CHAPITRE VINGT-TROISIÈME
Des fins pour lesquelles la Sainte Eucharistie a été instituée.
1 268.— Pourquoi Jésus-Christ a-t-il institué la Sainte Eucharistie ?
— Jésus-Christ a institué la Sainte Eucharistie : 1° pour nous unir à lui et nous témoigner son amour ; 2° pour augmenter en nous la grâce et nous fortifier contre le mal ; 3° pour nous donner un gage de la vie éternelle et d'une résurrection glorieuse.
l8 Pour nous unir à lui et nous témoigner son amour. Lorsque nous recevons la Sainte Eucharistie nous ne faisons qu'un avec Jésus-Christ, à peu près comme deux gouttes de cire se fondent et se mêlent ensemble ; ou comme un morceiu de fer incandescent prend toutes les qualités du feu sans perdre sa propre nature. Tout Dieu qu'il est, il ne pouvait nous témoigner plus d'amour qu'en se donnant lui-même tout entier «à nous, non pas seulement une fois, mais aussi souvent que nous le désirons.
2° Pour augmenter en nous la grâce et nous fortifier contre le mal. Non seulement la Sainte Eucharistie augmente en nous la grâee, mais elle est la source de toutes les grâces spirituelles et temporelles, qui en coulent incessamment et avec la plus grande abondance. Comme la nourriture fortifie le corps et répare les forces épuisées par le travail quotidien, ainsi l'Eucharistie fortifie l'âme et répare ses forces affaiblies ou épuisées par le péché. Elle est un remède contre la violence de nos passions, une eau rafraîchissante contre ces fièvres de tout genre qui nous dévorent.
3° Pour nous donner un gage de la vie éternelle et d'une résurrection glorieuse. " Celui, dit Notre- Seigneur, qui mange ma chair et qui boit mon sang, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour." (1) Il est presque impossible, e,i effet, que celui qui s'est nourri toute sa vie du corps et du sang de Jésus-Christ, puisse, après sa mort, être enseveli dans les enfers.
(1) S. Jean, vi, 55.
>us unis à
269.— Comment sommes-nous unis à Jésus- Christ dans la Sainte Eucharistie?
—Nous sommes unis à Jésus-Christ par le moyen de la sainte Communion.
t 270.~Qu'est-ce que communier ?
— Communier c'est recevoir le corps et le sang de Jésus-Christ.
Communier c'est donc recevoir le sacrement de la sainte Eucharistie.
t 271.— Que faut-il pour faire une bonne communion ?
—Pour faire une bonne communion il faut être en état de grâce, et a jeun depuis minuit.
L'état de grâce est la première et la plus indispensable des conditions pour bien communier. C'est la robe nuptiale, sans laquelle personne ne peut être admis au festin du Père de famille. Si la manne, qui n'était que la figure de l'Eucharistie, tombait sur un lit de rosée qui servait comme de nappe pour la recevoir, de peur qu'elle ne fût souillée en tombant immédiatement à terre ; à plus forte raison, celui qui reçoit dans son cœur la manne divine, le pain vivant descendu du ciel, doit être en état de grâce ; c'est-à-dire exempt de toute taohe mortelle.
Il faut de plus n'avoir bu ni mangé depuis minuit. A part cette première disposition du oorps, il faut aussi être proprement et modeste-
ment vêtu selon son état. L'essentiel est sans doute d'être en état de grâce et à jeun ; mais il est facile de comprendre, qu'un jour de communion, il faut soigner un peu mieux son extérieur, pour faire honneur à l'hôte divin qu'on doit recevoir. Puis, quand le moment de communier est arrivé, on se rend à la sainte Table d'un pas modéré, sans chercher à devancer les autres; et pour faire cette sainte action avec toute la décence voulue, il faut, autant que possible, observer ce qui suit :
Tenir la tête fixe et droite, sans la pencher en avant ni la renverser en arrière.
Tenir les yeux baissés, ou les arrêter sur la Sainte Hostie, et non pas sur le prêtre.
Ouvrir médiocrement la bouche, ni trop, ni trop peu, et avancer un peu la langue sur la lèvre inférieure, pour que le prêtre y puisse facilement déposer l'hostie.
Les uns remuent la tête, les autres tiennent la tête baissée, de sorte que le prêtre ne voit pas ce qu'il fait et se trouve forcé de poser la sainte hostie un peu au hasard.
C'est à peine si ceux-ci entr'ouvrent la bouche ou desserrent les dents ; ceux-là craignent d'avancer la langue ou saisissent l'hostie avec les lèvres ; d'autres retirent la langue avec précipitation, avant que le prêtre ait eu le temps de bien poser l'hostie.
Tout cela est inconvenant et fort dangereux ; la plupart des accidents qui arrivent à la Sainte Table, viennent de la maladresse ou de la négligence des communiants.
Ne vous leve2 pas brusquement, aussitôt que vous avez communié, de peur que vous ne don-
niez une secousse à votre voisin qui communie après vous ; attendez pour vous lever que le prêtre soit éloigné de quelques pas, et laissez tomber la nappe avant de regagner votre place.
Laissez la sainte hostie un moment sur votre langue, et quand elle sera un peu humectée, vous l'avalerez avec révérence. Mais il ne iaut pas la laisser fondre dans la bouche, à cause du péril qu'il y aurait de ne pas communier.
Si l'hostie s'attachait an palais, il faudrait la détacher avec la langue seulement, sans y portei les doigts.
Si l'on sent que quelque particule de la sainte hostie est demeurée sur les lèvres, il faut ave( révérence l'attirer dans la bouche, sans y appliquer les doigts.
Si le prêtre vous donne par mégarde deux hosties au lieu d'une, il n'y a pas lieu de se troubler, puisqu'on ne reçoit pas plus en deux hosties qu'en une, de même qu'on ne reçoit pas moins en une moitié d'hostie qu'en une tout entière.
Si vous attendez à la Sainte Table la bénédiction du prêtre, laissez tomber la nappe, pour marquer que vous avez communié.
Par respect de la Sainte Table, on n'y porte point de gants ni de manchon.
Retirez-vous de la Table sainte de la même manière que vous y êtes venu, et abstenez-vous de cracher, au moins pendant quelques instants, de peur de rejeter quelque parcelle de l'hostie qui pourrait être restée dans la bouche.
t 272.— Celui qui communie en état de péché mortel, reçoit-il le corps et le sang de Jésus-Christ ?
—Celui qui communie en état de péché mortel, reçoit le corps et le sang de Jésus- Christ, mais il ne reçoit pas la grâce, et, de plus, il se rend coupable d'un grand sacrilège ?
Celui qui communie en état de péché mortel, reçoit le corps et le sang de Jésus-Christ comme celui qui communie en état de grâce ; c'est pourquoi il se rend coupable d'un abominable sacrilège. Mais alors il ne reçoit pas la grâce, et l'Eucharistie ne produit pas en lui plus d'effet que la nourriture dans la bouche d'un cadavre. Non seulement elle ne sert de rien à son âme, mai? elle l'indispose de plus en plus et aggrave son mauvais état, comme la nourriture matérielle cause des maladies dangereuses lorsque le corps est gravement indisposé.
273— Suffit-il d'être exempt de péché mortel pour recevoir avec abondance les grâces de la sainte communion ?
—Non, il ne suffit pas d'être exempt de péché mortel pour recevoir avec abondance les grâces de la sainte communion, il faut de plus n'avoir aucune affection au péché véniel, et faire des actes de foi vive, d'espérance ferme et de charité ardente.
Pour faire une bonne communion, il suffit d'être exempt de péché mortel. Mais pour recevoir l'abondance des grâces, il faut de plus ne conserver aucune affection au péché véniel, ne rien préférer à Dieu,et ne pas marchander avec lui
sur le degré de perfection avec lequel nous devons l'aimer et le servir. Quand nous faisons la sainte communion, il faut imiter Moïse approchant du buisson ardent et quitter comme lui nos souliers ; c'est-à-dire nous dépouiller de toute affection qui ne se rapporte pas au cœur adorable de Jésus. Sans cette disposition, nous ne recevons pas avec abondance les grâces de la sainte communion.
Il faut, en outre, lorsque le moment de communier approche, faire des actes de foi, d'espérance et de charité. Tous ces actes sont compris dans la prière suivante, que l'on peut lire ou réciter :