I.ES MÊMES , LANDAU
LANDAU , entrant en chantant.
AIR : 7e vins jadis au monde,
M'entend-ou jamais dire
Cruel destin !
Ah ! quel chagrin !
Ma foi , j'aime mieux rire , C'est bien plus amusant , „ Cv ".
Vraiment, C'est bien plus amusant.
Pourquoi toujours médire
De sou voisin ,
De son prochain?
Ma loi j'aime mieux rire , C'est bien plus amusant ,
Vraiment , C'est bien plus amusant.
Q'uu amoureux soupire Près d'un tendron ,
Bien frais , bien rond ; A table il vaut mieux rire.
C'est bien plus amusant,
Vraiment, C'est bien plus amusan>t.
Allons , allons , chorus , vous autres ! Bonjoar, Waldman.
WALDMAN.
Bonjour!
lANDAU.
Bonjour, ma petite Krettle! Comme te voilà fraîche et gentille ce matin !
KRETTLE.
Ah ! ça vous plaît à dire , monsieur Landau.
IiANDAU.
Mieux que ça, ça me plaît à voir... Eh bien! qu'est-ce? vous ne
; que ça, ça me plaît à voir... Eh bien! qu'est-ce? dites rien. . . Tu as l'air bien noir aujourd'hui.
"WALDMAN.
LANDAU
WALDMAN.
LANDAU
WALDMAN.
Non , des idées . . .
Voyons . • .
Ça se passera.
Voyons toujours.
Bah! pourquoi?
LANDAU- Gomment, pourquoi?. . . Voilà une drôle de question ! pourquoi? parce que je suis ton vieil ami.
AiB : Pour le trouver^ je cours en Allemagne. (Yelva. )
J'en suis certain , il n'aurait pas de charmes
L' bonheur dont tu jouirais sans moi ;
Si quelqu'chagrin te fait verser des larmes , Je prétends pleurer avec toi. (bis.)
Le bien , le mal ont besoin de partage , On veut ses amis pour témoins :
L'heureux pour l'être davantage , Le malheureux pour l'être moins.
WALDMAN.
Mais tu ne peux rien . . .
LANDAU
N'importe ! on mot d'amitié soulage toujours. . . Tiens , frère, autrefois je n'aimais qoe mon empereur , mes che- ▼anx et toi, . . Maintenant , Ini. . . loi , il n'est plus de ce monde, les chevaux sont partis. ,. je n'ai donc plus rien à aimer qoe toi et tout ce qui t'appartient. . . ainsi, parle.
WALDMAl?,
Ma pauvre femme est malade. . .
LANDAU
Elle va mieux; le médecin ne vient plus.
KRETTLE , à part.
Parce qu'il n'est pas payé.
"WALDMAN.
L'état de menuisier ne va plus comme lorsque j'étais jeune et fort.
Oh! <Ai ! maître Waldman a pourvu à cela. . . il a plus de raison que le vieux fou de Landau ; il a de l'ordre , de 1 économie. . . . Ah ! si j'avais pu faire la connaissance de ces belles vertus , je serais riche , j'aurais du foin dans me» bottes . . . Mais à la cour ! et quelle cour ! premier cocher de Napoléon!... j'avais sous les yeux des exemples de luxe , de grandeur. . .
AIR : Sans murmurer. (Michel et Christine. )
Qu'il était grand
Le héros intrépide, Qui mesura de son pas triomphant, Et ie <Jésert où dortJa pyramide , Et du Kremlin le rempart menaçant , \
Qjà'il était grand !
Qu'il était grand ,
Alors qu'à la victoire, Associant les beaux arts, ie talent , Il inscrivait chaqu' page d'notre histo Sur quelqu'utile et noble monument,
Sur quelqu utile et noble Qu'il était grand 1
stoire .
Ah ! qu'est-ce qui aurait cru que ça finirait comme ça?. . . qu'après quinze ans de service je me trouverais sans ressources. . . Qu'est-ce que je dis donc, sans ressources?. . . J'avais nn ami , un véritable auii , c'est tout ce qu'il faut! Allons, allons, Waldman, fais comme moi, mon
garçon, pas d'ambition , pas de soucis, toujours content de ce qu'on a; avec ce système on n'engendre pas de mélancolie.
WALDMAN.
Oui , oui . . • ta as raison . . .
LANDAU
Je vais lire les journaux , savoir des nouvelles de France , de mon pays j ensuite faire ma petite promenade du matin, pour gagner de l'appétit. Krettle , apprête-nous quelque chose de bon pour déjeûner... Je me sens déjà en disposition. . . j'ai bien dormi « j'ai fait les plus jolis rêves!
KRETTLE.
Air du Verre.
Ce n'est qu'un rêve qu' souvent Da pauvre fournit la cuisine ; Le bien , dit-on vient eu dormant , On dit même encor qui dort dîne.
WALDMA.N.
Ces mots parfois sont comolans.
LANDAU
Ce dicton , sans doute , est superbe; Mais mon estomac , je le sens , jN'est pas de l'avis du proverbe.
( Tlfait quelques pas , et relaient. ) Ah! Waldman, j'ai découvert un dépôt de tabac de contrebande délicieux. . . Il faut renouveler notre provision. . . Donne-moi de l'argent, mon caissier.. . eh! eh!
WALDMAN.
VoloBtiers...
LANDAT7.
Oh! oh I tu es en fonds ce matin. . . Ah ! bien , je prends un ducat. . . je veux te faire une surprise . . . Ah ! ah !.. . Krettle, dépêche-toi, mon enfant. . , Je ne serai pas longtemps. , . je ferai ma promenade au pas de solliciteur. . . Place! place ! c'est le mot à la mode aujourd'hui.
Air Vaudeville du Juif,
Place ! place !
11 faut que je passe;
Sans courir , Qui peut réussir ?
Voyez la civilisation ,
Fille de la rt^volution , Pour retremper la race humaine Crier de la Seine, Jusqu'au Borysthène, Des bords africains Aux champs américains :
Place ! place!
Il faut que j e passe j
Le torrent - \
Féconde en roulant.
Voyez ce singe de Moreau , Ce déserteur de Waterloo , Fuir au bruit de l'artillerie ,
Lorsque la patrie ,
En mourant lui crie :
Reviens à ma voix. . .
Répondre : une autre fois . , , -
Place ! place !
Il faut que je passe ; Le succès
Est dans les jarrets.
Depuis la chute des barbons , Les Gérontes ne sont plus bons.
Une ardente et vive jeunesse
Les pousse , les presse ,
Et leur dit sans cesse :
Qui veut résister,
Va se faire emporter.
Place ! place !
Il faut que je passe ; Au repos ,
 nous ces travaux !
( Il son. )