DU MARIAGE. — DE LA SÉPARATION DE CORPS
duleux : inutile, parce que si les époux sont vraiment d'accord pour trouver l'existence commune insupportable, ils n'ont pas besoin de jugement pour la faire cesser; — frauduleux, parce que la séparation de corps, emportant toujours la séparation de biens, aurait pu offrir ainsi aux époux le moyen facile de tromper leurs créanciers (art. 311, 1443). — Ajoutez enfin que cette faculté, et peut-être môme l'espoir de se réunir plus tard, que les époux auraient toujours conservé, auraient multiplié scandaleusement ces sortes de séparations volontaires *. »
Il semble que ces raisons soient péremptoires, néanmoins il y a encore des personnes qui persistent à désirer que la séparation de corps puisse avoir lieu volontairement. Quels peuvent donc être les graves motifs d'une telle conviction? On ne croirait jamais combien ils sont futiles; les voici : Les débats publics de l'audience, dirigés souvent par les avocats d'une manière acerbe et acrimonieuse, aigrissent beaucoup plus les époux l'un contre l'autre que les griefs antérieurs qu'ils pourraient respectivement invoquer; de sorte qu'une réconciliation est bien plus difficile après les plaidoiries qu'avant. Au contraire, une séparation volontaire consommée selon toutes les règles de la politesse et du savoir-vivre, laisserait toujours entier l'espoir d'un raccommodement, et présenterait de plus cet avantage que le scandale des débats publics serait évité.
Ce qu'il y a de plus clair dans cette opinion, c'est qu'avant toute cbose elle consacre une incroyable facilité de séparation sur l'espoir menteur d'une réconciliation chimérique Aussi les motifs qu'elle allègue ne sont qu'ap-
1 Dit mariage, t. II, p. 499, n° 400.
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parents, ei en réalité elle est le produit de préoccupations aristocratiques diamétralement contraires aux mœurs publiques de l'époque.
On voudrait donner aux gens mal mariés qui appartiennent aux classes distinguées de la société le moyeu de séparer officiellement et pourtant sans bruit, en quelque sorteà buis dus, sans les mettre dans la nécessité d'initier le public aux misères de leur intérieur; en un mot, le but réel de la doctrine sur la séparation volontaire, c'est de sauvegarder l'honneur et la considération des familles.
En s'inspirant du même point de vue, le comte de Maistre était logiquement conduit à regretter les lettres de cachet et la Bastille... «Où serait le grand malheur, dit-il quelque part, si le souverain pouvait, de son autorité propre, faire enfermer un mauvais sujet sur le point de déshonorer sa famille? Est-ce que l'Etat, la famille et le mauvais sujet lui-même ne devraient pas le remercier?.... »
Pour nous, nous avons d'autres pensées : nous estimons que chacun doit porter ostensiblement la responsabilité de ses actes, et que tout ce qui ressemble au huis clos est antipathique aux mœurs modernes. La crainte que les débats publics ne soient de nature à faire déchoir une famille de sa considération est fondée, il est vrai, dans une certaine mesure ; mais c'est pour cela que cette crainte nous parait salutaire, car on ne saurait dire combien, chaque année, elle empêche de demandes en séparation, et, en définitive, nous préférons un système qui rend les séparations plus difficiles à celui qui semble les provoquer à plaisir. D'ailleurs il ne faut pas s'y tromper : le divorce, avec sa brutale netteté, serait peut-être moins fatal à l'institution du mariage