DE LA FAMILLE PARTICULIERE
jr I . La famille particulière se compose du père, de a mère et de leurs enfants j des aïeux paternels et maternels , des frères et sœurs du père et de la mère , et des neveux.
^ 2. Il est naturel qu'un père, qu'une mère, aient pour leurs enfants, des enfants pour leurs père et mère, un frère pour sa sœur, une sœur pour son frère, un amour de prédilection. Toutefois , il n'est permis à personne de préférei^ exclusivement sa famille à la grande famille humaine.
^ 3. Si vous aimez votre famille d'un amour qui n'exclue point l'amour de l'humanité, vous êtes l'enfant de Dieu ; votre père terrestre ne vous a point fait oublier votre père qui est aux deux.
^ 4* Je vous \& dis en vérité. Dieu vous bénira et pour le temps, et pour l'éternité.
^ 5. Vous aurez compris vos devoirs envers Dieu,
envers la société ; Dieu et la société vous rendront amour pour amour.
i 6. Maintenant que vous ne connaisses pas vos devoirs ou que vous ne les connaissez qu'à demi , vous divisez votre amour , ou le concentrez sur un seul point; et si vous vous êtes trompé, si on ne vous rend pas amour pour amour^ vous tombez dans la douleur et la désolation; vous séchez comme une plante qui n'a pas la rosée du matin.
i^ 7. Lorsque vous vous appuierez sur Dieu et sur la grande famille humaine, vous aurez, et la douce rosée du matin, et la chaleur vivifiante du jour, et le repos bienfaisant de la nuit.
^ 8. Vous aurez pris la vie et vous l'aurez donnée comme Dieu veut que vous la preniez et que vous la donniez; et la vie sera heureuse pour vous, parce que vous ne l'aurez ni concentrée ni étouffée.
j^ 9. Maintenant vous donnez tout à la famille particulière, et la famille générale n'est rien pour vous.
i^ 10. La vie est mal distribuée par vous ; aussi ne vous vient-elle point naturellement. Vous la tiraillez en sens divers, et c'est ce qui fait que vous croyez que l'état de guerre est l'état normal de l'humanité.
il^ 1 1 . Quand on vous dit que vous êtes fous de vous battre, vous répondez que ceux-là seuls sont fous qui vous accusent jde folie.
^12. Cependant les fous sont ceux qui ne comprennent pas la vie ; qui s'imaginent que la vie violente et forcée est la vie la plus naturelle.
ii^ i3. Que faut-il pour que l'humanité soit heu-
nité, de la grande famille, par vos immenses richesses, et vous en êtes le bourreau.
i^ 3i. Vos travaux n'ont eu que de funestes résultats, puisqu'ils n'ont abouti qu'à restreindre et à détruire la vie générale.
^ 32. Vous extravaguez tellement dans vos lois d'organisation de la famille, que tout ce que vous faites ne tend qu'à tuer une famille par une autre.
jr 33. C'est à/qui aura plus de fortune , de puissance, d'argent, d'aristocratie, parmi vous.
^ 34- Comme chaque famille rapporte tout à soi , il faut bien que l'une s'élève au détriment de l'autre, qu'une famille en écrase une autre.
f 35. Ne faites donc point comme on fait communément : gardez-vous de préférer toujours votre famille à la grande famille.
^ 36. Car votre amour, en ce cas, ne sera plus en harmonie avec l'amour divin, qui s'étend à tous, qui embrasse tout.
5^ 37. Et si votre amour se resserre, s'il se concentre sur un point , bientôt vous n' aimerez que ceux ou celui sur lesquels vous aurez porté tout votre amour, et le reste de l'humanité vous deviendra entièrement étranger.
^ 38. Et Dieu ne sera plus le père de tous; vous voudrez qu'il ne soit que le père de votre famille , votre père à vous et le père de ceux qu'aura choisis votre amouir de préférence exclusive.
^ 39. Et alors vous direz , comme vous dites main-
tenant, comme vous dites depuis des sièdes , à vos enfants : EnfamU, cramponnez-vous à vout-mifÊies ei aux vôtres, comme nous nous sommes cramponnés à vous : ckeh cun doit vivre pomr soi ou pour sa famiUe; le reste ne$i r^^' rien.
j^ 4o. Or, comme c'est là le langage de chaque chef de famille, et que c'est votre belle morale à tous, enfants des hommes, il faut bien qu'avec de tels principes vous vous preniez violemment la vie les uns aux autres.
^ ^i. Quand vous parlez d'intérêt public, d'huma* nité, en vérité, si vous aviez quelque raison ou quelque pudeur, vous devriez mourir de honte.
il^ 4^' U i^e peut plus y avoir d'humanité^ de bien public, dès que tout doit se rapporter à la famille particulière.
jtf 43. Pères et mères , aimez vos enfants comme Dieu vous aime vous-mêmes ; or, Dieu ne vous aime point exclusivement aux autres membres de la grande famille des hommes ; mais il aime les hommes comme vous, et il vous aime vous-mêmes du même amour que ses autres enfants.
^ 44* L'amour de la famille ne doit point exclure l'amour de l'humanité, ni l'amour de l'humanité l'amour de la famille; la loi d'unité et d'harmonie est fondée sur ce double amour combiné.
^ ^S. Voici donc toute la loi de la famille particulière : Pères et mères , vous devez à vos enfants toute la vie matérielle et intellectuelle pendant leurs premières années.
jl^ 46. Vous leur devez, de plus, un état, une position de fortune ou d'aisance qui les mette à même de soutenir cette vie que vous leur avez donnée , et qui leur permette même, s'ils savent l'employer, de la rendre plus abondante et plus belle. Vous ne pouvez leur donner davantage sans sacrifier le droit de la grande famille à Fégoïsme et à la cupidité de la famille particulière.
S^ 47- Si vous leur donnez davantage , il n'y a plus d'intérêts communs entre les enfants des hommes ; tout est divisé, morcelé entre eux; la vie ne coule plus à pleins bords; elle vient d'abord péniblement, et goutte à goutte ; puis bientôt elle ne vient plus , et pour se la procurer il faut la voler, comme l'ont volée ceux qui la possèdent.