DE TOUL
M. H. Baumont a publié dans les Annales de l'Est, en 1889, une monographie fort intéressante de la Société populaire de Lunéville pendant la Révolution. Nous offrons aujourd'hui au public une étude historique sur la Société similaire de Toul, des Amis de l'Égalité et de la Liberté, désignée plus généralement sous le nom de Club des Jacobins; cette Société populaire, qui avait acquis sur l'opinion une influence dominatrice, exerça sur les autorités constituées une action souvent néfaste, mais quelquefois bienfaisante.
Nous devons dire, d'abord, comment et dans quelles circonstances s'était formée à Toul la Société dite des Amis delaConstitution, à laquelle celle des Amis de l'Égalité et de la Liberté se substitua plus tard, en faisant subir à l'organisation primitive des modifications conformes aux transformations politiques et en lui empruntant une partie de son personnel.
CLUB DBS JACOBINS. L
D'après Thiéry (Histoire de Toul), François de Neufchâteau aurait pris quelque part à sa fondation :
Le premier mouvement activement révolutionnaire, — dit l'historien tonlois (II, p. 278), — fut imprimé dans Toul par François de Neufchâteau, propriétaire d'une maison de campagne à Bicqueley, village voisin. Cet homme célèbre vint provoquer dans notre ville, en 1790, un rassemblement nombreux, composé des partisans des idées nouvelles dans le pays ; il les réunit en séances régulières et il exaltait leurs esprits par le feu de ses harangues. Cette réunion fut le berceau de la Société des Amis de la Constitution, qui ne tarda pas à se former, et à laquelle succéda, en 1793, le Club des Amis de la Liberté.
L'historien de Toul avance en cela des faits absolument erronés, comme le prouvent quelques documents qu'on trouvera plus loin. Ce ne fut pas en 1790 à Toul, mais bien le 6 août 1 789 à Bicqueley même, que François de Neufchâteau réunit quarante-cinq délégués des communes du Toulois dans une assemblée, suivie de l'arrestation du futur homme d'État. Cette réunion n'avait aucun rapport avec la création d'une société populaire : elle n'avait pour objet que la discussion des vœux à soumettre aux États-Généraux. Nous avons exposé ces événements avec détails dans notre Histoire de Toul pendant la Révolution (p. 100 à 115). Lorsque, plus d'un an après, le 22 octobre 1790, la Société des Amis de la Constitution se fonda à Toul, François de Neufchâteau, alors juge de paix à Vicherey, dans le département des Vosges de création récente, n'était plus en relation avec ses anciens électeurs ; dès cette époque, l'ancien député suppléant du Tiers- État toulois s'occupait exclusivement de sa fonction et des intérêts de ce département, où devait se continuer sa carrière politique.
La Société des Amis de la Constitution fut fondée à Toul, ainsi que dans chaque ville un peu considérable, sous l'impulsion directe de celle de Paris.
Le 1 er décembre 1789, l'Assemblée constituante avait reconnu aux citoyens le droit de s'assembler, en votant la ré-
solution qui suit : « Les citoyens actifs peuvent se réunir paisiblement et sans armes en assemblées particulières pour rédiger et faire parvenir des adresses et des pétitions, soit au corps municipal, soit aux administrations de département et de district, soit au Corps législatif, soit au Roi, sous la condition d'avertir les officiers municipaux de cette assemblée. »
Sous le couvert de ce décret, les citoyens avaient pris l'habitude de tenir des séances fréquentes, où ils s'entretenaient des intérêts de la liberté et de la direction de l'esprit public.
Ces réunions étaient appelées clubs, nom emprunté à la langue anglaise et passé dans la nôtre pour désigner des assemblées politiques; de tous les clubs, le plus important, celui qui fit les plus rapides progrès, s'était installé sous le vocable de Société des Amis de la Constitution dans les bâtiments du couvent des Jacobins, rue Saint-Honoré, à Paris. Organisé d'une façon régulière, d'après le plan de l'Assemblée nationale, il avait jeté des branches dans toutes 'les provinces du royaume, en provoquant, par une active propagande et une correspondance suivie, la création de sociétés analogues.
Dès le 23 juin 1790, ce Club parisien adressait au Président de la Société des Amis de la Constitution à Toul, un premier paquet qui, cette Société, n'étant pas créée encore, fut remis à la municipalité. M. Pierrot, officier municipal, reçut le dépôt des pièces «pour être remises au Club lorsqu'il serait formé 1 ».
Un second paquet d'imprimés le 11 août et une lettre le 25 août étant arrivés avec la même suscription, les officiers municipaux se décidèrent à envoyer aux membres de la Société des Amis de la Constitution de Paris la lettre qui suit * :
Messieurs,
Nous ignorons ce qui peut avoir donné lieu de croire à l'existence d'une Société des Amis de la Constitution à Toul. Nous espérons, à la vérité, voir cette Société se former ; mais jusqu'à présent, il n'en est d'autre que le
l. Archives municipales, registre FF, 42, fol. 18, v°. 9. Arch. muD.
corps municipal lui-même, dont les principes se trouvent parfaitement d'accord avec les vôtres et qui n'a cessé de les propager de toutes ses forces et de s'y conformer dans son administration. H a donc adopté de grand cœur le titre et les obligations qu'il impose. En conséquence, il s'est approprié les dépêches et les imprimés adressés au Club des Amis de la Constitution à Toul, tant de votre part, Messieurs, que des Sociétés patriotiques qui vous sont affiliées. Il s'empressera de vous adresser, par réciprocité, les actes de son administration qui seront d'un intérêt général, ainsi que les travaux de ses membres ou à lui adressés pour tous objets de bien public. Il vous prie donc, Messieurs, de continuer à le compter au nombre des corps qui vous sont affiliés et, sous l'accord parfait de ses vues avec les principes que vous avez manifestés avec tant de gloire et de succès pour la cause de la Liberté, nous sommes..., etc....
Une lettre de la Société des Amis de la Constitution de Béthune parvenait le 4 septembre à la municipalité de notre ville, à laquelle la poste apportait lie 20 une nouvelle lettre et des imprimés.
Un journal parisien, le Mercure National, fit au Club, qui n'existait pas encore, un service régulier de sa publication, ce qui motiva la lettre suivante du maire de Toul à l'éditeur f :
Ce 18 octobre 1790.
A Madame Robert, auteur du Mercure National, 17, rue de Orammont, à Paris.
Madame,
Sur la supposition de l'existence d'une Société des Amis de la Constitution à Toul, vous 7 avec fait adresser successivement plusieurs numéros de votre journal le Mercure National, que la poste a fait déposer chez moi. J'en ai gardé le dépôt en attendant la formation de cette Société que plusieurs bons citoyens se proposaient d'établir ici. L'événement n'ayant pas répondu à mon désir et cette formation pouvant être encore éloignée, je crois, Madame, devoir vous en prévenir et vous prier de discontinuer jusqu'à nouvel avis ces envois, qui ne sont fondés sur aucune souscription assurée. Les
l. Àrch. mua.
numéros parvenu» ici sont au nombre de 12, sur la disposition j'attends vos ordres, qui seront suivis ponctuellement.
Je suis avec respect et tous les sentiments dus à votre patriot vos talents, Madame, votre..., etc. Signé : Bicquilley, maire d
Quelques jours après, un nombre suffisant d'adhésio obtenu, le maire et ses collègues du corps municipa raient établie la Société touloise des Amis de la Corn (22 octobre 1 790 ! ).
Aux premiers fondateurs de ce Club vinrent s'adjoin les citoyens soucieux des grandes questions qui préoa alors les esprits : la plupart appartenaient aux professi raies ou à la bourgeoisie aisée : Jacob, Bourcier et Gers cats; Eve, chirurgien; Bouard, notaire; les prêtres 1 Saunier, Aubry et Roussel; l'architecte Charpy; 1'] Bellot; les hommes de loi Martin, Lacapelle et Pil l'orfèvre Didier; l'imprimeur Carez, etc. Les autres, très petit nombre, faisaient partie de la classe ouvrier
L'organisation de la Société fut copiée sur celle de elle eut un bureau composé d'un président et de deu taires chargés de la correspondance, qui ne tarda pa très active.
Les séances se tinrent d'abord dans la grande sali devant Séminaire, local où s'était assemblé, dix-huit i paravant, l'ordre du Tiers-État pour élire ses dépu Etats-Généraux. L'année suivante, les réunions eur dans l'ancien couvent des Dominicains et dans certai constances la Société siégeait à la maison commune. 1 ceinte particulière était réservée à ses membres dans ce locaux; le public, qui n'avait le droit de prendre part votes, ni même aux débats, y occupait des tribunes sj
Les réunions avaient lieu trois fois par semaine, de heures à sept heures du soir ; elles étaient annoncée; son de la cloche de l'église paroissiale Saint-Gengoult.