‹ Le Code catholique, ou, Commentaire du catéchisme des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et OttawaChapitre 200 sur 238 · CHAPITRE TRENTE-SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-SEPTIEME

Du jugement dernier et de la Résurrection, de l'Enfer, du Purgatoire et du Ciel.

t 483.— Quand Jésus-Christ nous jugera-t-il ?

—Jésus-Christ nous jugera, d'abord immédiatement après notre mort, et ensuite à la fin du monde.

Nous serons jugés immédiatement après notre mort, en un clin d'œil, dans la chambre et à l'instant même où nous mourions. Les jugements rendus dans nos cours de justice sont toujours précédés d'un procès, auquel préside un juge qui écoute les témoignages pour ou contre le défen-

deur, et les plaidoyers qui concluent à son acquittement ou à sa condamnation. Nous sommes portés à croire que les choses se passent à neu près de la même manière au jugement de Dieu. Nous nous représentons Dieu assis sur son trône; notre ange gardien "et notre saint patron donnant leur témoignage pour ou contre nous, et le Souverain Juge prononçant ensuite la sentence. Nous sommes dans l'erreur; car Dieu connaissant tout, n'a besoin ni de témoins ni d'avocats. L'exemple suivant fera mieux comprendre comment les choses se passent.

Si nous marchons par une nuit noire qui empêche de rien distinguer, et sous une pluie battante qui transforme les chemins en bourbiers, il est évident que nous ne pouvons pas voir les éclaboussures que reçoivent nos habits. Mais si, tout à coup, nous nous trouvons en p'eine lumière, nous verrons d'un seul coup d'oeil en quel état nous sommes. De même rame, pendant que nous sommes sur la terre, ne voit pas d'une manière sûre et nette en quel état elle est. Mais du moment qu'elle se trouve en la présence de Dieu, la lumière éternelle, elle se voit instantanément telle qu'elle est, comprend quelle va être sa sentence, et reçoit immédiatement sa récompense ou sa punition. Ce jugement, qui a lieu à la moi de chacun de nous}règle notre sort pour toujours Le jugement général ne changera rien, mais m fera que confirmer la première sentence devai le monde entier.

Avec quel soin ne devrions-nous donc pas nous préparer à ce terrible moment ! Voyez ce pauvre malade à la veille de rendre le dernier soupir. Ses amis, à genoux auprès de son lit d<

mort, sont en prières ; bientôt il perd l'usage de ses sens ; peu après l'agonie commence, puis il donne à peine signe de vie. Encore quelques minutes, et cette pauvre âme sera en présence de son Créateur, pour rendre compte de la vie entière de l'homme qu'elle animait ; pour rendre compte de chaque pensée, parole et action. Tout ce que cet homme a fait sur la terre lui sera déroulé sous les yeux comme une pancarte. Il aura peut-être oublié, avant de mourir, ce qu'il a pensé, dit ou fait à tel jour ou à telle heure, l'endroit où il était et le péché qu'il a commis; mais au moment du jugement, tout lui sera rappelé. Qu'il se félicitera alors d'avoir fait le bien, et qu'il regrettera amèrement d'avoir fait le mal ! Pourquoi donc sommes nous si insouciants dans une affaire de si grande importance, lorsque inous sommes absolument certains que nous (serons jugés un jour, et que de plus, nous ignoons quand ce moment redoutable arrivera ? ous agissons pourtant bien différemment dans es affaires humaines. Si nous avons un examen uelconque à passer, nous commençons la prémration nécessaire plusieurs mois à l'avance, et omme nous craignons d'éprouver un échec! »ue nous serions fiers, en pareille circonstance, apprendre que nous aurons pour examinateur, n ami intime, ou quelqu'un qui nous connaît ien ! C'est ainsi que nous devrions préparer examen que nous devons subir au sortir de tte vie. Préparons-nous tous les jours, en exalinant notre conscience sur les péchés que nous zons commis ; en faisant un bon acte de contri- >n, avec la ferme résolution de les éviter à l'a-

Nous ne devrions jamais nous mettre au J 41

lit, sans nous être mis dans les dispositions voulues pour paraître au jugement de Dieu. Mais surtout, travaillons à rendre meilleurs, de jour en jour, nos rapports avec Notre-Seigneur Jésus- Christ; travaillons par nos prières et nos bonnes œuvres à devenir ses amis particuliers, et lorsque le jour du jugement viendra pour nous, nous serons heureux plutôt qu'effrayés à la pensée de paraître en sa présence.

t 484.— Comment s'appelle le jugement que nous subirons immédiatement après notre mort?

—Le jugement que nous subirons immédiatement après notre mort, s'appelle le jugement particulier

On l'appelle ainsi, parce qu'il est privé et qu'une seule personne est jugée à la fois.

t 485.— Qu'est-ce que le jugement général ?

—Le jugement général est celui que tous les hommes subiront ensemble à la fin du monde

Toutes les créatures douées d'intelligence, tous les hommes qui auront passé sur la terre depuis le commencement du monde, seront jugés ce jour-là. C'est pour cela qu'on appelle ce dernier jugement, le jugement général. Un jour que personne ne connaît et qui reste le secret de Dieu, les hommes sentiront tout à coup la terre trembler sur ses fondements ; verront l'océan se

LE JUÛEMEJST DERNIER. 647

déchaîner avec fureur, soulever dans les airs ses vagues écumanles, sortir de son lit et franchir avec un bruit épouvantable les bornes que son Créateur lui avait fixées. Alors le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du firmament, un feu dévorant s'allumera sur tous les points et commencera à consumer la terre et tout ce qu'elle renferme. A cette vue, dit la Sainte Ecriture, les hommes seront saisis d'épouvante, chercheront un refuge sur les montagnes, et courront dans toutes les directions, ne sachant que faire. L'argent n'aura plus de valeur ; la santé, la réputation, la puissance, le savoir et tous les autres avantages ne seront plus d'aucune utilité, car à ce moment tous les hommes seront égaux. Le son de la trompette de l'ange, les appelant au jugement, retentira aux quatre coins du monde. Les morts sortiront de leurs tombeaux, l'enfer vomira ses victimes, et les saints descendront du ciel. Alors on verra Notre-Seigneur descendre sur les nuées du ciel dans sa puissance et sa majesté, entouré d'une multitude innombrable d'anges portant devant lui l'étendard de la croix. Il séparera les bons d'avec les méchants, et dira aux justes "Venez les bénis de mon père, posséder le royaume des cieux " ; il dira ensuite aux méchants . %' Retirez-vous de moi, maudits, et allez au feu éternel qui a été préparé pour ie diable et ses anges." [Tous les péchés commis seront rendus publics, chacun attendra avec crainte et inquiétude le >ment où les bons seront réparés des méchants, car, cette fois, Notre-Seigneur ne vien- \;t pas comme Sauveur mais comme juge. On

le verra ranger parmi les méchants des amis dont la conduite sur la terre nous avait paru assez bonne ; et parmi les bons une foule d'autres qui passaient pour des insensés. On verra les époux, les frères et les sœurs, les parents et les enfants séparés pour toujours. Oh, quel moment terrible que celui-là ! Que les secondes paraîtront longues à ceux qui attendront l'arrêt final du Souverain Juge ! Comme nous regretterons alors de n'avoir pas été meilleurs chrétiens et de n'avoir pas toujours vécu dans l'amitié de Dieu 1 Le côté que nous occuperons dépend de notre conduite présente, et nous pouvons certainement être rangés parmi les élus si nous le voulons. Faisons, dès maintenant, ce que nous voudrions avoir fait à ce moment redoutable. Apprenons à nous juger tous les jours, en nous disant : *' Je compte déjà vingt, trente, quarante ans et plus de vie ; si le jugement dernier arrivait aujourd'hui, serais-je rangé parmi les bons ou parmi les méchants ? Probablement du côté de ces derniers. Par conséquent, si je passe la dernière partie de ma vie comme la première, je serai certainement un jour dans le camp des méchants. Si je faisais aujourd'hui l'inventaire de mes bonnes et de mes mauvaises actions, les premières seraient-elles plus' nombreuses ? Alors, que dois-je faire? Il faut non seulement faire mieux dans l'avenir, mais aussi travailler à réparer le passé. Si un homme voulant faire un voyage, dans un temps déterminé, en marchant chaque jour un certain nombre de milles, se trouve retardé à un moment donné, il ne doit pas se contenter de marche le même nombre de milles le jour suivant, mais il lui

faut racheter le temps perdu. De même dans le voyage de la vie, nous devons, à l'avenir, non seulement accomplir la tâche de chaque jour, mais il nous faut, dans la mesure du possible, réparer les négligences du passé.

486.— Pourquoi Jésus -Christ juge-t-il les hommes immédiatement après leur mort ?

—Jésus- Christ juge les hommes immédiatement après leur mort, pour les récompenser ou les punir d'après leurs actions.

1 487.— Quelle récompense ou quelle punition est réservée aux âmes des morts après le jugement particulier ?

—La récompense ou la punition réservée aux morts après le jugement particulier, c'est le ciel, le purgatoire ou l'enfer.

t 488.— Qu'est-ce que l'enfer ?

—L'enfer est un lieu de supplice, où ceux qui sont morts en état de péché mortel sont privés de la vue de Dieu pour toujours, et souffrent des tourments épouvantables.

La 'privation de la vue de Dieu est appelée la peine du cfam, et les autres souffrances endurées par les damnés sont appelées la peine du sens, ou, en d'autres termes, la peine des sens. La peine du dam torture infiniment plus ces âmes infor-

tunées que toutes les autres souffrances. En effet, comme nous sommes créés pour Dieu seul, la perte de celui qui est notre fin dernière, est le plus grand malheur qui puisse nous arriver. Les damnés le comprennent parfaitement, réalisent l'horreur de leur position, et savent que leurs âmes seront éternellement tourmentées par le regret d'avoir perdu le plus grand des biens. Ce tourment sera encore aggravé par la pensée qu'ils auraient pu facilement se sauver, s'ils l'eussent voulu, et qu'ils ont commis la folie de sacrifier une éternité de bonheur pour de misérables plaisirs et des satisfactions qui n'ont duré qu'un instant.

Outre ce remords qui les ronge sans cesse, ils souffrent les plus affreux tourments dans tous leurs sens. On ne peut rien imaginer qui égale les souffrances réelles des damnés; car l'enfer est l'opposé du ciel, et puisque nous ne pouvons, dit saint Paul, comprendre le bonheur du ciel, nous ne pouvons pas plus nous faire une idée exacte des peines de l'enfer. Les descriptions que nous font de l'enfer certains livres de piété, quelque terribles qu'elles puissent être, sont infiniment au-dessous de la réalité. Ces descriptions ont pour but de nous faire penser aux tourments de l'enfer et de nous les faire craindre, plutôt que de nous en faire le tableau fidèle. Ainsi, nous savons que les damnés sont continuellement tourmentés dans tous leurs sens, mais nous ignorons la mesure et l'intensité de ces tourments.

Nous savons qu'il y a du feu dans l'enfer, mais ce feu est entièrement différent de celui que Dieu a mis à notre usage ; il ne donne pas de lumière, il brûle sans rien consumer, et il cause une dou-

leur beaucoup plus intense que le feu de la terre, car il affecte le corps et l'âme en même temps. Nous savons que les damnés ne verront jamais Dieu, et que leurs tourments n'auront jamais de fin. On peut tout résumer ce que nous venons de dire sur l'enfer, de la manière suivante : L'enfer est l'absence de tout ce qui est un bien, la présence de tout ce qui est un mal, et n'aura jamais de fin. Les descriptions détaillées des tourments de l'enfer, soit dans la prédication, soit dans les livres, sont utiles et même nécessaires au grand nombre de ceux qui sont incapables de penser par eux-mêmes, de méditer sur ces effrayantes vérités, et de se faire une idée du malheur auquel ils s'exposent en péchant.

Cependant, à la rigueur, il suffit de se rappeler qu'il n'y a rien de bon dans l'enfer, et qu'il durera toujours. Ainsi, la lumière est une excellente chose. Eh bien ! il n'y en pas clans l'enfer. L'espérance est un grand bien, sans doute. Dans l'enfer il n'y a pas d'espérance. La véritable amitié est un des biens les plus précieux. Eh bien ! il n'y a pas d'amitié dans l'enfer. Tous les damne3 se détestent les uns les autres, et ne cessent de maudire ceux qui ont été la cause de leur perdition. Par conséquent, tous ceux qui ont eu le malheur de scandaliser ou de faire tomber quelqu'un dans le péché, devraient travailler à réparer le mal qu'ils ont causé par leurs mauvais exemples ou leurs mauvais conseils.

Page 1