CHAPITRE TRENTE-QUATRIÈME
Septième, huitième, neuvième et dixième Commandements de Dieu.
t 433.— Quel est le septième commandement de Dieu ?
—Le septième commandement de Dieu est : Le bien d'autrui tu ne prendras, ni retiendras sciemment.
Le vol est un des vices que nous devons éviter avec le plus de soin. Les enfants doivent s'accoutumer à avoir des cœurs honnêtes, et à ne jamais prendre injustement, même la plus petite chose. En effet, plusieurs enfants ont commencé leur vie malhonnête, en dérobant des objets de peu de valeur, soit chez leurs parents, soit dans les magasins où on les envoyait acheter des marchandises. Une noix, un gâteau, une pomme, un sou, etc, paraissent peu de chose, et cependant nous commettons un vol si nous les prenons malhonnêtement. Les enfants qui prennent l'habitude de voler ainsi des bagatelles.se corrigent rarement en vieillissant et deviennent des citoyens malhonnêtes. Quel a été, croyez-vous, le commencement de tous ces voleurs qui passent leur vie dans les prisons? Pensez-vous qu'ils ont été très honnêtes— n'ayant jamais volé la chose la plus légère
— jusqu'à une certaine époque, et que soudai] ment, à un moment donné, ils sont devenus vo leurs de grand chemin? Non, ils ont commencé par voler de petits objets, puis de jour en jour, l'importance de leurs vols a augmenté, jusqu'à ce qu'enfin ils soient devenus des voleurs de profession. Les petites choses que nous dérobong tous les jours nous paraissent de peu d'importance sur le moment, mais si nous réunis, ons tous ces vols légers, nous arrivons bientôt à un montant considérable, et presque avant de nous en apercevoir — si c'est notre intention de continuer ces larcins, nous aurons assez volé pour être cou pables de péché mortel. Si, par exemple, nous nous proposions de voler quelques s< us tous les jours, pendant toute une année, au bout de ce temps nous aurions volé plusieurs dollars, et nous aurions commis un péché mortel. Il y a plusieurs manières de violer le septième commandement. Ainsi, pèchent contre ce commandement : les ouvriers qui ne travaillent pas consciencieusement toute la journée ; les patrons qui rognent le salaire que leurs employés ont gagné ; les marchands qui prennent des profits illégitimes ; les commerçants qui ne donnent ni le poids ni la mesure, ou qui présentent leurs marchandises sous un faux jour ; ceux qui spéculent témérairement ou qui risquent au jeu l'argent des autres; enfin, ceux qui empruntent sans intention de rembourser, ou qui n'ont qu'un léger espoir de pouvoir le faire. On pèche encore contre ce commandement, en ne payant pas ses dettes, ou en achetant des marchandises que nous savons ne pouvoir jamais payer. Bien plus, nous ne commettons pas seulement une injustice, en ne payant
pas nos dettes lorsque nous le pouvons, mais nous commettons encore une ingratitude. Celui qui nous a prêté lorsque nous étions dans le besoin, nous a rendu un grand service, et cependant nous ne le payons pas lorsque nous le pouvons ; plus que cela, nous l'insultons fréquemment lorsqu'il vient nous demander ce qui lui est dû. Ces personnes malhonnêtes et ingrates peuvent échapper, dans ce monde-ci, au châtiment que mérite leur conduite, mais elles n'y échapperont certainement pas dans l'autremonde, où Dieu les fera souffrir, même pour la plus petite dette qu'elles n'auront pas payée.
Il arrive souvent aussi que certaines personnes souffrent de la malhonnêteté de ceux que nous venons de mentionner. Un honnête homme, par exem pie, qui a réellement l'intention de payer, et que la nécessité force à contracter un emprunt, sera refuse à cause de la malhonnêteté de quelques autres. Chacun doit donc payer ses dettes, et s'abstenir d'acheter des choses qui ne lui sont pas absolument nécessaires, tant qu'il n'a pas payé ce qu'il doit. Nous devons même payer nos dettes légitimes avant de faire la charité.
t 434.— Que nous ordonne le septième commandement ?
—Le septième commandement nous ordonne de donner à chacun ce qui lui appartient, et de respecter sa propriété.
Respecter la propriété veut dire : reconnaître et respecter les droits que chacun a sur sa pro* priété, et ne pas violer ces droits.
t 435.— Que nous défend le septième commandement ?
—Le septième commandement nous défend de dérober ou de retenir injustement le bien du prochain, ou de lui faire aucune injustice.
Dérober, c'est prendre soi-même ou accepter d'un autre une chose qu'il a volée ; car celui qui, volontairement et sciemment, reçoit d'un voleur une chose ou partie d'une chose volée, devient aussi coupable que le voleur. Nous sommes encore coupables, si nous aidons quelqu'un à voler, et si nous recevons les objets volés. Il y a plusieurs manières de participer au péché d'un autre. Les principales sont de lui ordonner ou de lui conseiller de mal faire ; de lui faire des louanges sur ses mauvaises actions et par là l'encourager ; de consentir au mal lorsque nous pouvons l'empêcher, comme par exemple,le membre d'une société qui permet à l'association dont il fait partie, de commettre un acte mauvais, lorsque, par son vote, il pourrait l'empêcher; enfin, d'accorder sa protection aux malfaiteurs, et de leur fournir les moyens d'éviter le châtiment qu'ils méritent. Ceci ne veut pas dire que nous ne devons pas défendre les coupables; nous devons les défendre mais non pas les encourager à faire le mal, ni leur procurer les moyens de fuir un juste châtiment. Nous participons encore au péché d'un autre, en ne l'empêchant pas de commettre une mauvaise action lorsque c'est notre devoir de le faire. Ainsi, un officier de police payé pour avoir soin de notre propriété, qui verrait quelqu'un nous voler et qui ne l'empêche-
raït pas, serait aussi coupable que le voleu*. Un voisin peut nous avertir qu'un voleur dérobe notre bien, mais ce n'est pas pour lui, comme pour l'officier de police, un devoir de justice ; c'est seulement un devoir de charité, puisqu'il n'est pas chargé de garder notre propriété. Les parents qui savent que leurs enfants volent, et qui ne les empêchent pas de le faire, ou ne les forcent pas à restituer ce qu'ils ont volé, sont aussi malhonnêtes que leurs enfants et se rendent complices de leurs vols. Lorsque nous avons reçu, sans le savoir, une chose volée, devons-nous la rendre à son propriétaire aussitôt que nous connaissons qu'elle est le fruit d'un vol ? Oui, et nous commençons à pécher en retenant cette chose, au moment précis où nous en connaissons le propriétaire. Mais devons-nous la restituer, lorsque nous l'avons achetée sans savoir qu'elle avait été volée ? Nous le devons si le propriétaire la réclame, parce qu'elle lui appartient tant qu'il ne l'a pas vendue ou abandonnée. Si nous avons acheté quelque chose d'un voleur, nous avons été trompés et nous devons en subir la perte ; notre erreur nous rendra plus prudents à l'avenir. Que devons-nous faire lorsque nous trouvons quelque chose ? Nous devons essayer de découvrir le propriétaire et, si nous le trouvons, lui rendre ce qui lui appartient, sans rémunération, à moins qu'il ne veuille nous récompenser ou que nous n'ayons fait des dépenses pour la conservation de cette îhose. Si, après des démarches sérieuses, nous ne iécouvrons pas le propriétaire de la chose ;rouvée, nous pouvons la garder. Que faire lorsque nous avons gardé longtemps l'objet trouvé
sans faire de recherches pour le rendre à son propriétaire, et que dans l'intervalle, celui-ci est mort ou est allé demeurer dans des lieux inconnus, rendant par là la restitution impossible ? Nous devons le rendre ou en donner la valeur à ses enfants ou à ses héritiers, et s'il n'en existe pas, le donner aux pauvres, car n'ayant pas recherché le propriétaire de l'objet lorsque la chose était possible, nous le détenons injustement et nous ne pouvons, en conséquence, le garder.
436. — Quels sont ceux qui prennent in* justement le bien du prochain ?
— Ceux qui prennent injustement le bien du prochain, sont les voleurs, les domestiques infidèles, les marchands malhonnêtes, les usuriers, les plaideurs de mauvaise foi, et généralement tous ceux qui font tort au prochain.
t 437. — Sommes-nous obligés de restituer les biens mal acquis ?
—Oui, nous sommes obligés de restituer les biens mal acquis, ou leur valeur, autant que nous pouvons ; autrement, nous ne pouvons obtenir le pardon de nos péché, ni être sauvés.
Par biens mal acquis, on entend les biens acquis injustement. Il arrive quelquefois qu'une personne ne peut remettre l'objet volé parce qu'elle l'a perdu ou détruit ; dans ce
cas, elle doit en donner la valeur au propriétaire. Cependant, lorsque nous avons volé quelque chose et que nous voulons le restituer, il n'est pas nécessaire que nous allions trouver le propriétaire en lui disant : Voici ce que je vous ai volé. Il suffit qu'il recouvre l'objet ou sa valeur. Il n'est pas même nécessaire qu'il sache que c'est une restitution, lorsqu'il ne sait pas qu'on l'a volé.
Il n'y a donc aucune raison qui puisse nous empêcher de restituer ce que nous détenons injustement, puisque nous avons seulement à nous Issurer que l'objet volé a été remis à son propriétaire, à ceux qui ont succédé à ses droits, ou aux pauvres. Mais nous devons nous rappeler que nous ne pouvons faire une restitution en donnant aux pauvres, lorsque nous pouvons restituer au propriétaire lui-même; nous ne pouvons donner aux pauvres que dans le cas où nous ne pouvons trouver le propriétaire. Quelques personnes n'aiment pas à restituer au propriétaire véritable, et elles croient satisfaire à leur obligation en donnant aux pauvres les biens mal acquis, mais elles se trompent. Nous ne pouvons donner, même pour faire la charité, les biens d'un autre, sans nous rendre coupables de malhonnêteté ; si nous voulons faire la charité nous devons la faire à nos dépens. C'est un péché de différer la restitution lorsqrJe nous pouvons la faire immédiatement. Nous devons restituer aussitôt que nous le pouvons, parceque, plus est long le temps pendant lequel nous privons le propriétaire de sa chose et des produits de cette chose, plus grand est le tort que nous lui causons, et plus grand aussi est le péché que nous
commettons. Celui qui a reçu de son confesseur l'ordre de faire une restitution, qui a promis de la faire et qui la diffère, court le risque de commettre un sacrilège, en recevant les sacrements sans avoir les dispositions convenables. Mais que doit faire une personne qui ne peut restituer parce qu'elle a perdu l'objet volé, et qui n'a pas les moyens d'en payer la valeur? Elle doit avoir la ferme résolution de restituer aussitôt que cela lui sera possible ; sans cette bonne résolution, elle ne pourra recevoir l'absolution de ses péchés, même si elle n'avait réellement pas les moyens de restituer. Cette bonne intention et cette résolution seront suffisantes tant qu'elle n'aura pas les moyens ; mais cette intention doit être sérieuse, car autrement il n'y aurait pas de pardon.
t 438.— Sommes -nous obligés de réparer le dommage que nous avons causé injustement ?
—Oui, nous sommes obligés de réparer le dommage que nous avons causé injustement.
439.— De quelle manière retient-on injustement le bien d' autrui ?
—On retient injustement le bien d'autrui, en ne payant pas ses dettes quand on peut le faire, en ne rendant pas un objet qu'on nous a confié, ou en gardant une chose trouvée sans s'informer à qui elle appartient.
1 440.— Quel est le huitième commandement ?
—Le huitième commandement de Dieu est : Faux témoignage ne diras, ni mentiras aucunement.
Le faux témoignage et le mensonge sont défendus, soit en Cour de Justice, lorsque nous sommes appelés comme témoins, soit en toute autre circonstance.
t 441. —Que nous ordonne le huitième commandement ?
—Le huitième commandement nous ordonne de dire toujours la vérité, et de respecter l'honneur et la réputation du prochain.
Si c'est un péché de voler à un homme son argent que nous pouvons lui restituer, c'est un péché encore plus grand de lui voler sa bonne réputation que nous ne pouvons pas toujours lui restituer. C'est un péché de divulguer îe mal que nous connaissons sur un autre — ses péchés, ses vices, etc., — même lorsque c'est la vérité. La seule circonstance qui nous permette de dévoiler les fautes d'un autre, c'est la nécessité qui nous oblige à le faire, ou le bien que nous pouvons faire à la personne elle-même ou à d'autres, en faisant connaître ses fautes. Comment pouvonsnous constater que nous avons terni le caractère du prochain ? Nous avons terni le caractère du prochain, lorsque nous avons agi de telle sorte que les autres ont moins d'estime pour lui qu'ils
n'en avaient auparavant. Si nous avons dévoilé une faute qui a été réellement commise, notre péché est appelé médisance ; si nous accusons quelqu'un d'une chose qu'il n'a pas faite, nous commettons une calomnie. Mais comment pouvons-nous réparer le mal que nous avons fait à notre prochain, en attaquant son caractère ? Si nous avons dit sur son compte des choses qui ne sont pas vraies, nous devons reconnaître devant ceux qui nous ont entendus, que ce que nous avons dit n'est pas vrai, et même offrir une compensation à notre prochain pour la perte qu'il peut avoir subie par suite de nos mensonges ; par exemple, la perte de sa situation, parce que nous l'avons accusé de malhonnêteté. Mais comment faire, si ce que nous avons dit est vrai ? Nous devons, chaque fois que l'occasion s'en présente, dire de lui tout le bien que nous connaissons, devant les personnes qui nous ont entendu en dire du mal.
t 442.— Que défend le huitième commandement ?
—Le huitième commandement déferd le faux témoignage, la médisance, la calomnie et le mensonge.