‹ Le clou do̕r. La pendule.: La penduleChapitre 3 sur 5 · La note suivante Était jointe â celle lettre · texte numérisé non relu

La note suivante Était jointe â celle lettre

I Concevoir, metti-e dans 1:

a bouche de l'aman-

reux u:

n idéiil de petit ro

man dans lequel la

femme,

sans se piquer d'u

ne telle profession de

vérité.

tromperait un peu

son amoureu>i, lui

ferait c

certain

art pourtant qu'elle l'aime, qu'elle vou-

drait Vi

limer, qu'elle craint

do trop l'aimer.

» Coquetterie innocente,

permise, illusion qui

aide à la durée des vrais se

nlimenla. (Tracer ce

petit r

Oman a a sein de

l'aulro comme con-

Irasle.}

On parlait un jour chez madame de B...

de ces étoiles si éloignées que la lumiËre ne nous eu arrive que lorsque peut-Cire elles n'y sont plus : ainsi des pensées durant l'absence. L'absence est source d'illusions. Celte lettre vous porte en toute hâte une pensée que je n'aurai peutêtre plus quand vous la rccevrei, et quand vous î répondrez. — Amants, heureux amants, voufeE-cous voyager... ?

Une femme qui accomplit ses devoirs conjugaux, qui révère ses trente-six tantes, qui craindrait d'aliéner son con-

Tesseur, qui no voudrait pas non plus manquer d'une lieure un bal du Luxembourg ou des Ambassades, et qui à lu Tois réclame pour elle en sus le plus platonique et le plus vif des amants. — Enfer! enfer !

Ob ! si, après tout ce grand démêlé et le grand combat entre nous, en relevant les morts et les blessés, je trouvais parmi ceux-ci le Charme, ce fatal j« ne êaie quoi, blessé JL niorl, oh I comme je bondirais à la fois de douleur et de liberté 1

joie, Û cri d'orgueil, à liberté rendue... I

Ce quelque chose qu'on appelle le chaîne et qui est k l'amour ce que la grâce est à la beauté, c'est-à-dire quelque chose de mieux que l'amour même.

Ce dimanclie SS.

Il me tardait, chère madame, d'apprendre que vous éliez mieux et que cette aourfrance n'avait été que passagère. Je suîa revenu hier de C", où j'ai passé huit jours en tËte-à-tâte de madame de B... et du chancelier, et fort agréablement ; j'ai beaucoup causé du temps passé ; je m'j montrais très digne de les entendre, et il n'a tenu qu'à eui de me prendre pour un de leurs contemporains. Je n'ai pu rien faire durant ce temps ; quand je suis tant soit peu au monde, cela m'applique entièrement et je ne suffis pas à tant de choses.

J'ai seulement profilé du séjour pour de-

LE CLOU D on

mander h madame de B*" la Tavcur de lire son roman, ce qu'elle m'a accordé, et j'en ai lu un volume et demi : j'ai emporlË le dernier avec moi pour l'achever. Celte lecture m'a charmé : jo vis avec ces personnages et m'intéresse à eux comme s'ils existaient, ce qui est le triomphe pour un roman. — l'en ai conclu que le mieux, dans les afTaires do cœur, est toujours de s'expliquer ; au moins, si l'on est malheureux ensuite, on sait pourquoi. Les malentendus irréparables sont une sottise trop cruelle; mats le monde, avec ces petites convenances qui sont tout, adore les malentendus et est organisé pour cela quand on n'a pas le courage de percer la gaie.

J'aurais bien, chère madame, quelque chose JL répondre fc votre lettre et à votre théorie de l'entier qui n'en est pas un :

c'est ingénieux, c'est vrai en général; mais je ne conçois pas trop que ceci s'applique dans le cas présent (du roman, que vous

LE CLOU D on a

savez bien). Il s'agit du cœur. Le donneton tout entier, oui ou dod...? donner le cœur tout entier quand on est femme, c'est quelque chose qu'on comprend; le donner dans la mesure délicate que définit voire plume et qu'elle peint des couleurs de l'arc- en-ciel, cela se comprend encore, et je dois dire que c'est de cette sorte que la plupart des femmes aiment à le donner.

Il ; a une certaine nuance de clair-obscur, d'aube ou de crépuscule, quand, ainsi 4]ue le dit le poète,

11 n'est pas encor nuit, il n'est déjà plus jour,

qui sied à merveille k leur tournure d'imagination et de rêve.' Je ne contesterai jamais le charme qu'il peut y avoir dans une telle relation ; j'y verrai tout, la raison, la délicatesse, le bonheur même, si vous voulez, tout, excepté le don enlier; et c'est précisément parce qu'il n'est pas entier et qu'il j a réserve, réserve indéfinie, sous-

entendue, que les femmes l'aimenl, heureuses de pouvoir le définir à chaque instant, le resserrer ou l'étendre selon la convenance ou le rayon. Je parle ici en moraliste désintéressé, comme parlerait un témoin, et je fais de la raison b. mon tour. J'irai jusqu'au bout et j'ajouterai que je crois, en elTct, que, tou^s les Tais qu'une telle relation suRit aux êtres mis en présence, il est mieux de s'y tenir; on gagne ainsi les années; on élude les restes et les retours de jeunesse, et l'on se trouve avoir pour le déclin de la vie quelque chose d'uni, de doux, mélangé d'nn certain regret qui ne va pas à la colère, attendri de certains souvenirs qui ne vont en aucun cas au remords. Pour les gens du monde à proprement parler, qui se sont connus un peu tard, le mieux sans doute est que ce &oi[ ainsi, et je viens de voir un de ces exemples de trop près pour ne pas y applaudir.

LE CLOU D on 17

Si j'osais être morulisle Jusqu'à k dernière cxlrémi té, j'ajouterais cependant que, dans de telles relations, l'hommo ne peut Ctre salisrait et se trouver heureux qu'à de certaines conditions, à condition par exemple de ne voir Id qu'une dislracLion, un intérêt vrai sans doute, mais pas exclusif.

une manière de passer sa vie, qu'il recommencerait demain ailleurs si ce lienlà lui manquait. Si l'homme, surtout en le prenant plus jeune, avait demandé d'abord davantage à cette relation, ce serait pour lui descendre que de s'établir à ce degré tempéré. Que scrait-co s'il avait éprouve ailleurs ce que c'est qu'un sentiment absolu et s'il avait vécu dans le soleil !

' La raison pourtant, en ne consultant qu'elle, lui conseillerait sans doute d'accepter, s'il n'était qu'homme du monde; il retrouverait là un mélange d'agrément et d'émotion douce, une ombre par moment flatteuse d'un idéal désormais inter-

LE CLOU D on

th. — S'il élnil le contraire d'un homme du monde, misanthrope bu Tond et homme d'étude, la môme raison lui conseillerait de bien réfléchir avant de se résigner à un état perpétuel de lutte, d'irritation secrète et de trouble intérieur qui rejaillirait involontairement sur la personne la plus reipectée.

Voilb ce que la raison, cette exécrable raison qui admet le raisonnement et, quoi que vuus en disiez, la discussion, voilà ce qu'elle permettrait de balancer et de mctlre au^ prises sans trop d'absurdité. — J'en puis parler ainsi sans oITenser personne ; car, pour mon compte, je ne m'en accommode guËrc dans la pratique. Je me laisse reprendre et soumettre en présence par l'elTet de Je ne sais quelle disposition de faiblesse qui subit le charme. Je me prête k tout un jeu aimable et affectueux que je connais et que je maudis ; je retombe, au sortir de Ift, dans une misanthropie d'autant plus amérc. Je suis tonte

de demander à la premiÈre femme Tocile l'ombre dea plaisirs désormais séparés de l'amour. J'use ainsi les restes de ce que je n'ai plus le droit d'appeler lii jeunesse, et je n'établis nulle part l'âge mûr pour lequel, cependant, je le sens bien, il n'est d'abri solide que dans le profond du cloître d'étude et dans la conversation philosophique avec les amis, avec ceux qui savent tout et qui regrettent, comme nous, ce que rien ne peut rendre.

Vous vouliez do lu raison, en voilà plus qu'il n'était besoin, plus que la franchise d'une femme n'en peut porter. Aussi cette lettre court-elle grand risque de ne point partir. — Au reste, chère madame, vous n'y verriez que l'idée fixe & laquelle je suis en proie, et, vous qui avez aussi la vôtre, vous devez la pardonner en moi et ne pas surtout la méconnaître.

J'achève à peine, me déterminant à peu près h ne pas envoyer.

' 11 est dea réfleiiions qu'il est trisle de faire, qu'il est pénible de s'avouer.

Je voudrais que, dans ce que je vais dire, il n'y eût rien de blessant, rien qui senllt l'irritalion; c'est bien assez de la tristesse.

Vous ôles-vous jamais demandé ce que devient pendant des mois un cœur ardent, malade, fatigué, tel que (sans plus le définir) vous connaissez le mien, — ce que devient ce cœur livré b. lui-mCme, sans espoir, sans consolation, dans la solitude, et à quels excès il peut se porter, au point de se consumer, de s'user, de s'altérer et de s'aliéner? A quels excès,

il quel suicide moral en quelque lorte, on peut ainsi se porter contre soi-mâme, quand on sent que ce secours, tel qu!on le désirerait, ne vient pas, ne viendra pas?

Il est impossible qu'avec votre esprit, avec votre cœur, voua ne vous soyez pas posé la question, et pourtant vous avez agi constamment comme ne la soupçonnant môme pas : pendant des mois, j'ai pu mesurer la limite d'une alTeclion que je ne puis croire indéfinie. J'ai touché cette limite; bien plus, je m'y suis heurté à chaque minute, à chaque point du temps, et elle est restée, cette limite, fiie, invariable, inébranlable.

Pendant ce temps, pas un mot, mais pas un ! n'est échappé de votre plume, qui sentit l'abandon, qui dérogeât aux lignes rigoureuses que vous vous élîee présentes. Vous avez tenu rigoureusement ce que vous aviez résolu d'avance.

Si quelqu'un, écrivant une lettre dans un

moment d'émotion où la main tremble, s'élait dit de n'écrire que sur une feuille de papier bien réglée, de manière à ce qae pas une ligne ne fût droite, il aurait fait matériellement ce que vous avez su faire au moral. 11 m'a été impossible àa ne pas reconnaître et ressentir tout cela.

Je sais tous les obstacles, je les apprécie, je crois avoir montré que je n'avais pas le dessein (quand j'en aurais eu la possibilité] d'abuser d'une situation anssî entourée et aussi délicate', mais enfin il n'jf a eu aucun abandon, aucun mot qui répondit à ceux que j'implorais. Je sais maintenant ou jamais la mesure' de cette affection ; je sais ce que c'est que de faire dépendre son bonheur unique do TOUS, d'une parole de tous.

Pendant des mois, dans la solitude, mon cœur a travaillé sur lui-même, contre lui-même; on voyait de loin ce travail, et on l'a laissé s'accomplir. Qu'espérait- on

qu'il en sortirait ? Il en sort aujourd'hui des cendres.

II me serait impossible, en prolongeanl, de ne pas laisser échapper quelque mot qui marqunt l'iriitation et l'amertume; et je dois me les interdire aujourd'hui. Nous avions paru, dans ces derniers temps, tout remettre k je ne sain quelle grande conversation que je savais bien presque aussi impossible que le reste.

Cette conversation, aujourd'hui, ne mëue* rait à rien, n'apprendrait rien que nous ne puissions savoir déjà-,lc mieux est de ne pas se l'accorder. — Dequelle'explication avons-nous besoin ? — Ce qui est sOr pour moi, c'est que la continuation de celte liaison engendrerait en moi des sentiments qu'on doit étoufTer, et m'amènerait presque à huir ce que j'ai eu de trop cher, ce que je reconnais si aimable k tant d'égards et ce que je dois toujours respecter. Dans de tels cas, dès qu'on le

LE CLOU D OR ti

peut et qu'on s'en croit la Torce, il faut rompre, délier, taire, ensevelir. Ainai seulement il peut rester place avec le temps à quelque chose encore de Irialement arfectueux.

J'ai hâte de rendre ce que j'ai reçu de lettres, et je les renverrai dès que j'en verrEÛ le mojen. Quant aux miennes, je désire expresBèmenl qu'elles soient détruites, brûlées, en un mot qa'elleB ne svbsiitent plus. Celle-ci est la dernière que je voudrais avoir ii adresser. Je demande pardon de ne rien ajouter. Quelles paroles rendraient ce qui convient? Il n'y a que le respeci, la tristesse el le silence. .

Madame,

Tout ceci peut vous parallre peu clair, tant nous avons cessé de nous entendre depuis des mois; je profile d'un rare moment d'épancbement pour m'expliquer un peu et laisser échapper les pensées que mon cœur resserre.

J'ai quinze Jetlres dans mon portefeuille, des lellres de rupture ou à peu près : tout ceci m'est devenu impossible à supporter, à continuer de cette sorte, et pourtant je n'ose rien risquer de solennel, d'irréparable.

Comment le chemin qui mène chez

TOUS, comment les pavés de volie place, comment l'idée de me retrouver devant TOUS m'est-ellc devenue pénible, presque odieuse? Est-ce ma faute, & moi uniquement T

Depuis des mois, pas un mot de tous, de ces mots que j'aurais désirés et que j'implorais, n'est tombé sur moi. Vous aveE mesuré toutes tos paroles.

J'ai louché, j'ai heurté la limite de votre afTecIion, et celle limite, durant des mois, est demeurée inébranlable.

Uais ce n'est pas ici le moment de rappeler ces choses : il me sufât de les laisser échapper pour expliquer ce qui ne se pourrait autrement comprendre.

Je voudrais être libre et plus jeune, je demanderais à voire mari de l'accompagner en Orient comme secrétaire ou A tout autre litre : au moins, je secouerais la vie, et peut-ûlre, forcément, vous regarderiez quelquefois de ce côté.

J'béaile & vous revoir, je voudrais sincèrement pouvoir l'Éviter, je crains de reprendre ainsi un joug que je me suis juré de briser.

Tout ceci n'a plus aucune Issue.

Et, en voua disant ces choses, je voudrais (arrangez cela comme voua le pourrez) qu'il n'y eût rien qui put vous arOiger, Je voudrais que, de vous-même, lasse eL tournant vos idées ailleurs, vous sentissiez que le qnieux est de ralentir, de laisser tomber.

Ce 20. Vendredi.

Chère madame,

11 faut vous répondre, quoique je sois dans la disposilion la moins propre à le faire comme je le voudrais. J'aurais déj^ répondu à volro letlre, que j'ai reçue dimancho dernier après le diipart de la mienne, si Je m'étais senti plus capable, plus digne. Non, madame, on ne vous oublie pas; non, on no cherche pus des amis nouveaux ou anciens ; nen, on ne fait aucune visite lointaine, et mâinc on sourit avec une pitiâ amère à une telle idée, comme silo cœur revenait jamais aux lieux qu'il a pour jamais quittés et comme

it LE CLOU D Oa

si ces lieux ne lui élaîent pas pires qu'odieux , c'est-à-dire du plus assommant et <lu plus Tastidieux souvenir. Le Riat est ailleurs, il est en moi : je ne suis pris fait pour le monde, qu'& la rencontre et au passage ; mais d'habitude, de liaison ordinaire, point. Ceci me reprend et éclale dis que j'ai un moment à voir clair et à respirer. A ce dlnei l'autre jour, chez H. de Salvandr, j'étais comme un homme des bois, je regardais la porte; tous ces gens me semblaient un bal masqué (je n'en ai jamais vu d'autre, et (a me suffit). A aucun moment de ma vie (voyez- vous), je n'ai cessé et Je ne cesse de voir la planche aous le tapis, la latte et le galetas sous le plafond doré, le sque-.

lette sous lout ce qui le revfil. Qu'y faire? Ceci m'est inséparable. Quant am affections, de bonne heure j'ai soufTert dans mes plus naturels sentiments, il ; a eu dans mon enfance quelque chose qui m'a

i CLOU D OH 43

empoisonné la douceur du senliment de famille. Depuis, j'ai eu l'absence, l'isolement BU collège ; j'en ai tant soulTert, que j'en serftis mort ai cela avait duré. Alors, j'ai compris qu'il Tallait être philosophe et aussitôt j'ai hardiment porté la pierre infernale aux racines trop tendres de mes sentiments, j'ai brAié, brûlé, J'ai en bonne partie détruit. Je ne sais pas tout à fait comment on alwlit les senllments; mais je sais des recettes sûres pour les arrêter, les ravager en moi, les empoisonner, lis ne servent qu'à troubler la vie. Vous voyei que je n'aurais pas dû vous écrire :

mais vous autres, pauvre chère madame, voua autres belles dames du monde, vous ne savez pas ce que vous fuîtes en jouant ainsi sans cesse avec les lions et les ■ ours, — Pour en revenir à l'état où je puis, je hais le monde, j'en ai de trop; si j'avais un pauvre petit avoir à moi, un coin où reposer ma tête, j'y courrais, je

m'j cacherais durant tous ces mois, mai»

je suis 1â, enchaîne à celle borne de l'eiécrable Inslitut, en plein Paris. Qu'importe? Je ne vais nulle part, je n'ai pas Tait une seule visite depuis que je vous ai écrit. Je dis aaseï clairement à tout ce monde : » Je ne me soucie pas de vous, de grûce, je suis reconnaissant. Uais laissez-moi. » Voilà le vrai. Avec cela je m'extermine de fatigue le plus possible, je voudrais pouvoir me livrer à toutes les passions pour en finir. Les matins, malgré tout, je mène assez bien l'étude ; j'y ai trouvé toujours si peu de choix et de liberté, que cela m'est à peu près égal de faire tel ou tel article, pourvu que j'aie les moyens de le bien faire. Ainsi je vais toujours de ce cOlé, dissimulant et faisant le sage, comme, au reste, on le fait perpétuellement dans ce monde menteur, chacun montrant une face et cachant les autres. Je me montre trop à vous ai^our-

LE CLOU D OR (ï

dliui Hais que faire 1 Vous me demundei ce quQ je sens el je déchire les plaies.

Je ne suis pas digne de vous, de cette relation si douce et si ornÉe; Je compte pourtant ù fond sur votre amitié, votre intérêt. Je ne vous dirai pas que cela m'est indifférent malgré toutes les duretés de celte lettre. Mon, chère madame, c'est un de mes rêves, un de mes trésors d'imagination aux moments oCi je me permets d'en avoir. Je me dis :

« J'ai connu une charmante femme, une ftme d'or, l'amabilité même, faisant tout pour les autres, pour un nmnde qui ne la méritait pas, qui pourtant l'appréciait et qui en devenait autour d'elle plus aimable et meilleur. J'aurais voulu être, par Dalure, de ce monde pour jouir, dans la mesure voulue, de taut de bonne grâce et de distinctions proportionnées qu'elle savait répandre autour d'elle. Elle m'a donné idée de la vie heureuse dans k

(s LE CLOU n OR

société, idée qu'avant elle je n'avais pas. s Et puis je me renfonce dans la solitude, dons la misantllropie incurable, dans le Que que ça fait? universel. Après tout, le peu que je vaux comme esprit, c'est par Ih, et j'ai encore beaucoup à exprimer en ce genre, « je puis recueillir mes forces et me ramasser dans quelque œuvre, une de ces œuvres qu'on ne lira pas tout haut en cercle.

11 est bien temps de me parler encore du vojage h Lausanne (et non à Genève), mais vraiment je n'y comprends rien. Oui, il m'eût été doux, pris et enlacé, de suivre sans cesse, d'être conduit à choque moment; mais on Iflcbe toujours, on me livre ù moi-mfime, je me perds, je m'abîme, et il faut tout aussitôt que je me retrouve, comme si de rien n'était, comme si tous ces échecs du cœur, coup sur coup, pouvaient laisser recomposer une fraîcheur de joie et de jeunesse.

Voilà des pages remplies, Je ne sais ai je Youa les enverrai, je iroia que non.

Vous aniiger en vous blessant, ou bien Toua affliger par mon silence en vous- Bllmatnt aiiuplement et vous donnant à croire à de la négligence! —le ne sais encore, et le hasard en décidera. Adieu!

adieu 1

NOTE COJVFIDESTIBLLE

Ce 3 juillet.

J'espérais presque aujourd'hui une lettre et je n'en ai pas reçu. Je suis seul depuis bien longlemps, je ne vois personne : mes Jours se passent à l'élude ou à la réflexion, mes soirées à la marche. C'est le cas ou jamais de voir clair en moi, en mes scnlimenls, et la voix du dedans, en ces heures de silence et de triste sérénité des cieux, ne saurait se më connaître.

Le Tond de mon cœur est une désolation morne et sans recours. J'aime, ou plutAt (comme mon cœur ne vil plus) j'ai

se LE CLOU D OB

aimé quelqu'un ; mais il n'y a en ce sentiment aucun espoir d'avenir pour moi, aucun rayon de bonheur. Les moments ob ce bonheur aurait pu naître et charmer ' d'un long parfum l'avenir sont passés.

Je n'ai plus de prinlemps : ce qu'ils me Tont éprouver de douloureux est impossible à dire. Le désir lui-mûme me devient une douleur insupportable; j'aime mieux la tristesse unique, habituelle, m'y enfoncer et m'y abreuver.

Le moment approche oii, moi qui n'ai aimé qu'une seule chose en la vie, me disant que c'en est fuit à jamais, je ne pourrai plus prendre sur moi l'elTort de sourire au monde, et j'entrerai, pour n'en plus sortir, d>ins la retraite la plus absolue et délinitivo.

Celle qui aurait pu m'en arracher et ToJre prévaloir en moi d'autres sentiments plus animés et plus heureux est séparée de moi par trop de convenances et de né-

cessLtés sociales, et par une manJËro 4e senlir trop différente.

Elle est un cbarmant mélange de bon sens, de légèreté, de coquetterie et de vertu. 11 r a là de quoi pétrir la plus divine saveur d'amitié. Mais je ne suis pas digne de l'amitié, puisqu'elle ne me suffil pas, et je ne conçois qu'un autre sentiment pour la sceller et l'assurer à jamais entre deux personnes faites pour l'union des cœun.

J'ai l'air d'avoir tort, mais peut-ûlre (et, au fond, j'en suis persuadé) je suis dans le vrai de la nature en sentant de la sorte. Quoi! on aurait désiré plus que tout une personne aimable et adorée, on l'aurait dés'urée durant des saisons, et elle-même aurait fail quelque chose pour attiser ce désir et ne pas le laisser se décourager ; et, après des saisons passées, lorsque l'heure de trop tard a sonné, on pardonnerait la mort de ce divin bonheur qui avait été espéré ou montré du moins, et que des

Page 1