LE PETIT MARCHAND
Puis il dansa joliment
Un beau branle, à la française;
Et la belle au cœur bien aise
En eut tout contentement :
— « Ah! l'amour! Qu'il est charmant!
Viens, mon chou, que je te baise! »
Mais voilà qu'en ses yeux verts
Passe une lueur méchante.
Elle dit : — « Rien ne m'enchante.
Fanfreluches ni beaux vers;
Au diable tout l'univers :
Je veux l'oiselet qui chante! »
Elle dit en grand courroux :
— « Je veux l'oiselet qui pleure! Qu'on le mette, ou que je meure.
Ici, là, sur mes genoux! »
— « Bah! répondit l'homme doux.
Patience : tout à l'heure! »
Et le roi tremblait toujours Ainsi qu'à son ordinaire :
Oh! Quel prince débonnaire!
Battez pour lui, gais tambours!
Il est sourd entre les sourds.
11 ne craint pas le tonnerre!
Bonsoir, amis; on m'attend :
Que l'amour vous accompagne!
Si vous allez en campagne, N'oubliez pas l'important.
Le bel oiseau qui plaît tant En France comme en Espagne!
LESIREDELANTURLU 29
LE Sl\E VE LcA^TUT{LU
Vç^uEL fichu temps! L'hirondelle
S'apprête à partir.
Allons, pour nous divertir,
Battre l'Infidèle! »
Et, comme un gas résolu, S'en fut à la guerre
Le seigneur de Lanturlaire Et de Lanturlu.
Sur sa bonne jument grise, La lance en arrêt,
Il chevauchait, guilleret, Pourfendant la brise!
En son chemin, rencontra
Une bergerette Qui chantait landerirette
Ou landerira.
Sur sa bouche était la rose.
Celle qui rend fou !
Ses moutons avaient au cou, Tous, un ruban rose.
— « Où donc allez-vous si beau, Jean de l'Eglantine? »
— « Je m'en vais en Palestine, Au divin tombeau ! »
LESIREDELANTURLU ^I
— « Arrêtez un peu, de grâce,
Marjolet charmant!
Connaissez-vous seulement
Les bois où l'on passe?
« Ah! plus d'un s'est égaré Sous la verte branche!
Donnez-moi votre main blanche Je vous suiderai. »
— « Bergerette, ma chère âme, Un très grand merci !
Puis-je m'arrèter ici,
Quand Dieu me réclame ?
« 11 me faut marcher toujours, Sans repos ni trêve :
Adieu donc la fleur du rêve, Adieu les amours!
« Jésus veut que j'aille occire
Les damnés païens :
A mort! A mort tous ces chiens! »
— « Ah! ah! ah! Messire!
« Ecoutez, gentil seigneur, Écoutez la chose :
En mes yeux fleurit la rose Qui porte bonheur!
« Auricz-vous peur d'une blonde?
Oh! Fi donc! vraiment!
J'ai pour vous un talisman,
Le meilleur du monde.
« Il emplira votre cœur Qui n'y songe guère!
En amour comme à la guerre Vous serez vainqueur. »
LESIREDELANTURLU 33
Elle avait un air si tendre,
Un ton si badin!
Le damoiseau prit soudain
Plaisir à l'entendre.
Et voilà son cœur léger, Son cœur qui s'éveille
Et vole, comme l'abeille Autour du verger.
O turlurette! O surprise!
Son cœur est perdu!
Le bon sire est descendu
De sa jument grise.
— « Bah! bah! Le damné païen Est fait pour attendre!
Il est toujours bon à pendre :
Il n'y perdra rien! »
Et le fou dans la fougère Décrit cent festons,
Caresse les blancs moutons, Baise la bergère.
Au bout d'un an révolu, Revint de la guerre
Le seigneur de Lanturlaire Et de Lanturlu.
Il revint de sa campagne Sans être blessé :
Il n'avait pas dépassé
Bombance et Cocagne!