‹ Le Code catholique, ou, Commentaire du catéchisme des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et OttawaChapitre 154 sur 238 · Quand devons-nous recevoir l'Extréme-Onction · texte numérisé non relu

Quand devons-nous recevoir l'Extréme-Onction

—Nous devons recevoir l'Extrême- Onction, quand nous sommes en danger de mort par maladie, ou blessure ou accident.

Ce n'est que pour les fidèles dangereusement malades que ce sacrement a été institué. On ne peut donc le conférer qu'à ceux qui sont en danger probable et prochain de mort, soit par maladie, blessure ou accident, soit à raison d'une grande caducité ; car la vieillesse, surtout lorsqu'elle est très avancée, est une véritable maladie. On ne peut donc administrer l'Extrême-Onction, ni aux condamnés à mort, ni aux militaires qui sont sur le point de livrer bataille, ni aux passagers d'un vaisseau menacé de sombrer, ni enfin à ceux qui courent un grave danger quelconque, autre que celui qui vient d'une maladie. On doit l'administrer aux enfants en péril de mort, s'ils ont l'usage de

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raison et sont capables de pécher, alors même qu'ils n'ont point encore fait leur première communion. On l'administre aussi à tous les malades qui ont perdu connaissance, et auxquels on croit pouvoir donner l'absolution.

291.— Faut-il attendre qu'on soit à l'extrémité pour recevoir l'Extrême-Onction?

—Non, il ne faut pas attendre qu'on soit à l'extrémité pour recevoir l'Extrême- Onction ; mais il faut, autant que possible, y recourir pendant qu'on a encore l'usage de ses sens, afin de la recevoir avec plus de fruit et de ne pas s'exposer à en être privé.

Il suffit pour recevoir ce sacrement que la maladie soit grave, comme le porte une bulle du pape Benoit XIV. Nous devrions toujours être heureux de recevoir la grâce de n'importe quel sacrement auquel nous avons droit. Par conséquent, lorsque nous sommes suffisamment malades pour recevoir l'Extrême-Onction, nous devons nous empresser de faire mander le prêtre. Si le malade a encore la moindre chance de guérison. le sacrement l'aidera et hâtera son retour à la santé. Mais si l'on attend à la dernière heure, au moment où l'agonie est déjà commencée, où l'on est sans parole, sans connaissance, et souvent même dans le délire, comment le malade peut-il coopérer à la grâce et recouvrer la santé ? Il faudrait presqu'un miracle, et Dieu ne fait pas de miracles pour des raisons ordinaires.

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Si on doute que le malade le soit suffisamment pour recevoir les derniers sacrements, il faut alors envoyer chercher le prêtre, qui jugera luimême. On dégage ainsi sa responsabilité, et on n'a rien à se reprocher dans le cas où cette personne viendrait à mourir sans avoir reçu l'Extrême-Onction. Le prêtre, comme le médecin, appelé souvent au lit des malades, acquiert assez vite l'expérience suffisante pour lui permettre de juger du danger. Très souvent, des personnes sont aux portes de la mort et cependant, leurs parents ou ceux qui veillent sur elles, ne s'en aperçoivent pas. C'est pourquoi, en général, il est imprudent de s'en rapporter à son jugement, au lieu de consulter le médecin ou le prêtre.

De plus, il ne faut pas s'imaginer follement, comme il arrive quelque fois, que si le prêtre vient donner les derniers sacrements a un malade, il va l'effrayer et accélérer sa mort, en le mettant sous l'impression que sa maladie est désespérée. La visite du prêtre n'a jamais tué personne ni abrégé ses jours. Il se garde bien d'épouvanter ceux qui sont dans cet état douloureux, et sa charité a de saintes industries pour s'insinuer doucement dans les cœurs. Il n'est pas plus dangereux de recevoir les sacrements à domicile que de les recevoir à l'église, et il n'e,°t pas raisonnable de s'effrayer plus dans un casque dans l'autre. Puisque dans la plupart des maladies un peu graves, la moindre complication, le plus léger refroidissement peut amener la mort, on comprend facilement qu'il est prudent de recevoir l'Extrême-Onction, sans croire encore que la mort est inévitable. Un malade qui craint réellement que ce sacrement ne cause sa mort ou

n'abrège ses jours, montre qu'il manque de foi et de confiance dans la grâce de Dieu. Ceux qui ne désirent pas recevoir la sainte communion ou le viatique dans leurs maisons, ne tiennent pas à ce que Notre-Seigneur le3 visite. Quelle n'est donc pas leur ingratitude ! Lorsque Notre- Seigneur était sur la terre et parcourait les bourgades de la Judée et de la Galilée, le peuple transportait les malades dans les rues où il passait, afin qu'il pût les voir, les toucher et les guérir. Aujourd'hui, il n'exige plus qu'on fasse la même chose, mais il vient lui-même visiter les malades, et on redoute sa visite que l'on devrait tant désirer. Que nous sommes donc ingrats ! Et comme il aurait bien raison de nous faire le même reproche qu'à ses Apôtres : Hommes de peu de foi, pourquoi craignez-vous ?

Lorsque le malade a vécu dans l'indifférence religieuse et dans l'éloignement des sacrements, il ne faut pas attendre qu'il demande lui-même le prêtre ou qu'il consente à ce qu'on l'appelle. D'abord, ces malades, comme tous les autres, se font généralement illusion sur la gravité de leur état, et se croient rarement aussi en danger de mort qu'ils le sont réellement ; de plus, le souvenir du passé les effraie, ils éprouvent une répugnance extrême à descendre dans les replis d'une conscience chargée, et aloi'3 ils n'aiment pas envoyer chercher le prêtre, ou du moins, ils remettent la chose de, jour en jour, jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Le démon, ae son côté, les pousse à retarder la réception des derniers sacrements, dans l'espérance qu'ils mourront sans les avoir reçus et qu'ils deviendront sa proie. Lorsque l'on est en présence d'un cas sera-

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olable, il faut agir avec prudence, douceur et charité. On peut demander au malade s'il n'aimerait pas à voir le prêtre pour lui demander le secours de ses prières, sans lui parler des derniers sacrements si on craint un refus. Alors, on fait simplement venir le prêtre, qui saura bien faire le reste. Si le malade refuse et appartient à la religion catholique, on doit tout de même appeler le prêtre et le mettre en même temps au fait des dispositions de ce pauvre malheureux. Ce serait encourir une grande responsabilité que de laisser mourir un tel malade dans l'impénitence, sans avoir fait tout ce qui est humainement possible pour empêcher un pareil malheur. Le plus souvent, ces personnes qui ne veulent pas voir le prêtre, deviennent tout autres après avoir conversé avec lui et constaté l'intérêt qu'il leur porte. Non seulement elles consentent à le recevoir de nouveau, mais aucune visite ne leur est plus agréable.

Les maladies changent de nom quand on les considère à leur véritable point de vue, et sont plutôt une grâce qu'un malheur. Dieu se sert quelquefois de ce moyen pour ramener à lui des pécheurs endurcis, et qui vivent dans l'oubli de leurs devoirs religieux. Quelle est généralement la conduite d'un bon père à l'égard d'un enfant indiscipliné ? Il commence par lui faire remarquer ses manquements, et il le reprend avec douceur. S'il constate, au bout d'un certain temps, que ses conseils et ses avertissements n'ont aucun effet, il lui inflige une punition corporelle, non pour le plaisir de le voir souffrir, mais pour le bien de son enfant, et dans l'espérance de corriger ses mauvais penchants et d'en faire un bon

sujet. C'est ainsi que Dieu agit souvent à l'égard des pécheurs. Il les avertit par leur conscience, par la prédication de ses ministres, par les accidents et les cas de mortalité dont ils sont témoins ; et lorsque ces faits n'ont aucun effet sur eux, il leur envoie quelque affliction, il les frappe d'une maladie grave et les châHe. Il ne les punit pas pour le plaisir de les voir souffrir, mais pour leur bien; afin de leur faire comprendre qu'il est leur souverain maître, le seul qui puisse leur rendre la santé, et que les médecins, les amis et l'argent ne peuvent les sauver, s'il a statué qu'ils doivent mourir. Alors ils commencent à rentrer en eux-mêmes, à reconnaître qu'ils dépendent entièrement de Dieu, et que le monde n'est pas leur ami. Alors ils voient les choses sous leur véritable jour, les jugent à leur juste valeur; ils songent à l'éternité, aux choses de l'autre monde, et finissent par revenir à Dieu et aux pratiques de la religion. Beaucoup de personnes qui se convertissent et commencent à mener une nouvelle vie pendant une maladie, n'auraient jamais changé de voie si Dieu les avait laissées en bonne santé. Cependant, il ne faut pas croire que tous ceux qui sont malades le sont en punition de leurs péchés. Les personnes qui vivent habituellement dans l'état de grâce, ne sont pas non plus exemptes de ces épreuves, que Dieu leur envoie quelquefois pour exercer leur patience, pour augmenter la somme de leurs mérites et les rendre encore plus saintes. Il en est de même pour les petits enfants qui sont malades eux aussi, bien qu'ils n'aient jamais péché. Dieu permet cela, soit pour punir les péchés des parents, soit pour leur fournir l'occasion de mériter par les soins qu'ils sont

obliges de donner à ces petits malades. Nous disons seulement que Dieu frappe quelquefois de maladie des personnes qui vivent dans le péché, dans le but de les ramener à de meilleurs sentiments. Dans ce cas, leur maladie est une grande grâce de la part de Dieu, qui aurait pu les laisser persévérer dans la voie de leurs éga« rements jusqu'au moment où elles paraîtront devant son tribunal.

t 292.— Quels sont les effets du sacrement de l'Extrême- Onction ?

—Les effets du sacrement de l'Extrême- Onction sont : 1° de nous consoler dans les souffrances de la maladie, et de nous fortifier contre les tentations ; 2° de remettre les péchés véniels, et de purifier notre âme des restes du péché ; 3° de nous rendre la santé si Dieu le juge à propos.

L'Extrême-Onction confère la grâce et remet les péchés véniels. Elle peut même remettre, en certains cas, au moins indirectement ou secondairement, les péchés mortels, comme, par exemple, ceux qu'on ignore de bonne foi, qui ont été oubliés involontairement, ou bien encore ceux qui échapperaient à un malade avant l'absolution, et qui ne lui reviendraient pas à temps dans la pensée pour les confesser. Pour que l'Extrême- Onction remette ces péchés, il suffit, dit saint Thomas, que le mourant ait la contrition imparfaite ou attrition. Il ne faut pas oublier toutefois qu'elle est un sacrement des vivants, qu'il faut être en état de grâce pour la recevoir, et que, par conséquent, elle n'a point été directement instituée pour remettre les péchés mortels.

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