‹ Le club des Jacobins de Toul, 1793-1795Chapitre 16 sur 22 · L-ca · texte numérisé non relu

L-ca

ému de cet état de choses, décida que deux de ses membres, Rivet et Bralret, seraient chargés pendant un mois < d'aller surveiller les enfouissement^^.

Le 10 floréal (29 avril), la Société résolut de prendre contre les accapareurs et agioteurs une mesure semblable à celle qu'elle avait prise contre les ex-nobles, les étrangers et les exprêtres non mariés. « Pénétrée des maux incalculables que F agiotage, l'accaparement et la revente des biens nationaux ont causés tant à la République qu'aux particuliers », elle prononça l'exclusion de son sein « de tous ceux qui avaient fait le trafic infâme de la revente des biens nationaux » et chargea Grégeois, Prugneaux et Fyot-Latour de lui présenter une liste de ceux qui s'étaient livrés à ce trafic honteux.

Rivet et Bralret vinrent rendre compte de leur mission à l'assemblée du 13 floréal (2 mai) ; ils exposèrent c qu'au cimetière de Taconet, pour remédier aux inconvénients signalés, on avait reporté de la terre sur les fosses, mais qu'au Pâquis des Agneaux, ils avaient trouvé les cadavres sur l'herbe, sans fosses préparées pour les recevoir ». Ces deux membres furent déchargés de leur surveillance et le citoyen Joseph Fontaine fils fut rétribué par la Société pour « faire creuser les fosses à la profondeur voulue et se trouver à toutes les inhumations ».

Ensuite, le Club examina une demande d'affiliation, qu'il s'empressa d'accueillir favorablement; elle émanait du citoyen

malades, morts depuis le 5 ventôse, ont jeté la tribulation dans cette commune, sans cependant ralentir ses soins généreux et hospitaliers envers les soutiens de la Liberté et de l'Égalité. » {Archives municipales.)

1. La Société populaire ne fut pas seule à se préoccuper du danger que faisait courir aux habitants l'inhumation incomplète des cadavres. Le conseil général de la commune prit, le 9 floréal (28 avril), un arrêté d'où nous extrayons ce qui suit :

• Le conseil invite et requiert les citoyens de cette commune à se rendra demain décadi, 6 heures et demie du matin, avec pelle et pioche, sur le terrain adjacent de Taconné pour le transport des terres. Les communes de Villey-Saint-Étienne, Francheville et Dommartin sont requises pour le même travail de bien et d'intérêt général. Ceux qui n'auront point de pioches ni bêches en seront pourvus à la municipalité, qui tiendra état de cette fourniture. Les officiers municipaux partageront avec leurs frères les travaux qui intéressent leur conservation. Le rendez-vous est au-devant de la maison commune. » (Archives municipales.)

Frimont ! , « général à l'armée du Rhin et fils d'un laboureur de Gondre ville *, à qui les occupations de sa vie militaire ne faisaient pas oublier ses chers compatriotes.

Le lecteur se rappelle les poursuites dirigées contre Alexis Laurent et son long emprisonnement à Paris à l'occasion d'un vol commis au bureau des messageries de Nancy; la Société populaire était intervenue en sa faveur : aussi, dès son retour à Toul après son acquittement, Laurent, reconnaissant, se présenta au Club le 23 floréal (12 mai) pour remercier ses membres « de l'intérêt qu'ils avaient pris à son affaire et des adresses qu'ils avaient envoyées en sa faveur au Comité de Salut public et à l'accusateur Fouquier-Tinville ». Le président répondit à Laurent que la Société « regarderait toujours comme le premier de ses devoirs de protéger la vertu et le patriotisme et que la défense du citoyen probe, vertueux et républicain serait de tout temps à son ordre du jour >.

Le Journal du département de la Meurthe, publié à Nancy par le citoyen Thiébaut, avait, dans ses numéros 8 et 9, publié, sous la signature Husson, des articles accusant une grande municipalité des environs d'avoir fait des réquisitions dans les campagnes pour les militaires des hôpitaux et d'en avoir distrait une partie du produit. À la séance du Club de Nancy, le 9 floréal (28 avril), l'accusation avait été précisée : la municipalité qu'on avait visée était celle de Toul. Aussitôt celle-ci s'était justifiée par un long mémoire adressé tant au Club de Nancy qu'au rédacteur du journal, lequel consentit à insérer dans un de ses plus prochains numéros* une rétractation solennelle, telle qu'il plairait à la municipalité de la rédiger 2 i>. La Société populaire touloise tint néanmoins à mettre en parfaite lumière les actes de ses édiles et chargea en conséquence son comité des subsistances « de recueillir tous les faits, renseigne-

l. Fftiifoarr (Maurice), né à Gondre ville en 1747, général de brigade, chevalier de la Légion d'honneur, mort à Luné ville on 1811.

3. Le modèle de la rétractation, œuvre de Maillot, alors agent national, fut envoya à Nancy le 23 floréal (is mai); la minute de cette pièce existe aux archives municipales.

mente et pièces relatifs à la grave inculpation portée par le rédacteur du Journal du département de la Meurt he, prétendant que la ville de Toul avait mis en réquisition dans les campagnes les œufs et le beurre et avait soustrait une partie de ces comestibles, destinés à l'usage et au besoin des frères d'armes se trouvant dans les différents hôpitaux de la ville *.

Une troisième et dernière question vint à Tordre du jour de la séance du 23 floréal (12 mai), celle du budget de la caisse de bienfaisance : à cet égard, il fut décidé qu'on adresserait, par l'intermédiaire de Jacob, au représentant du peuple Bar, une pétition tendant à obtenir l'exécution de la promesse verbale faite à la Société « du versement dans sa caisse de bienfaisance de 3,661 livres 7 sols 6 deniers, reliquat des fonds du comité révolutionnaire ». Cette somme devait servir à secourir les patriotes indigents l .

Toujours secourable, le Club donna, dans sa réunion du 30 floréal (19 mai), un nouvel exemple de générosité : ayant appris que le citoyen Nicolas Turla « était malade, ainsi que sa femme et ses cinq enfants, et réduit à la plus affreuse misère », il fit en sa faveur, c vu l'urgence de son cas », une collecte qui produisit 67 livres 15 sols. Un des assistants, nommé Villars, se conduisit en véritable bienfaiteur et prit à sa charge deux des enfants de Turla.

La Société |>opulaire « avait à cœur d'exclure de son sein ceux de ses membres qui avaient fait et faisaient le trafic si honteux des biens nationaux ». Elle arrêta, eu conséquence, le 10 prairial (29 mai), que la commission nommée pour lui dé* noncer les accapareurs et les agioteurs, ces mangeurs de biens qui, comme des sangsues, boivent le sang de leurs frères, présenterait son rapport le 20 prairial : mais la mission n'était

1. Cette requête ne fut pas accueillie. Elle fut reproduite un mois plus tard, au nom de la Société, par Girardeau, délégué à Nancy pour parler au représentant du peuple à Tannée du Rhin, PUieger, de passage en cette ville (13 prairial-ii juin). Cette démarche parait être aussi restée vaine, aucune mention du paiement do la somme réclamée n'existant dans les délibérations ultérieures de la Société.

pas sans difficulté et la liste ne put être prête. Elle ne fut déposée sur le bureau, comme nous le verrons plus loin, que le 30 messidor (18 juillet), quelques jours avant la chute de Robespierre.

Le Club décida ensuite que la municipalité serait invitée à désigner un orateur chargé « de prononcer, chaque décadi, un discours de morale dans le temple consacré à l'Être suprême ». Robespierre, qui répudiait l'athéisme, venait en effet de faire décréter par la Convention que la République reconnaissait l'existence de VÊtre suprême et Y immortalité de l'âme et qu'une fête serait, à une date prochaine, célébrée en l'honneur de la Divinité.

À la séance du 13 prairial (1 er juin), l'assemblée reçut communication de la correspondance, qui donnait notamment deux nouvelles importantes : une lettre annonçait « les avantages remportés par les troupes de la République sur les esclaves du despotisme »; elle produisit une vive sensation, traduite par des applaudissements unanimes; une autre, venant de Paris, transmettait l'avis qu'un nommé Ladmiral avait tiré sur Collot d'Herbois deux coups de pistolet sans l'atteindre, et qu'une jeune fille, Cécile Renault, s'était présentée chez Robespierre dans l'intention de le poignarder. Cette lettre faisait connaître en outre que ce dernier avait, quelques jours après ces tentatives, prononcé à la Convention un discours véhément contre les ennemis de la République, disant qu'ils recouraient à l'assassinat pour se défaire des patriotes.

Immédiatement la Société, c pénétrée d'horreur contre ces attentats commis par des scélérats soudoyés, et d'une douce satisfaction de ce que ces généreux républicains, défenseurs de la Liberté, aient échappé à la fureur des assassins », vota l'envoi à la Convention d'une adresse approbative du discours de Maximilien Robespierre.

La fête de l'Être suprême ayant été fixée au 20 prairial (8 juin), le conseil général de la commune de Toul en avait dressé le programme et avait publié une proclamation, dans

laquelle il exposait le culte de la Raison et la manière de le célébrer le plus dignement *.

La Société populaire, à son tour, décida, le 13 prairial (I er juin), que le plan de cette fête, les cantiques qui y seraient chantés et la proclamation du conseil général seraient imprimés; que l'administration du district les ferait distribuer dans toutes les communes, pour que celles-ci c pussent se diriger dans la célébration de cette auguste fête » ; qu'enfin la proclamation serait lue à la première station et qne « le devant des maisons et les différentes stations seraient ornés de verdure *.

Le culte catholique n'existait plus, mais la nouvelle religion lui empruntait ses cérémonies : celle du 20 prairial n'allait être que la procession d'une Fête-Dieu laïque, où les prêtres manqueraient, mais non les reposoirs et les cantiques.

Le Club prit, le 16 prairial (4 juin), une délibération tendant à inviter :

1° La municipalité de Toul « à faire une adresse aux citoyens des communes de la campagne, pour les engager à approvisionner le marché de Toul de beurre, de fromage, d'œufs et de volailles, en leur faisant part des mesures que la police avait prises pour mettre les vendeurs à l'abri de toutes les vexations qu'ils pouvaient craindre et pour protéger la vente de leurs denrées »;

2° Les vrais patriotes « à dénoncer à l'opinion publique et à la police les infractions à la loi du maximum et ces vils égoïstes, qui affament leurs frères en retenant pour leur propre satiété ce qui pourrait servir aux besoins de plusieurs » .

Le même jour, le général Mouzin 1 fit don à la caisse de bienf aisance d'une somme de mille livres, destinée à secourir les malheureux et les indigents.

A sa réunion du 23 prairial (11 juin), la Société éprouva

1. Voir l'Histoire de Toul de Tbiéry, où cette proclamation est transcrite intégralement (II, p. 314 à 818).

2. Mou*i» (Pierre-Gabriel -François), né à Bar-le-Duc le SS novembre 1745, général de divisiou commandant la place de Longwy, avait été nommé, le il ventôse

« une agréable sensation » en apprenant que les troupes de la République avaient enlevé Dinan aux Vendéens.

L'assemblée désigna ensuite trois de ses membres, en exécution d'un arrêté pris le 15 prairial par le Comité de Salut public, à l'effet de se transporter dans les communes du district et t reconnaître les prairies propres à y mettre au vert les chevaux de la République pour les rétablir ».

En outre, le 26 prairial (14 juin), elle invita les administrations de ces mêmes communes « à mettre en réserve le tiers des prairies pour du regain, afin de ménager de nouvelles ressources en fourrages à la République » .

Le Club entendit, le 3 messidor (21 juin), « la relation du fameux combat naval du 13 prairial, dont la date fera àjamai^ époque dans les annales de la France ». Les marins qui montaient le vaisseau le Vengeur s'étaient fait couler aux cris de : Vive la République ! plutôt que de se rendre aux Anglais *.

13 messidor (1 er juillet) : La Société, à cette date, procéda à la désignation de 24 citoyens, chargés de surveiller, tant à la ville que dans les campagnes, l'exécution de la loi du maximum. Ils avaient la mission « de dénoncer à qui de droit les infractions à cette loi, d'élever l'esprit de leurs frères des campagnes et d'employer près de ceux-ci tous les moyens de persuasion pour éteindre chez eux les flambeaux du fanatisme ».

Huit jours plus tard (2l messidor-9 juillet), elle invita les / J - y

autorités constituées à «c faire enlever les tabernacles et démolir & * * ty 1 * 'y

les autels qui se trouvaient dans les temples de l'Être suprême » . y £*• • *- r (

I Asie*.*

(il mars 1794), au commandement de celle de Toul. Voici l'ordre laconique par / ?

lequel le général en chef lui notifiait sa nomination (Archivée municipales) :

« Au quartier général de l'armée de la Moselle, à Bouzonville, le il ventôse an II de la République française, une et indivisible.

• Le citoyen L. Hoohi, commandant l'armée do la Moselle, au citoyen Moussu (tic), général da division.

■ A la réception de la présente, tu partiras, citoyen, pour aller prendre le commandement de la place de Toul, sur laquelle tu te feras donner tous les renseignements nécessaires. — Signé : L. Hochb. »

Plus tard anobli par Napoléon, le général baron de Mouzin mourut à Paris le 10 mai 1821.

î. Pour honorer cet acte mémorable, la Convention venait de décréter qu'un modèle du Vengeur serait suspendu aux voûtes du Panthéon.

Page 1