‹ Le code de l'humanité; ou, L'humanité ramenée à la connaissance du vrai Dieu et au vériatbleChapitre 20 sur 26 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

CONTRE LA. PEIlf E DE MORT.

jli I. L'homme a-t-il le domaine de la vie de l'homme? telle est la question que vous vous posez , vous qui voulez punir le meurtre par le meurtre ; et cette question , vous ne semblez la poser que pour la résoudre dans le sens de vos mauvaises passions.

i^ 2. Vous dites : la vie de mon frère est à moi, et c'est à moi d'en disposer s'il n'en use pas selon les lois que je prétends lui imposer.

f 3. Gar ce n*est pas seulement contre la violation des lois de la nature que vous sévissez; vous voulez aussi, et même avant tout , qu'on observe les vôtres, et vous ne semblez prendre souci des lois de Dieu , que pour rendre les vôtres , non plus justes, mais plus redoutables.

5^ 4- Quand vous condamnez le meurtre, vous faites ce que vous devez faire ; quand vous le punissez , vous êtes aussi dans votre droit et dans votre devoir; vous avez droit de faire ce que Vous faites, et vous devez le faire.

5^5. Mais avez-vous le droit, et est-ce pour vous un devoir de punir un meurtre par un autre meurtre , et devez- vous tuer parce qu'on a tué?

Jr 6. C'est bien là la véritable question , je pense. Vous n'hésitez pas à répondre que vous croyez pouvoir tuer qui veut vous tuer.

jf 7. Sans doute, sur le champ de bataille tout est permis pour la légitime défense ; mais après le combat, après l'attaque, et lorsque vous n'êtes plus aux prises avec l'assassin , la vie de l'assassin vous appartient-elle ? pouvez-vous en disposer?

i 8. Vous le dites ; mais ce n'est pas. Vous ne devez point laver du sang dans du sang; réparer un meurtre par un meurtre , à moins que la justice ne consiste à racheter le crime par le crime.

5^ 9. S'il est permis de tuer parce qu'on a tué , pourquoi ne serait-il pas permis de voler parce qu'on a volé ?

5^ 10. Ou ce qui est mauvais en soi et de sa nature, peut être légitimé, ou bien ce ne peut l'être dans aucun cas ; si ce qui est mauvais en soi ne peut être légitimé, d'où vient donc que vos lois légitiment le meurtre quelquefois?

Jr II. Non, un crime ne saurait autoriser un autre crime, une usurpation une autre usurpation. Votre frère a voulu vous prendre votre vie ; vous vous êtes défendu, et vous avez pu le faire, parce que vous ne vous défendiez point pour prendre un droit qui n'était pas le vôtre, mais pour conserver le droit que vous aviez à la vie : c'est bien ; mais vous ne devez

point prendre la vie d'autrui parce qu'on a voulu prendre la vôtre.

j^ 12. Il n'est pas de droit contre le droit, de justice contre la justice. La société qui commet ellemême le forfait qu'elle condamne dans l'un de ses membres, est une société égoïste, corrompue, qui ne punit pas le crime parce qu'il est crime, mais bien parce qu'elle a peur, et qu'elle sait que les morts ne peuvent revenir.

j!^ 1 3. Vous voulez disposer de la vie de votre frère! mais vous ne pouvez pas même disposer de la vôtre!

ji^ i4- Qui donc d'entre nous peut dire : je suis maître de moi , de ma vie : je vis aujourd'hui, je vivrai encore demain ; je suis aujourd'hui, je serai encore dans quelques jours.

^ i5. Tu ne peux pas même disposer de toi un seul instant, ô homme! et tu dis : je suis maître de la vie et de la mort ! et tu dis : je frappe où je veux et qui je veux avec le glaive que la justice m'a mis à la main?

^ i6. Mais si nul n'a le domaine de la vie de son semblable, si toi-même n'as pas la propriété, mais seulement l'usufruit de ta propre existence, qui donc a pu donner à quelques hommes que tu appelles juges, et que, par imbécillité ou par folie, tu prétends faire infaillibles, qui donc a pu donner à ce tribunal qui prononce gravement un arrêt de sang , qui donc , réponds, a pu lui livrer ta personne, corps et biens?

S^ 17. La société, vas-tu dire : mais la société donne

donc ce qu'elle n'a pas? car cette société de quoi se compose-t-eile? d'individus dont nul n'a le domaine de la vie d'un autre , dont nul même n'a le domaine de sa propre vie.

y i8. Comment se fait-il donc que tu veuilles établir pour tous un droit qui n'existe pour personne en particulier?

i 19. Quoi! n'est-il pasévidentquesi nul au monde n'a de droit sur la vie de son semblable, nul par conséquent n'a pu transmettre à ce que tu appelles un tribunal un droit dont le principe n*est nulle part?

^ 20. Y aurait-il une autorité , si cette autorité n'avait été constituée , choisie par une nation , pai'un peuple y un pays, une cité ou par quelques hommes? et cette autorité n'usurperait-elle pas la puissance , si elle «'attribuait le domaine de la vie des citoyens?

ilr ai. Qu'on ne dise pas que ce droit est abandonné et livré à la merci des magistrats.

iir 22. Sans doute, il est des hommes, et il en est même beaucoup qui ont peur de perdre leor bourse, et qui prennent facilement leur paiûque pour de la philanthropie, de l'amour de l'ordre, pour de la sûreté publique.

jr 23. Mais s'il en est q^ f par peur, veulent la nu>rt pour la mort, le meurtre pour le meurtre, le crime pour le crime , il en est aussi qui pensent que toute exécution sanglante , horn»is( le cas d'une dé*fense légitime, est une atrocité qui, seule peut-être, devrait être punie du dernier suppbce, s'il y avait

un tribunal sur la terre à qui Dieu eût donné le pouvoir de disposer de la vie des hommes.

^ 24. O homme ! tu es pour moi , je Favoue , un labyrinthe où je ne saurais me retrouver!

J^ ^5. Assemblage de grandeur, de générosité, de vertus sublimes , de qualités brillantes, et en même temps de faiblesse , de misère, et même de vices dégradants.

i!^ 26. Libéral , désintéressé, généreuit, et en même temps avare, égoïste, despote; doux, aimable, sensible, et en même temps emporté , sévère , vindicatif, implacable, tu.pleures jusqu'à ceux que tu assassines, et tu assassines ceux que tu pleures !

^ 27. Tu paies des juges pour tuer légalement ton frère, puis tu viens, par commisération ou peut-être aussi pour grimacer de la sensibilité, demander la grâce du coupable!

ji^ 28. Âht si tu es sensible, généreux comme tu affectes de le montrer, qu'est-il besoin d'attendre que ton frère soit mort pour faire éclater ta sensibilité?

j^ 29. Malheureux , tu voulais, disais-tu , que la so^ ciété fût vengée d'un assassin , et tu as demandé sa mort! eh bien! sois donc au moins conséquent? qu'est-il besoin de t'attendrir pour ce que tu appelled" le crime , puisque tu as cru faire une bonne action en livrant au bourreau le corps de ton semblable? Réjouis-toi , si tu le peux, de son supplice ; car, tu as vengé la société.

i 3o. Mais non tu ne peux te rassurer; tu trembles encore; tu approches en soupirant de-cet échafaud

où un couteau fatal va faire tomber la tête sanglante de ta victime !

j/ 3i. Tu te promettais un plaisir, une distraction; car on t'avait vu t'informer du jour et de l'heure du supplice , et cependant, arrivé au lieu de l'exécution, tu ne peux retenir tes sanglots ; tu pâlis ; tu détournes les yeux et tu frissonnes d'horreur quand l'instrument de tes vengeances a frappé le coupable !

^ 32. Et si celui que tu tues est innocent , que m'importent , à moi et à la société, tes pleurs, tes gémissements ?

Jr 33. Tu n'es pas infaillible; cela peut arriver, et est arrivé plus d'une fois , et alors quels remords vont te déchirer ! quel désespoir devra être le tien si tu n'as pas étouffé tout sentiment d'humanité !

f 34. Ah ! si les fauteurs du meurtre public voulaient bien se persuader que l'homme n'est point infaillible, et que par conséquent il peut frapper l'innocence; s'ils voulaient bien se convaincre de cette vérité , qu'il vaut mieux que des milliers de coupables échappent à la vindicte publique , que s'il périssait un seul innocent , oh l alors leur philanthropie, devenue plus ingénieuse, ne viendrait plus nous demander ce que nous voulons que la justice fasse des assassins.

f 35. Et d'abortl , ne croyez pas que les crimes seront si fréquents, quand vous serez établis sur d'autres bases , quand la misère extrême ne viendra plus provoquer le vol et le meurtre, quand les passions sociales , mieux dirigées , ne seront plus obli-

gées, pour se satisfaire, de briser les barrières qu'elles ont à franchir aujourd'hui pour s'émanciper.

^ 36. C'est la multiplication de vos lois prohibitives qui multiplie les crimes d'une manière effrayante; relâchez le ressort social qui tue les passions parce que vous le serrez outre mesure ; qu'il se détende hygiéniquement , et les passions cheminant plus à l'aise aj^ec l'homme plus à l'aise aussi , vous aurez moins de ces monstruosités sociales qui viennent trop souvent vous effrayer et armer votre bras con* tre les coupables.

i 37. Quant aux meurtriers , vous pouvez aisément mettre la sotiété à l'abri de leurs coups. Mais , pour les corriger, ne les tuez pas ; qu'ils soient isolés de tous, c'est bien : ils ont perdu le droit qu'ils avaient de vivre avec leurs frères. Rendez-les utiles à la société , même en les séparant de la société. Qu'ils deviennent les habitants des régions inhabitées, et qu'ils soient condamnés à remuer les terres, vierges jusque-là du boyau et de la bêche.

^38. Et si vous vous êtes trompés dans vos jugements , si vous avez jeté une flétrissure au front de votre frère , tout ne sera pas perdu, votre frère vivant encore , vous pourrez encore réparer le mal que vous aurez fait.

i 39. Maintenant , que m'importe que vous veniez m'avouer,à moi dont vous avez tué le frère, l'épouse, le père ou l'ami , que vous avez fait une horrible faute? que m'importe que vous fassiez de grands frais pour rétablir la mémoire de celui ou de celle

qu() youu m'aviez enlevé f ()e n'est ni mon honneur ni cueilli ile mon frère que vous avez assassiné , qu'il Ikut rétablir 9 cvnt la personne qui a été votre victîntt) ([u'il faudrait remire à la viel

il' /l<). Il faut des exemples, dit-on; le bien public, la sArelé générale, la morale, la religion exigent <|U*un piniisM^ de lu mort celui qui a donné la mort.

il' /|i. Telle est la force du préjugé, de la rçutine, qu'elle ue nous permet pas même de voir ce qui se l^assft^ clta(|ue jour sous nos yeux ; qu'elle nous empéolte de conipivndre les vérités les plus triviales , et qu Vile nous fait re|M)usser les faits les plus éclatants et les moins contestables.

"i /ri. LVxpérience a démontré mille fois et dans mille pays, que les crimes se multipliaient au fur et j^ mesuiv i|ue se compliquaient les lois prohibitives; eu sorte que Ton peut atUrmer hardiment que la na* tuui i he* laquelle il y n le moins de coupables , est celle dont le ctnle e»t le moins hérissé de lois pénales ; tm Uen encore* que W gouvernement qui a le moins j^ «évùr» e«t (Mik'isétiient celui qui use le plus rareuieut du jjilaivi» Ue la kù.

^ 4^^ Ye^ive* k FnuKe du moyen-âge et la France Uu ui*^ svkle» c\¥iipares la populatioii d^'alors et celle d^AHJ\Hml'tku\ « et ditesHKioi si les viclines de là poliNIC^ et \hi jCtbel ue dêpsisseiit pas « d'une nnaaiere elSr«y^iiite« \v>}& victimes de la ^lilloliiie et iie b HMUfOue*

V 44. VvHdett^wtik» difs exeaipk« noins elot^twsde

d'habitants de 1789, vous verrez s'il se commetfail moins d'assassinats à cette époque que de nos jours où nous avons un tiers de population de plus , et quelques lois de sang de moins.

5^ 45. Convenez donc que donner la mort à froid, et lorsque le danger n'est plus , à celui que vous aviez droit de tuer pour une légitime défense lorsqu'il vous attaquait et que vos forces étaient égales , c'est donner un exemple de cruauté qui ne sert qu'au bourreau que paie la justice.

^ 46. Vous vous exaspérez sans cesse contre ces affreuses époques de l'humanité où chaque parti vainqueur montre comme trophée de sa victoire les têtes sanglantes de ses ennemis vaincus ! mais comment n'en serait-il pas ainsi avec vos lois de sang ?

S^ 47- Les mêmes causes produisent tôt ou tard les mêmes effets. Ce sont les lois qui font les mœurs publiques ; celles-ci sont douces quand celles-là le sont aussi. La loi du meurtre enfante le meurtre.

^ 48. Voulez-vous éviter des réactions sanglantes? faites brûler vos échafauds; bannissez les coupables si la tranquillité publique l'exige , mais ne les tuez pas; et si vous les avez mal jugés, du moins vous n'aurez pas empoisonné le reste de votre vie par un assassinat.

f 49- Vous voulez la loi du meurtre I eh bien ! moi je vous dis que tous les monstres qui ont désho- • noré l'humanité la voulurent aussi.

5^ 5o. Vous voulez la loi du meurtre ! mais les Né-

ron, les Héliogabale, les Commode, les Sylla, les Henri VIII, les Borgia la voulaient aussi 11

jî^ 5i. Vous voulez la loi du meurtre ! mais c'était la loi bien aimée des prêtres et des moines qui établirent l'inquisition avec laquelle ils ensanglantèrent si longtemps l'Espagne, l'Italie, Venise et même la France ! I

^ Sa. Vous voulez la loi du meurtre! mais c'est avec la loi du meurtre qu'on a fait la Saint-Barthélémy, et qu'un roi bigot a fait exterminer , à l'instigation de prêtres infâmes, les Albigeois !!

5^ 53. Vous voulez la loi du meurtre! mais c'est la loi du meurtre qui a assassiné les Régulus , les Socrate, les Anne du Bourg, les de Thou, les Calas!

^ 54. Je vous \h dis en vérité, votre loi du meurtre n'est bonne qu'à multiplier le meurtre; il faut l'abolir.

j^ 55. Préservez la société des atteintes des méchants , mais ne détruisez pas les coupables ; ne faites pas gémir l'humanité par des sentences de mort; la raison, la nature, le bien public, la morale , la religion le veulent ainsi.

^ 56. Bravez les préjugés, les vaines déclamations de l'ignorance, de la coutume et de la routine, pour ne suivre que les impulsions de l'humanité. Dieu et la religion vous offrent une couronne innnortelle.

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