CHAPITRE TROISIÈME
La Société populaire deMet^ contre le Conseil général de la Commune et le Directoire du département : l'affaire des piques, les adresses au roi. Nomination d'Anthoine à la mairie. Les fonctions publiques aux mains des Jacobins.
La Société populaire et la municipalité de Metz avaient été d'accord, tant qu'il s'était agi de propager les premiers principes révolutionnaires et de faire exécuter les décrets de l'Assemblée constituante. Il faut d'ailleurs noter que l'assemblée municipale comptait dans son sein quelques uns des membres les plus influents de la Société. C'est ainsi que les fonctions de procureur de la commune étaient confiées à Périn, ami personnel de Koederer et qui avait présidé à l'élaboration des statuts. Périn et avec lui Adam, secrétaire du conseil général de la commune, formaient comme un trait-d'union entre la municipalité et la Société.
Cependant cet accord ne pouvait durer indéfiniment. Tandis en effet que le conseil général de la commune conservait une certaine stabilité, l'esprit du club se modifiait chaque jour par l'adjonction de
nouveaux membres, et, comme il arrive souvent aux époques de fermentation politique, c'était le parti le plus avancé qui voyait augmenter le nombre de ses partisans. Il était naturel aussi que la municipalité' finit par prendre ombrage de l'intrusion continuelle de la Société dans les affaires qui étalent de sa compétence.
Jusqu'au moment précis cependant, où la lutto éclata, les rapports n'avaient pas cessé d'être courtois entre la municipalité et la Société populaire. Nous voyons en effet, qu'au commencement de février 1792, lorsque la municipalité fut obligée par les cirooDStances de retirer à la Société la salle de l'abbaye St- Louis^ dont celle-ci avait alors la jouissance^ dUe l'autorisa à faire un choix parmi les autres loCôu% doili elle pouvait disposer. Dans la lettre écrite â ee siujdt par le corps municipal à M. Gaspart^ premier seord' taire du club, séant à la ci-devant abbayedeSt^LoUis^ le premier déclare qu'il connait « l'utilité des assemblées de citoyens qui professent l'amour de lacoli8ti« tution et qu'il n'a rien de plus à cœur que de tétiiDi-gner son estime pour les travaux et le zèle patriotique de bons citoyens (1 ) » .
C'est à la fin du même mois cependant que la lutté éclatait à propos d'une souscription organisée par Ifi Société populaire pour fournir des piques aux citoyetli qui n étaient pas encore armés < La souscription avait été annoncée par voie d'affiches, les souscripteurs
(i) Archives de Metz. Correspondance du corps municlpali
étiai^Ht mvité§ à opérer l-^ur versement au siège d^ lia société et on se proposait de demander à la rouni'p pipaJité (Je veiller à la distribution des armes,
UîiQ lettre fut en effet envoyée à la municipalité, signéjB 4e 3 citoyens (1) pour l'informer de la souscriptioîi et lui demander son concours. Mais la mu» picipalité m l'entendait pas ainsi et soit qu'elle vou^ lut satisfaire des rancunes anciennes, soit que la démarcbiç de la société mit le comble à son exaspération! eU# sa dressa menaçante devant la Société po^ pujôir^^, résolue, à ce qu'il semblait, à en finir avec sa ^ary^illaiiiç# et son ingérence perpétuelle dans les ^g'dires municipales. Le procès- verbal du conseil général de la eonjimune ne nous donne sous forme de considérants que les conclusions auxquelles s'arrê* tèr^nt l^§ conseillers, mais nous pouvons deviner ce qui ^ passa oe jour-là à la séance du conseil et quôl cpmplQt s'y tranna contre Inexistence de la Société populaire,
Dan§ c§s considérants rédigés avec une habileté Youluai le conseil de la commune feint d'abord de is'étpnnef que certains s'inquiètent de la tranquillité publique alors qu'il veille de concert avec la garda îiatwwale et les troupes de ligne. Il fait reniarquer que cet excès de prévoyance ne peut avoir pour réaultat que d'obliger les citoyens à de nouveaux sacrifices et ô de nouvelles dépenses. Il s'étonne aussi qu'une soelétë ait osé prendre sur elle d'adresser une pétition à un corps constitué et fait remarquer que cet acte
(2) G'étaiei^t les citoyens Boyer, Adam et Plaisant. ^
Constitue bien le délit de pétition collective que les lois tendent à réprimer. Mais ce délit n'est pas le seul, qui soit à relever dans la pétition, car la loi qui a déterminé l'effectif de Tarrnée a fixé également des peines contre ceux qui tenteraient de l'augmenter, et n'est-ce pas vouloir augmenterreffectif de l'armée que de proposer d'armer une nouvelle catégorie de citoyens ? Lé conseil général de la commune décide donc de déférer aux tribunaux les auteurs Me cette proposition illégale. Persuadée en outre que cette souscription cachait de mauvais desseins, une émeute ou un soulèvement, il arrête qu'on désarmera sur-le-champ tous les citoyens qui ne font pas partie de la garde nationale. Il va sans dire que la souscription était arrêtée de plein-droit (1).
Ce n'était pas fini. Le lendemain, comme si les ennemis les plus acharnés de la Société populaire s'étaient concertés pour l'accabler tous ensemble, le directoire du département, dont les raisons d'hostilité étaient plus anciennes encore et plusprofondes, s'occupait à son tour de la question (2). Le procureur général syndic, ayant déposé sur le bureau le placard incriminé, s'éleva violemment contre l'audace de la Société populaire, et prit la défense de la municipalité qui avait à subir les empiétements de cette der-
(i) Délibérations du conseil général de la commune du 27 février 1792, Un extrait des délibérations a été imprimé à part. Cet extrait est reproduit dans le Journal des départements de la Moselle, Meurthe... etc., du 7 mars 1792. n* 10.
(2) Délibérations du directoire du département de la Moselle, séance du 28 février 1792. Extraits imprimés par les soins du directoire.
nière. « Un corps constitué par la loi, dit-il, devient l'agent en sous-ordre de particuliers qui sans caractère, sans être revêtus de la confiance publique, s'arrogent le droit de décider une opération, de la juger nécessaire, d'encommettre les détails à ceux à qui ils sont subordonnés sous tous les rapports d'administration active. Voilà le délit..., » En terminant le procureur requit la punition des coupables, à savoir* 100 livres d'amende et la radiation pendant deux ans dii tableau civique, des membres de la Société « dite des amis de la Constitution », qui avaient signé l'adresse.
Dans les considérants du procès-verbal du directoire, comme dans ceux du conseil général do la commune, on n'omet aucun argument susceptible de porter atteinte à la considération et à la réputation de civisme dont jouissaient les membres de la Société populaire. Si les deux corps ont agi ainsi, c'est que leur projet n'est pas seulement de conserver dans le ur registres respectifs les termes de leurs délibérations. Ces accusations imprimées à un grand nombre d'exemplaires, envoyées à tous les districts, à toutes les municipalités doivent propager au loin l'accusation portée contre les membres de la Société « dite des amis de la Constitution, » de Metz de n'être que des factieuxet des ennemis delà tranquillité publique.
Ainsi, rejetant tout ménagement, les corps élus de la ville de Metz et du département de la Moselle avaient déclaré la guerre à la Société populaire et manifesté leur intention de la réduire par la force des
loi^, OU de Ia ^mpromBUn pur If^nri» iwinnUiom, L^ Société populaire raliçva iïèr^imnt lô gftOlt. Pt«' sant par-dessus la léto 4e3 corps municipaux ^t dé' partementaux, elle s'adressa le 14 mars 1792 au pre» mier corps de }a nation, à l'Assemblée nationale, elle ^e défendit et attaqua h son tour.
La pétition conçue dans les formes légales (1) at lignée par tous les citoyens, au nom desquels ella avait été faite, débute en rappelant la rôle joué par les sociétés d'amis de la Constitution qui ce ont dirigé et soutenu la révolution » maintenu la liberté et l'égalité, et remplacé « avec succès cette magistrature nécessaire dans un gouvernement libre, la censura )» ; elle montre ensuite l^s intrigues des contra«^révow lutionnaires qui « ne se dissimulent pas que la cons* titution est inébranlable à moins qu'on ne panrianna à anéantir les sociétés populaires ». La pétition en arrive ensuite k la vexation dont a été victime la So^ ciété populaire et explique ce qui Ta motivée, Ell# avait ouvi^ft une souscription pour fournir des armas aux citoyens inscrits dans la garde nationale qui n'en avaient pas encore « ce qui est très £âicbaux A six lieues de l'ennemi » et que la nouvelle orgaaîsa*tion obligeait ^ s'en procurer, Elle poursuivait doin^ un but patriotique et ses ennemis auraient dû cboî* sir une autre oec^ion pour l'abreuver de Itura ca* lomnies.
(i) Pé*lti9P individuelle des citqyepjs «mis de j# C^»»iitlltt90 a TAssemblée nationale. A Metz, chez G« Lamort, rue Fournime a- 1871,
L'auleur de la pétition montre alors la perfldie de ceux qui confondent à dessein une leltresignée par trois personnes et une affiche émanant d'une société pour en faire sortir le délit de pétition collective, il montre aussi Tabus de pouvoir d'un procureur qui requiert une punition plus forte que celle qui est prévue par la loi. Puis attaquant à son tour les corps élus delà ville et du département, il les dépeint comme les ennemin du peuple, les protecteurs des contre-révolutionnaires qulls n'ont jamais songé à désarmer. Les patriotes s'excusent d'avoir à leur tète de pareils hommes <k des circonstances difliciles et l'impossibilité de bien connaître les hommes dans les premiers moments d'une grande révolution ont empêché le peuple et les électeurs de bien diriger leur choix ». Ils promettent que les élections prochaines changeront tout cela et que les emplois publics, d'après le cri général, iie seront désormais confiés qu'à des citoyens dont les vertus et le civisme auront été éprouvés au creuset d'une longue expérience. »
11 va sans dire que la Société populaire, sans attendre la sanction que l'Assemblée donnerait à sa pétiiion, la fit imprimer et distribuer & un grand nombre d'exemplaires pour détruire l'effet qu'auraient pu produire les considérations émises sur elle par le conseil général de la commune et le directoire du département dans « ce libelle diffamatoire, revêtu de s formesrespectables de la loi » dont nous avons parlé plus haut.
L'afiCaire des piques n'eut jamais de solution prè-
cise, mais le conflit, dont elle avait été le point de départ, ne devait que s'aggraver avec le lemps.
Les accusations que les deux partis s'étaient jetées à la tète étaient d'autant moins sincères qu'elles étaient exagérées. La Société populaire ne songeait pas plus à soulever le peuple contre les pouvoirs publics que la municipalité ne songeait à se ménager un appui parmi les émigrés et les adversaires de la révolution. Il y avait surtout entre les deux partis cette grande divergence d'opinion que les uns ne concevaient pas l'état sans l'autorité royale, quelque restreinte qu'elle fut, tandis que les autres, sans oser proclamer trop haut leurs espérances, tendaient de toutes leurs forces vers l'établissement de la république. De nouveaux événemenls ailalerit donner à la Société populaire Toccasion de montrer plus clairement, qu'elle ne l'avait fait jusqu'alors, quels étaient ses véritables sentiments pour le roi et ses préroga- . tives.
Dans la réponse adiessée .le 28 juin 1792 par le directoire du département au ministre de l'intérieur, qui lui avait demandé des renseignements sur la situation du département, atin de pouvoir rendre compte au roi de l'état du royaume, les membres de la Société se trouvent fort maltraités. Voici comment elle s'exprime sur leur compte : « Nous avouerons, Messieurs, que parmi ceux-là même qui se " disent les plus sincères amis de la constitution, dans les clubs de ce département dans celui de Metz en i^articulier, se trouvent les ennemis les plus
dangereux qu'elle puisse avoir... Des hommes imprudents y ont souvent prêché Tinsubordinalion, le mépris des autorités constituées, en distillant sur elles le poison de la plus noire calomnie. Rien n Réchappe à leurs traits envenimés et le peuple abusé el crédule recueille avec avidité les mensonges qu'on lui débite ; il les croit. .. Quand nous voulons faire respecter les lois, nous sommes cités à leur tribunal et nous passons à leurs yeux pour aristocrates, parce . que sincèrement attachés à la Constitution, nous nous opposons à ce qu'on lui porte aucune atteinte. Ce n'est pas qu'il ne s'y trouve aussi quelques personnes instruites et désirant le bien, mais leur voix est étouffée, et il est bien à craindre qu'elles ne se fatiguent d'une lutte où elles ont trop souvent le désavantage... Au moment où les Clubs devraient comme nous exciter l'horreur et l'indignation du peuple pour des événements qui nous dégradent et nous flétrissent aux yeux de l'univers, il s'y est rencontré des panégyristes de la journée du 20. » •
Le directoire du département montre ensuite ce que devraient être les sociétés populaires au lieu d'être ce qu'elles sont, une école de mœurs, de vertus civiques et non une corporation redoutable, une assemblée où l'on puiserait des connaissances utiles et non un centre de réunion pour ceux qui nourrissent le projet de bouleverser l'état.
Il revient aussi sur celte affaire des piques qui semble lui tenir fort à cœur : a Dans le courant de février dernier, écrit-il, nous avons dénoncé au tribunal du
district de Metz une affiche du club de cette ville, par laquelle il se donnait une consistance politique interdite par les décrets, et, malgré nos* instances pour faire conduire celle affaire à sa fin, nous n'avons pu y parvenir. Nous vous citerions encore d'autres faits, s'il était nécessaire... nous n'avons pas été secondés.
Le 10 juillet suivant, ce fut au tour du conseil municipal de s'élever contre la Société populaire (1). Un orateur, recherchant la cause des troubles qui agitaient l'empire, crut devoir l'attribuer aux clubs et 6 la façon dont s'exerçait leur activité.
« J'ai eu peine, ajouta-t-il, à me décider pour cette opinion, parce que les clubs ont rendu de si grands^ de si importants services à la chose publique et ô Ja révolution,"qu'il est difficile de concevoir comment ils voudraient aujourd'hui détiuire l'édifice à la cons-* traction duquel ils ont si efficacement contribué. Comment une si grande révolution s'est-elle opérée dans la conduite et l'esprit des clubs ? l'orateur en a indiqué la cause, elle est dans le changement des membres qui ont à ces deux époques formé les associations libres. Au commencement de la révolution les membres patriotes de l'Assemblée constituante avaient érigé et composaient le club des Jacobins ; la constituante terminée, les travaux delà Convention nationale terminés, ces membres se sont retirés dans leurs foyers et leurs places au club ont été prises par des hommes inconnus qui en ont perverti le bon esprit. Le même renouvellement s'est fait dans les clubs des départe-
(1) Délibération du conseil général de la commune de Metz.
ments, et voilà comme une société utile est devenue dangereuse. Mais je n'en conclue pas pour cela, a ajouté l'opinant, qu'il faille en solliciter Fabolissement, non, les clubs seront toujours utiles si, ramenés par la loi et ses organes à leur primitive institu* tion, il3 se renferment dans les bornes prescrites et s'occupent à faire aimer du peuple la constitution en la lui expliquant, car il suffit de Tentendre pour Taimer et la suivre.
Un autre orateur dit que la plus grande partie des maux sur lesquels nous gémissons sont l'ouvrage des clubs et viennent de la défiance qu'ils ont jetée sur les autorités consliluées. par les dénonciations multiples de quelques factieux qui cherchent à flatter et h entretenir l'inquiétude naturelle du peuple pour forcer ses regards, captiver ses suffrages et parvenir aux places qui sont ù sa nomination.»
Il est permis de se demander ici si la Société populaire de Metz n'avait pas mérité pour d'autres raisons que pour des divergences d'opinion le mépris et la haine dont elle était maintenant poursuivie. II ne semble pas qu'elle eut fait autre chose que lutter, par les moyens que la constitution mettait ù sa disposition, contre un* parti qui détenait le pouvoir. Dans les pays où les fonctions publiques sont soumises à l'élection et ne dépendent pas du choix d'un monarque respecté, il ne peut être question de traiter de perturbateurs ceux qui cherchent à se pousser, eux et leurs amis, vers des situations occupées par d'autres. Il y eut donc exagération de la part des membres du
directoire, à considérer les attaques contre leurs personnes comme des attentats à la tranquillité publique. D'autre part, on ne peut accuser la Société d'avoir conseillé la violence pour s'assurer la victoire ou satisfaire les passions populaires. Elle attendait sagement de voir la situation des partis modifiée par le suffrage populaire mieux éclairé. Le directoire du département, dans la lettre citée plus haut, avoue que ses administrés se sont jusqu'alors « préservés des agitations violentes qui ont répandu la désolation dans plusieurs départements ». Il y eut cependant à cette époque un acte de violence à déplorer, ce fut le meurtre de l'abbé Fickelmont^ commis en pleine rue au moment où ce prêtre^ sous le coup d'une accusation, était conduit d'un local dans un autre. Mais rien ne prouve que la Société ait conseillé ou approuvé ce meurtre. Tout au plus pourrait- on reprocher au correspondant, qui informe la Société de Paris de cet événement (1), de ne s'être pas élevé contre une exécution accomplie au mépris de toutes les formes légales.
Cependant le dissentiment allait toujours croissant entre la Société populaire d'une part, la municipalité et le directoire du département d'autfe part. La Société fit afficher ou laissa afficher en même temps qu'une <' Adresse à TAssemblée nationale sur les circonstances actuelles par des citoyens de Dijon » une lettre imprimée chez C. Lamort à Metz et ayant pour titre « Au roi » par des citoyens de la même
(1) Aulard. La Société des Jacobins. Séance du 20 mai 1792.
ville. Cette lettre et cette adresse; conçues en. termes peu respectueux pour le roi, excitèrent l'indignation du conseil municipal, qui, le 11 juillet, répliqua par une adresse au roi dans laquelle il prolestait de son dévouement et flétrissait lea auteurs de l'attentat du 23 juin. Cette adresse ne fut pas votée, il est vrai, sans protestation de la part des partisans et membres de la Société, à la tète desquels se trouvait Barthélémy (1). Le secrétaire du conseil lui-même, le citoyen Adam, sortant de son rôle muet, joignit sa protestation ù celle des élus, mais il lui fut répondu « qu'il n-était qu'un être passif, obligé de signer les actes émanés d-un corps dont il est l'agent subordonné. »
L'attitude du directoire fut plus; prononcée encore et plus intransigeante; il ne se borna pas ù protester de son attachement etde son respectpour la personne •du roi, il osa attaquer l'Assemblée elle-même et lui dénier le pouvoir de prononcer la déchéance du monarque. Nous allons voir ce qu'il en advint.
Le dissentiment était donc arrivé à son plus haut point entre les corps éluset.la société populaire. Le libre jeu des nouvelles institutions vint en ce moment modifier profondément la situation au profit du parti le plus avancé. Au mois d'août 1792 une élection eut lieu à Metz pour la nomination du maire et Anthoine fut élu en remplacement de Pacquin qui personnifiait des idées complètement opposées aux siennes. La joie causée par ce succès fut naturellement fort vive
(1) Les membres (jui protestèrent contre cette adresse furent avec Barthélémy, Dairel, Gary, Quarante, Demaicly et D. lattre.
au club de Metz ; elle ne le fut pan moins à celui de Paris ; et ce fut Merlin de Thionviile qui [monta h la tribune pour annoncer les résultats de celte éleo^ iion (1) qu'il se plut 6 considérer comme une preuve de patriotisme inébranlable des Messins.
Le coup était terrible pour le parti opposé. Le dL. rectoire de la Moselle essaya d'y parer d'abord en contestant la validité de l'élection d'Anthoine, puis en le déférant devant le juge de paix pour un délit étranger à rélection. Il alla dans son dépit, si nous en croyons les déclarations faites par Anthoine ft la Société de Paris* Jusqu'à accabler de vexations sa famille restée à Metz (2). Mais les forces de ses ennemis devaient se briser devant l'énergie d' Anthoine qui avait su intéresser à sa cause tous les bons pntrioles en jurant « de conserver Metz & la France x). L'Assemblée nationale le confirma par son décret du 11 août (8) dans ces fonctions de maire qu'on avait osé lui dénier. Le 14 août suivant il reçut une autre satisfaction. L'assemblée le chargea d'exécuter son décret contre les membre du directoire de la Moselle on révolte ouverte contre elle, comme si elle avait voulu lui fournir une occasion d'exercer sa ven* geance contre des adversaires qui l'avaient combattu sans ménagement.
Hiitona*<nous d'ajouter qu'Anthoine, loin d'abuser do l'heureuse tournure des événements, se montra
(1) Aulard. Société des Jacobins. Séance du 3 août 1792.
(2) Aulard. Société des Jacobins. Séance du 6 août 1792.
(3) Moniteur xici« 391.
au contraire pleiii de modération et même de grandeur d'âine. Lorsqu'arriva le jour de son installation ft là tèto du conseil général de la conunune, il trouva àradredsédePacquin, son prédécesseur, les paroles les plus flatteuses, et le remercia, au nom dé ses administrés, du soin qu'il avait pris des affaires municipales. Avec le directoire, contre lequel il était chargé d'appliquer un décret, il usa de la même modération. Dans sa proclamation à ce sujet (1) il parle d'une mission douloureuse et pénible qu il a à remplir, et supplie le peuple de ne pas montrer de ran cune et de n'accueillir qu'avec circonspaction les dénonciations. II traita enfla avec bionveillauce les membres du directoire eux-mêmes, les avertissant qu'ils étaient suspendus, non destitués, et les engageant à regagner par leur civisme cette confiance du peuple qu'ils avaient momentanément perdue.
Il eut été à souhaiter que la Société de Metz comme celle de Paris entendissent souvent d3s paroles aussi indépendantes. Anthoine était un patriote trop sincère, un jacobin trop convaincu, pour chercher à gagner par la flatterie les faveurs du peuple. Il refusa toujours d'immoler son libre arbitre aux pieds des individus dont la faveur démagogi lue voulait faire des idoles. Il eut le grand honneur de subir les invectives de Marat et s'éleva dans la Société de Metz comme dans celle de Paris, contre le dogmatisme et
(1) Pièce intitulée : Proclamation du conseil exécutif national. (Arch. mun. de Metz).
la tyrannie naissante de Robespierre. Il eut sans doute partagé le sort de Danton et de Camille Desmoulins, si l'extrême ardeur, qu'il mettait dans l'accomplissement de ses devoirs, n*eut miné sa santé et abrégé ses jours.