CHAPITRE TROISIÈME
De 1* Unité et de la Trinité de Dieu.
Unité signifie un seul. Trinité signifie trois dans un seul. Ainsi en Dieu, l'unité est dans la trinité, et la trinité dans l'unité, puisqu'il n'y a qu'un Dieu en trois personnes, comme nous allons le voir.
t 18. — Est-ce qu'il n'y a qu'un Dieu ? — Oui, il n'y a qu'un Dieu.
Le Deutéronome dit expressément : " Le Seigneur notre Dieu est le seul et unique Seigneur ; " (1) et saint Paul dans son épitre aux Ephésiens, affirme la même chose dans les termes suivants : " Il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi et qu'un baptême. (2)
t 19. Pourquoi ne peut-il y avoir qu'un Dieu?
—Il ne peut y avoir qu'un Dieu, parce que Dieu étant l'Etre suprême et infini, ne peut pas avoir d'égal.
(1) Deut. Vr, 4.
(2) Ep. aux Eph.,IV,5.
L'Etre suprême est celui qui est au-dessus de tous les autres et dont toutes les perfections sont sans bornes. Deux êtres sont égaux quand l'un possède toutes les propriétés et tous les avantages de l'autre. Deux plumes sont égales quand elles sont aussi belles et écrivent aussi bien l'une que l'autre ; deux mécanismes sont égaux quand ils ont la même force ; deux enfants sont égaux en classe quand, à la fin du mois ou de l'année, ils ont exactement le même nombre de points.
Mais il ne peut y avoir deux généraux en chef dans une armée, deux présidents dans une république, deux gouverneurs dans une province, deux curés dans une paroisse, à moins qu'ils ne soient nommés conjointement ; et alors ils sont sur un pied d'égalité, jouissent de pouvoirs égaux, et l'un n'est pas plus général, président, gouverneur ou curé en chef que l'autre.
Dieu ne peut partager son pouvoir avec personne, parce qu'il cesserait, par le fait même, d'être au-dessus de tous les autres, et qu'il ne serait plus l'Etre suprême et infini s'il avait un égal. Il ne fait que déléguer le pouvoir dont jouissent certains hommes. Par conséquent, tout pouvoir et toute autorité viennent de Dieu ; de telle sorte que nous désobéissons à Dieu luimême quand nous désobéissons à nos parents ou à nos supérieurs ecclésiastiques ou civils.
t 20.— Combien y a-t-il de personnes en Dieu?
— Il y a en Dieu trois personnes divines, réellement distinctes entre elles et égales
en toutes choses: le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Les trois personnes divines sont réellement distinctes l'une de l'autre, et ne peuvent être confondues ensemble sans blesser la foi. Elles sont distinctes, non pas à raison de leur essence, qui est la même, mais à raison de leurs propriétés particulières, c'est-à-dire, à raison de leur manière d'être dans l'unité de la nature divine. Ainsi, ce qui distingue le Père, c'est qu'il n'est pas engendré ; le Fils, c'est qu'il est engendré du Père ; le Saint-Esprit, c'est qu'il procède du Père et du Fils.
Les appellations de Père et de Fils ne signifient pas, comme dans le langage ordinaire, que la première personne est plus âgée que la seconde. Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint- Esprit n'ont pas eu de commencement ; par conséquent l'un n'a pu exister avant l'autre, et ne peut être plus ou moins âgé que l'autre.
Nous constatons dans l'ordre naturel même que deux choses peuvent commencer à exister en même temps, et que l'une cependant est la cause de l'autre. Ainsi le feu est bien la cause de la chaleur, et néanmoins la chaleur et le feu originent au même moment.
Bien que nous ne puissions pas comprendre ce mystère d'un seul Dieu en trois personnes, nous devons le croire, parce que Dieu nous l'enseigne dans la sainte Ecriture.
t 21.— Le Père est-il Dieu ?
—Oui, le Père est Dieu ; il est la première personne de la sainte Trinité.
t 22.— Le Fils est-il Dieu?
—Oui, le Fils est Dieu ; il est la seconde personne de la sainte Trinité.
t 23.— Le Saint-Esprit est-il Dieu ?
—Oui, le Saint-Esprit est Dieu ; il est la troisième personne de la sainte Trinité.
t 24.— Qu'entendez-vous par la sainte- Trinité ?
— Par la sainte Trinité, j'entends un Dieu en trois personnes.
t 25— Les trois personnes divines sontelles égales en toutes choses ?
-Oui, les trois personnes divines sont égales en toutes choses.
Toutes trois sont éternelles, égales en puissance, en bonté, en sagesse, en science, en miséricorde, en justice, etc. Le fait qu'elles sont listinctes ne les empêche pas d'être égales en out, puisqu'elles ne sont pas distinctes à raison 3e leur essence, ou de ce qui constitue leur naure divine.
t 26.— Les trois personnes divines ne bnt-elles qu'un seul et même Dieu ?
—Oui, les trois personnes divines ne ont qu'un seul et même Dieu, parce
■u'elles n'ont qu'une seule et même nature ivine.
Bien qu'elles ne soient qu'un seul et môme Dieu, nous leur attribuons quelquefois dc^ œuvres différentes. Ainsi, nous attribuons les œuvres de la création à Dieu le Père; les œuvrer de miséricorde à Dieu le Fils ; les œuvres de charité et de sanctification à Dieu le Saint- Esprit. Cette manière de parler et d'écrire est souvent employée ; mais il n'en est pas moins vrai que ces œuvres sont faites par les trois personnes de la sainte Trinité, parce qu'elles sont les œuvres de Dieu et qu'il n'y a qu'un seul Dieu.
t 27. — Pouvons-nous comprendre comment les trois personnes divines ne font qu'un seul et même Dieu ?
— Non, nous ne pouvons comprendre comment les trois personnes divines ne font qu'un seul et même Dieu, parce que c'est un mystère.
La raison de l'homme peut bien comprendre jusqu'à un certain point, ce qu'est Dieu et ce que sont les trois personnes divines ; mais il lui est impossible de saisir comment ces deux choses vont ensemble. C'est là le point incompréhensible, que nous devons croire cependant, parce que Dieu nous l'a révélé.
t 28. Qu'est-ce qu'un mystère ?
— Un mystère est une vérité que nous ne pouvons pas comprendre, mais qu< nous devons croire, parce que c'est Dieu qui Ta révélée.
Un mystère est donc une vérité révélée par Dieu, et que nous devons croire, bien que nous ne puissions pas la comprendre. Un exemple fera voir que rien n'est plus raisonnable.
Lorsqu'un enfant fréquente l'école, on lui enseigne que la terre est ronde comme une orange et opère une double révolution donnant naissance, l'une, au jour et à la nuit, et l'autre, aux quatre saisons : le printemps, l'été, l'automne et l'hiver. Au sortir de la classe, il va faire un tour dans la campagne où il voit des milles de plaine unie et des montagnes qui ont des centaines de pieds de hauteur. Il descend ensuite sur le rivage où des navigateurs lui disent que l'Océan a plusieurs milles de profondeur. Alors il se dit : comment la terre peut-elle être ronde lorsque les montagnes, les vallées et la plaine unie démontrent le contraire à mes sens ? Comment peut-elle être en mouvement lorsque tous les objets qui sont à sa surface sont à l'état de repos ? 11 croit cependant, même contre le témoignage de ses sens, que la terre est ronde et animée d'un double mouvement, parce que son professeur n'a aucun motif de le tromper, qu'il a des connaissances plus étendues que les sien* es, puisées au contact d'hommes qui, après de longues années d'études et de recherches, ont constaté ces phénomènes et les savent vrais.
Donc, si sur le simple témoignage d'un [homme, nous àcvons croire des choses que nous ne pouvons pas comprendre, pourquoi, sur le témoignage de Dieu, ne croirions-nous pas d'autres vérités / Il est infiniment plus raisonnable de croire dans le dernier cas que dans le
premier. Si l'enfant qui fréquente la classe e savait aussi long que son maître, il n'aurait pa besoin d'aller à l'école, et il serait sous ce rap port l'égal de son professeur, comme non serions aussi grands que Dieu si nous avions s science. Il est tout aussi facile de renferme l'océan dans les petits trous que les enfants, pour s'amuser, creusent dans le sable du rivage, que de comprendre pleinement la sagesse de Dieu C'est là l'erreur capitale des incrédules, de vouloir comprendre, malgré les bornes de l'intelligence humaine, les voies mystérieuses de Dieu, et de refuser de croire ce qu'ils ne peuvent comprendre. Rien de plus insensé ! Ne se moquerait-t-on pas d'un enfant d'école qui refuserait de croire que la terre est ronde et se meut dans l'espace, parce qu'il ne peut le comprendre? A mesure qu'il avancera en âge et que le cercle de ses connaissances s'agrandira, il comprendra mieux. De même, lorsque nous jouirons de la présence de Dieu, nons comprendrons clairement beaucoup de choses qui sont maintenant au-dessus de la portée de notre intelligence, et par conséquent inintelligibles. Pour le moment, nous n'avons qu'à les croire sur le témoignage de Dieu qui nous les enseigne. Refuser de croire tout ce que nous ne pouvons comprendre, c'est nous condamner à ne presque rien croire, et c'est de plus nous rendre ridicules.