Combien y a-t-il de sortes de contrition
—Il y a deux sortes de90contrition : la
contrition parfait© et la contrition imparfaite.
t 217.— Qu'est-ce que la contrition parfaite ?
—La contrition parfaite est celle qui nous fait regretter et détester le péché, parce qu'il offense un Dieu infiniment bon en lui-même et infiniment digne de notre amour.
Si nous regrettons nos péchés, parce que Dieu est infiniment bon, si ce motif est tellement efficace et prédominant, qu'il suffise à lui seul pour faire naître en nous la détestation des péchés commis et la ferme résolution de ne plus les commettre, alors notre contrition est parfaite ; et il importe de le remarquer, nous ne sommes pas tenus, pour qu'elle soit parfaite, d'exclure les autres motifs, moins nobles que celui de l'amour de Dieu.
Quand on a cette contrition parfaite, on aime vraiment Dieu pardessus toutes choses, et nos péchés nous sont remis immédiatement, avant même de les confesser. Car, dit saint Thomas, la charité, c'est-à-dire l'amour de Dieu, est incompatible avec le péché mortel. Nous trouvons dans le saint Evangile une belle image de cet effet de la contrition parfaite. Dix lépreux vinrent un jour au devant de Jésus, et se tenant à distance, ils lui dirent : Jésus, notre maître, ayez pitié de nous. Les ayant aperçus, il leur dit : allez vous montrer aux prêtres; et comme ils y allaient, ils furent guéris. De même, celui qui a
la contrition parfaite, est purifié de ses péchés, avant même de se confesser et d'être absous. Il lui suffit d'avoir la volonté de se confesser, lorsqu'il lui sera possible. La contrition parfaite est utile en tout temps, car la mort peut nous frapper à chaque instant ; mais elle est absolument nécessaire pour être sauvé, à celui qui, après avoir eu le malheur dépêcher mortellement, se trouve en danger de mort et ne peut se confesser. Il est donc bien important de savoir en quoi consiste la contrition parfaite, et de s'y exciter chaque fois que nous sommes en péché mortel, en attendant que nous puissions nous confesser. Sans doute, la contrition parfaite est plus difficile à obtenir que la contrition imparfaite, mais pas autant qu'on le pense généralement.
f 218.— Qu'est-ce que la contrition imparfaite P
—La contrition imparfaite est celle qui nous fait regretter et détester le péché, parce qu'il nous fait perdre le ciel et nous mérite l'enfer, ou encore parce qu il est en lui-même détestable et que nous devons rougir de l'avoir commis.
Si nous regrettons d'avoir péché,parceque nous sommes en grand danger d'être punis par Dieu, ou parce que nous avons perdu le ciel, sans que la bonté de Dieu soit pour quelque chose dans ce regret, alors notre condition est imparfaite, c'est-à-dire, moins parfaite. La contrition imparfaite est aussi appelée attrition, et ne remet les péchés que dans le sacrement de pénitence.
219.— La contrition imparfaite suffit-elle pour une bonne confession ?
— Oui, la contrition imparfaite suffit pour une bonne confession, mais nous devons tâcher d'avoir, autant que possible, la contrition parfaite.
t 220.— Que doit faire celui qui, étant en danger de mort, se sent coupable de péché mortel, et ne peut avoir un prêtre pour se confesser ?
—Celui qui, étant en danger de mort, se sent coupable de péché mortel, et ne peut avoir un prêtre pour se confesser, doit faire un acte de contrition parfaite avec le ferme propos de se confesser quand il le pourra.
221.— Qu'entendez-vous par le ferme propos de ne plus pécher ?
—Par le ferme propos de ne plus pécher, j'entends une résolution bien arrêtée d'éviter non seulement tout péché mortel, mais aussi les occasions prochaines du péché.
Le ferme propos doit être, non pas un simple désir, mais une résolution sincère d'éviter, non seulement pendant un certain temps mais toujours, tout péché mortel et, de plus, toute occasion prochaine du péché. Il ne suffit pas de se dire, je voudrais bien, mais je veux autant qu'il est possible de vouloir. Le ferme propos est absolu-
ment nécessaire, ou plutôt il est inséparable de la contrition, car on ne peut véritablement regretter ses péchés sans être en même temps bien résolu de ne plus les commettre. Par conséquent, pas de contrition sans le ferme propos. C'est ce que nous enseigne la recommandation du Sauveur au paralytique qu'il avait guéri près de la piscine probatique : "Vous voici guéri, lui dit-il, à l'avenir ne péchez plus, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de plus funeste." (1)
\ 222.— Qu'entendez-vous par occasions prochaines du péché ?
—Par occasions prochaines du péché,
j'entends les personnes, les lieux et les choses qui peuvent aisément nous entraîner au péché.
Il y a plusieurs sortes d'occasions de péché. On distingue, en premier lieu, les occasions prochaines et les occasions éloignées. L'occasion prochaine est celle où l'on pèche presque toutes les fois qu'on s'y rencontre. Ainsi, si quelqu'un s'enivre presque chaque fois qu'il met les pieds dans une certaine maison, cette maison est pour lui une occasion prochaine de péché. Mais s'il lui arrive rarement de s'y enivrer, une ou deux fois environ sur cinquante visites, alors cette maison est pour lui simplement une occasion éloignée de péché.
Il y a, en second lieu, les occasions volontaires, où l'on va se jeter de son plein gré, et que l'on
il) S. Jean, V.
peut éviter si on le veut ; et les occasions involontaires ou nécessaires, que l'on ne peut éviter parce qu'une force majeure ou des devoirs d'un ordre supérieur forcent d'y rester. Si un compagnon, par exemple, tient des conversations déshonnêtes, nous pouvons éviter cette occasion, parce qu'il est facile de cesser de le fréquenter Mais si celui qui est une occasion de péché fait partie de la famille, vit avec nous, ou qu'il y ait impossibilité absolue de s'en séparer sans scandale, ou sans un grave inconvénient pour sa fortune ou sa réputation, alors il faut au moins prendre tous les moyens pour rendre éloignée cette occasion qui est prochaine.
Les personnes qui peuvent aisément nous entraîner au péché, sont généralement les mauvais compagnons; les lieux et les choses qui deviennent presque toujours une occasion de péché, sont ordinairement les auberges, les théâtres, les bals, en un mot, tout endroit où l'on peut voir et entendre quelque chose de contraire à la foi ou aux mœurs : enlin les mauvais livres, tableaux et autres choses semblables.
Si nous avons le ferme propos de nous amender et de faire mieux, nous devons donc être bien résolus d'éviter tout ce qui peut être une occasion de péché. Il ne suffit pas de dire: j'irai encore en tel endroit ou avec telle personne, mais je ne commettrai plus jamais les mêmes péchés. Quoique vous en pensiez dans le moment, si vous vous trouvez dans les mêmes occasions, vous retomberez de nouveau ; car Notre- Seigneur, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper, a dit: " Celui qui aime le danger, y périra." Une occasion de péché est toujours un danger, et si vous
ne invitez pas, vous tomberez misérablement, comme Notre-Seigneur l'a prédit. Faites disparaître la cause, qui est l'occasion, et les chutes cesseront de suite. Supposons que la couche de plâtre du plafond d'une maison tombe par morceaux, parce qu'une fissure du tuyau laisse pénétrer l'eau à travers le plancher. Que fait alors le propriétaire de la maison ? Il mande le plombier, et lui fait réparer la fissure du tuyau avant de 1 émettre le plafond à neuf. Il agirait comme un insensé s'il faisait le contraire, et commandait la réparation du plafond sans s'occuper de la fissure du tuyau. Au bout de quelques jours, la même cause produirait les mêmes effets, la couche de plâtre se détacherait de nouveau et tout serait à recommencer. Une occasion de péché est justement comme la fissure de ce tuyau, elle cause chaque fois la chute de celui qui s'y expose. Qu'il la fasse disparaître, et alors il ne retombera plus, ou du moins, il ne retombera pas aussi souvent.