DES ATTRIBUTS DE DIEU
Premier attribut : ta vérité.
j^ i.^Dieu est la vérité par excellence. La vérité est la manifestation 9 la connaissance de ce qui est bon, de ce qui est teau, de ce qui est utile, et par conséquent de ce qui est en harmonie avec l'ordre général et le bonheur de l'humanité.
^^ 2. En ce sens, et sous ce rapport, aucune des religions existantes , aucune des lois humaines n'est la vérité , parce qiie toutes établissent la désharmonie, la guerre.
ji^ 3. Si vous voulez avoir la vérité , ne la cherchez ' point dans ce qui est, dans ce qui se fait pafmi les hommes ; vous n'y trouverez que mensonge : consultez votre âme et remontez à Dieu; la lumière qui vous viendra de cette double source ne sera point obscurcie par les ténèbres de l'erreur.
y 4- DitMi n'a pas fait les hoiimies pour qu'ils se dévorassent, et les hommes se dévorent.
i 5. Dieu n'a pas fait les hommes pour que les uns fussent vêtus et les autres nus ; il a voulu que tous eussent la nourriture et le vêtement.
jlf 6. Dieu n'a pas fait Thumanité et les mondes pour les détruire; il les a faits pour qu'ils fussent éternels de sa propre éternité.
^ 7. Dieu n'a rien fait en un temps donné; il a tout fait et il fait tout dans l'éternité.
y 8. D où il suit que ce qui était bon hier est bon aujourd'hui, que ce qui était vrai il y a cent mille ans est vrai aujourd'hui.
j^9. Ce sont les hommes, les religions et les lois qu'ils ont faites qui trouvent mauvais aujourd'hui ce qu'ils avaient trouvé bon hier, qui proscrivent; dans un temps ce qu'ils avaient approuvé dans an autre.
y 10. 1..es œuvres de Dieu ne varient pasplusque
lui; les modifications qu'elles éprouvent à nos yeux
-ne les détruisent point de fond en comble, ne les
changent poi(it entièrement; ces modifications «ont
dans l'ordre étemel de l'éternelle harmonie.
y 1 1 . Tous tant que nous sommes , êtres de la matière animale, végétale et minérale, nous sommes repoussés tour à tour de notre.centre commun, tjui est Tunité, ou Dieu; du ramenés à ce centre, comme les satellites du soleil matériel des mondes sont repoussés ou ramenés par cet astre brillant à leiu* centre, qui est lui-même.
)i^ 12. Il est néanmoins cette différence enti^e^les êtres purement matériels et nous, qui somme» des êtres mixtes, participants de la matière et de l'esprit, que les premiers suivent machinalement, et par une impulsion qui leur est étrangère, le mouvement d'attraction et de répulsion ; tandis que nous, qui participons de la divinité par ootre âme, pouvons, sinon arrêter ce mouvement, du moins l'attarder et ie modifier.
^ i3. Les mondes physiques font leurs évolutions et leurs révolutions eu des espaces de temps mathématiquement déterminés.
ji^ i4. S'il en était autrement, il y aurait heurteuient , froissement entre eux, destruction et chaos.
^ 1 5. Il suit de là que, chaque année, Uranus doit faire autour du soleil quatre milliards, et la terre deux cents millions de lieues;
f i6. Et que s'il était possible qu'ils en fissent un peu plus ou un peu moins, tous les mondes seraient détraqués, et vous auriez la destruction universelle.
5^ 17. 3'ai dit que les mondes matériels suivaient l'impulsion donnée par le maître universel, et que cette impulsion ne pouvait être modifiée en quoi que ce soit par les mondes qui la reçoivent; et c'est pour .cela qu'il règne un ordre si parfait dans toute la nature purement matérielle.
^ 18. La créature intelligente n'a pas su conserver pour elle-même, pour l'ordre intellectuel, qui est en partie le sien, le même ordre , la même harmonie. De là ses malheurs, ses maux, ses souffrances.
i 19. Le mal cepemlauty résultant, non pour Dieu et par la faute de Dieu, mais pour la créature et par la faute de la créature intelligente , n'est point un mal absolu 9 mais un mal relatif , et qui peut, sinon être entièrement extirpé , du moins allégé , diminué à l'infini.
jt ao. Il peut être modifié , atténué, ai-je dit, et non complètement extirpé , parce que la perfection absolue n'est possible qu'à Dieu et non à l'homme , et que la créature serait étouffée sous le poids incommensurable de la jouissance, si la félicité de l'homme pouvait jamais être égale à la félicité divine.
y iï. Jj3l créature ne peut pas plus jouir comme Dieu et autant que Dieu qu'elle ne peut erre grande autant que Dieu est grand , puissante autant que Dieu vsl puissant.
. ii^ a2. Il n'est qu'une voie qui soit la vraie voie, c'est la voie de la nature; car la Voie de la nature c'est la voie qui vient de Dieu.
y 23. Dès que vous vous éloignez de celte voie, vous prenez des chemins étroits et tortueux qui vous conduisent à la perdition.
i^^. Dès loi^s vous êtes égarés sur la terre; vous tournez dans un cercle vicieux sans jamais aboutir k rien d'utile, de grand, de bon pour vous ni pour rhumanité.
}l/ 35. Faites, si vous le pouvez, avec vos idées de f^ouvernemenl et de sociabilité, une société dont les membres ne se dévorent pas et ne soient pas intéres-
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ses à se dévorer, ou du moins à se dépouiller les uns les autres.
ji^. 26. Faites qu'au delà de la Tamise et en deçà , les intérêts soient tellement identiques qu'on n'ait plus désormais aucun motif de se faire la guerre.
5^ 27. Non, politiques du jour , vous ne soupçonnez pas même ce qu'il faudrait faire pour cela, parce que vous n'avez pas la vérité, parce que vous n'êtes pas établis sur la vérité.
ji^ 28. Ce n'est pas que je prétende que vous puissiez jamais posséder la vérité comme Dieu et autant que Dieu.
$^ 29. Dieu est la vérité par excellence , la vérité infinie; vous ne pouvez être en tout qu'un effet de la cause, et ne pouvez égaler la cause; mais vous pouvez, en vous fondant sur cette vérité, qui est une, vous rattacher à la grande cause, en ramenant tout parmi vous à l'unité, qui est Dieu, et renversant à tout jamais vos mille gouvernements de fractions qui vous tuent en vous divisant.
y 3o. Voilà ce que vous diraient la nature et votre raison , si vous les écoutiez ; mais vous ne suivez que vos préjugés et votre imagination.
$1 3i. Songez donc que vous n'êtes point vousmême la lumière ; que la lumière , c'est Dieu ; que la vraie lumière, qui est Dieu, se reflète d'abord sur toute la nature, puisfràctionnellement sur vous.
}i^ 32. Si donc vous n'étudiez que vous-même ou votre semblable, vous ne pouvez avoir qu'une lueur,
qu'une petite partie de la lumière , et par conséquent de la vérité.
^ 33. Si vous et votre semblable n'avez qu'une lueur, comment pouvez -vous bien vous conduire?
5^ 34. Après vous être considéré vous-même , après avoir considéré votre semblable, considérez la nature, étudiez-la; elle est vraie, comme Dieu, qui Ta faite; par elle, vous remonterez à Dieu ; vous aurez la vé- , rite , et non une vérité fractionnée , ou fausse, ou incomplète, comme celle que vous avez, mais une vérité une, entière , parfaite.
Deuxième attribut de Dieu , l'unité.
^ 35. Dieu ne serait pas la vérité, s'il n'était pas l'unité.' L'unité n'est pas moins un attribut nécessaire de Dieu que la vérité.
^ 36. La vérité est une comme Dieu est un. L'unité d'action , de manifestation , d'essence , tout cela est en Dieu, et tout se manifeste à l'homme qui suit la lumière divine ou la vérité, qui vient de Dieu.
^ 37* Les hommes ont voulu rendre cette unité, qui est l'un des attributs constitutifs de Dieu, muUifrfe, et ils sont devemis ce que vous les voyez aujourd'hui , des effets séparés de leur cause, des branches jetées sur la terre et se desséchant sur le sol.
^ 38. Quand voiis ne partez pas d'un point d'unité, où pixHen<iez-vons aboutir? q-i*e< centre com-
muii pouvez- vous avoir, quand vous n*SL\ez pas même de point de départ?
jî^ S9, Un édifice peut-il ne pas porter sur un point culminant? les parties même de l'édifice n'ont-elles pas toutes un point d'appui particulier ?
i 40' Vous ne pouvez ôter une poutre dans un endroit donné sans que la partie de l'édifice qui tenait sur cette poutre ne périclite ou ne tombe.
lll i\i. Tout se tient y se lie dans tout. Mais tout se tient et se lie, vous le voyez, par l'unité. Dieu ne peut donc pas ne pas être un ; l'unité est un de ses attributs constitutifs , car tout se tient à Dieu , se li« à Diea.
^ 4^- Vous êtes donc fous , enfants des hommes , quand vous m'enseignez un Dieu multiple eu personnes, ou quand vous m'enseignez des milliers de Dieux.
^ 43. Vous êtes fous aussi quand vous m'enseignez plusieurs et diverses manifestations de ce Dieu ; car il est aussi impossible qu'il se manifeste diversement qu'il est impossible qu'il soit triple et multiple.
jll 44- U lest un en manifestation comme il est un en essence? celui que vous faites trine , double , multiple, n'est pas Dieu.
^ 45. il,esft un aussi en action. Voilà pourquoi iuicune de *vas rejivgions n'a k vrai Dieu ; car toutes attribuent à la divinité des adies oontradictoîres.
jf 4& Vos législateurs se tx)ndamBent ies «iis Les autres : pourquoi ? parce que tous £Mcit agir «t penser leur Dieat d'une manière différente et opposée.
'i/^'j.'Le Dieu du bramine ne pense point et n'agit point comme le Dieu de La Mecque ; le Dieu de Calvin n'a pas absolument la même pensée que le Dieu de Luther , et enfin le Dieu de Rome la catholique ne pense ni ne fait comme le Dieu des autres nations.
ji^ 4^* Quand on pense et quand on agit d'une manière opposée , on s'entrave dans la route , on se heurte, on s'embarrasse, on se tue; c'est aussi ce que vous faites , vous tous que j'appelle insensés.
5^ 49- Or, vous n'êtes point faits pour vous entraver, vous heurter, vous embarrasser et vous tuer les uns les autres ; renoncez donc à vos faux dieux , que vous avez faits de vos propres mains , et revenez au Dieu de la nature, que nul n'a fait et qui a tout fait : vous aurez Tunité d'action parmi vous , dans vos gouvernements^ vos lois, comme vous l'aurez dans votre foi religieuse.
ji^ 5o. Et quand vous aurez l'unité d'action sociale, rien ne sera fait par vous qui ne soit utile à tous ; et le bien se communiquera à tous par cela même qu'il sera fait pour tous.
jt 5 1. Et la douleur, et la peine, et l'affliction, et les maux de la vie, ne seront plus écrasants pour personne ; car chacun en aura sa quote part.
^ 5a. Mais pour cela, gardez-vous d'écouter vos prêtres qui maudissent les uns et bénissent les autres , qui étouffent les uns pour faire vivre plus luxueusement les autres; car, le Dieu que vous devez servir n'est pas seulement l'unité par excellence , le nombre d'or, de qui tous les nombres viennent, et qui ne
vient lui-même d'aucun nombre; il est aussi la justice infinie.
Troisième attribut de Dieu , la justice.
ji^ 53. Vous vous plaignez qu'il n'y a pas de justice sur la terre; mais cela doit-il vous étonner quand vous en avez banni la justice de Dieu ?
^ 54. L'une ne peut exister sans l'autre. La justice de l'homme n'est qu'iniquité quand elle n'est point ' fondée sur la justice divine.
5^ 55. Or, vous semblez ne pas comprendre ceci. Les uns ont fait une justice qu'ils attribuent à Dieu , et ils nous disent : Voilà la justice divine ; suivez-la ; ce qui veut dire : Voilà nos ordres à nous ; exécutez-, les ; sinon , vous n'aurez point de part avec nous aux biens de la terre. Nous sommes plus forts : obéisseznous , ou mourez.
^ 56. Les autres ne sont pas si difficiles , ils disent tout simplement : Dieu ne se mêle de rien ; il n'existe même pas : c'est le hasard qui nous a fait vos maîtres , vous devez nous obéir dans l'intérêt de la conservation de l'ordre et de la tranquillité.
^ 57. Avec de si pitoyables idées de la justice , les gouvernements et la société se tiennent tant qu'ils peuvent.
ji^ 58. Ils durent ce que dure un château de cartes; ils se tiennent le temps que se tient une maison bâtie sur le sable.
)l/ 59. Avec ces idées de justice, tenez bien votre main sur votre bourse; ayez des canons pour défendre votre propriété; car, s'il me prend fantaisie de vous arracher votre bourse, votre propriété, qu'estce qui pourrait me retenir?
^ 60. C'est là pourtant ce que les hommes du siècle appellent la justice. Mais les hommes du siècle ne se méprennent ainsi sur la véritable justice que parce qu'ils sont tout tout à la fois ignorants et vicieux.
il^ 6r. Ils sont ignorants, puisqu'ils n'ont point la véritable connaissance delà justice, ou, si vous vou- ' lez, puisqu'ils ne connaissent point la vraie justice.
$1 62. Ils sont vicieux , car ils se complaisent dans l'ignorance de la vraie justice et dans la pratique de l'iniquité, bien qu'une voix intérieure leur crie souvent que ce qu'ils font est mauvais et contraire aux intérêts de leurs frères tout aussi bien qu'à leurs véritables intérêts.
^ 63. L'homme s'est confié en lui-même; il a dit: Je me suffis bien à moi-même; qu'est-il besoin que je cherche la justice ailleurs qu'en moi?
jl 64. Et Dieu s'est retiré de l'esprit et du cœur de cet enfant ingrat et orgueilleux; et l'homme s'est édifié à lui-même des autels sur lesquels il a fait adorer sa propre justice.
^ 65. 11 a cru follement qu'il serait plus indépendant et plus heureux quand il ne serait justiciable que de lui-même, et il a dit : Je me jugerai moimême; Dieu ne sera pas mon juge.
ji^ 66. Mais bientôt d autres ont dit comme cet impie :Nousseronsnosjugesànous-mêmes. L'homme alors a reconnu l'énormité de sa faute; mais son orgueil l'a encore retenu dans le mal.
i 67. Ne voulant toujours point pour son propre compte de la justice du vrai Dieu^ du Dieu de lai nature et de la raison, il s'est fait un Dieu ou des dieux selon ses passions , il a fait à ce Dieu ou à ces dieux une justice, et il a voulu qu'elle devînt la justice sociale.
^ 68. Et ceux de ses frères qui n'ont pas voulu adorer cette justice qu'il avait faite à sa guise, il les a dévorés quand il a été le plus fort, ou a été dévoré par eux quand il a été le plus faible.
^ 69. Et la chose la plus sainte, la plus auguste, la plus sacrée, est devenue une monstk*uosité parmi les hommes.
^ 70. Et le sanctuaire de la justice n'a plus été que le repaire de l'iniquité ; et le magistrat comme la justice n'ont plus inspiré que le dégoût et le mépris, l'indignation et la haine.
5^ 7 1 . Et la justice a perdu partout son unité, son impartialité, sa justice.
^ 72. Et il y a eu une justice pour le riche et une justice pour le pauvre, une justice pour le puijssant et une justice pour le faible.
^ 73. Ou plutôt il n'y a plus eu de justice; car ia justice s'est prostituée pour de l'or, comme la courtisane.
i 74* La justice de Dieu, c'est la pondération, l'é-
quilibration, la répartilion de tout entre tous; et la justice que l'homme a choisie pour la sienne^ c'est l'étouffement des uns au profit des autres.
5^ 75. La justice que l'homme s'est choisie, c'est l'exercice légal de la vengeance, de l'animosité, de la haine d'un homme contre un autre homme.
5^ 76. La justice que l'homme s est choisie, c'est la réaction du parti vainqueur contre le parti vaincu ; c'est le maintien de la tyrannie, du despotisme contre la liberté.
^ 77. La justice que l'homme s'est choisie, c'est la défense, le bouclier de celui qui n'a pas besoin qu'on le défende, et l'entière destruction de celui qui souffre et qui a besoin de protection.
^ 78. C'est l'ignorance de l'homme autant que sa corruption qui afaitet qui maintient une telle justice.
ji^ 79. Car cette justice ne fait, à vrai dire, le bonheur de personne ; elle dépouille le faible et protège mal le fort.
f 80. Le faible n'est pas toujours le faible. Les faibles deviennent parfois les forts.
j!^ 81 Les positions sociales comme les positions particulières changent par les révolutions, soit partielles soit générales.
jt^ 82. Et la fortune n'étant bien constante pour personne, la justice varie autant que la roue de la fortune.
^ 83. Si l'aveuglement de l'homme n'était pas tel qu'il l'empêchât de voir le bonheur social et son propre bonheur là où ils sont réellement, la justice se-
rait aussi commune dans le monde qu'elle y est rare.
jr 84* Chacun alors aurait selon ses œuvres; la justice de Dieu, qui pèse tout avec une équité parfaite 9 régnerait de toutes parts.
f 85. Alors le riche n'aurait plus à craindre pour la conservation de sa fortune; une justice parfaitement distributive aurait établi partout l'aisance, la vie douce et commode ; et nul ne voulant perdre cette vie aisée , douce et commode , nul ne songerait à dépouiller autrui pour s'enrichir.
^ 86. Voilà ce que ferait la justice de Dieu ; car cette justice ne varie pas, ne change pas, ne faillit pas;
^ 87. Car cette justice sait ce qui est vrai, ce qui est bon, ce qui est utile, et elle a la puissance de l'établir;
f 88. Car cette justice n'est pas susceptible de corruption; car elle n'est point flottante, incertaine, capricieuse; ce qu'elle veut aujourd'hui, elle le voudra demain, elle le voulait hier, et elle le voudra toujours; car elle connaît le passé, le présent et l'avenir , et ses jugements sont sans appel , parce qu'ils sont infaillibles.
Quatrième atlribul de Dieu : la grandeur.
jf 89. Dieu est incommensurable. Si Dieu était limité parle temps, l'espace, il ne serait pas Dieu; ou bien je serais Dieu comme lui.
^ 90. Dieu n'est cependant point grand d'une grandeur matérielle^ étendu d'une étendue qui tombe sous mes sens.
ji^ 91. L'idée que j'ai de la matière par ce que j'en vois , ne me permet pas de le croire.
f 9a. Dieu est grand parce que son souffle et sa vie sont partout, parce qu'il a la puissance de faire vivre en lui, par lui et pour lui tout ce qui est.
jt^ 93. Dieu est grand parce qu'il contient tout en lui et qu'il n'est contenu par rien.
Cinquième attribut de Dieu : la puissance,
i 94. Dieu est tout-puissant. La toute-puissance de Dieu ne consiste pas à faire l'impossible; ce qui est impossible est mauvais ou inutile, et Dieu ne peut rien faire de mauvais ou d'inutile.
9^ 95. La toute-puissance de Dieu ne consiste pas non plus h faire ce qui n'est pas dans Tordre , dans lanaturedes choses.
i 96. Dieu ne peut pas faire qu'un cercle ne soit pas rond, qu'un carré ne soit pas carré, qu'un triangle ne soit pas un triangle ; c'est une propriété du cercle d'être rond, du carré d'être une figure à quatre angles, et du triangle d'être une figure à trois angles.
î^ 97. Dieu ne peut pas faire qu'un mort ne soit pas mort, dans le sens que nous l'entendons, lorsque l'iime, sur cette terre, cesse d'animer notre corp<».
i 98. Dieu ne peut pas faire que la marche de no-
tre planète cesse, s'arrête ou ne soit pas régulière; il ne peut pas faire non plus que la marche d'aucun (les globes que je vois sur ma tête change , et ne soit pas la même aujourd'hui qu'elle a été il y a des millions d'années.
j^ 99. La puissance de Dieu ne consiste point à faire et à défaire tour à tour ce que Dieu a fait; elle conserve de toute éternité ce qu'elle a fait de toute éternité.
j^ 100. C'est rhomme qui fait et défait sans cesse , parce que l'homme cherche sans cesse la perfection et l'harmonie, et que Dieu a la perfection et l'harmonie de toute éternité.
ji^ 1 01. Si on vient te dire qu'tm mort est ressuscité sur ta planète, ô homme! ne le crois pas; car ton frère qui est mort hier doit avoir la vie nouvelle dans des milliers de mondes avant de l'avoir de nouveau dans celui qu'il a quitté.
jî^ 102. Ainsi le veut l'ordre éternel que Dieu a établi, et Dieu ne change point l'ordre général delà nature, parce que ni Dieu ni la nature ne peuvent se tromper, et que le changement suppose que celui qui change s'était trompé.
ji^ io3. Si on te dit que Dieu a détruit une de ses œuvres , ne le crois pas ; car Dieu ne détruit pas ; il conserve.
ji^ 104. Si on te dit que, par sa puissance, Dieu a hrûlé où noyé le monde , ne le crois pas ; car le monde ne peut ni être brûlé ni être noyé; ce n'est point là la loi de Dieu.
j^ io5. Sa toute-puissance maintient les inondes dans une vie parfaite , dans un équilibre admirable : elle ne consiste point à les détruire.
^ io6. Si on te dit que Dieu est puissant parce qu'il a arrêté un astre, parce qu'il a suspendu les lois de la nature, réponds que Dieu ne suspend point ses lois, qu'il n'arrête point les astres, parce que ses lois ne peuvent être suspendues ni les astres arrêtés, sans que les ténèbres ne succèdent à la lumière, le chaos , la confusion , le désordre à l'ordre , l'immobilité au mouvement, la mort à la vie.
107. Si on te dit que Dieu n'est pas puissant parce qu'il y a du bien et du mal dans le monde, et qu'il n'empêche pas le mal, réponds que ce qui parait mal à l'homme n'est qu'un mal relatif et non absolu.
^ 108. Réponds que le froid est un mal pour ceux qui craignent le froid, et que cependant le froid, et même le froid excessif^ est nécessaire dans la vie universelle de la nature.
^109. Réponds que la chaleur est un mal pour ceux qui craignent la chaleur, et que cependant la chaleur et même la chaleur excessive est nécessaire dans réconomie générale des mondes.
jl^ 1 10. Si on te dit que Dieu a fait des animaux immondes et inutiles, des terres infécondes, des mers inabordables, et que la puissance de Dieu fait des choses mauvaises ou inutiles; réponds qu'il n'est point d'animaux inutiles , que ceux mêmes que nous nommons immondes ont leur utilité qui est d'absor-
bereneuxles miasmes qui corrompraient l'air; que les terres infécondes ne le sont que par l'ignorance ou l'incurie de l'homme, et que les parages dans les* quels on n'a point encore pénétré n'en sont pas moins des parties harmoniques et nécessaires du grand tout.
ji^ 1 1 1 . Si on te dit que Dieu n'est pas tout-puissant, puisqu'il n'empêche pas l'injustice, réponds que la puissance de Dieu ne consiste pas à faire que l'injustice soit impossible à l'homme; car l'injustice est une imperfection de Tétrefini, et que la puissance de Dieu ne peut faire que l'homme soit Dieu en qui seul il n'y a ni faiblesse, ni injustice, ni imperfection.
jli 112. Réponds que le mal vient de la loi de l'homme et non de la loi de Dieu, du fait de l'homme et non du fait delaDivinité,de l'ignorance de l'homme, de son imperfection, et non de la volonté de Dieu ou de son défaut de puissance.
ji^ 112. Réponds qu'il ne peut y avoir dans la nature morale pas plus que dans la nature physique uniformité parfaite, qu'il doit y avoir diversité, variété, et cela à l'inBni , et que ce que nous appelons bien et mal n'est que cette variété , cette diversité infinie, desquelles résultent la beauté, l'harmonie, la perfection.
j!^ ii3. Enfin , réponds que la créature étant toujours dans la voie de la perfection, il y aura poui le malheureux de cette vie dans une autre vie, réparation, amélioration, justice.
Sixième altiibui de Dieu : l'immutabilité.
^ \\l\. Dieu est immuable. C'est une erreur de croire que Dieu suive les différentes phases de Thumanité, et qu'il change comme elle.
5^ 1 15. Vos prêtres et vos législateurs vous ont dit cela: vos prêtres et vos législateurs vous ont trompés.
^ 1 16. La pensée de Dieu est immuable ; ses lois le sont aussi. De toute éternité , il, s'est manifesté à l'humanité de la même manière.
^ 117. De toute éternité, il a fait luire son soleil pour tous les hommes ; de toute éternité , il a réglé la marche des mondes comme il la règle aujourd'hui.
^118. Jamais il n'y a eu de révolution universelle dans les mondes; il n'y a eu et il n'a pu y avoir que des révolutions partiellesqui, bien loin d'avoir changé les lois de Dieu et leur harmonie, ont servi à entretenir cette harmonie éternelle, invariable.
i^ 1 19. Quand on fait parler à Dieu un langage qui diffère selon les temps, les peuples , les nations, c'est qu'on se trompe ou qu'on veut tromper. Dieu ne parle pas des langages différents.
^ 120. Dieu n'a qu'un langage pour tous, pour tous les temps et tous les lieux , pour tous les pays et pour toutes les nations : c'est le langage de la raison , de la nature.
^ 12 1. Il n'est pas vrai que Dieu ait parlé à Moïse autrement qu'à Jésus-Christ , à Confucius autrement
qu'à Jésus-Christet à Moïse ; la diversité des langues, la différence des enseignements^ dans les différentes contrées de l'univers, viennent des hommes.
)1^ 122. Dieu ne change point; ce sont les hommes qui cliangent.
5^ 123. Dieu ne change point, parce qu'il ne peut pas changer ; et il ne peut pas changer, parce qu'étant tout parfait , parce qu'ayant en lui le passé, le présent et l'avenir , et tout cela constituant son essence, il se changerait lui-même s'il changeait quoi que ce fut aux lois qui régissent les mondes.
ji^ 1 24. Ce que Dieu a révélé à Jésus-Christ, ce qu'il a révélé à Socrate , à Moïse, à Confucius, il nous le révèle également, à vous et à moi, ainsi qu'à tous les hommes.
ji^ 125. C'est la loi de nature qui dit à tous de faire aux autres ce qu'ils voudraient qu'on leur fit à eux-^mêmes, et de ne point faire aux autres ce qu'ils ne voudraient pas qui leur fut fait.
^ 1 26. Or, la loi de la nature n'a pas de partialité : elle se révèle également à tous et de la même manière , parce que la loi de la nature est immuable comme Dieu.
)1^ 127. Toutes les religions qui se disent révélées, dans le sens qu'on donne faussement à ce mot , sont donc d'une insigne fausseté, en ce que toutes prêr tent à la Divinité une mobilité de langage et d'action qui n'est point et ne peut être dans l'essence divine.
^ 128. Dieu, dans son immutabilité, a toujours
- 4i4 — voulu deux choses, et il les veut encore; il les a toujours révélées à l'humanité et les lui révèle encore : I ° que 1 humanité le connût , kii seul et unique Dieu, lui seule et unique vérité, lui, le seul bon, le seul grand , le seul puissant ; lui , le commencement et l'aboutissant de tout ; a® qu'en conséquence de cette cî oyance en lui , tous les membres de l'humanité se regardassent comme frères, comme venant de la même cause, et devant retourner à la même cause, et par conséquent comme obligés à se faire le plus de bien possible les uns aux autres.
^ 129. Quiconque croit ceci et le pratique, accomplit toute la loi et est sauvé.
Septième attribut de Dieu : l'éternité.
^ i3o. hp Dieu du juif, le Dieu du catholique et lesdieux de touslespaysse disputent l'éternité comme ils se disputent l'empire du monde.
^ i3i. Et aucun de ces dieux n'a l'éternité pour attribut; car plusieurs d'entre eux sont déjà morts, et ce qui reste de ces ridicules divinités doit incessamment mourir.
jl^ 1 Sa. Et des dieux qu'on peut détrôner, renverser, détruire, ne sont pas des dieux.
5^ i33. Il n'est qu'un seul Dieu, qui était hier, qui est toujours et qui sera dans les siècles : c'est le Dieu que votre raison vous enseigne tout aussi bien que la mienne.
^ 1 34. Il a élé , il est et il sera , et ses années ne finissent point; car il est éternel comme il est immuable.
5^ i35. Car il est la vie de tout , et la vie ne peut pas manquer.
Huitième attribut de Dieu : l'omniscience.
^ i36. Dieu sait tout, et il n'est rien qu'il puisse ne pas savoir, parce que Dieu n'est pas et ne peut pas être dans la voie de la perfectibilité comme nous, puisqu'il est la science infinie.
^ 137. Rien de ce que nous disons , de ce que nous faisons, de ce que nous pensons, de ce que nous sommes, ne lui échappe, et il n'est pas un cheveu de notre tête qu'il n'ait compté.
^ i38. Consolez-vous, vous qui souffrez la persécution pour la justice j Dieu sait vos douleurs; il connaît la noirceur de vos ennemis. Défendez-vous; ne vous vengez pas ; sa justice fera tôt ou tard triompher votre innocence.
^ 139. Dieu vous voit , vous qui faites le bien; il sait ce que vous faites, même ce que vous voulez faire, et que vous ne pouvez pas faire. Courage ! il vous tient compte de tout, même d'un verre d'eau donné en son nom, et même de la seule intention que vous avez de faire le bien.
J' \[\o. IjCs homfties vous ont méconnus, parce
qu'ils ne vous voyaient pas ou parce qu'ils ne vous connaissaient pas , ou encore parce que, étant envieux de vous, ils n'ont voulu ni vous voir ni vous reconnaître. Que vous importe? Ce n'est point de rhomnie que vous devez attendre la parfaite justice , et votre dernière récompense n'est point ici-bas.