirai de se mettre à la disposition du prêtre pour conduire les enfants à l'église, dans le cas où le curé le jugera nécessaire.

Ainsi désorganisation absolue de l'école, et les instituteurs savent ce qu'il leur en coûte quand ils veulent s'afTranchir. (Très bien! et applaudissements à gauche.)

Voilà, messieurs, l'état des choses actuel, voilà ce qu'on a ordonné à l'instituteur, voilà l'éducation qu'on lui a donnée, voilà l'obligation non légale qu'on lui a imposée, en conséquence, dit-on, du principe même de la loi !

Parmi les instituteurs qui ont reçu cette éducation, il en est qui sont des âmes croyantes, qui en ont profité dans le sens que vous désirez et qui ont poussé le profit jusqu'au fanatisme. Il en est d'autres, âmes sincères et vigoureuses, qui ont refusé de s'incliner, qui ont protesté contre cette éducation et qui ont quitté une carrière pour laquelle cependant ils étaient préparés et pour laquelle ils se sentaient une vocation.

Voix à droite, — Ils n'avaient pas d'avancement !

M. Keller. — Demandez à vos inspecteurs!

M. LE RAPPORTEUR. — Mais ce n'est pas la règle, ni dans Fun ni dans l'autre cas; la masse s'est inclinée devant les nécessités de la vie, elle s'est inclinée devant la crainte des révocations... {Réclamations à droite. — Très bien! très bien! à gauche.)

M. JoLiBOis. — Vous n'avez pas le droit de les injurier !

M. LE RAPPORTEUR. — - Je ne les injurie pas; je les plains d'être obligés, comme ils le sont aujourd'hui, de donner, du bout des lèvres et d'une voix vraisemblablement peu convaincue, une instruction religieuse à laquelle ils ne croient pas. (Nouvelles réclamations à droite. — Très bien! et applaudissements à gauche.)

M. Paul de Cassagnac. — Leurs convictions valent les vôtres !

M. LE RAPPORTEUR. — Je VOUS parle de ceux qui ne sont pas convaincus. Tâchez de suivre mon raisonnement.

Je dis que ceux-là je les plains d'être obligés d'afficher des convictions qu'ils n'ont pas intérieurement.

Plusieurs membres à droite. — Qu'est-ce qui vous dit qu'ils ne l'ont pas?

M. LE RAPPORTEUR. — Je plaius mon pays de forcer les éducateurs de l'enfance à donner un pareil spectacle. (Réclamations à droite.)

Je dis que je plains les malheureux enfants...

M. DE LA Bassetière. — Je constate que c'est des rangs de la minorité de cette assemblée que s'élève une énergique protestation en faveur de nos instituteurs dont vous accusez la sincérité. (Rumeurs à gauche.)

M. LE RAPPORTEUR. — Je plains surtout les enfants, car vous les mettez là à une triste école. Les enfants sont perspicaces, ils voient où est la foi et où elle n'est pas; ils devinent l'hypocrisie, ils la reconnaissent, et ce qu'il y a de plus triste, c'est que non seulement ils la connaissent et la constatent, non seulement ils en rient, mais ils ne peuvent pas la condamner ; ils sont obHgés,

non pas de la iétrir, mais de l'accepter et de la comprendre, parce que les nécessités de la vie sont derrière. Voilà le spectacle que vous donnez aux enfants. Je vous le dis en vérité... (Exclamations et rires à droite,)

A gauche. — Eh bien, cela doit vous faire plaisir! C'est le respect des textes de FÉcriture!

M. Paul de Cassagnac. — L'Évangile selon saint Paul... Bert!

M. LE RAPPORTEUR. — ... Je plains ceux qui le donnent autant que ceux qui y assistent! (Vifs applaudissements à gauche et au centre,)

Messieurs, il y a une autre conséquence qu'on a cru pouvoir tirer de la loi de 1850. De ce que cette loi avait gardé, parmi les matières obligatoires de Tinslruction primaire, l'instruction religieuse, déjà inscrite dans la loi de 1833 ; de ce que cette loi de 1850 n'avait pas reproduit l'article 2 de la loi de 1833, ainsi conçu : « Le vœu des pères de famille sera toujours consulté et suivi pour tout ce qui constitue la participation de leurs enfants à l'enseignement ou aux exercices religieux... », on a conclu immédiatement qu'il avait été abrogé. Et de ce que la loi de 1850 rendait cette instruction religieuse obligatoire, imposant seulement à l'instituteur l'obligation de la donner, on en a conclu que tous les élèves avaient l'obligation de la recevoir.

C'est la conséquence qu'on en a tirée, et, je le répète, les circulaires interprétatives de cette conséquence sont encore aujourd'hui en vigueur. Il en est résulté que dans les écoles catholiques, qui sont en immense majorité...

M. Paul de Cassagnac. — Heureusement!

M. LE R.VPPORTEUR. — ... Ics cnfauts des protestants, les enfants des juifs, se sont trouvés contraints de recevoir une instruction confessionnelle contraire à leur foi.

A droite, — C'est une erreur !

M. DE LA Rochefoucauld, duc de Bisaccia. — Je connais beaucoup de protestants qui vous désapprquvent absolument ! (Exclamations à gauche.)

M. LE COMTE DE Douville-Maillefeu. -^ Vous ^n descendez, des protestants!

M. Paul de Cassagnac. — - Gela vaut mieux que d'aller chez le père Loyson, votre confesseur! (Applaudissemenls et rires d'assentiment à droite.)

M. LE PRESIDENT. — J'invitc Ics membres des deux côtés de la Chambre à ne pas échanger d'interpellations et de noms propres. Nous n'avons pas à nous occuper ici des personnes du dehors; nous avons bien assez des choses du dedans! (On rit.)

M. LE RAPPORTEUR. — Au moment où a commencé cet intermède plaisant, je parlais de la chose la plus sérieuse qui soit au monde, de la violation de la liberté de conscience de divers pères de famille... (Bruit à droite); mm comme il ne s'agissait que de protestants, on n'y attachait pas grande importance de ce côté de l'Assemblée (la droite).

On a nié le fait en lui-même ; on a dit : Ce n'est pas vrai ; ou plutôt : C'est une erreur. — Je pense que c'est sous cette forme que s'est produite la protestation.

M. Paul de Cassagnac. — Nous avons été polis!

M. le RAPPORTEUR. -- C'cst uuc crrcur, dit-on; les enfants des protestants ne sont pas tenus de recevoir l'enseignement religieux dans les écoles. (Interruptions à droite.)

Messieurs, je ne dis pas que cela se passe dans toutes les écoles...

M. Charles Abbatucci. — Cela se passe dans une ou deux écoles peut-être!

A gauche. — Eh bien?

M. LE RAPPORTEUR. — Une ou deux me suffiraient au point de vue du principe. Mais je dis que cela se passe très fréquemment, je dis que très fréquemment les enfants des protestants sont sollicités à recevoir l'instruction religieuse, et je dis que toujours ils sont tenus d'assister aux leçons religieuses qui sont données aux autres. (Cest vrai! — Très bien! à gauche.)

Plusieurs membres à droite. — C'est une erreur!

M. LE RAPPORTEUR. — Je pense que les honorables membres qui disent que c'est une erreur sont très habitués à fréquenter les écoles...

A droite. — Oui ! oui !

M. LE RAPPORTEUR. — ... et qu'ils ont parfaitement observé les cas spéciaux dans lesquels les protestants se trouvent mélangés aux catholiques. Eh bien, j'ai le regret de dire que d'autres personnes, qui ont aussi quelque compétence, ne sont pas absolument de leur avis. Voici, par exemple, une lettre que m'écrit un pasteur protestant :

€ Nous avons, nous autres protestants, beaucoup à souffrir dans les communes où nous ne sommes pas en majorité ou en nombre assez considérable pour nous faire respecter... >

M. Paulde Cassagnac— Et nous donc, ici ! (Rires à droite,)

M. LE rapporteur. — On peut bien rire aujourd'hui quand il s'agit de la violation de la liberté de conscience des protestants; cela n'est pas dangereux; autrefois on riait au pied du bûcher d'Etienne Dolet. (Très bien! très bien! à gauche.)

€ ... Nos enfants... — je vous demande pardon de l'expression : elle est un peu vive et n'était pas destinée à être portée à la tribune...

M. Paul de Cassagnac. — Allez! allez! nous sommes habitués à tout!

M. LE RAPPORTEUR. — c ... Nos cufauts sout traqués par les instituteurs et institutrices congréganistes et même par les laïques. On veut leur faire apprendre le catéchisme catholique, les conduire à la messe; on les oblige à entendre les Ave Maria et autres litanies à l'usage du culte romain, etc. S'ils résistent, on les montre au doigt et on ne les fait pas travailler, ou encore ils sont l'objet de punitions plus nombreuses. Votre projet sauvegarde donc la liberté de nos enfants, comme de ceux qui, sans être protestants, ne veulent pas être catholiques et préfèrent la morale naturelle à celle des jésuites. »

A droite, — Dans quel département cela se passe-t-il? Qui est-ce qui écrit cela?

M. LE RAPPORTEUR. — Je n'ai aucune raison pour vous le dissimuler. J'avoue que je ne puis pas lire le nom. Mais... [Interruptions à droite.)

Un membre à droite. — Parbleu !

M. LE RAPPORTEUR. — Je demande que celui qui a dit : parbleu, justifie ce mot.

Le signataire de cette lettre est le pasteur du consistoire de Crest (Drôme).

M. Chevandier. — Et j'atteste que c'est un homme très honorable et très véridique !

M. LE RAPPORTEUR. — Et puis d'ailleurs vous devez savoir que cela se passe dans un très grand nombre de communes.

A gauche. — Partout !

A droite. — Non ! non !

M. Lelièvre. — On oblige les protestants dans certaines communes à concourir dans des compositions catholiques!

M. LE RAPPORTEUR. — Je ne dis pas que cela se passe partout, mais je soutiens que cela se passe dans un très grand nombre de localités, et je m'étonne que vous, qui vous dites si jaloux de la liberté de conscience et qui allez combattre à la tribune notre loi, parce que vous prétendez qu'elle lui porte atteinte, vous ne vous fassiez pas les champions de ceux qui se plaignent ainsi ! (Très bien! très bien! à gauche.)

Je sais que le Conseil supérieur, dans sa dernière session, a corrigé ce qu'il y a de plus criant, j'oserai dire ce qu'il y a d'odieux dans les conséquences tirées injustement de la loi de 1850. Il a fait revivre l'article 2 de la loi de 1833, il l'a inséré dans un règlement modèle qu'ont accepté, paraît-il, presque tous les conseils départementaux, en telle sorte qu'après la session de décembre ce règlement deviendra obligatoire. Il a mis fin à cette violation de la liberté de conscience des pères de famille protestants envoyant par force leurs enfants dans l'église

catholique, ou même des catholiques — car ceci ne peut être nié, c'est incontestable — qui sont obligés de voir leurs enfants recevoir l'instruction religieuse alors qu'ils ne le voudraient pas, par ce seul fait qu'ils ont été, en leur jeune âge, portés sur les registres de l'Église catholique.

Voilà ce qu'a fait le Conseil supérieur de l'instruction publique. C'est une bonne chose au point de vue de la liberté de conscience; mais je n'hésite pas à dire que ce sera peut-être plus fâcheux que ce qui existe actuellement dans les écoles confessionnelles. En effet, dans ces écoles confessionnelles, les enfants sont divisés d'école à école, tandis que là on les verra séparés sur les mêmes bancs, dans la même salle. Ils seront divisés, non plus par une différence d'origine religieuse respectée par tous les esprits sincères; on ne se contentera plus de les appeler, les uns catholiques, les autres protestants, avec les qualificatifs qu'on peut ajouter dans les discussions de village à ces deux termes généraux ; ils seront séparés en catholiques croyants et catholiques non croyants.

Je vous demande s'il n'y aura pas là des sources de dissentiments et de dissensions. Je laisse de côté les petites difficultés au point de vue de la discipline; on peut en venir à bout. Mais je demande si les enfants qui ne recevront pas l'intruction religieuse de par la volonté de leurs parents ne se permettront pas quelques railleries malséantes vis-à-vis de leurs camarades qui recevront cette instruction ; je demande si ceux-ci recevront ces railleries d'un cœur généreux et patient.

Est-ce qu'il n'y aura pas là des occasions de querelles, de luttes, de controverses incessantes dans l'école? Et ces controverses se reproduiront au foyer familial, elles se développeront dans le village, de telle sorte que cette mesure du Conseil supérieur, à laquelle je m'honore d'avoir participé comme membre de ce conseil, présente, au point de vue auquel je me place, des conséquences désastreuses. Son grand avantage est de montrer, de mettre à nu, à vif, les défauts fonda-

mentaux de la loi de 1850^ puisque de deux choses Tune : ou vous conserverez Tunité dans Técole et vous supprimerez ces controverses fâcheuses, et dans ces conditions vous violerez la liberté du père de famille; on vous la respecterez et vous créerez alors dans l'école ces controverses fâcheuses.

Il n'y a qu'un moyen de sortir de ce dilemme, c'est de supprimer l'instruction religieuse, qui est la pierre d'achoppement de toutes ces difficultés, et de rendre ainsi la dignité et la liberté de conscience à l'instituteur, la liberté de conscience à l'enfant et au père de famille. (Très bieni très bien! — Applaudissements à gauche.).,.

Lorsqu'il s'agit d'instruction religieuse à introduire dans l'école, si l'on interroge un de ceux qui en sont les chauds partisans; si on lui dit : Quelle religion voulezvous qu'on enseigne? il répond : la mienne. Cela est absolument naturel. Mais lorsqu'il y en a plusieurs, il n'est pas possible de les enseigner toutes, et alors on fait comme dans la loi de 1850, et on dit : La religion de la majorité.

Oh! alors, sitôt que ce mot fatal est prononcé, les minorités se réveillent et elles reconnaissent ce qu'il y a de grave dans cet enseignement obligatoire de la religion de la majorité.

En France, le clergé catholique et les laïques aussi dévoués que lui à la cause religieuse, paraissent peu favorables à la thèse de la laïcité du programme; au contraire, les représentants des diverses confessions protestantes en sont très partisans, et si vous me permettez de citer quelques textes à l'appui de cette affirmation, vous en verrez la preuve.

€ C'est dans l'intérêt de la religion même, dit l'un d'eux, que je supplie votre commission de persévérer dans son œuvre.

€ L'instruction primaire, lorsqu'elle est donnée aux frais de l'État ou des communes, doit être absolument neutre en matière religieuse. Cette neutralité, que vous

appelez laïcité, est absolument nécessaire à la liberté religieuse. »

Voici l'opinion d'un autre ; elle a été publiée et signée dans un journal, et, par cela même, je suis autorisé à en citer l'auteur, M. Bastide; dans un journal intitulé . Le christianisme du dix-neuvième siècle, il s'exprime ainsi :

€ Si donc une nouvelle loi enlève aux instituteurs l'instruction religieuse, elle rendra à ces dignes fonctionnaires un service dont ils lui seront reconnaissants, et elle posera devant la conscience de tous la question en ses vrais termes : L'instruction religieuse, par qui doit-elle être donnée? Impossible de ne ^as répondre : Par les ministres de la religion, comme la médecine est pratiquée par le médecin et l'enseignement primaire donné par le maître d'école... >

A gauche. — Très bien ! très bien !

M. LE RAPPORTEUR, Continuant, — c ... Il est vrai que ce sera imposer au pasteur un travail considérable que de lui demander de s'occuper de l'instruction religieuse des enfants depuis l'âge où ils entrent à l'école, jusqu'à celui où ils la quittent, c'est-à-dire pendant une période de six à sept ans. Mais un fait coupe court à toute objection; ce travail, c'est son travail... » {Très bien! à gauche.)

M. Barodet. — Il est payé pour cela!

M. LE RAPPORTEUR, Continuant. — c ... et il ne voudrait pas qu'un autre le fît à sa place. C'est bien assez que nous nous en soyons laissés dispenser jusqu'à aujourd'hui. »

En voici maintenant un troisième :

€ Comme ministre du culte, là laïcité me parait désirable à tous les égards : il y a, parmi les enfants qui fréquentent les écoles, deux groupes distincts, ceux dont les parents repoussent toute pensée et toute instruction religieuse, ceux dont les parents sont religieux. Auprès des premiers mon intervention et celle de l'instituteur ne peuvent certainement rien; l'influence de la famille sera toujours prépondérante; ne

serait-il pas déplorable qu'il en fût autrement et qu'à la faveur d'une législation qui autoriserait la propagande auprès de l'enfant, il pût être détaché des siens et conduit à remplir moins fidèlement ses devoirs d'obéissance et d'affection filiales!... »

A gauche, — Très bien I très bien !

M. LE RAPPORTEUR, Continuant. — « A l'égard des autres, si l'instruction religieuse ne se donne plus à l'école, n'aura-t-on pas recours au ministre des cultes, ne le chargera-t-on pas de cette instruction que l'instituteur ne donnera plus, ne pourra -telle pas désormais être plus sérieuse, plus fidèle, plus complète? »

A gauche, — Très bien ! très bien !

M. LE RAPPORTEUR. — Voilà, en termes excellents— je me permets de le dire, — la thèse de la laïcité défendue par les représentants officiels des cultes protestants, tandis qu'elle est attaquée — elle le sera, si je ne me trompe, ici, à la tribune — parles représentants du culte catholique.

Eh bien, passons la frontière, allons en Hollande.

Voix diverses à gauche. — C'est cela! — Très bien!

M. LE RAPPORTEUR. — En Hollande, la majorité protestante, dans une importante fraction, est d'une intolérance qui ne le cède à aucune religion infaillible. La discussion s'ouvre en 1806 — remarquez cette date, — on parle d'organiser des écoles publiques : on fait un programme. Alors interviennent les catholiques de la minorité ; ils s'expriment par la bouche la plus autorisée, celle de l'archiprêtre de Frise, qui dit :

« Pour voir régner la concorde, l'amitié, la charité entre les diverses religions, il est nécessaire, à mon avis, que les instituteurs s'abstiennent de l'enseignement des dogmes des diverses communions. > {Applaudissements et rires à gauche.)

Cinquante années s'écoulent ; on revise cette loi. Nous sommes en 1857; deux orateurs catholiques prennent la parole. Le premier, M. Van Poldersveldt, parle ainsi :

€ Je repousse tout enseignement dogmatique donné à

Técole, et la séparation facultative des enfants de confession différente. »

Et M. Mussen, catholique également, s'exprime d'une façon plus précise, plus claire, plus i^ette encore :

€ Je veux une école strictement laïque, sans nulle tendance religieuse d'aucune espèce. »

Ainsi les catholiques demandaient la neutralité.

Que leur répond le chef du parti ultra-protestant, M. Pristeren :

€ Tout autre intérêt doit être subordonné au principe de la foi... Le principe de l'école neutre entraînerait nécessairement l'exclusion du christianisme dogmatique et historique. Exclure le christianisme, c'est exclure de l'école toute religion, c'est décréter l'école athée. »

M. Paul de Cassagnac et plusieurs membres à droite. — Très bien ! très bien !

M. LE RAPPORTEUR. — Aiusi parlent, dans tous les pays, les représentants des majorités religieuses violentes : vous le reconnaissez à ces « très bien ». [Applaudissements à gauche,)

Mais les vraies majorités raisonnables, ennemies de l'esprit de secte et d'intolérance, tiennent un tout autre langage.

M. Wintgens s'exprime ainsi dans cette discussion : € Je veux une école complètement indépendante de l'Église. Si l'État dans son enseignement empiète sur le terrain de l'Église et va enseigner aux enfants, non pas ce qu'ils doivent savoir, mais ce qu'ils doivent croire ; si, au lieu d'abandonner cette instruction à la famille et au clergé, l'État' s'en empare, alors c'en est fait du repos et de la concorde dans notre pays. »

A gauche. — Très bien ! très bien !

M. LE RAPPORTEUR, Continuant. — « L'État ne connaît pas la diversité des croyances. Il ne peut, il ne doit former

que de bons citoyens, des sujets fidèles, des patriotes

dévoués. »

A gauche. — Très bien ! très bien !

M. LE RAPPORTEUR. — La majorité de la Chambre se

rendit à ces sages observations; appuyée par la minorité catholique, elle repoussa les prétentions et les exigences des partis extrêmes : la loi fut votée; vous savez comment elle s'exprime, car la loi de 1806 fut reproduite à peu près textuellement en 1857, et la loi de 1878 est la même, sauf quelques modifications.

Voici le texte de la loi de 1806 :

« Art. 22. — Tout enseignement scolaire devra être organisé de façon que l'étude des connaissances nécessaires soit accompagnée du développement des facultés intellectuelles et que les élèves soient préparés à la pratique de toutes les vertus sociales et chrétiennes. »

Et l'article 23 de la loi de 1857 dit : « L'enseignement, en donnant les connaissances utiles et appropriées aux besoins, doit servir à développer l'intelligence des enfants et à les préparer à la pratique de toutes les vertus chrétiennes et sociales... »

M. LE COMTE DE Maillé. — Chrétiennes!...

M. Langlois. — Attendez!

M. LE RAPPORTEUR. — c L'instruction religieuse est abandonnée aux ecclésiastiques des diverses communions.

« L'instituteur s'abstient d'enseigner, de faire ou de laisser faire quoi que ce soit qui puisse être opposé au respect dû aux principes religieux des dissidents... M. Paul de Cassagnag. — Très bien! C'est la vérité! M. LE RAPPORTEUR. — Voilà une dernière disposition très sage et si quelque amendement vient de ce côté [Vorateur désigne la droite) la reproduire, nous ne demandons pas mieux que de nous y associer.

J'ai entendu une observation se reproduire à propos des mots : « vertus chrétiennes ».

Il faut voir dans quel sens ce mot a été entendu en 1806 et en 1857.

En 1857, une discussion s'est élevée sur ce point; quelques-uns semblaient craindre que ces mots de « vertus chrétiennes > n'ouvrissent la porte à l'enseignement confessionnel.

Chose singulière ! ce fut un député appartenant à la religion israélite, M. Godefroi, qui se leva, demanda à la Chambre de maintenir cette expression, et qui se chargea d'en déterminer le sens.

Voici comment il s'exprima :

€ Strictement, l'esprit de la Constitution et le principe de la séparation de l'Église et de l'État exigeraient la suppression des mots « vertus chrétiennes >. Pourtant, comme ces mots n'expriment pas les dogmes chrétiens, mais les vertus chrétiennes, nous, israélites, pouvons les admettre, parce que tout homme, même non chrétien, doit avouer que les vertus chrétiennes sont les principes qui doivent guider l'homme dans la vie, à quelque religion qu'il appartienne; aussi longtemps que la vertu sera l'objet de la morale, aussi longtemps la culture des vertus chrétiennes signifiera enseignement de cette morale que le christianisme manifeste et qu'il porte au fond de lui-même; tous nous pouvons accepter cet enseignement, à quelque culte que nous appartenions. »

M. LE COMTE DE Maillé. — Lcs libres penseurs acceptent-ils cela?

M. Paul de Cassagnac. — Faites-en votre profit !

M. LE RAPPORTEUR. — Oh ! il y a beaucoup de gens qui pourraient faire leur profit des vertus chrétiennes!

M. DE LA Bassetière. — Et ccux qui n'ont point de culte?

M. LE rapporteur. — Même ceux qui n'en ont point. C'est dans ce sens et dans ces conditions que l'orateur que je cite entend et explique les mots « vertus chrétiennes >. C'est dans ce sens et avec une finesse que mes honorables contradicteurs me semblent n'avoir pas bien comprise, qu'il demandait le maintien dans la loi des mots : c vertus chrétiennes >.

Cet enseignement de la morale, nous le trouvons maintenu exclusivement chez presque toutes les nations qui nous entourent. La constitution du canton de Genève du 24 mai 1847 porte que l'enseignement religieux est distinct des autres parties de l'enseignement.

En effet, il n'y était ni obligatoire, ni donné dans l'école par rinsHtuteur; c'est la thèse que nous soutenons en ce moment.

La loi sur l'instruction primaire de Genève du 19 octobre 1872 dit dans un paragraphe de l'article 32, en faisant l'énuraération des matières de l'enseignement : « Entretiens sur les devoirs de l'enfance. » Ces mots sont plus restreints, plus modestes peut-être que ceux d'enseignement de la morale; mais il est bien évident que ce sont là des expressions synonymes.

La constitution fédérale suisse du 29 mai 1874 généralise ces pratiques du canton de Genève et de quelques autres cantons. L'article 27 porte :

€ Les écoles doivent pouvoir être fréquentées par les adhérents de outes les confessions sans qu'ils aient à souffrir d'aucune façon dans leur liberté de conscience et de croyance. >

En Angleterre, l'acte de 1870 dit, article 7 : « On ne ' peut exiger, comme condition à l'admission dans une école ou à sa fréquentation, que l'enfant fréquente ou s'abstienne de fréquenter... »

Remarquez, messieurs, la sagesse profonde de ces mots. Ils correspondent bien à ces paroles de M. le ministre de l'instruction publique, quand il disait : « Nous ne voulons pas une religion d'État; mais nous ne voulons pas non plus une irréligion d'État. » (Très bien! très bien! à gauche.)

Je reprends.

« ...que l'enfant fréquente ou s'abstienne de fréquenter une école du dimanche ou un lieu consacré au culte; qu'il observe dans l'école ou ailleurs certaines pratiques religieuses, ou qu'il reçoive un enseignement religieux dont ses parents l'avaient dispensé. >

L'application à l'Ecosse donne exactement la même indication.

Pour l'Irlande, pays plus intéressant pour nous, parce qu'il a plus de rapports, au point de vue de la religion, avec notre état actuel; pour l'Irlande, c'est encore le

vGoosle

même principe contenu dans Pacte de juin 1877. Et Ton va bien loin, car, pour des raisons d'ordre et de tranquillité publique, il est dit à l'article 71 : « Les commissaires n'autoriseront aucune inscription contenant un titre ayant un caractère confessionnel, qui leur semblerait indiquer que l'école appartiendrait à une communauté religieuse particulière. >

Messieurs, nous n'allons pas jusque-là, tant s'en faut; nous laissons la liberté aux écoles privées. Nous sommes de beaucoup en arrière de la libre Angleterre, dans les atteintes portées à la liberté publique. (Approbation à

M. LE COMTE DE Maillé. — L'Angleterre ne respecte pas la liberté à l'égard de l'Irlande.

M. le RAPPORTEUR... — c Art. 75. — On devra fournir les moyens (comme il est prescrit ci-après) aux enfants fréquentant toutes les écoles nationales de recevoir l'instruction religieuse que leurs parents ou tuteurs approuveront... »

Messieurs, nous répondons à cette partie de l'article par le second paragraphe de notre article l^"*, qui dit : € Deux jours par semaine, y compris le dimanche, resteront vacants pour recevoir l'instruction religieuse... »

€ Art. 76. — L'enseignement religieux doit être donné de telle façon que chaque école reste accessible aux enlants de toutes les communions; qu'il soit tenu bon compte des droits et de l'autorité des parents; que, par conséquent, nul enfant ne reçoive un enseignement que désapprouveraient ses parents ou tuteurs ou n'assiste à cet enseignement; et que le moment choisi pour donner l'instruction religieuse en question soit fixé de telle façon qu'aucun enfant ne se trouve, de ce chef, exclu de fait, directement ou indirectement, des autres avantages que procure l'école. >

En Amérique, ou du moins dans un grand nombre d'États de ce pays, des dispositions analogues existent, et elles sont très clairement indiquées et nettement déterminées dans la loi qui régit l'État de Californie :

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