CHAPITRE QUATRIÈME
Apogée de la Société populaire de Met{. Ses rapports avec les représentants en mission et avec la Convention nationale. Son rôle dans le pays.
Depuis la. nomination d'Anthoine à la mairie, depuis surtout que les membres du directoire, attachés à la politique constitutionnelle, avaient été suspendus, la situation, de la Société populaire avait complètement changé; Ses membres avaient cessé de jouer dans la ville le rôle de minorité parfois opprimée, qu'ils avaient tenu jusqu'alors, pour devenir les amis et les confidents des autorités constituées. Ils n'avaient d'autre part rien à redouter de la Convention, ni des Comités chargés du pouvoir exécutif, qui voyaient dans les Sociétés populaires, les plus fermes soutiens de leur politique.
Il ne semble pas cependant que la Société populaire de Metz ait songé, sur le moment, à recueillir les fruits de ses efforts antérieurs, il semble plutôt que sa victoire sur lé parti constitutionnel ait été suivie d'une période de calme et d'effacement. II fallut Tin-
tervention des représentants en mission pour décider la Société à reprendre sa propagande presque interrompue et pour donner à ses membres le désir et l'ambition de jouer un rôle dans les affaires du pays.
Les représentants envoyés par la Convention aux armées de la Moselle et qui voulurent se mettre en rapport avec la Société populaire durant le mois de mai 1793, s'étonnèrent de l'abandon où était tombée la Société et constatèrent que les séances n'étaient plus fréquentées : « Nous vous le dirons avec douleur, écrit Tun d'eux au comité de salut public (1), deux fois nous avons visité la Société, dans les trois jours que nous avons passé ici, et deux fois nous Tavons trouvée déserte. »
Cette situation allait A rencontre des intentions des représentants, qui avaient besoin pour exercer la mission dont ils étaient chargés, de s'entourer d'hommes dévoués à leurs idées, et au courant de la situation locale. Ils jugèrent donc qu'il était nécessaire de donner à la Société une consécration officielle et c'est dans ce but qu'ils provoquèrent le 27 mai une grande réunion à laquelle assistaient, outre les membres de la Société, les membres de toutes les administrations.
Le représentant, qui prit la parole en cette circonstance (2), commença par faire l'éloge de la Société et
(1) Actes du Comité de salut public, lettre du 26 mai 17M.
(2) Discours prononcé à la tribune de la Société populaire de Metz, le 27 mal 1793, Tan II..., par les représentants du peuple envoyés par la Convention nationale à l'armée de la MoseUe. A Metz, chez C. Lamort, imprimeur et membre de la Société des Amis de la liberté et de l'égalité.
du rôle qu'elle avait joué dans les récents événements. Puis il annonça que les représentants s'étaient répandus dans les provinces pour que « partout la machine fut remuée dans le sens révolutionnaire », mais qu'ils ne pouvaient remplir leur tûche que s'ils étaient aidés par des hommes décidés à les seconder en leur dénonçant les abus et en bravant l'opposition et le mépris de ceux dont à Toccasion ils compromettraient les intérêts. Il s'agist^ait donc de trouver quelques hommes qui pourraient aider les représentants « des secours de leurs connaissances locales » et le représentant croyait qu'on ne pouvait mieux faire que de les choisir dans le sein de la Société après un examen auquel tous les membres prendraient part : « C'est au milieu de vous, frères et amiiPf conclue-l-il, que nous voulons toujours discuter les grands moyens que nous voulons développer, iparce que nous y serons sans cesse entourés du peuple >>.
Ainsi la Société populaire dont la tribune avait $i souvent retenti des invectives contre le roi et ses ministres^ contre Bouille^ les Feuillants et le directoire du département^devenait Tauxiliaii^e d'un des rouages ies plus puissants de la machine politique. Son pouvoir était sans doute purement consultatif, mais ceux qu'elle devait conseiller jouissaient d'une autorité qui pouvait complètement annihiler celle des assemblées locales régulièrement élues. Cette bienveiUaiice détail avoir pour la Société plus d'incanvénielits peutêtre que d'avantages et lui enlever un peu de cette
indépendance dont elle avait joui jusqu'alors. Il e.st clair en e%t que les représentants n'étaient prêts à s'incliner devant le sentiment populaire que dans le cas où ses vœux seraient conformes aux leurs, et qu'ils étaient bien décidés à modifier la composition de la Société dès qu'ils la verraient s'écarter de la route qu'ils lui avaient tracée.
Mallarmé, nommé représentant du peuple françbi- ^^ près les départements de la Meus3 et de la Mose3-^-^ pour l'organisation du gouvernement révolutionnaire" ^ se signala le premier par cette affection un peu indu - ' crête pour la Société. Il la voulait puissante et respe ^ tée et il le montra bien dans Taffaire du commandar-^ Debelle, chef de brigade de l'artillerie volante. GetoffC^^ cier, un ancien noble, avait paru suspect à la Sociét(^^ qui l'avait invité à justifier de son civisme. Débell^^ avait obéi et l'incident aurait été clos si les canor niers appelés à témoigner en cette occasion n'avaier manifesté leur estime pour leur chef sous une form^ qui parut blessante pour la Société.
Leur attitude qualitîée « d'indécente » provoqua l'intervention de Mallarmé qui fit mettre en état d'arrestation le commandant et, de concert avec la général Hoche, fit arrêter également les canonniers coupables (1).
A cette époque Mallarmé se félicitait à la fois des principes des membres dô la Société et de l'empressement que mettait à suivre les séances la population messine* « Je l'ai fréquentée assidûment depuis
(i) Actes du comité de salul public. (Tome xî, page 23).
mon séjour dans cette commune, dit-il à la date du 20 ventôse an II (1), et je puis vous assurer qu'elle est vraiment montagnarde, des plus énergiques et des plus révolutionnaires. Les 'discussions qui y régnent sont toujours conformes aux principes républicains et elles démontrent que Tesprit çublic est à lai hauteur de la révolution ». Mallarmé avoue ce- !>erxclant que la Société a besoin d'une légère épurai<^x-i, car elle se ressent encore du temps « oùleroyaf ^rxie et le fédéralisme infectaient cette commune ». ^xx l«' germinal suivant, l'épuration était chose faite *• ^lallarmé pouvait proclamer que « les membres "^^xi avaient été passés au creuset de la censure étaient ^^ hommes sur lesquels on pouvait compter ».
^^lallarmé avait attendu que cette épuration fut faite ^^^Xir épurer à leur tour les autorités, qu'il choisit ^'^^Ttout dans la Société populaire. Ceci fait, Metz put ^o vanter, selon son expression, de posséder une ad- 'ïtlinistration bieil montagnarde. Dans le discours où \\ s'applaudit de cette double mesure, le représentant revient sur l'époque précédente et nous donne des détails intéressants sur Tattitude prise par la majorité des membres d'alors après la journée du 10 août et à l'époque de la condamnation du roi. Dans la première occasion, craignant sans doute la vengeance des partisans de la royauté (2) ou manquant de con-
(1) Archives nationales AF II 162, analysé par Aulard.
(2) Le parti royaliste s'appuyait alors sur le directoire, qui se mit en révolte ouverte contre rassemblée et ne céda qu'après l'intervention d*Antoine (procès -verbal de rassemblée législative du 18 août 1792).
viciions, ils avaient abandonné l'autel de la liberté et il ne s'était trouvé que 17 membres pour conti- , nuerla séance. « I 17 braves sans culottes, s'écria Mallarmé, soyez bénits ». Les mêmes hésitations, la même crainte de se compromettre agirent sur le&^ membres lorsqu'il fut proposé que chacun d'eu:!t^ â^ih.
l'imitation des membres de la Convention, se pro
nonçat verbalement sur le sort réservé au roi. Ecizzrappelant ces incidents, le représentant lfallarm-^««« voulait prouver que la Société populaire avait besoi— zaï d'une réforme sérieuse et que son épuration éta^ -3 justifiée.
La Société populaire de Metz ne montra cependaiHc^ pas toujours la même soumission ni le même resp^ ^cz envers les représentants en mission, comme eii ^s!= une preuve son attitude envers le représentant D%.^ quesnoy.
Celui-ci était arrivé ô Metz le 11 février ô 6 heures du soir et de bien mauvaise hunieur, si nous «j** croyons les dépositions faites à la Société populaires Le lendemain, de bonne heure, il mande près de lu -^ râccusateur public prés le tribunal criminel de l^ Moselle, le citoyen Altmayer, le toise de haut eii bai^ et lui trouve mauvaise mine : « Tu as l'air d'uit évêque, lui dit-il ô brûle pourpoint, tu as été curé ou moine. » Altmayer ne songe pas â faire remarquer que le représentant du peuple lui-même est sorti de? ordres, il se contente de répondre qu'il n'a jamai été qu'homme de loi. Duquesnoy le raille, le mena< et le congédie sans façon. Dans l'après-midi du mte
jour, on entend retentir dans Metz le tocsin qui annonce un incendie. Duquesnoy bondit hors de son logis, sans prendre la peine de revêtir ses insignes, et court au lieu du sinistre. Un passant s'arrête pour considérer cet inconnu qui s'agite si violenoiment. Duquesnoy tombe sur lui à .coups de poings et le remet aux gardes. Il fait subir le même sort à un campagnard qui Ta regardé avec « des yeux qui lui déplaisent » il l'aurait assommé s'il n'avait aperçu un enfant qui considérait cette scène avec pitié. Il lâche le paysan pour saisir l'enfant qu'il bat cruellement et jette ensuite d dix pas de lui. D'autres passants interrogés par lui sont simplement traités d'aristocrates et de fripons, mais tous, quels qu'ils soient, ' sont conduits en prison .
Le zèle du fougueux représentant s'accroit encore lorsqu'il arrive sur les lieux de l'incendie. Il ne veut voir, ni parler, ni rire, ni sourire. Un officier de la garde nationale, qui a communiqué une plaisanterie à un camarade, est sur le champ arrêté. Puis Duquesnoy aperçoit un citoyen qui quitte la chaîne pour aller la reprendre à un endroit où elle est moins serrée. Il croit que celui-ci cherche à s'esquiver, court après lui, lui envoie un coup de poing dans le dos, et l'ayant fait ainsi se retourner, un autre dans l'estomac. L'homme est envoyé en prison bien qu'il fut convalescent et sorti depuis peu de l'hôpital. L'incendie est éteint maintenant. Mais Duquesnoy a remarqué qu'il n'y avait que des pauvres pour éteindre la feu, il arrête que* les habitants aisés, cou-
pables de nonchalance, auront à payer 49.000 livres d'amende qui seront distribuées aux sans-culoltes.
C'est ainsi du moins que se passèrent les choses, si nous en croyons les procès-verbaux (1) de la Société populaire. Car ce soir-là il y eut séance à la Société et naturellement grand émoi et grande indignation. Les faits semblaient d'abord exagérés. Il fallut que les témoins montassent eux-mêmes à la tribune pour raconter les violences auxquelles ils avaient assisté. D'autres répètent les paroles qui ont été prononcées par Duquesnoy en arrivant « qu'il a dit venir à Metz avec des pouvoirs illimités, que l'esprit public n'y était pas bon, qu'il le mettrait au pas ; que sous quinze jours il en ferait fusiller 5 à 600 tant à Metz qu'à Nancy ».
Ces menaces n'intimident pas les membres de la Société qui comprennent la gravité de pareils abus de pouvoir : « Si la terreur est à Tordre du jour chez les patriotes, dit un membre, s'ils sont incarcérés arbitrairement, c'en est fait de la liberté. La République n'est plus qu'un songe et le despotisme se relève plus hideux et plus terrible que jamais ». On décide que six commissaires (2) seront envoyés à la Convention pour exposer la conduite de Duquesnoy, que ces commissaires rappelleront à la Convention
(1) Extrait des procès-Verbaux des séances de la Société popu-i laire de Metz du 12 floréalj an ii de la république française. A Metz chez Lamort,
(1) Les 6 commissaires sont : Toussaint, commis"; Vesco, ébéniste ; Lacombe, commis chargeur ,* Blaize, tailleur de pierres ; Watrin, cafetier ; Lallier, écrivain.
qu'elle a déclaré à deux reprises que Metz avait bien mérité de la patrie, que la ville s'impose à chaque instant pour le salut commun et que par conséquent, elle ne mérite pas d*être traitée de celte façon.
Informé de ces accusations, Duquesnoy se défendit avec la plus grande énergie (1) et chercha à se disculper des reproches qui lui avaient été adressés. S'il est sorti sans insignes, dit-il, c'est dans Tardeur dô son zèle, s'il a interpellé dans la rue des citoyens c'est parce qu'il les a vus, alors qu'un désastre menaçait la ville, vaquer tranquillement à leurs occupations, comme si le soin de préserver la cité de Tincendie incombait à ceux-là seulement, qui n'ont ni fortune ni emploi. Peut-on lui reprocher d'avoir fait .ses efforts pour communiquer à d'autres l'ardeur dont il était lui-même rempli? Duquesnoy jette en passant une pierre à celte Société populaire qui l'avait si mal accueilli, s'étonne qu'on laisse les militaires et les fonctionnaires en faire partie comme membres, alors qu'ils ne devraient y assister que comme auditeurs : « Il n'est pas naturel, dit-il^ que les surveillés soient en même temps leurs surveillants » .
Cette dernière observation ne manquait pas de justesse. Il faut néanmoins savoir gré à la Société populaire d'avoir découragé par son accueil les entreprises possibles du représentant Duquesnoy. C'était, dit-on, un homme aux moeurs austères et aux inten-
(1) Lettre écrite de Morfontaine au Comité du Salut public le 16 floréal an ii.
tions pures. Mais son carictère violent ne se serait pas harmonisé avec celui d'une population portée pa^ son tempérament à une certaine modération. Rappe- — Ions, sans vouloir trop en tirer conséquence, qu'il était l'ami et l'admirateur de ce Lebon qui, envoyé à ai Arras, ne sut accomplir que par la violence et en .mt.. versant des flots de sang, la mission dont il était ^1 chargé.
Ce n'était pas seulement avec les Représentants en . mission que la Société de Metz se trouvait en rela — . tion, la Convention recevait, elle aussi, fréquemmen*-«:3o sa correspondance et ses hommages. Les adresses^ de la Société populaire à la Convention nationale très suivies, très nombreuses, apportées parfois à Paris Je "is par des députations spéciales, nous la montrent atta--i^3achée à elle comme elle l'avait été autrefois à rasseuM.ja.JU' blée constituante, désireuse de propager ses idées ^^ et de faire exécuter ses ordres.
La Société populaire de iMetz avait d'ailleurs darr^^rns le sein de la Convention des correspondants précieun^ -ix. C'étaient ceux de ses anciens membres devenus d^^ es conventionnels, tels Anthoine et Thirion. Les lettr^^^s que ce dernier écrivit à la Société de Metz pour \w^Êii , exposer les journées des 31 mai et 2 juin mériter»/ J d'être signalées (1). La Convention, qui hésitait rf / mettre en accusation les députés girondins eut, oa Ë ^ le sait, à subir les menaces et les violences des sec- f
(1) Pièce imprimée ayant pour titre : Copie de deux lettres I ^' du frère et patriote Thirion, député à la Convention nationale, I ç adressées à la Société populaire séante à Metz en date des 3 et 4 juin 1793 Tan ii de la république. A Metz, cliez C. Lamori» imprimeur et membre de la Société populaire.
tiens de Paris, qui entouraient en armes le local des séances et étaient décidés à ne rendre leur liberté aux membres de la Convention que lorsqu'ils leur auraient arraché la sentence qu'ils désiraient. « La pétition^ dit Thirion dans le rapport qu'il fait de cette affaire à la Société de Metz, était un peu pressante, cette mesure était un peu irrégulière, mais les circonstances qui dans les révolutions doivent tout déterminer la rendaient nécessaire». Arrivant aux vains efforts faits par les membres pour sortir de la salle, il parle d'une promenade dans les rangs de la foule armée. Dans une seconde lettre Thirion annonce que le calme a succédé à l'orage. La Société fit imprimer ces deux lettres, afin, disait-elle^ de montrer les événements sous leur vrai jour et de mettre les citoyens en garde contre les propos des malveillants qui tenteraient de la dénaturer. Induits ainsi en erreur, les corps administratifs et judiciaires (qui avaient été épurés, ne l'oublions pas) envoyèrent le 9 juin une adresse à la Convention nationale dans laquelle ils constatent « que le peuple vient encore une fois de se sauver lui-même » et engagent rassemblée à travailler à une constitution vraiment populaire. La Société populaire s'empressa de donner à ce vœu son adhésion unanime .
Le désir d'une nouvelle constitution est, en effet, fréquemment exprimé dans les adresses de la Société populaire de Metz. Elle a abandonné avec le nom de Société des amis de la Constitution, l'affection qu'elle avait un moment vouée ft l'oeuvre des premier» cons-
tituants. Ce qu'il lui faut maintenant, c'est une conslîtitution « qui ne soit pas l'œuvre du traître Capet (1) » et qui soit sanctionnée par le peuple, faisant enfin acte de souveraineté. « Ilapproche, ce moment terrible pour l'aristocratie, écrivent-ils à la Convention, où les véritables Sans-Culottes vont consolider le bonheur social » et ils la félicitent du chef-d'œuvre de raison et de justice qu'elle prépare. Leur enthousiasme redouble lorsque l'acte constitutionnel est enfin voté. Ils déclarent (2) leur donner « leur assentiment unanime » et « pour prévenir les machinations perfides des ennemis de l'égalité, les vrais Sans- Culottes de Metz se disposent à partir et vont dans les contrées qui les avoisinent en propager les principes ».
A plusieurs reprises encore les procès-verbaux de la Convention nous montrent à quel degré d'exaltation était montée la Société . C'est ainsi que nous la voyons violemment émue d'une tentative d'assassinat contre CoUot d'Herbois et Robespierre et vouant les assassins au mépris de l'humanité.
Mais ces questions de politique brûlante ne sont pas les seules qui occupent la correspondance de la Société de Metz à la Convention. Dans des avis souvent écoutés, elle attire l'attention de la Convention sur différentes questions.
Ces adresses et communications roulent sur les dangers présentés par les déserteurs (il juillet) la
(1) Procès-verbal de la Convention du 12 juillet 93.
(2) Procès-verbal de la Convention du 15 juillet 93.
contrefaçon 'des assignats (12 juillet), le traitement des soldats blessés (28 juillet), la taxe des denrées (11 octobre), la répartition des subsistances (5 pluviôse), le rétablissement des tours pour les enfants abandonnés (11 ventôse), la fabrication du salpêtre (24 ventôse). Elle est fort occupée de la situation des armées et nous voyons que le 2 germinal elle annonce qu'elle a équipé à ses propres frais des cavaliers qui ont été rejoindre le quartier général.
Tout cela nous permet de penser que la Société de Metz, à l'époque de sa splendeur, n'était pas que le rendez- vous de démagogues inconscients et d'agitateurs violents. Elle contenait dans son sein des hommes sérieux, réfléchis, qui voulaient faire servir sa force et son influence aux intérêts du pays.
L'influence de la Société, en effet, considérable auprès de la Convention et des Représentantsen mission, rétait également dans les afi'aires départementales et municipales. Le directoire du départenjent de la Moselle renouvelé et épuré ne songeait plus à faire obstacle à la Société populaire, quant à la municipalité, elle était dirigée par Barthélémy, tout dévoué lui-même à la Montagne.
La Société populaire est devenue un corps officiel. Ses délégués prennent part aux séances avec les autres membres ^es corps élus (1). Elle envoie officiellement son avis sur les questions ù Tordre du jour, par exemple lorsqu'il s'agit de fixer le maxi-
(1) Délib. du conseil de la commune, 10 septembre 1793.
mum (1). Elle est chargée de certains soins^ comme de distribuer aux pauvres les dons versés dans le tronc de l'humanité (2). On sait que les membres ont l'œil à tout. Aussi les charge-t-on de veiller à ce que les soldats rejoignent leurs corps. La fabrication de la pâtisserie ayant été interdite, vu la cherté du blé, ce sont eux qu'on charge de veiller h ce qu'il ne s'en fabrique plus (3).
La Société populaire joua surtout dans la question des approvisionnements un rôle important et dont abusèrent, si nous en croyons les accusations, quelques-uns de ses membres peu délicats. Comme on pensait que des hommes soumis à la surveillance de tous ne sauraient prévariquer, on la chargeait de choisir dans son sein des agents capables et on comptait sur ses multiples ramifications pour activer les transports. Les généraux connaissent bien le zèle de la Société et, dans certains cas pressants, ils s'adressent immédiatement à elle. Le 2 nivôse an ii, la Société reçoit de l'état major, établi à Bitche, l'avis que les souliers manquent à l'armée. Immédiatement elle fait imprimer la lettre à mille exemplaires et la fait distribuer dans ledisti-ict « persuadée, comme l'est la Société, que cet avis produira l'effet qu'elle s'en promet d'après l'exemple que les citoyens de Metz ont donné de leur dévouement à la chose publique (4) ».
(1) Délib. du conseil de la commune, 18 octobre 1793.
(2) Correspondance de la municipalité de Metz, 15 ventôse, an ii.
(3) Dt'4ib. du directoire du département de la Moselle, 14 germinal an II. La Société populaire est invitée « à avoir l'œil».
Ci) Pièce imprimée chez Lamort portant en titre : Etat-major général.
On sait que la Société est le centre de réunion des patriotes ; c'est pounfuoi nous voyons que le courrier, qui vient annoncer (x la municipalité la prise de Toulon, va la porter également ô la Société populaire. Lors du coup de main de Kaiscrlautern, le maire annonce ce succès à ses concitoyens et les engage h se rendre le soir ixlw bociété populaire pour avoir plus de détails (1).
On pourrait donner bien d'autres prouves de Tin- ^1 uence comme do la multiple activité do la Société populaire. Plus tard lorsfjuo le parti modéré sera retenu au pouvoir, on feindra de no voir dîuis les anciens membres de la Soc.iôté (juo I(îs soutiens des terroristes et les défenseurs dos idées exaltées ! Ce durent sans doute dos démocrates, sans doute aussi lôs moyens d'action (ju^iis |)réconisùrcnt ne furont pas toujours les. plus modérés, mais il ne faut pas oublier, d'après ce que Ton vient do voir, (jue lour activité s'éleva bien au dessus des misérables (|uerellcs politicjuos, ([uils i)ersonni(iérent un moment Télan contre Tétrangtîr, le dévouement ù la patrie, et que s'ils imposèrent à leurs concitoyens certains sacrifices, ils prov(» luérentaussi do beaux dévouements et de belles actions
(1) Alïlclio inlilul('w> : Nouvelle inlércssîiiiliî. A McHz, crhez Laiiiurt.