CHAPITRE XIX
DE L IMMORTALITÉ DE LAME ET DU CORPS, OU DE LA ViE PASSEE, DE L\ VIE PRESENTE ET DlE LA VIE FUTURE.
il^ I. L'âme et le corps ont existé , ils existent, et ils existeront, parce que Dieu, qui les a faits, a existé, parce qu'il existe , et parce qu'il existera.
j^ a. Les œuvres de Dieu ne commencent et ne finissent pas plus que Dieu lui-même.
ji^ 3. Pour que les oeuvres de Dieu eussent une fin, il faudrait que les œuvres de Dieu pussent périr , et les œuvres de Dieu sont impérissables,
^ 4- B-îcn ne peut être détaché du grand tout; rien ne peut y être ajouté.
i 5. Ce qui était il y a cent mille ans est encore aujourd'hui et sera dans cent mille ans encore.
^ 6. Dieu ne fait rien de nouveau ; Dieu ne fait rien que ce qu'il a fait déjà , parce que Dieu ne se perfectionne pas, comme l'homme, et qu'il n'ajoute rien à ce qui est; car il est lui-même tout ce qui est, et qu'il ne peut rien ajouter à son être.
^ 7. J'entends que vous parlez de progrès, de lumières, de bonheur, pour l'humanité, et je vous entends aussi nier votre âme et la vie future comme la vie passée, et n'admettre que la vie présente.
^ 8. Je vous entends dire : Mon corps est aujourd'hui, demain il ne sera plus; je pense aujourd'hui, demain je n'aurai plus la pensée; il ne restera rien de moi; je serai dans le néant.
^ 9. Vous voulez progresser, vous voulez le bonheur de l'humanité , et vous croyez que tout vient du néant et retourne au néant!
^10. Quelle perfectibilité est donc possible, si tout commence aujourd'hui et peut finir demain?
il^ II. Quoil vous avez une soif insatiable d'immortalité, et vous vous obstinez à croire que la via peut finir !
5^ la. Sur le bord de la tombe, vous travaillez encore pour un long avenir, pour votre réputation, pour votre gloire , pour la postérité, et vous ne voulez pas être immortel !
5^ i3. S'il n'y a pas d'immortalité pour votre âme comme pour votre corps, qiie signifient ces peines,^ ces tourments, ces soucis que vous vous donnez pour cultiver l'un et l'autre?
5^ i4- S'il n'y a pas d'immortalité de l'âmecoiaine du corps , que deviennent votre âme et votre corps après la vie présente ?
j^ 1 5. Ce n'est pas parce que vous ne croyez pas à l'immortalité que vous ne voulez pas d'immortalité ; vous avez de mauvaises passions à satisfaire , et vous
vous violentez pour ne pas croire ; vous lâchez de vous abasourdir, afin d'étouffer le remords.
^ i6. Je ne veux d'autre preuve de ceci que votre conduite envers vos enfants et vos subalternes , et les enseignements que vous donnez ou que vous faites donner à ceux dont l'immoralité pourrait être nuisible à vos intérêts.
ii^ 17. Il est bon , dites-vous , que les enfants et les domestiques , que le peuple soient retenus par l'idée d'une autre vie où la vertu sera récompensée , et le crime impitoyablement puni.
^ 18. Vraiment , cela n'est bon que pour le peuple et les subalternes ! D'où vient donc que la corruption est mille fois plus grande chez les grands que parmi le peuple ?
^ 19. Vous qui accusez le peuple, est-ce le peuple qui vous corrompt , ou bien vous qui corrompez le peupléTTourriez-vous nous montrer un pays, un peuple, une nation où la corruption ne soit pas venue d'en haut ?
^ 20. Si la corruption vient d'en haut, la foi en une autre vie où le crime recevra son châtiment, et la vertu sa récompense, n'est donc pas moins nécessaire au riche qu'à l'indigent, au savant qu'à l'ignorant, au grand seigneur qu'au plébéien.
ji^ 2 1 . Et puis, ou l'immortalité de l'âme et du corps est un dogme vrai, ou c'est un dogme feux; il n'y a pas de milieu entre la vérité et le mensonge.
j^ 22. Si le dogme de l'immortalité de l'âme et du corps est une vérité, cette vérité est bolme, est
nécessaire pour tout le monde, et tous doivent l'admettre, à moins que la vérité ne soit faite que pour quelques-uns , et que l'erreur doive être le partage du grand nombre.
^ 23. Si, comme vous sembiez l'insinuer , ce dogme n'est pas démontré, ou s'il est faux , pourquoi voulezvous qu'il soit bon seulement pour ce que vous appelez la plèbe ignorante et indigente?
jli 24. Dieu a-t-il donc fait la lumière pour ceux qui sont riches et puissants, et a-t-il voulu que la plèbe vécût et mourut dans les ténèbres de l'ignorance?
j^ a5. O enfants des hommes, ne blasphémez pas , parce que vous êtes les heureux du siècle!
^ a6. Prenez garde, parce que vous êtes dans l'abondance de toutes choses, la prospérité vous aveugle. Vous croyez pouvoir vous suffire à vous-mêmes parce que vous avez la vie matérielle pour aujourd'hui et pour les jours à venir.
Slii'j. Prenez garde , Dieu , qui vous a donné cette vie, vous l'ôtera si vous êtes oublieux de ce qu'il a fait pour vous.
i a8. Il permettra encore ce qu'il a déjà permis mille fois, que ce peuple que vous méprisez au point de lui imposer des fardeaux que vous ne voudriez pas même toucher du bout des doigts , il permettra que ce peuple, après avoir connu la perfidie de vos enseignements, s'insurge contre vous, vous renverse, vous dépouille, et se rie de votre misère, de votre ignominie , comme vous vous êtes ri de sa crédulité et de ses malheurs.
^ ^9. Vous voulez bien qu'on ait la foi en un avenir , à une autre vie , mais vous ne voulez pas Ae celte foi pour vous-mêmes. Qu'est-ce à dire?
i 3o. Etes-vous donc d'une autre trempe que vos frères? Si vous venez du néant et que vous deviez retourner au néant, comme vous vous efforcez de le croire, vous êtes donc des jongleurs et des misé» râbles d enseigner une autre vie où la vertu sera récompensée et le vice puni.
j!^ 3 1 . Et voyez quelle est votre folie ! en faisant ainsi, vous vous exposez à la malédiction et au poignard de ceux que vous trompez!
^ 32. Tôt ou tard vos jongleries sont connues; et une fois connus vous-mêmes de vos enfants, de vos serviteurs et du peuple, vous devenez les objets du mépris et de l'animadversion publics.
j^ 33. Il n'y a point de vie après cette vie, ditesvous, et quand nous sommes morts, nous sommes bien morts.
^ 34. Cependant, ajoutez- vous, ceci n'est pas bon à dire à tous : il est nécessaire que nos subordonnés, que le peuple, que les enfants croient à la vie future.
^- 35. Quelle abominable hypocrisie, quelle détestable imposture de faire croire aux autres et de feindre de croire soi-même ce qu'on ne croit pas et ce qu'on se glorifie même de ne pas croire!
^ 36. Misérables qui vous jouez ainsi de Dieu et des hommes, de la vie présente et de la vie future , tremblez que vos jongleries et vos blasphèmes ne
fassent tomber sur vous le double glaive de la justice de Dieu et de la justice des hommes !
^ 37. Vous rejetez la science que Dieu vous donne en niant Timmortalité de votre corps et de votre âme.
jt 38. Ne savez-vous pas que rien ne périt? Ignorezvous que les grains de sable de la mer sont aujourd'hui en même nombre qu'ils furent dans les temps passés et qu'ils doivent être dans les temps à venir?
j^ 39. Les cheveux de votre tête sont comptés , et pas un ne doit se perdre.
j^ 4o. Les astres du firmament le sont aussi ^ et ces millions de mondes qui gravitent sur vos têtes y graviteront dans des milliards de siècles comme ils y gravitent aujourd'hui.
i ^i. Les oiseaux du ciel, les animaux de la terre, les poissons de la mer, les chênes des forêts , les pins des montagnes, celui qui a fait le ciel, la terre, la mer , le chêne des forêts et le pin des montagnes ne les a pas faits pour les détruire.
^ l\^. La destruction n'est point l'œuvre de Dieu; c'est l'œuvre de l'homme. Dieu donne toujours la vie; l'homme seul, dans son ignorance et sa folie, croit pouvoir donner et veut donner la mort.
^ 43. Quoi! un atome ne périt pas, tu le sais , ô homme ! et tu voudrais que ton corps, que ton âme^ que toi-même pussiez périr !
^ 44* Oh non! La science te dit que tu mens ou que tu es fou quand tu veux que tout finisse pour toi avec la vie.
^ 4^* Oui, tout périrait, tout tomberait dans le
chaos, dans la mort, si ta pensée, par impossible, pouvait devenir la pensée de l'humanité! car ta pensée est une pensée de néant.
5^ 46. Si l'humanité cessait de croire à l'imRiortalité, la vie pour l'humanité ne serait plus qu'un affreux état de désordre, de crainte, de désespoir.
j!^ 47- S'il n'y a pas d'avenir pour l'homme, que signifient ces distinctions du bien et du m^? 9U moyen desquelles vos législateurs viennent m'effrayer ?
ii^ 48. Si la vie commence aujourd'hui et peutfimr demain, que m'importent votre loi et vos menaces ?
jl^ 49- ^6 devais être majiheureux sur cette terre, si j'eusse été destiné à y rester longtemps : je me suis dit : Le voisin est riche ; il a des jouissances, je n'en ai pas : je vais le dépouiller; je jouirai à mon tour.
f 5o. La loi humaine me menace de la prison si je me laisse prendre; qu'importe? courons la chance d'aller en prison.
)i^ 5i. Si je suis pris, peut-être trouverai-je le moyen de ne pas tout rendre; si j'échappe à la loi humaine, je serai riche et je mènerai une vie pleine de volupté.
f Sa. Dans l'un et l'autre cas , je ne joue rien, je ne risque rien pour mon compte ; je ne joue que sur la vie et la propriété d'autnii, puisque je ne possède rien au monde.
^ 53. Ces réflexions sont pleines d'un cynisnfie qui vous fait frémir et vous révolte tout à la fois; mais dites qu'elles ne sont pas justes et parfaitement dé-
duites de vos principes impies et destructeurs de tout ordre social.
3^ 54. Écoutez donc les enseignements de votre âme, qui vous dit que tout ce qui est dissolvant et désorganisateur de l'ordre de la nature , doit être rejeté loin de vous, et considéré par vous comme l'effet de l'aberration de votre esprit ou du délire de votre imagination.
^ 55. Écoutez les enseignements de votre âme, qui vous dit que tout ce qui tend à vous conserverla vie, à la rendre plus belle, plus heureuse, tout en contribuant aussi à ajouter une somme de bonheur, de jouissances à la vie de vos frères, est dans l'ordre de la nature , et qu'il faut le faire , puisque cela faisant votre bien et le bien d'autrui , se trouve selon l'harmonie générale,
f 56. Or, la pensée de la mort étant une pensée de désharmonie universelle, puisqu'elle Uie.toute espérance , et par conséquent toute vie sociale , cette pensée est une pensée extra-normale, violente, qui ne vient point de votre âme, mais de l'aveuglement die votre esprit et de votre folle imagination : il faut la chasser comme une pensée de malheur et de désharmonie .
3^ 57. Il n'y a rien après cette vie , osez- vous dire : eh bien I pourquoi ce respect que vous avez pour les cendres d'un mort ?
5^ 58. Il n'y à rien après cette vie ! et vous êtes tellement forcés par la nature de croire le contraire.
qu'on vous voit sans cesse adresser des supplications aux mânes de ceux qui ne sont plus.
J^ 59. Il n'y a rien après cette viel c'est donc au néant que sont dédiés la plupart de vos monuments ; c'est donc le néant que représentent de mille et mille manières le pinceau , le ciseau de vos artistes!
jî^ 60. Si le néant suit la vie , c'est donc folie au père de pleurer sur la tombe de son fils, au fils de vénérer les mânes de son père , à l'épouse d'arroser des larmes de la douleur la tombe de son époux y et à l'épouxd'aller répandre des pleurs sur le monument funèbre élevé par son amour à la mémoire de son épouse.
^61.0 pensée du néant, que tu es désorganisatrice ! comme tu rends l'homme petit, isolé , misérable sur la terre !
}l/ 62. Serait-il donc bien vrai qu'avant cette vie il n'y ait rien eu pour moi et qu'il ne doive rien y avoir dans l'avenir f
^ 63. Voilà pourtant la pensée de quelques hommes : mais qui sont-ils ceux qui prêchent le néant ? faut-il bien les croire? méritent-ils qu'on ajoute foi à ce qu'ils disent ? valent-ils la peine qu'on les écoute ?
f 64. Non, mille fois non, mes enfants, dit le Seigneur. Ces hommes-là sont des hommes de boue. Le mensonge est dans leurs paroles, la dépravation est dans leurs cœurs.
f 65. Quiconque nie l'immortalité ou ne la prêche pas selon la science , veut vous tromper à son profit , ou bien se trompe lui-même et vous trompe.
un bonheur mensonger; sa^paix, une fausse paix.
j!^ 83. Cependant , si la vie future n'était pas, et que tout se bornât à cette terre que vous foulez , le méchant aurait raison d'être méchant; la folie serait du côté du juste, puisque la vertu ne serait qu'un vain mot, qui n'aboutirait qu'au néant après cette vie, et qui , pendant la vie , ne servirait souvent qu'à notre malheur.
}l/ 84. Mais non , cette soif insatiable d'avenir et de bonheur que vous trouvez dans votre cœur, ô hommes , c'est la nature qui vous l'a donnée , et la nature ne trompe jamais. Cette soif de bonheur, ce désir d'avenir, seront satisfaits.
^ 85. Il n'y a rien dans votre âme qui ne vienne de Dieu, et qui ne doive se réaliser; et c'est de votre âme comme de l'âme de tous les hommes qu'est venue à l'humanité l'idée d'une autre vie.
^ 86. Cette idée est vraie, puisqu'elle est conservatrice ; elle est vraie , puisque la vie n'a pas commencé en vous et qu'elle ne doit pas finir en vous.
^ 87. Seulement, vous et moi, nous et nos frères de cette terre, qu'avons-nous été avant cette vie, qu'avons-nous fait et comment sommes-nous tom* bés?
^ 88. Qu'importe la solution de ces questions? il suffit à la paix de notre âme de savoir que nous avons été toujours et <^ue nous ne pouvons cesser d'être , parce qu'aucune des parcelles de la vie que nous tenons du souverain maître, qui est la vie par excellence , ne peut se perdre.