CHAPITRE DIX-HUITIEME
De la Contrition.
t 207.— Qu'est-ce que la contrition?
— La contrition est une douleur et une détestation du péché qu'on a commis et la résolution de ne plus le commettre.
Le mot contrition signifie brisement, parce que notre cœur doit être, en quelque sorte, brisé par la douleur d'avoir offensé Dieu. Cette douleur
iloit nécessairement être accompagnée de la résolution de ne plus l'offenser à l'avenir. Sans cette ferme résolution, il ne peut y avoir de vraie contrition, La douleur et le ferme propos sont deux moses inséparables. C'est pourquoi l'on dit quelque fois que la contrition a deux visages : l'un îD arrière, pour détester les péchés commis ; .'autre en avant, pour se précautionner contre ioute nouvelle rechute.
t 208.— Faites un acte de contrition.
—Acte de contrition : " Mon Dieu, j'ai " un extrême regret de vous avoir offensé,
I parce que vous êtes infiniment bon et 4 infiniment aimable, et que le péché vous 'déplaît; pardonnez-moi parles mérites ' de Jésus-Christ, mon Sauveur : je me
II propose, moyennant votre sainte grâce, ' de ne plus vous offenser et de faire pé- 1 nitence."
Cette formule renferme trois choses : 1° une îxpresdon de regret de ses péchés ; 2° une demande de pardon ; 3° une déclaration de notre "ésolution de ne plus pécher à l'avenir. Il ne iufrit pas de lire ou de réciter cet acte pour avoir me vraie contrition ; mais, comme nous le ver- •ons bientôt, il faut avoir dans le cœur les seniments qu'il exprime.
t 209— La contrition est-elle absolunent nécessaire pour obtenir le pardon les péchés ?
—Oui, la contrition est absolument nécessaire pour obtenir le pardon des péchés.
Il est facile de concevoir, en effet, qu*on est entièrement indigne de pardon, tant qu'on ne regrette pas le mal fait, et qu'on n'est pas décidé à l'éviter. Dieu, qui est la justice et la sainteté même, ne peut nous pardonner si nous n'avons pas regret de nos fautes. Donc, sans la contrition, pas de pardon des péchés ; quand même l'examen de conscience aurait été bien fait, les péchés fidèlement confessés, et l'absolution reçue.
210.— Quelles qualités doit avoir la douleur que nous devons avoir de nos péchés ?
—La douleur que nous devons avoir de nos péchés doit avoir quatre qualités : elle doit être intérieure, surnaturelle, universelle et souveraine,
Toute vraie douleur du péché doit posséder ces quatre qualités, qui sont inséparables. Si l'une d'elles fait défaut, il ne peut y avoir de vraie contrition.
211.— Qu'entendez-vous en disant que notre douleur doit être intérieure ?
— En disant que notre douleur doit être intérieure, j'entends qu'elle doit venir du cœur et non pas des lèvres seulement.
Notre douleur est intérieure quand le cœur et la bouche s'accordent parfaitement, quand les paroles sont l'écho fidèle des sentiments du cœur. Au contraire, la douleur est seulement extérieure, si le cœur et la bouche se contredisent, si les lèvres expriment des sentiments que le cœur ne professe pas. Un pénitent, par exemple, peut verser des larmes dans le confessionnal, solliciter l'absolution, assurer qu'il est véritablement repentant, et réussir à extorquer l'absolution au confesseur trompé parles apparences; mais Dieu qui voit le fond des cœurs, qui sait que sa douleur n'est ni réelle ni intérieure, mais seulement simulée et extérieure, ne ratifiera pas l'absolution donnée et les péchés de ce pénitent ne seront pas pardonnes. Il est facile de tromper le confesseur et de lui extorquer l'absolution, d'autant plus qu'il est obligé de croire le pénitent, mais quand les dispositions requises font défaut, l'absolution que donne le prêtre et qu'il ne donnerait pas s'il connaissait les dispositions du pénitent comme Dieu les connaît, reste sans effet.
212.— Qu'entendez-vous en disant que notre douleur doit être surnaturelle ?
—En disant que notre douleur doit être surnaturelle, j'entends qu'elle doit être inspirée par la grâce de Dieu, et produite par des motifs venant de la foi et non pas par des motifs purement naturels.
Notre douleur est surnaturelle, quand nous regrettons nos péchf s pour quelque motif que Dieu nous a fait connaître: soit, par exemple, parce-
que le péché lui déplaît, parce qu'il est infiniment bon, parce que nous avons perdu le ciel, ou parce que nous craignons les tourments de l'enfer et du purgatoire. Tous ces motifs viennent de la foi et sont inspirés par la grâce de Dieu. Mais notre douleur est seulement naturelle, quand nous regrettons nos péchés pour des motifs naturels : soit par exemple, parce qu'un vol commis nous a fait condamner à la prison, parce que des habitudes d'intempérance ont fait perdre une bonne position et même la santé, parce qu'un mensonge a valu à son auteur une sévère correction. Ces motifs sont naturels, et par conséquent la douleur qu'ils inspirent est parement naturelle. Pour qu'elle devienne surnaturelle, il faut regretter d'avoir volé, de s'être enivré ou d'avoir menti, parce que tous ces actes sont des péchés qui offensent Dieu, qu'il a défendus et qu'il a promis de châtier.
213.— Qu'entendez-vous en disant que notre douleur doit être universelle ?
—En disant que notre douleur doit être universelle, j'entends que nous devons avoir regret de tous nos péchés, au moins mortels, sans en excepter un seul
Notre douleur est universelle quand nous regrettons tous nos péchés mortels sans exception. Si nous avons commis dix, cent péchés mortels, et que nous les regrettions tous à l'exception d'un seul, notre douleur n'est pas universelle, et aucun de ces dix ou cent péchés n'est pardonné. Pourquoi? Parce que la grâce de Dieu et le péché
mortel ne peuvent cohabiter ensemble dans l'âme. On ne peut être en même temps l'ami et l'ennemi de Dieu. Ce péché mortel souille l'âme et empêche la grâce de descendre en elle, tant qu'on n'en a pas regret. En d'autres termes, il ne sert de rien d'être à moitié chagrin d'avoir offensé Dieu, de regretter un certain nombi'e de ses péchés. Il faut les regretter tous, sinon le résultat est le même que si on n'en regrettait aucun.
214.— Qu'entendez-vous en disant que notre douleur doit être souveraine ?
—En disant que notre douleur doit être souveraine, j'entends que nous devons être plus affligés d'avoir offensé Dieu que de tous les maux qui peuvent nous arriver.
Notre douleur est souveraine, quand nous regrettons nos péchés, apprêciativement, plus que tous le3 maux qui peuvent nous arriver. £n effet, le péché étant le plus grand malheur qui peut nous arriver, puisqu'il nous fait perdre la gvâce et l'amitié de Dieu, la douleur de l'avoir commis doit primer toute autre douleur. Mais eile peut être souveraine sans être portée au plus haut degré d'intensité, sans être aussi sensible et aussi vive que la douleur des maux temporels qui pourraient nous arriver, et même sans être sensible. Ainsi, on peut être plus vivement et plus sensiblement affecté d'avoir perdu ses parents, ses biens, sa santé, que d'avoir offensé Dieu, ne ressentir aucune douleur sensible de ses péchés, et cependant avoir une douleur souve*
raine. Pour cela, il suffit qu'on ait dans la volonté une douleur souveraine appréciative, c'està-dire qu'on soit plus affligé d'avoir offensé Dieu que du plus grand malheur qui peut nous arriver. La douleur du péché est une douleur de raison plus que de sentiment, et elle réside surtout dans la volonté, qui est une faculté élevée audessus des sens.