CHAPITRE XVI
DE LA LOI FONDAMENTALE OU SOCIALE , QUI EST LA LOI DE DJEU, ET DES LOIS ANTI-SOCIALES, QUI SONT LES
LOIS DE l'homme.
T^ I. L'âge d or reviendra quand l'unité sera redevenue la loi suprême du monde.
jli 2. L'unité étant le nombre d'or, le nombre par excellence, le nombre de la nature, il faut tout ramener à ce nombre pour tout rétablir.
}l/ 3. Trinitaires et païens, vous êtes les ennemis de Dieu et de la terre ; car c'est vous qui avez substitué l'effet à la cause , la branche au tronc , et qui, par conséquent, avez détruit tout ordre, toute harmonie, en plaçant le monde sur la tête.
^ 4- Quelle société pouvez-vous constituer? vous procédez toujours par la fin I ne faut-il pas, en toutes choses, commencer par le commencement?
j^ 5. Vous marchez à rebours ; vos lois n'indiquent à l'homme ni son origine, ni sa fin ; elles ne lui disent ni ce qu'il a été ni ce qu'il sera.
^ 6. La science de vos législateurs se borne à cri-
tiquer ce qui a été, à renverser ce qui ne lui convient pas clans le passé; elle ne sait que protester, elle ne sait rienalfirmer.
V 7. Il n'y a qu'une loi fondamentale en tout; il ne devrait y avoir qu'une loi sociale , la même pour tous les hommes.
y 8. Et vous avez eu et avez encore tant de lois prétendues sociales, qu'il n'en est pas un parmi vous, quelque prodigieuse que soit sa mémoire, qui soit capable de connaître la millième partie de ces lois.
}lf 9. Et la science de vos lois est une science plus dangereuse qu'utile. Elles sont pour la plupart faites les unes contre les autres; que peuvent-elles apprendre à l'homme?
y 10. Puis, elles n'organisent pas ou organisent mal. Elles ont la prétention de refaire ce qui ne peut être refait, de corriger ce qui n'a pas besoin de l'être.
y 1 1. Toutes, elles attaquent l'œuvre sainte de la nature , qu'elles compriment, qu'elles étouffent, qu'elles anéantissent autant qu'il est en elles.
y 12. Toutes, elles établissent plus ou moins le mensonge, Fhjpocrisie, en réduisant l'homme à se renoncer soi-même pour paraître vertueux.
j!^ i3. Vosmaximestiraillenten sens divers l'homme et ne le moralisent point, ne le fixent point.
y 14. Vos sociétés modernes ne sont pas mieux assises que ne le furent les sociétés anciennes ; comme ces dernières , elles sont pleines de désordres, de révolutions.
X if). Et vous vous baltcz aujourd'hui pour les
luéiues causes au fond pour lesquelles on se battit autrefois.
^ 1 6. Vous dites toujours : Cet homme prend mon soleil ; il faut que je le tue.
ii^ 17. Eh oui I parce que vous avez bâti votre société de manière à ce que la vie de l'un ne pût être libre sans que la vie de l'autre fut gênée ou étouffée.
j^ 18. Oui, parce que les uns se sont établis trop haut et les autres trop bas; les uns trop près, les autres trop loin.
^ 19. La loi fondamentale, c'est la loi de la nature; c'est la loi des lois , la règle de tout. Et votre société ou vos sociétés, tant anciennes que modernes, disent et ont dit anathème à tout ce qui vient de la nature.
}lf 20. La loi naturelle organise bien parce qu'elle organise comme Dieu dont elle vient.
}lf ai. Si vous organisez en dehors de la loi naturelle , vous défaites ce que Dieu a fait; vous êtes un impie, un athée, un ennemi de Dieu et des hommes.
5!^ aa. Or, vous ne faites des lois que pour défaire la loi de la nature.
ji^ a3. La nature et sa loi veulent que l'homme soigne également et sou corps et son esprit ; et vous avez imaginé qu'il était plus noble et meilleur de tuer la chair ou le corps afin de laisser dominer l'esprit, ou bien de tuer l'esprit pour donner tout à la matière.
^ a4. Vous avez voulu être, les uns tout matière, les autres tout esprit.
V 'jk5. Mais, couimelesunset les autres vous aviez faussé la nature , menti à la nature , la nature vous a montré ce que vous étiez, malgré vous, et vous ne vous êtes plus apparu à vous-mêmes que comme des fourbes ou des insensés.
y a6. Parce que vous n'êtes point revenus à la nature, vous êtes tombés de plus en plus dans laveuglement et le désordre.
V ay. Vous n'avez plus su vous caser sur la terre, où cependant vous aviez tous votre place.
y a8. Vous vous êtes jetés à corps perdu les uns sur les autres , pour prendre votre part de terre, de feu, d'air, d'eau, tant vous craigniez que tout cela vous manquât.
y 29. D'où vient que parmi vous ce n'est pas toujours le travail qui produit la vie , et que le travailleur meurt d'inanition et de besoin, tandis que Toisif, qui ne produit rien , l'intrigant, qui ne se livre qu'à un travail factice ou même dangereux , le fripon, dont tout le travail consiste à faire des dupes; d'où vient que la vie manque au travailleur, tandis qu'elle surabonde pour l'homme oisif ou le faiseur de dupes ?
y 3o. Cela vient de ce que vous avez détourné les sources de la vie, ou que vous les avez desséchées.
y 3i . La loi de nature ou la loi de Dieu , qui est la loi fondamentale , a parÉEiitement établi la vie pour tous , en imposant à tous l'obligation de concourir à la vie et au bonheur de tous.
y 3a. La loi naturelle ne veut pas qu'il y ait des nations proscrites et des nations si^uvéos , des hom-
mes qui vivent et d'autres qui n'aient pas la vie. ^ 33. Elle veut qu'il y ait entre tous échange de biens ^ communauté de jouissances et de peines.
i 34. La différence des lieux , des climats , n'est point faite pour diviser les hommes; elle doit leur procurer des biens et des jouissances plus variées.
}ii 35. Dieu n'a fait des climats chauds et des climats froids que pour varier nos plaisirs, nos jouissances, et en même temps pour entretenir la vie générale.
5^ 36. Cette variété et cette variation tout à la fois n'ont d'autre but que d'empêcher la monotonie de la vie et de conserver la vie.
5^ 37. Quel législateur humain a bien compris cette organisation si profonde et si sublime de la nature?
^ 38. Où se trouve dans vos codes d'insensés, dans vos lois d'iniquité, cette loi d'harmonie?
5^ 39. Votre folie vous a ameutés les uns contre les autres ; vous avez cru que le climat de Rome et d'Athènes n'avait été fait que pour les Romains et les Athéniens.
^ f\o. Vous 'avez cru ou feint de croire ( car vous avez eu autant de folie que de mauvaise foi ) , Romains ou Athéniens , que Jupiter Tonnant vous avait établis sur les sols attique et du Latium les maîtres du monde.
i ^î. Vous avez dit : A nous les autres peuples et les autres nations ; le dieu Jupiter nous les donne comme de vils troupeaux à dépouiller et à dévorer.
i' /|a. \ja loi sociale, si vous l'eussiez suivie, ne vous eût point donné de tels enseignements.
y /|3. Elle vous eût dit: Si vous dépouillez , vous serez dépouillés ; si vous dévorez , on vous dévorera ; car il vous sera fait comme vous aurez fait aux autres.
y 44- Mi^is ^'os lois ne vous apprenant à vivre qu'au jour le jour, vous vous êtes dit: Dépouillons toujours, dévorons toujours, puisque nous pouvons dépouiller et dévorer.
y 45. Ecrasons, brisons, anéantissons, en attendant qu'on nous écrase et qu'on nous anéantisse.
y 46. Ainsi se conduisent ceux qui ne savent pas se conduire.
5^ 47« Ainsi raisonne le voleur qui sait bien que tôt ou tard il sera pris et qu'on lui prendra ce qu'il aura volé.
y 48. Il n'y a pas dans voire loi une seule pensée organisatrice , sociale. Tous eussent dû concourir à sa confection , tous aussi eussent dû et devraient concourir à son maintien.
y 49- Et quelques-uns seulement l'ont faite, et quelques-uns seulement la défendent.
y 5o. Votre loi est athée, désorganisatrice, car elle arme les puissants contre les faibles, les riches contre les pauvres, et les pousse à s'entr'égorger.
i^ 5 1 . Votre loi sociale donne au hasard, à la naissance, ce qui n'est dû qu'au mérite , à la vertu; elle veut que la fortune prime parlout, et que la misère
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n'ait pas plus la vie morale sur la terre qu'elle n'a la vie matérielle.
5^ 5a. Elle ne demande pas à l'homme s'il est juste , elle lui demande s'il possède.
^ 53. La loi de Dieu voudrait que celui qui ne possède rien possédât, que celui qui est sans vêtements fut vêtu , que celui qui a faim fût rassasié.
^ 54. Et votre loi sociale ne sait que donner à ceux qui ont trop, qu'étouffer de santé et de jouissance ceux qui jouissent déjà et se portent bien.
^ 55. Législateurs orgueilleux, qui écrasez les hommes avec vos lois d'iniquité , j'ai vu vos œuvres et votre folie, dit le Seigneur; j'ai maudit vos œuvres; j'ai eu piiié de votre folie.
i!^ 56. Le temps n'est pas éloigné où vos œuvres et vos extravagances seront manifestées à tous.
î^ 57. Alors votre loi sociale qui ne tient compte que des faits matériels , qui ne voit que le résultat obtenu en tout , quel qu'il soit , et qui sanctifie le meurtre , le dol , l'assassinat, le vol , lorsque ceux qui ont assassiné , volé ou trompé sont les maîtres ; votre loi sociale, la société, redevenue morale et juste de par ma loi qu'elle aura connue, vous jettera avec horreur votre loi à la face , et vous mourrez de honte, • de peur et de confusion.
f 58. Courage, mes enfants , a ajouté le Seigneur, le règne des fripons touche à son terme ; je les ai aveuglés au point qu'ils travaillent avec vous, sans le savoir, à la propagation de ma loi.
î' 59. Maintenant que les mondes et leur organisa-
tion véritable vous sont connus, maintenant que vos prêtres des idoles, qui vous ont trompés jusqu'à ce jour et se sont trompés eux-mêmes, commencent à se détromper et à vous détromper, vaincus qu'ils sont par leur conscience ; marchez la tête haute contre ces hommes de néant, et les hommes de néant qui vous méprisent et méprisent ma loi fiiiront à votre approche, comme les ténèbres fuient devant la lumière , comme l'erreur fuit devant la vérité.
^ 60. Maintenant ils osent dire que ma loi ou la loi de nature , c'est la loi de barbarie; que cette loi n'est possible qu'au commencement des sociétés.
5^ 61. Maintenant, à leurs yeux , ce que je veux , ce que je fais , ce que veut ma loi et ce qu'elle enseigne, n'est qu'erreur et folie.
^ 6a. Ma loi, disent-ils, c'est une utopie, un rêve <le fou, qui ne peut avoir de réalisation.
y 63. Ainsi, moi qui ai tout créé et qui dirige tout, la loi qui vient de moi serait une loi barbare et folle !
i!^ 64. Ainsi, la loi humaine qui divise les nations, qui veut qu'un peuple soit à la merci d'un autre peuple, serait la loi vraiment sociale et la seule possible !
^ 65. Mais pourquoi donc , ô hommes qui ne voulez pas de ma loi, qui prétendez qu'on ne peut gouverner avec elle, et que la société qu'elle dirigerait ne peut être que la société que rêvent les esprits délirants, pourquoi donc m'attribuez-vous les lois que vous substituez à ma loi?
i' GG. N'est-ce |)as toujours en mon nom que vous prétendez exercer votre justice? n'est-ce pas sur ma loi que vous prétendez établir les vôtres ?
y 67. N'est-ce pas en mon nom et de par ma loi que vous osez donner la mort à vos semblables ou leur accorder la vie?
)l/ 68. Vos chefs, vos maîtres, ne m'invoquent-ils pas sans cesse, même lorsqu'ils vous dépouillent et qu'ils prennent votre propre substance?
i G9. Et vous, peuples et nations, ne tremblez- vous pas comme des esclaves quand on vous dit que ceux qui vous dépouillent le font en mon nom et par mon commandement?
^ 70. C'est en cela que vous reconnaissez tous la puissance, la force indestructible de ma loi; c'est en cela que vous avouez , sans le vouloir , que ma loi est tout et que les vôtres ne sont rien quand elles ne viennent point de la mienne.
j^ 71. Il y a bien des siècles que vos législateurs s'efforcent d'anéantir ma loi , et de ne faire servir mon saint nom qu'à couvrir leurs infamies.
5' 72. Il y a bien des siècles qu'ils ont dit pour la première fois aux peuples imbéciles que j'étais sanguinaire, que je punissais sans pitié les pauvres mortels, et que, le temps ne suffisant point à assouvir ma haine , je torturais dans l'éternité ceux que j'avais déjà torturés sur la terre.
^73. Si telle était ma justice, je serais un monstre et non un Dieu; je ne vous aurais point faits pour le bonheur.
y 74- Voilà pourtant ce qu'on vous enseigne; et vous souffrez qu'on vous mente de la sorte, qu'on me blasphème lors même qu'on vous dit de m'adorer !
i^ 75. Ceux qui vous trompent, et vous qui vous trompez sur moi, ne pouvez néanmoins, quoi que vous fassiez, détruire ma loi.
i' 76. Vous êtes forcés de l'invoquer lors même que vous faites tous vos efforts pour la détruire.
y 77. La loi que vous avez substituée à la mienne fait des riches qui possèdent tout, et des pauvres qui meurent de faim ; et cette loi que vous avez faite, tous murmurent contre elle, tous la critiquent, la blâment , et le grand nombre veut la détruire.
^ 78. Vous avez honte de votre œuvre , et vous condamnez vous-mêmes ; c'est incontestable.
i!^ 79. Non , vous n'avez plus aucun respect pour votre loi sociale; elle n'est plus que l'objet de vos dérisions, de vos moqueries, et le temps approche où cette loi maudite ne sera plus qu'un titre d'ignominie pour les siècles passés.
^ 80. Quand vous connaîtrez bien les vrais rapports établis de toute éternité entre vous et moi. quand vous aurez bien connu la cause de toutes les causes et de tous les effets, vous ne vous obstinerez plus à repousser la loi universelle qui doit régir tous les enfants de la grande famille.
^81. Vous direz : La cause première est bonne , sainte, infinie, parfaite; les causes secondaires et les
effets doivent participer de sa bonté, de sa sainteté, de son infinité, de ses perfections.
^ 82. Or, la loi qu'on appelle sociale n'a rien de la bonté, delà sainteté, de l'infinité, de la perfection de la grande cause; donc elle est mauvaise, et il faut la détruire.
^ 83. Elle n'a point la bonté, la sainteté de la grande cause; car la cause suprême ne tue point l'atome pour élever le géant; elle conserve l'atome aussi bien que le géant , et la loi des hommes tue toujours latome et élève toujours le géant.
t 84. Elle n'a rien de la perfection de la grande cause; car, la grande cause, agissant toujours avec une infinie justice, une lumière et une sagesse parfaites, ne défait point aujourd'hui ce qu'elle a fait hier, et la loi humaine ne semble édifier aujourd'hui que pour renverser demain.
}ll 85. Vous vous établissez par la fraude, par la violence, en vous établissant par votre loi; il faut bien qiie la fraude et la violence renversent ce que vous avez établi.
^ 86. Quelqu'un de vous pourrait-il dire pourquoi et par quelle justice un peuple est tributaire d'un autre peuple, une famille est à la merci d'une autre famille, pourquoi un homme paie le tribut à un autre homme?
ji^ 87. Serait-ce parce que l'ordre et l'intérêt publics le voudraient ainsi? Mais l'ordre et l'intérêt publics , c'est donc l'esclavage des uns au profit des autres , la mort des uns pour la vie des autres?
V 88. Ma loi ne veut point cela; c'est voire loi qui le commande. Ma loi veut l'échange de biens, de secours, dans le commerce et les relations sociales; la votre veut l'exploitation du faible par le fort.
^ 89. Ma loi veut que tous vivent par les moyens et la vocation que je donne à chacun.
5^ 90. Votre loi établit l'absorption des uns par les autres ; la mienne règle la vie de tous selon les moyens, les facultés et la vocation de chacun.
)l/ 91. L'artisan, avec ma loi , se substante par le travail de ses mains; le cultivateur trouve sa vie en tourmentant la terre; le savant, en expérimentant les cieux; avec la vôtre, ni l'artisan, ni le cultivateur, ni le savant ne sont sûrs de trouver la vie par leurs travaux, si la fourberie et l'intrigue ne leur viennent en aide.
^ 9a. Avec le dévouement, le courage de Socrate et de Jésus-Christ , on avale la ciguë , on est attaché au poteau ; avec la science de Galilée, on va en prison; avec le labeur et les sueurs du cultivateur honnête, de l'artisan qui ne fraude pas, on va à Fhôpital.
5^93. Votre loi a donc tout fait contrairement au bien général; je veux l'abolir, dit encore le Seigneur; et vous-mêmes qui l'avez faite et qui êtes les premiers à la blâmer et à en rougir maintenant, vous allezêtre l'instrumentdemajiistice pour la renvei'ser.
5' 94. Que faites-vous avec vos codes de Justinien, de Charlemagne , de Napoléon ?
i' 95. Ce n-est pas là ma loi; ce n'est pas là la loi
humanitaire; vous seinblezle coniprentlre du reste; car chaque jour vous arrachez un lambeau de ces vieux parchemins et le jetez au feu.
^ 96. Ces codes ont été faits par le fort contre le faible, par la victoire contre la défaite; leurs lois sont des lois d'antagonisme , des lois du loup contre l'agneau.
^ 97. Les observateurs de vos lois sont vos esclaves, ils ne les observent que par crainte; ceux qui suivent ma loi sont mes enfants , ils la suivent par amour.
ji^ 98. Aussi ma loi survit à toutes les révolutions ; les vôtres meurent avec les ébranlements sociaux.