CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
De la Sainte Eucharistie. |
La Sainte Eucharistie est la merveille des merveilles, le sacrement des sacrements, celui où notre divin Sauveur a déployé toutes les richesses de son amour. Le Dieu qui met ses délices à
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résider parmi les enfants des hommes, avait d'abord caché les rayons de sa gloire sous les voiles de notre faible humanité, en se faisant chair, Mais non content de s'être uni à notre nature en g'néra}, il a voulu encore s’unir à chacun à nou: en particulier par l’Eucharistie, qui signifie action de grâces. Ce sacrement est donc appelé l'Eucharistie, parce que Notre-Seigneur, avant de l’instituer, c’est-à-dire avant de changer le pain et le vin en son corps et en son sang, rendit grâces à son Père ; et aussi, parce que c’est le meilleur moyen de témoigner à Dieu notre reconnaissance.
+ 253.—Qu'est-ce que la Sainte Eucharistie ?
—La Sainte Eucharistie est un sacrement qui contient réellement et en vérité le corps, le sang, l’âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sous les apparences du pain et du vin.
Lu Sainte Eucharistie est donc le sacrement du corps et du sang, de l’âme et de la divinité de Notre-Feigneur Jésus-Christ, tel qu’il a paru autrefois sur la terre. La seule différence, c’est qu’au lieu de nous apparaître sous une forme sensible, il se montre à nous voilé sous les apparences du pain et du vin. Par conséquent, Notre- Seigneur, dans le tabernacle de l’autel, nous voit et nous entend, comme sur la terre il voyait et entendait ceux qui l’approchaient.
254.- Quand Jésus-Christ a-t-il institué la Sainte Eucharistie ?
—Jésus-Christ a institué la Sainte Eucharistie à la dernière eène, le Jeudi- Saint, veille de sa mort.
La dernière cène signifie le souper que Notre- Seigneur prit avec ses disciples, la veille de sa mort, pour célébrer sa dernière Pâque. La Pâque, chez les Juifs, était une fête solennelle établieen commémoration de leur délivrance de la captivité d'Egypte. On y mangeait un agneau rôti, avec du pain sans levain.
255.—Quelles étaient les personnes RPPSeneS lorsque Jésus-Christ institua la ainte Eucharistie ?
—Les douze apôtres étaient présents lorsque Jésus-Christ institua la Sainte Eucharistie ?
256.—Queñfit Notre-Seigneur pour instituer la Sainte Eucharistie ?
—Pour instituer la Sainte Eucharistie, Notre-Seigneur prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses apôtres en disant : Prenez et mangez : Ceci est mon corps. Ensuite il prit la coupe de vin, la bénit, et la leur donna en disant : Buvezen tous. Ceci est mon sang qui sera ré-
andu pour la rémission des péchés :
Faites ceci en mémoire de moi.
257.-—Qu'arriva-t-il quand Notre-Seigneur eut dit: Ceci est mon corps ; ceci est mon sang ?
—Quand Notre-Seigneur eût dit : Ceci est mon corps, la substance du pain fut changée en la substance de son corps ; et quand il eut dit : Ceci est mon sang, la substance du vin fut changée en la substance de son sang.
Une substance est un être qui existe par luimême, indépendamment des accidents, c’est-àdire des apparences ou des propriétés qui tombent sous nos sens, telles que la couleur, l’odeur, le goût, la forme, etc. On peut voir, toucher, constater, d’une manière quelconque, les accidents ou les apparences d’une substance; mais nous ne voyons jamais la substance elle-même de n'importe quelle chose. Aïnsi, par exemple, nous voyons bien Ja couleur, la grosseur, la forme d’une colonne de marbre, nous pouvons constater sa dureté; mais nous ne voyons pas la substance elle-même, c’est-à-dire le marbre dont elle est faite. De même, nous pouvons voir et constater la couleur, l'odeur, le goût du pain et du vin ; mais nous ne pouvons pas voir la substance du pain et du vin. Dans toute substance, il faut donc distinguer deux choses : la substance propre: ment dite et les accidents ou apparences. Lorsque la substance d’une chose est changée, les accidents ou apparences changent en même temps.
Mais il n’en est pas de même daus la Sainte Eucharistie ; car, par un miracle de Dieu auquel rien n’est impossible, les apparences du pain et du vin restent toujours les mêmes, malgré le chanzement de la substance du pain et du vin en la substance du corps et du sang de Jésus- Christ. Comme la substance seule est changée
dans la Sainte Eucharistie, et que nous ne pouvons pas voir la substance des corps, il est facile de comprendre que nous ne pouvons pas voir le changement. Cependant, nous sommes absolument certains que le changement a lieu, parce que Notre-Seigneur l’a déclaré; et nous devons le croire, parce qu’il ne peut nous tromper. Il est Dieu, et Dieu ne peut faire un mensonge, parce qu’il est la vérité même. Ce changement est un grand miracle, et c’est pourquoi nous ne pouvons le comprendre, tout en étant obligés d’y croire.
‘Trois jours après que Jésus fut parti de la Judée pour la Galilée, lisons-nous dans le Nouveau Testament, il se fit des nuces à Cana, en Galilée, et la mère de Jésus y était. Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples. Et le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont point de vin. Jésus lui répondit : Femme, qu’y at-il entre vous et moi ? Cependant, sa mère dit à ceux qui servaient : Faites tout ce qu’il vous dira. Or, il y y avait là six grands vaisseaux de pierre pour servir aux purifications qui étaient en usage chez les Juifs, dont chacun tenait deux ou trois mesures d'environ trente pintes. Jésus leur dit : Embplisez d’eau les vaisseaux. Et ils les remplirent jusqu’au haut. Alors il leur dit : Puisez maintenant, et portez-en au maître u’hôtel. Et ils Jui en portèrent. Quand douce le maître d'hôtel eut goûté de cette eau qui avait été changée en vin, ne sachant d’où venait ce vin (les serviteurs néanmoins qui avaient puisé l’eau le savaient bien), il appela l'épouse et lui dit : Tout le monde sert d’abord le bon vin ; et eprès qu’on a beaucoup bu et qu’on n’est plus en
état de bien goûter, on sert alors celui qui n’est pas si bon; mais pour vous, vous avez réservé le bon vin jusqu’à cette heure. (1) Par ce miracle, Notre-Seigneur changea la substance de l'eau en la substance du vin. Pourquoi donc, ne pourrait-il pas de la même manière et par la même puissance changer la substance du pain et du vin en la substance de son propre corps et de son propre sang ? Quand il changea l’eau en vin aux noces de Canu, il changea non seulement la substance de l’eau, mais sa couleur et son goût ; en sorte que ce liquide n'avait plus les apparences de l’eau, et que chacun pouvait voir que c'était du vin. Maïs en changeant le pain et le vin en son corps et en son sang, il change “eulement la substance, comme nous l’avons dit, et laisse à son état naturel tout le reste, qui conserve encore l'apparence et le goût du pain et du vin, même après un changement qu'aucun signe extérieur ne permet de constater. Nous savons et nous croyons que ce changement a eu lieu. rarce que nous avons pour garant la parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même.
Il est certairement plus facile de changer une chose en une autre, que de faire quelque chose de rien. Quiconque peut créer quelque chose de rien, peut, à plus forte raison, changer une chose en une autre. Par conséquent, Notre- Seigneur qui est Dieu, et qui a créé le monde de rien, peut donc aisément changer la substance du pain en la substance de sa chair.
Le corps de NotreSeigneur dans la saïnte Eucharistie étant un corps vivant, et tout corps
(1) S. Jean, 1x.