‹ Le code de l'humanité; ou, L'humanité ramenée à la connaissance du vrai Dieu et au vériatbleChapitre 3 sur 26 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

RiHABILITATIOIf DE LA MATIÈRE.

*t I. Us ont dit : Lm'i chair, il faut la détruire. L'homme^ c'est ce qu'on ne voit pas, c'est ce qu'on ne comprend pas, ce qu'on ne touche pas. Ce qu'il y a de matériiel en hii, c'est une vile boue; périsse donc cette boue ! périsse la chair !

il^ 2. Et les insensés qui les écoutaient ont répété en chœur : Périsse la boue ! périsse la chair 1

i 3. Mais la voix divine a dit mille fois plus haut que les criailleries des insensés et des hypocrites : // nest rien de mauvais dans mes œuvres. J'ai fait l'homme chair et esprit : malédiction à tous ceux qui proscriraient ou l'esprit ou la chair!

i!^ 4- La voix de Jéhovah a percé la nue : tout dans la nature a compris.

ji^ 5. La brute a conservé son instinct; le castor n'a rien perdu de sa science d'architecte habile; le roi des animaux a baisé la main de son bienfaiteur; l'éléphant a suivi son conducteur; les oiseaux du ciel ont chanté Iqs louanges du Seigneur et n'ont point dévié de leur nature.

J^ 6. L'homme seul, l'homme a voulu être ce qu'il n'était pas, et n'a pas voulu être ce qu'il était.

i^ 7. Un jour dans son orgeuil et sa folie , il a osé dire : J*ai honte que Dieu m'ait faii chair : je renie donc ma chair, et je ne glorifierai désormais que l'esprit.

^ 8. Et misère et malédiction à quiconque ne détruit pas sa chair y ne macère pas sa chair, n'assassine pas sa chair!

f 9. Et je maudis le Dieu même qui m'a fait des mains, des pieds, vn corps; car , tout cela cest de la matière, et je ne veux être qu'esprit,

J' 10. Et c'est la chair qui conspire contre l'esprit; et c'est la chair qui a chassé d'Eden le premier homme et la première femme : malédiction , malédictionsur la chair l !

^ M . Cependant une voix du ciel a crié plus ibrt : Mais la chair et l'esprit sont le complément de l'homme; mais si la chair a péché, l'esprit a péché de même.

f [Qt, Et l'homme n'agit pas seulement par V esprit; il agit aussi par la chair,

y i3. Et cette voix répète depuis la détérioration de l'homme : Si l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui vient de Dieu j C homme non plus ne vit pas seulement de la parole qui vient de Dieu , mais, aussi de pain.

^ 14. L'homme ne peut comprendre. Les temps ne sont point encore accomplis. L'ancien des mondes n'est point encore connu.

y 1 5 . Le temps vient , il approche , où ce qui rend l'homme menteur disparaîtrai;

^ i6. Où rhomine osera s'avouer tout entier ce qu'il est ;

i 17. Où rhomaie ne rougira plus de lui-même; où la chair, détrônée jusqu'ici par lachair, sera réha-bilitée par l'esprit ;

5^ 18. Où le développement hygiénique des passions, où la satisfaction normale des appétits physiques seront appelés œuvres de Dieu, œuvres saintes ;

^ 19. Où, par conséquent, l'homme ne mettra plus sa gloire à renier la moitié de lui-même.

^ 20. Alors les intérêts de Dieu, de la religion, ne paraîtront plus en opposition avec les jouissances, les intérêts matériels de l'homme.

^ 21. En ce temps-là les appétits du corps ne SC'ront point combattus par les désirs de l'âme.

y Î22. L'esprit ne foulera plus avec dédain la chair^ |\ et la chair n'aura plus à se révolter contre l'esprit.

(^ 23. L'esprit et le corps, dans une paix profonde,, . concourront au bonheur de l'être qu'ils constituent. S/ 24. De là la paix individuelle, l'harmonie dans chaque homme, et de là aussi la paix et l'harmonie générales.

}l/ 25. Maintenant, où trouver la tranquillité de \] 1 ame, quand la chair est constamment en révolte? jî^ 26. De l'hypocrisie, des subterfuges , de la duplicité, voilà tout l'homme et toute l'humanité !

^ 27. Le monde, l'humanité, renversés comme ils sont dans l'état actuel, nous sont figurés par le preipier homme et la première femme.

il' 28. Ils ont bouleversé la nature comme Adam et Eve, et ils ont eu honte de ce qu'ils étaient.

9^ 29. Ce qu'ils appellent mal, ils le font en secret, et ce qui est bien, et ce qu'ils croient tel en conscience, ils ne le font ni n'osent le faire.

ii^ '3o. Mais comme le mensonge est réprouvé par Dieu, quiconque le commet est réprouvé de même.

^ 3 1 . Et ils portent sur le front, quoi qu'ils fassent, la marque ineffaçable de leur hypocrisie basse et stupide.

y 3î2. Et parce qu'ils ont exalté l'esprit en voulant étouffer la chair, l'esprit a marqué la folie de leur ascétisme sur leur visage.

^ 33. Et ceux qui n'ont point porté le type de la fohe, qui n'ont point été marqués du signe de la dé- ^nence, comme les Antoine et les Hilarion , on les a nommés fourbes et menteurs.

J^ 34. Et les violences apparentes ou réelles faites à la chair ont produit la stupidité, le fanatisme et l'hypocrisie du monastère.

f 35. Et cette virginité, cette pureté qu'ils préconisaient tant, et qu'ils imposaient sous des peines si terribles, ils s'en sont ri eux-mêmes comme de toutes leurs autres hypocrisies !

S^ 36. Et on les a vus, furieux comme des tigres, se ruer sur des cellules de moines et de vierges, et les livrer aux flammes dévorantes.

ii^ 37. Et ce qu'ils avaient adoré, ils l'ont brûlé; et ce qu'ils avaient brûlé, ils l'ont adoré.

i 38. Et qui le croirait ? ceux qui ont fait tout cela

sont encore , en certains cas, les proneursdu monacliisme !

i' 39. Et ils continuent d'insulter le Dieu de la nature et de la raison, en faisant donner à leurs jeunes familles une éducation de cloître.

i 4o. Tantôt on les a vus danser sur les ruines fumantes des vieux temples, des vieilles idoles, et tantôt relever à grands frais les vieux temples et les vieilles idoles.

y 4i- Du matinausoirils sont passés de l'athéisme au bigotisme, et du bigotisme à l'athéisme.

f [\i. Ils avaient blasphémé la nature, la nature les a livrés à toute l'extravagance de leur imagination délirante, et en a fait de révoltants anachronismes au milieu de l'humanité.

'il 43. L'humanité d'abord a souffert en silence ces horribles profanations de la chair ; les bûchers lui ont fermé la bouche,

y 44 Mais les profanateurs du temple de Tesprit, les bourreaux de la chair ont été maudits par Dieu.

j^ 45. Le règne du mensonge touche à sa fin. Dieu Je veut ; la nature va triompher.

^ 4^- Les appétits du corps ne seront plus maudits : car Dieu qui les a donnés a donné le corps; et il ne maudit ni le corps ni ses appétits.

^ 47- Dieu n'étant plus défiguré par de fausses croyances, l'homme comprendra Dieu et se comprendra lui-même.

y 48. r^s oeuvres de la chair ne seront plus des,.

œuvres de péché, parce qu'elles seront sanctifiées pail'esprit.

^ 49- ^^^^ alliance éternelle, scellée du sceau de Dieu, sera faite entre la chair et l'esprit.

^ 5o. La chair ne sera plus un sujet d'achoppement et de scandale.

^ 5i . L'homme n'aura plus honte de son corps. Il se glorifiera de sa chair et de son esprit comme étant également l'œuvre de son créateur et de son Dieu.

f Sa. L'homme ne mentira plus à la femme, s^i compagne, et la femme ne mentira plus à l'homme.

ji^ 53. L'homme et la femme seront vraiment un seul cœur et une seule chair.

i 54. L'égoïsme, l'orgueil, la vanité, la jalousie^ seixïnt bannis de l'union des enfants de Dieu.

^ 55. L'assassinat et l'empoisonnement ne seront plus, comme ils l'ont été jusqu'ici, par un horrible renversement, légitimés par l'atroce jalousie et la sanguinaire vengeance.

^ 56. Ce qui est crime sera nommé crime; ce qui est vertu sera appelé vertu.

5^ 57. La chair mortifiée avait donné des visions à l'esprit, que l'esprit avait prises pour des visions de Dieu.

f 58. Les visions avaient gouverné le monde durant des siècles.

^ 59. Les temps visionnaires ne sont plus; la chair rentre peu à peu dans son état normal.

^ 60. L'esprit est déjà moins trompé par la chair^ (.tla chair reçoit mieux les lumières de l'esprit.

ii' 6i. Les prisons monastiques, la honte et l'opprobre de rhumanité, le dernier degré d'abaissement de la raison humaine , ne laissent guère voir que des ruines qui cachent encore quelques malades incurables, que doit entraîner dans sa course rapide le fleuve de la civilisation.

^ 62. Laissez les morts ensevelir les mor(s« Vous qui avez la vie nouvelle , marchez dans la vie nouvelle.

i 63. Ne vous effrayez pas des clameurs du préjugé. Ceux qui veulent vous arrêter hésitent; ils n'ont pas la foi.

i 64. Au fond, ils ont votre pensée; seulement ils l'ont vague, point arrêtée, parce qu'ils sont paresseux à réfléchir, et partant indolents et apathiques.

i 65. Courez, vous dis-je; ils vous suivront quand ils vous verront avancés dans l'arène.

^ 66. Ne dites pas que c'est une chose délicate c|ue d'attaquer de front le préjugé social le plus enraciné.

^ 67. Eh! voudriez-vous donc ne faire la guerre qu'aux vaincus!

^ 68. Si vous aimez l'humanité, voudriez-vous. donc ne la servir que dans les choses faciles ?

^ 69. Et c'est parce que la mission de détruire 1 hypocrisie de tous les hommes concernant la chair est la plus difficile de toutes les missions, qu'il faut se l'imposer et l'accomplir,

y 70. Vous avez peur, dites-vous; mais les grands

hommes^ les hommes sublimes que vous admirez, et que vous faites gloire de prendre en tout pour modèles , avaient-ils peur ?

jr 71. Vous avez peur ! et qui êtes-vous donc?

^ 72. A vous entendre, vous n'avez aucun préjugé; vous n'êtes point homme à vous laisser dominer par de fausses croyances,

i!^ 73. Vous ne savez point vous prêter aux circonstances quand votre conscience et votre honneur sont engagés.

^ 74. Mais qu'est-ce donc que votre honneur et votre conscience?

i' 75. De vains mots sans doute que vous ne comprenez pas, ou des masques que vous faites servir à couvrir votre ambition , votre hypocrisie.

^ 76. Vous avez peur! de quoi ? de perdre les faveurs de vos maîtres, sans doute, et de ne point arriver à cette fortune colossale et scandaleuse que doivent vous procurer vos mensonges et vos rapines!

^ 77. Si c'est là ce qui vous arrête , ne parlez donc plus de vertu , de probité, comme vous le faites sans cesse ; vous n'êtes qu'un malhonnête homme et un fourbe.

^ 78. S'il en est ainsi, ne dites plus que vous êtes courageux et brave : vous n'êtes qu'un trembleur et un poltron.

ii'^ 79. Ne dites plus que vous êtes loyal et sincère : tout est bassesse et mensonge dans votre conduite.

jl/ 80. S'il en est ainsi, ne vous dites plus disciple et admirateur de Socrate , de Christ et des grands

hommes qui honorent l'humanité; car yous déshonorez les hommes et vous vous déshonorez vousmême.

y 8i. Vous avez peur ! Socrate tremblait-il en avalant la cigmï?

y Si. Vous avez peur! Christ tremblait-il en disant avec une dignité écrasante pour les hypocrites, à ceux qui voulaient qu'on lapidât la femme adultère : Qtie celui de vous gui est sans péché lui jette la première pierre I

y 83. Vous avez peur! ayez la foi de Christ , et quand les hommes vous honniront, quand ils vous traînerontdevant les synagogues, vous direz comme le fils de Marie: Mon Père, pardonne-leur y car ils ne savent ce qu'ils font !

i 84. Parlez donc ainsi à l'humanité tout entière: vous lui ferez comprendre de la sorte qu'elle n'est pas dans le vrai , qu'elle ne suit pas la voie droite , que sa vie n'est et ne peut être ainsi qu'une vie de commotion et de désordre, qui repousse le bien-être et ne permet jamais que le malaise social.

5^ 85. O homme! Dieu î'aurait-il fait chair à moitié , s'il eût condamné la chair ?

ii^ 86. O homme! Dieu aurait-il fait l'homme et la femme, si l'homme, séparé de la femme, devait être plus parfait à ses yeux que lorsqu'il lui est uni par l'amour des sens et du cœur?

yl/ 87. Mais ce n'est point assez à ta folie de maudire la partie de la matière qui est ta chair : lu ne veux non plus du reste de la matière.

^ 88. Ton esprit visionnaire s'est fait dieu : que dis-je? il a cru se faire quelque chose de plus! il a voulu escalader les cieux et en chasser Jéhovah !

il^ 89. Car Jéhovah ne repousse point la matière qui est son œuvre comme l'esprit.

j)" 90. Car Jéhovah se complaît dans la matière comme dans l'esprit , parce que Jéhovah a regardé ses œuvres, et il a vu que tout ce qu'il a fait était bon.

S^ 91* Est-ce que le froment qui fait ton pain n'est pas de la matière , ô homme !

ili 92. Est-ce que les fleurs qui ornent tes jardins, les plantes qui font la fertilité de tes champs, les fruits savoureux qui pendent à tes arbres , ne sont pas de la matière ?

}l^ 93. Et tout cela, tu le maudis donc!

^ 94. Tu maudis djonc la main de la nature qui te comble de biens!

il^ 95. Et pourquoi tant de désintéressement en apparence, et en réalité tant de convoitise?

^ 96. Pourquoi ce cilice et ces cendres qui te couvrent la tête, quand ton insatiable cupidité ne peut être assouvie par l'empire du monde entier?

^ 97. C'est que, vois-tu, tu as été fait pour Dieu, et que tu ne peux être rassasié que quand tu es en lui.

ji^ 98. Tu ne dois donc, pour être sage, ni trop t'attacher à la terre , ni trop t'en détacher.

il^ 99. Tout ce que Dieu a fait doit te rattacher à Dieu.

îl^ 100. Tu ne dois donc rien dédaigner de ce qu'il a créé ; car tout cela est fait pour toi.

j^ loi. 11 te faut des biens matériels comme il te faut des jouissances de l'esprit.

^ I02. Quand tu veux être tout entier dans le ciel, tu tombes lourdement sur la terre.

5^ io3. Quand tu veux être tout entier à la terre ^ tu le brises sur la terre.

jr io4- Quand tu es trop à la matière, tu perds Tintelligence.

T^ io5. Quand lu os trop à l'esprit, ton corps s'épuise , la vie animale se perd en toi.

ji^ io6. Et les organes qui servaient à manifester ta pensée, qui étaient les serviteurs de ton intelligence, une fois altérés ou détruits , ta pensée de même et ton intelligence s'altèrent ou périssent.

i^ 107. Fouler dédaigneusement la matière, c'est donc repousser la mère nourricière de tous les hommes , la terre ;

i 108. C'est dédaigner ce qui soutient la vie que Dieu nous donne ; c'est se faire une existence de fictions et de chimères au lieu de la véritable vie dont Dieu nous fait vivre.

^ 109. Dites à l'humanité que la vie contemplative est la moit de la vie physique et de la véritable vie morale et intellectuelle de l'homme.

^ 1 10. Si la vie matérielle n'est rien, les habitants de la Phénicie, de Carthage et de Tyr, dont l'histoire nous vante les nombreux vaisseaux et la merveilleuse industrie, ne furent que de grands impies et d'illustres insensés qu'il faut ou maudire ou prendre en pitié.

jl^ III. Si la vie matérielle n'est rien, niallieiir. mille fois malheur à Lutèce, à Albion, dont Tindiistrie fait la grande puissance , la grande force, et niém«' une partie de la gloire.

jl^ lia. Ne laissez à l'homme que la vie spirituelle, et vous Fannihilez si bien, qu'il n'est rien plus pour ce monde .

^ II 3. Sa vie n'a rien plus que vous puissiez comprendre et qu'il puisse comprendre lui-mémf.

j^ 1 14. 11 n y a rien plus en lui pour la terre.

j^ 1 15. Vous ôtez à lartiste ses pinceaux , et vous n'avez plus ni Michel- Ange, ni Ilapliaël.

^ ii6. Vous dites anathème à Phidias, et vous brisez ses statues.

jr II «y. Le Parthénon n'est point à vos yeux une merveille, c'est un chef-d'œuvre d'iniquité.

i^ 1 18. Vous ne voulez ni de Saint-F*ierre de Rome ni des merveilles gothiques de Home catholique ; car tout cela sent trop la matière.

j|r 119. Vous ne confiez aucune semence a la terre et ne lui demandez aucun fruit.

y lao. Comme les Antoine, Irfs Hilarion et les Siméon Stylite, vous prenez avec dédain ce que la tf-rtu produit sans la culture et les bras de l'homme.

j^ 121. Ainsi, plus de société, plus de vie corn raune.

j^ laa. Je vois l'homme cherchant rl«!s racines et des herbes dans la forêt, sautant d'arhre t-u arbre, et venant dans la vallée se désaltérer k Teau du torrent.

— iii) --

i 123. Silence au ciel, silence à la terre! silence à 1 astre brillant du jour, silence à Tastre des nuits!

y ia4» Silence aux milliers de mondes qui sont dans l'espace! silence même au Dieu qui les créa!

^ 12 5. L'homme a détourné ses regards pour ne point voir ces merveilles.

W 126. Le Dieu qu'il adore, c'est le Dieu inconnu et que rien ne peut lui faire connaître; celui que tout proclame , il lui refuse ses adorations !

}lf 127. Ces prodiges qui sont sur sa tête, il s'efforce de ne pas les voir.

y 128. Il cherche dans sa folle imagination, dans sa raison malade , un Dieu qui n'existe pas , pour Tadorer.

t 1 29. Il se forge un ciel à sa guise , s'y marque ime place , et il ne songe nullement au Dieu qui Ta fait tout ce qu'il est , ni aux cieux qui roulent avec tant d'harmonie sur sa tête.

y i3o. Laissez-moi le Dieu qui m'est apparu dans mes rêves de la nuit, s'écrie-t-il !

y 1 3 1 . Ce n'est point celui que vous m'enseignez ; le vôtre ne me parle pas ainsi.

y i32. Je ne vois juste que lorsque je ne vois pas; je ne fais bien que lorsque mes facultés sont assoupies.

i' i33. Je ne puis me conduire que pendant mon sommeil.

^ 1 34. Pour moi , point de lucidité dans l'état de veille; mais clarté parfaite, lucidité entière quand

je ne veille pas, et que le monde matériel n'est plus pour moi qu'un songe.

^ i35. Se peut-il que l'homme descende à cet état de renversement?

f i36. Voilà pourtant où en est la science de l'homme! et voilà des maux que tous vos philosophes réunis ne peuvent guérir.

f 137. Et non-seulement ils sont impuissants aies guérir, mais c'est à peine s'ils savent s'en guérir euxmêmes !

ji^ i38. Et on les voit chanter le monastère et les merveilles de la cellule , qui étouffe la jeune fille sous les sombres verroux du cloître !

^ 139. Et le capuchon leur semble encore avoir quelque chose de poétique et de surhumain !

9^ i4o. Et ils jettent encore leurs femmes et leurs filles à des moines et à des prêtres du moyen âge !

ii^ i4i. Et le prestige est tel, qu'ils se ruent sans cesse dans leurs chaînes et qu'ils n'osent les briser!

^ j 42. Et ils ont des idées nouvelles, et ils se livrent à des pratiques barbares !

ji^ 1 43. Ils préconisent une abstinence contre nature, et ils se livrent en secret à toute la brutalité des appétits de la chair!

f 1 44- Ils ont des vierges qu'ils honorent comme des dieux, et ils sont impudiques, incontinents de l'impudicité même et de l'incontinence qu'ils proscrivent.

i 145. Hommes qui avez oublié le vrai Dieu et

sa véritable loi, quand donc reviendrez-voiis à la raison?

^ 146. Hommes qui voulez follement effacer la chair, quand donc ne vous obstinerez-vous plus à nier les exigences et les besoins de la chair?

ji^ 147. Quand n'y aura-t-il plus en vous deux hommes qui se détruisent; l'homme de la chair et l'homme de l'espril ?

^ 148. Quand donc l'homme de chair ne serat-il plus continent à l'excès ni incontinent outre mesure.

)i^ 1 49. Quand donc Thomme du secret , l'homme privé, nesera-t-il plus un homme entièrement différent de l'homme social , de l'homme public ?

9^ 1 5o. Cessez donc , si vous voulez être honnêtes et vrais , cessez de repousser la chair , de dédaigner la matière, car on sait que vous mentez impudemment.

}i^ i5i. Car on sait que vous aimez la chair, on sait que vous êtes, comme tout autre, attachés à la matière , et que vous ne vous faites tout spirituels que pour en imposer aux faibles d'esprit et de sens.

^ 1 52. Ne comprendrez-vous jamais que les impies qui veulent que vous anéantissiez votre chair , que vous renonciez à la matière , ne vous parlent ainsi que parce qu'ils veulent s'emparer de votre propre substance ?

j^ ï53.Ah! quelle expérience vous faudra- t-il donc pour que vous compreniez?

^ i54. Interrogez l'Ibérie, interrogez Lutèce, in-

— (i9 ^ terrogez Albion; demandez aux enfants du Gange, de rOhio; tous vous dironfqu'ils ont été dépouillés au profit de ceux-là mêmes qui leur ont prêché la destruction de la chair et le renoncement absolu à la matière.

3^ i55. Et puis la moitié de vous-mêmçs peutelle exister sans l'autre ?

ji^ i56. Pouvez-vous être esprit seulement sur la terre ? n'est-il pas de votre essence que vous ayez une double vie ?

}lf 157. Dépouillez, dépouillez donc ce qu'il y a du vieil homme en vous.

}l/ i58. Il faut tout vous refaire. Il n'y a rien en vous de vrai. Vous avez perverti l'œuvre du Créateur.

j[ 1 59. Vous étiez parfaits en sortant de ses mains; mais vous avez critiqué son œuvre d'abord , et avez voulu la refaire ensuite.

^ 160. Et le Tout-Puissant vous a frappés de vertige.

f 161. Et vous n'êtes plus dans votre état naturel , Dieu ne le veut pas : vous avez voulu renverser sa loi, sa loi vous a brisés.

}li 162. Pour trouver l'équilibre que vous avez

perdu,lebonheur qui vous fuit, il faut rentrer dans la nature.

ili i63. Tant que vous serez dans le mensonge. Dieu se retirera de vous; vous serez errants et vagabonds sur la terre.

9^ 164. L'esprit de Dieu ne sera point en vous. Vous suivrez les enseignements de Terreur.

y i65 Je ne vous dis pas des choses que vous ne puissiez pas faire ; je ne vous impose point des préceptes que vous ne puissiez pas accomplir.

j!^ i66. Ce que je vous enseigne, la nature vous le dit; ce que je vous prescris , la conscience et la raison vous le prescrivent de même.

^ 167. Pourquoi donc cette obstination à ne pas suivre la voie de la vérité qui brille pour vous de toutes parts?

^ 168. Pourquoi donc cette obstination à étouffer la chair dont il Êiut au contraire satisfaire hygiéniquement les goûts et les appétits

jf 1G9. Âhl si vous persistiez dans votre incroyable et stupide entêtement, je ne verrais plus pour vous dans l'avenir qu'opposition, qu'antagonisme, que luttes, que guerres interminables.

f 170. Si vous ne revenez à des idées plus saines et plus saintes, ne parlez plus d'hypocrisie, car l'hypocrisie est sainte.

)i^ 171. Ne parlez plus de désordre, car le désordre c'est vous qui le voulez, qui le protégez, qui le maintenez, qui le sanctifiez!

jî^ 172. Ne parlez plus de violence, de meurtre, car vous êtes vous-mêmes des hommes de violence et de meurtre,

ji^ 173. Car les infanticides viennent de vous; car celte jeune victime ne s'arrache à la vie matéricille que parce qu'elle sait que vous voulez lui arracher la vie morale.

y 17/1. Car le poison ne coule dans les veines de

ce jeune homme que parce que vous placez entre son cœur et le cœur de celle que Dieu et la nature lui donnaient pour moitié une barrière infranchissable.

il^ Ï75. Car c'est vous qui peuplez les bagnes de victimes marquées du sceau de l'infamie.

1^ 176- &ir c'est vous dont la volonté de fer a voulu broyer la nature dans cet infortuné, que vous avez ainsi poussé à outrager les saintes lois de la nature , et que maintenant vous attachez au gibet.

f 177. Car c'est la honte que vous avez attachée aux satisfactions légitimes de la chair, qui enfante chaque jour ces mille suicides qui viennent effrayer la terre.

il^ 178. Vous avez voulu être plus sages que votre Dieu, et votre Dieu vous a rendus le jouet de vos passions, de vos goûts dépravés.

^ 179. Vous n'avez pas voulu suivre les lois de la nature , vous vous êtes accoutumés à les violer.

^ 180. Il s'est opéré en vous un renversement d'idées, qui vous a jetés dans le chaos où vous êtes maintenant. Qui vous en tirera ? la chair et l'esprit replacés dans leur état naturel.

J^ 1 8 1 . Que la chair s'incarne à l'esprit , et que l'esprit soit avec la chair , et les temps seront accomplis.

y 182. Et le règne du désordre sera fini; et la violence ne sera plus sur la terre , et la justice et la paix s'embrasseront pour toujours.

î i83. Et l'homme, comprenant mieux la fin et la

valeur de riiomme son semblable, et se coiuprenant mieux lui-même, sera moins insouciant de la vie présente et de la vie future.

jî^ 184. Sa chair et la matière ayant repris à ses yeux leur véritable importance, il s'estimera mieux ce qu'il vaut lui-même et ce que valent ses frères.

y i85. Il vivra du bonheur de tous et tous vivront de son bonheur ; sa joie sera la joie commune; les jouissances sociales, ses jouissances; les intérêts de tous, ses intérêts à lui, et ses propres intérêts, les intérêts de tous.

f 186. Tout se tiendra dans le monde physique comme dans le monde moral.

w 187. Une sera pas vrai que le pauvre ne soit pas pétri du même limon que le riche.

ji^ 188. Il ne sera pas vrai que le faible n'ait pas la même valeur que le puissant et le fort.

jl^ 189. 11 y aura toujours, sans doute, différence de dons, de vocation, de richesses, de puissance; mais il n'y aura nulle différence de nature.

^ 190. L'homme ne cessera jamais d'être l'homme, ayant Dieu pour père et les hommes pour frères.

i' 191. Et ce pouvoir despotique que l'esprit, séparé de la chair, a fait usurper à quelques hommes sur leurs frères, tombera.

^ 192. Et l'houime , ne regardant plus Tliomme comme son domaine , ne sera plus en guerre perpétuelle avec l'homme.

J 193. Et cela sera ainsi, parce que la chair et la matière seront respectées comme IVsprit et j)ar Tes-

prit, ei ([lie Tesprit ne sera poiiil ()|)primé par la cluiir.

}l/ 19/1. Et la ruse ne dira plus à la candeur et à la simplicité : Lame ce que tu possèdes, donne-le-moi, ci lu iras au ciel,

^ 195. Nul ne sera dé|)()uiUé; nul ne dépouillera. Tous prendront à la terre que Dieu a donnée à tous.

i 19G. Et comme la chair et la matière aiu'ont été glorifiées, tous tiendront à honneur de cultiver la chair et la matière.

il^ 197. Et il ne sera plus déshonorant pour personne de fouiller la terre, de chercher dans ses entrailles les trésors que Dieu y a cachés , et de s'en servir.

}l/ 198. Et le travail, et les arts, et la culture, et les sciences seront du devoir et du domaine de tous.

^ 199. Et il sera beau de remuer la terre et de lui confier la semence qui produit la substance qui nourrit riiomme.

i '200. Et il sera beau de |)arcourir les vastes mers et d'apporter à des continents inconnus ou connus ce que Dieu ne leur a pas donné , (,^t d'en rapporter ce que ne possèdent |)as ceux qu'on habite.

J'aoï.Etil sera beau d'explorer les cieux , de découvrir de nouveaux soleils, des milliers de mondes, et de donner ainsi de Dieu des idées toujours de |)lus en plus sublimes par l'innnensité de ses a*uvr(*s.

V My-A. El le Dieu de l'humanité ne sera |)lus le Dieu rapetissé, ridicuh», mes(]uin, colère, capri-

cieiix du juif, du paien , du vieux catholicisme.

}^ 2o3. Et Dieu étant ce qu'il est, la justice, la bonté, la sagesse, la puissance, la miséricorde, l'homme qui le connaîtra participera de sa justice, de sa bonté , de sa sagesse, de sa puissance, de sa miséricorde.

y Qto4. Dieu étant la vérité, l'homme ne sera plus hypocrite et faux comme il l'est.

)^ î2o5. Car il ne sera plus de son intérêt d'être fourbe et menteur.

}l/ î2o6. JjSl chair étant glorifiée en Dieu , la matière rehabilitée en Dieu, l'homme ne se fera plus une gloriole de fouler aux pieds la chair et la matière.

^ 207. Partout ce qui est bon sera bon; ce qui est utile, utile; ce qui est vrai, vrai; ce qui est grand sera grand.

ji^ 208. Partout ce qui est mauvais sera mauvais; ce qui est inutile sera inutile; ce qui est petit sera petit; ce qui est pernicieux sera réputé pernicieux.

$1 209. L'or et le préjugé ne pourront donner de la valeur à ce qui n'en aura pas, du crédit et de l'honneur à quiconque n'aura ni honneur ni crédit.

j 110. Sectateurs de Brama, de Rome, du prophète de la Mecque , ou du moine du Wurtemberg , voilà votre loi, quant à la chair et à la matière.

J^ ai I . Cette loi, vous la glorifiez tous en secret; cessez donc de rougir de cette loi , sinon vous périrez tous; car l'hypocrisie et le mensonge vont finir.

CHAPITRK IV.

RÉlïABILlTATIOrf DE l'eSPRIT.

^ I. Ceux mêmes qui affectenl le plus de rougir de la chair et de ses œuvres sacrifient en secret à lu chair plus que ne le permet la loi hygiénique que Dieu leur a donnée pour maintenir la chair.

j!^ 2. Voyez ces modernes pharisiens qui proscrivent d'une manière si impitoyable les appétits charnels, ces moines et ces vierges lolles qui mettent toute leur vertu, toute leur sainteté à étouffer leurs passions de la chair , ne font-ils pas frémir la nature en violant chaque jour ses lois les plus saintes?

Jll 3. Ah I je les vois renfermés dans leurs cellules, luttant nuit et jour contre ce corps qui vient pourtant de Dieu comme tout le reste.

^ 4« J^ l^s vois s'insurgeant contre Dieu et contre son œuvre; rougissant de servir la nature, et polluant par des usages impies Touvrage saint du Créateur.

}^ 5. Ils croient ainsi rehausser leur dignité d'hommes; ils se figurent qu'ainsi ils seront plus aimés do Dieu et plus considérés des hommes.

X 6. Mais Dieu maiiclirait-il donc la moitié de ce qu'il m'a donné?

y 7. Mais Dieu se repentirait-il donc de m'avoir fait chair?

i^ 8. Ahl ceux d'entre vos frères que peuvent éblouir vos privations de cloître ne connaissent pas le vrai Dieu et ne se connaissent point eux-mêmes.

y 9. Ceux qui chantent vos vertus parce que vous extéijuez votre corps ne savent peut-être pas que vous vous trompez vous-mêmes en déchirant votre corps, et que votre chair, que vous déchirez ainsi, se venge horriblement de vous en vous portant à des crimes qui vous déshonorent et vous avilissent aux yeux de Dieu comme aux yeux des hommes.

i^ 10. L'esprit que Dieu vous avait donné, vous i avez méconnu.

^ 1 1 . Il devait vous diriger dans la vie. Il était une étincelle de l'esprit de Dieu, un rayon de cette divine lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde.

ii^ 12. Vous l'avez repoussé. L'orgueil vous a fait vous élever contre celte divine lumière.

jî^ i3. Vous avez dit : Je suis assez sage pour me diriger sans guide. Arrière donc les brassières et les entraves du maître !

^ 14. Gourons seul dans la vie. Si je fais quelques chutes, eh bien! elles ne seront pas mortelles peutêtre ; je me relèverai.

y i5. Et, profitant de l'expérience, je serai plus circonspect aj)rès.

J' i6. Oh! il ne devait pas en être ainsi; on ne se rit pas impunément de Dieu!

ii' 1 7. Vo§ chutes devaient être lourdes, fréquentes et mortelles.

J^ 18. On ne rentre pas dans la nature lorsqu'on en est sorti. Dieu ne peut pardonner un tel crime sans une expiation de toute la vie présente.

ji^ 19. Et qui sait les jugements de Dieu? qui sait si là seulement doit se borner la peine de votre sacrilège audace?

^ 20. Il faut bien que Dieu ait permis que votre «iveuglement devînt inguérissable.

^21. Car vous avez la lumière sous les yeux , et vous ne pouvez la recevoir.

^ 22. Votre esprit même, quelque dérangé qu'il soit , rend hommage à la vérité quelquefois.

y 2 3. Vous avez des moments lucides ; mais il ne vous est pas permis de sortir entièrement de votre état déplorable ; vous revenez sans cesse à vos premiers vomissements.

^ 24. Vous êtes^dans un dédale inextricable. Toute votre vie est une énigme que vous êtes loin de pouvoir comprendre.

ii^ 25. Vous êtes tout à la fois le contempteur de la chair et l'apologiste de l'esprit , et l'apologiste de la chair et le contempteur de l'esprit.

^ 26. Que voulez-vous que le monde apprenne à votre école? n'êtes-vous pas sans cesse dans le faux , dans le ridicule, dans l'absurde?

y/ 1']. Mystique et spiritualiste , vous voulez netre que mystique et spiritualiste.

i^ 28. Dans vos écoles publiques, au forum, dans vos temples, dans la famille, vous condamnez, avec une incroyable folie , si vous êtes fanatique, et avec tout )e cynisme d'une insolente hypocrisie, si vous êtes éclairé, des actes que vous commettez vousmême comme le reste des hommes, et que nul ne peut ne pas commettre sous peine de souiller la nature en s'exposant à violer ses saintes lois.

y 29. Serait-ce ainsi que vous prétendriez réhabiliter l'esprit en vous.

^ 3o. Mais, encore une fois. Dieu ne vous a point donné la moitié de vous-même pour détruire l'autre.

ji^ 3i. Sans doute, la partie immatérielle de nousniêmc est la plus noble.

^ 3a. Sans doute, l'esprit doit diriger le corps comme la boussole le navire sur les vastes mers.

i' 33. Mais si vous détruisez le navire, à quoi vous servira la boussole?

y 3/i. Apprenez donc à glorifier l'esprit comme il convient.

i 3:k Ne tombez point dans les excès qui tuent; suivez la voie modérée qui conduit à la vie.

y 3G. Prenez garde toutefois de vous tromper encore en cherchant la voie modérée.

^ 'i'j. Car cette voie n'est pas une voie de faiblesse et d'indécision, telle que la voie mondaine.

î' 38. Ce n'est pas cette voie entre le bien et le

— 7^ — mal , entre la vérité et l'erreur , que suivent vos prétendus sages.

^' 39. Vous prenez les rêves de votre imagination pour des réalités, et les réalités des choses, vous vous y arrêtez à peine.

y 4o. Voilà ce en quoi votre esprit ne vous sert de rien. Vous ne voulez pas que la paix règne en votre être.

^ l[i. Vous tenez à gloire qu'il y ait toujours opposition en vous-même.

^ ^1. Vous prétendez qu'on vous prenne pour un homme élevé bien au-dessus des besoins matériels; vous voudriez presque qu'on crût que vous êtes pétri d'un autre limon que vos frères.

y 43. C'est à peine si, au dix-neuvième siècle, vous ne vous extasiez plus en entendant les histoires édifiantes de ces saints qui vivaient des vingt années sans prendre de nourriture.

^ 44- Et si vous n'osez plus croire à ces saints mensonges, vous ne rougissez pas qu'on les apprenne à vos enfants et qu'on les leur fasse croire.

y 45. L'esprit par lequel vous vous dirigez est tellement l'esprit de ténèbres et de contradiction, que vous voulez que ce qui, en matière de foi ou de conduite, est indifférent ou même mauvais pour vous, soit bon et indispensable pour vos enfants.

^ 46. Il faut pourtant , pour suivre l'esprit de Dieu, le véritable esprit, sortir de cet état de désorganisation qui fait la confusion sociale que vous déplorez depuis si longtemps.

j^ 47- Écoutez l'esprit de Dieu quand il vous inspire les plaintes que vous exprimez avec tant d'amertume sur la théorie et la pratique sociale.

f 48. Vous critiquez sans cesse ce qui est; est-ce assez? non. Dieu et son esprit vous disent de mettre la main à l'œuvre.

^ 49* Ce ïï'est point par des paroles seulement et quelques théories obscures que vous parviendrez à faire connaître à l'homme sa dignité.

ji^ 5o. Si vous voulez qu'on se corrige , corrigezvous vous-même.

^ 5 1 . A.vant de travailler à réhabiliter l'esprit d'autrui , voyez si le vôtre n'est pas malade , et quand vous vous serez bien redressé, permis à vous de redresser les autres.

^ Sa. Vous pourrez dire : Les préjugés que j'attaque , je ne les ai pas ; les ridiculités dont je me ris ne sont pas des ridiculités dont je sois atteint.

f 53. Je fais la guerre aux superstitions , et je ne suis point superstitieux; je poursuis les faux dieux, et je n'adore point les madones.

}l[ 54. Et parce que vous n'avez pas su prendre un parti ; parce que vous avez négligé votre esprit; parce que vous n'avez point su vous élever aux sublimes inspirations que votre Dieu vous a données maintes et maintes fois, vous êtes devenu l'instrument déplorable des passions de vos ennemis et le jouet de votre convoitise.

f 55. Vous êtes tous dans l'agitation ; à vous voir, il semble que de grands événements se préparent qui

vont changer le vi(uix monde et ])rodiiire un monde nouveau.

y 56. Vousseniblez croire vous-mêmes à ce miracle de transformation ; vous semblez être dans l'attente d'un tel enfantement.

y 57. Et cependant rien n'apparaît que quelques étincelles qui brillent comme ces feux follets de la nuit sans laisser de traces.

X 58. Vous vous usez en vaines paroles, en tentatives inutiles. Vous vous essoufflez en entrant dans la lice, si toutefois on peut dire que vous y entriez vraiment , et vous vous arrêtez comme des soldats qui manquent ou de courage ou d'intelligence.

yl/ 59. Et si le grand nombre d'entre vous se redresse bruyamment parfois, si on les voit s'avancer quelque temps avec audace, que veulent-ils?

^ 60. Est-ce pour rendre à l'homme sa dignité qu'ils s'élancent avec ardeur dans la carrière?

S' 61. Est-ce même pour reprendre leur propre dignité? qui pourrait le dire?

^ 62. Ne les a-t-on pas vus mille fois courir à la rapine, et ne chercher la victoire que pour dépouiller les vaincus ?

y 63. Qui pourrait le dire, quand on voit ces ennemis de Dieu et des hommes brûler ce qu'ils ont adoré, et adorer ce qu'ils avaient brûlé?

il^ 64. Je vous entends dire que vos mouvements sociaux , vos révolutions , ne produisent jamais ce que vous en attendez.

j)^ 65. Eh! vous récoltez ce que vous avez semé.

w 66. Que peut produire de bon, je vous prie, lesprit qui vous anime?

y/ 67. Est-ce l'émancipation sociale? mais des esclaves peuvent-ils arriver à autre chose qu'à l'esclavage?

'jl/ 68. Avez-vous donc dans lesprit quelque dignité, quelque grandeur^ pour prétendre à briser vos chaînes?

yli 69. Ajez-vous bien l'esprit de l'état auquel vous aspirez?

. jl/ 70. L'esprit qui vous anime est-il autre chose qu'un esprit confus, incertain^ flottant?

)!^ 7 1. Avez-vous une foi, une doctrine?

^ 72. Si vous avez une foi, une doctrine, que sont-elles autre chose que la foi de vo^propres intérêts, que le désir que vous avez d'arriver à la fortune sur les ruines d'autrui?

i^ 73. Vous n'avez point l'esprit d'ordre social ; votre esprit rampe à terre. Il ne peut s'élever à une idée d'avenir humanitaire.

ji^ 74. Vous êtes tout entiers de boue et de matière; il n'y a rien en vous de celui qui vous a faits. Vous vous levez im peu de terre; mais c'est pour retomber bientôt. Vous ne restez debout qu'un instant.

i 75. Vos édifices s'écroulent les uns sur les autres avec d'horribles fracas.

j!^ 76. Dieu a bien dit que l'ordre se fasse ; mais l'ordre ne s'est point encore fait.

j^ 77. Vous avez méconnu sa voix , et il a permis ,

— 83 rpour vous punir, que vous vous dévorassiez les uns les autres.

ii^ 78. Et cet état subsistera tant que vous ne serez point revenus à résipiscence-

^ 79. Quoi que vous fassiez pour résister à sa vo- Ion té, vous devez subir l'ordre providentiel ; Dieu ne doit pas avoir parlé en vain.

j!^ 80. Sa parole porte toujours ; sa voix doit toujours être entendue, et il £siutque rhumanité marche et se perfectionne sans cesse j car Dieu la pousse sans cesse à la perfection et au bonheur.

5^ 8 1 . L'esprit vous dit que vous avez tout sous la main poiir être heureux. Usez donc de ce que Dieu vous a donné.

3^82. Mais-fechez en user avec discernement. Ne prenez ni trop, ni pas assez.

y 83. N'imitez point ces animaux féroces et stupides qui s'arrachent en se dévorant la nourriture qui pouvait suffire à tous.

^ 84. Or, jugez-vous, je vous prie, et dites-moi si, avec des mœurs telles que les vôtres, avec un matérialisme tel que le vôtre, on est autre ch se qu'un être de boue.

^ 85. Je sais quels prçgrès vous avez faits dans les sciences, quels secrets de la nature vous avez trouvés, quelles régions vous avez découvertes; mais prenez garde : tout cela, vous pouvez le perdre si vous sacrifiez trop l'esprit à la matière.

ii^ SjS. Je suis , dit le Seigneur, le Dieu qui donne la victoire et le Dieu qui l'ôte-

V 87. Celui que je garde ne pent ptîrir; celui que j'éclaire ne peut marcher dans les ténèbres.

^ 88. Mais celui que je n'éclaire pas ne peut avoir la véritable lumière; celui que je ne garde pas ne peut manquer de périr.

^ 89. Moi seul dispose et ordonne toutes choses, er rien ne se soutient sans moi.

i 90. 11 n'est pas de prospérité sans Dieu. La vie de l'homme n'est qu'un chaos indébrouillable sans moi,

î^ 91. Moi seul donne des enseignements utiles h l'humanité. Quiconque n'enseigne pas par mon esprit, ne mérite point créance.

^ 9a. L'homme qui n'a pas mon esprit n'a qu'un esprit d'égoïsme et de vanité.

^ 93. On ne travaille pour tous, dans l'intérêt de tous, qu'autant qu'on travaille en moi et par moi.

^ 94* Comment seriez-vous bons sans moi , honnêtes et probes sans moi, puisque je suis la bonté, la justice par excellence?

jr 95. Vous êtes bien tombés, bien avilis, bien -déchus , dit le Seigneur. Qui vous a déprimés à ce point? Vous-mêmes, mes enfants.

^ 96. Vous avez voulu uiarcher seuls, et bientôt votre route s'est trouvée remplie de ronces et d'épines. Le cœur vous a manqué. Vous avez rétrogradé au point de départ.

y 97. Mais, comme vous étiez sortis de votre premier état, comme il vous était venu de nouvelles idées, de nouveaux besoins, et avant et pendant la

route 9 revenus au point de départ^ vous vous élfs trouvés dans un état de souffrance et de géae mh supportable.

S^ 98. La vie vous est devenue presque impossible; vous vous êtes dit : Brisons nos chaînes.

J' 99. Mais pour sortir de la. servitude , il vous fallait du courage, de la force, de la persévérance.

5^ 100. Pour briser vos chaînes, il vous fallait le bras de Dieu, et ce bras devait vouo manquer, car vous l'aviez dédaigné une fois en vous donnant à de faux dieux, ou même en chassant loin de vous toute idée d'une puissance divine quelconque.

y loi. Or, il est arrivé que vous vous êtes confiés au bras de l'homme. Vous avez dit à l'un ou à quelques-uns de vos frères : Prenez la puissance et sauvez -nous, car nous allons péi ir.

i^ 102. Et ceux à qui vous vous êtes ainsi livrés, sans discernement comme vous, n'ont pas compris ce qu'il y avait à faire pour vous sauver.

j^ io3. Ils ont manœuvré sans but bien arrêté au milieu des vents et des tempêtes , et n'ont pu vous conduire au port.

5^ 104. Je vous vois sans cesse ballottés au milieu des vagues, n'arrivant jamais au calme, quoi que vous fassiez, si ce n'est pourtant à un calme plus effrayant que la tempête même.

5^ io5. C'est que nul d'enti^e vous n'a l'esprit qui conduit à la vie. Si vous l'aviez, cet esprit, vous ne craindriez plus les orages.

^ io6. Vous ne savez pas vous élever au-dessus de rhomme , au-dessus de vous-mêmes.

5^ 107. Vous avez bien-quelque velléité de sortir de l'ornière , de quitter la plaine, la vallée ; mais c'est à peine si vous arrivez jusqu'à la colline.

f 108. Votre esprit ne s'élevant point jusqu'à votre Dieu, de qui pourtant vient tout esprit, se confie au génie de Thomme qu'il prend pour son unique sauveur.

j!^ 109. Et de là ces mille et mille déceptions qui vous découragent et vous font prendre en haine l'humanité.

ji^ 1 10. Si vous aviez confiance en Dieu, vous ne touiberiez point dans le découragement et le désespoir.

i III. Croyez-le, voire état ne saurait s'améliorer tant que l'esprit de Dieu ne vous sera pas revenu.

y 1 12. Qu'importe que vous conquériez le monde matériel, si vous ne vous domptez vous-mêmes?

i^ !i3. Qu'importe que vous connaissiez la terre, les cieux et les mille mondes qui gravirent sur vos têtes et dans l'immensité?

j!^ 1 14. Il vous faut arriver à la connaissance de celui par qui se meuvent tous ces mondes , et par qui vous avez vous-mêmes le mouvement.

)^ 1 15. Sinon, je vous le dis en vérité, toutes vos richesses matérielles ne feront que multiplier, pour vous , les tracasseries de la vie présente, et vous rendre plus effrayant le passage à la vie future.

}li 1 16. Puis, si vous avez l'esprit de Dieu , si vous

ne repoussez point les inspirations qui vous viennent d'en haut, tout s'organisera dans votre société.

y 1 17. 11 régnera sur la terre une paix profonde , car tous vous aurez l'esprit d'ordre.

}li 118. Cet esprit, vous croyez l'avoir, je le sais; mais l'avez-vous vraiment ?

)i^ 119. Cet esprit, vous ne le soupçonnez même pas. Vous qui commandez et vous qui obéissez, tout cela, dites-vous, vous le faites par amour de l'ordre.

y 120. Et vous faites bien , les uns de commander, et les autres d'obéir. C'est là en effet toute la vie sociale.

ji^ 1 2 1 . Mais en étes-vous bien organisés pour cela ? à quoi aboutissent ce que vous appelez le commandement et l'obéissance?

i!^ 122. N'est-ce pas parce qu'il en est parmi vous qui commandent et d'autres qui obéissent, que le commandement et l'obéissance vous sont devenus insupportables à tous?

5^ 123. N'est-ce pas là le motif ou le prétexte de toutes vos révolutions?

î^ 124. N'est-ce pas pour cela que vous vous égorgez les uns les autres ?

)^ 12 5. N'est-ce pas pour cela que je vois vos cités, vos bourgades incendiées, vos campagnes ravagées ?

jl/ 126. N'est-ce pas pour cela que je vous vois armés nations contre nations, peuples contre peuples ?

)!^ 127. N'est-ce pas pour cela que vous vous décimez sans cesse; que vous enviez ce que possédé

votre voisin, que le frère tue le frère, le fils le père, que l'épouse arrache la vie à son époux ?

^ 128. Cependant vous sentez qu'il ne peut pas ne point y avoir de hiérarchie sociale. Vous sentez que tous ne sont pas propres aux mêmes offices.

J^ 1 29. Vous savez qu'il y a diversité de dons , qu'il ne doit y avoir parmi les hommes qu'une égalité de justice, et que cette égahté ne peut exister ni quant à la force et à la puissance physique, ni quant à la puissance intellectuelle et morale.

^ 1 3o. D'où vient donc que vous êtes tout à la fois si impatients de tout frein et si esclaves?

S^ 1 3 1 . Comment se fait-il que vous soyez si tiers , si hautains parfois , et si humbles , si misérables , si courbés , si ser viles et si lâches?

i iSa. Ah I c'est que vous dépensez vos forces à des riens ; c'est parce que vous vous usez à des chimères , et que vous êtes épuisés quand il faudrait combattre pour de grandes choses.

y i33. Ou bien encore, c'est que vous combattez sans conscience, parce que vous n'êtes que des intrigants et des hommes de mauvaise foi, qui voulez renverser d'autres intrigants dont la fortime vous gêne et vous fait envie.

i 134. Et quand vous avez le champ de bataille^ vous prenez ce que vous convoitiez , et tout est fini.

i 1 35. Mais c'est \k votre immense erreur; c'est là votre folie.

i^ 1 36. Non , tout n'est pas fini; car la fraude amène la fraude, Tîniquité produit l'iniquité.

V iSy. Le scandale que vous avez donné retombe sur vous. Vous entendez d'effrayants murmures autour de vous. Vous tremblez pour ce que vous possédez et ce que vous a livré la victoire.

f i38. Déjà on parle de vous dépouiller à votre tour; on conspire de toutes parts et contre vos biens et contre vos personnes.

Hi i3g. Or, comme vous ne vivez que de matière, comme vous êtes au jour le jour, comme la vie n'a rien pour vous au-delà de la vie , vous frémissez , et êtes presque vaincus avant de combattre.

y i4o. C'est en vain, hommes de boue, que vous vous réfugiez dans ce que vous appelez le destin ; vous mourrez de peur et de lâcheté.

t i4i. Et vous êtes disposés d'avance à faire tout ce qu'exigera de vous voire ennemi, si vous êtes battus.

^ 14^. Si c'était l'esprit qui vous dirigeât , et non la matière; si vous étiez quelque chose de plus que la brute , vous feriez bonne contenance à l'adversité.

y/ i43. Mais c'est ici que perce votre mauvaise foi.

y i44- Vous n'aviez pas voulu renverser l'iniquité; ou, si vous aviez voulu la détruire , vous n'aviez prétendu l'immoler que dans un homme ou dans quelques hommes.

y 14^^. Vous vous étiez proposé de suivre les mêmes errements que vous attaquiez dans vos frères.

V i46. Ces sentiments de grandeur, de désintéres-

— 90 ~ sèment que vous affichiez partout n'étaient qu'une fausse monnaie dont vous payiez les simples qui combattaient sous vous.

y 147. Bientôt votre hypocrisie s'est démasquée. Bientôt vous vous êtes joués de tous vos engagements avec un cynisme qui a fait connaître à tous la profondeur de votre corruption.

^ 148. Et, jugeant tous les hommes que vous aviez ainsijoués aussi cupides que vous, aussi amants de la matière que vous , et aussi peu capables que vous de vaincre la matière par l'esprit ;

ji^ 149. Vous vous êtes dit : Nous mépriserons les vaines clameurs de tous ceux qui vont nous honnir; car nous savons qu'ils ne méritent pas qu'on les écoute.

^ i5o. Ils sont trompés, et ont mérité de l'être; car ils sont trompeurs comme nous le sommes nousmêmes.

5^ i5i. Car, comme nous, ils affectent des vertus qu'ils n'ont pas;

)l/ iSa. Car leur probité n'est pas plus sévère que la nôtre; car nous savons comment on les ébranle.

jli i53. Oui, on lésait : votre Dieu, c'est la terre; votre dernière espérance, c'est la terre, vous qui n'avez pas l'e^iprit.

^ 154. Et que faut-il donc pour vous vaincre? de la force, du courage , des armées? Non, rien de tout (M'L'i : (je la terre, encore, de la terre, toujours de la Irrri*.

y/ i55. Qu'où vous en donne donc, et vous serez à celui qui vous en donnera le plus.

^ i56. Voilà donc voire vertu, hommes de la matière.

jl^ 157. Puis vous vous étonnez que tout chancelle autour de vous, qu'il n'y ait rien de stable dans votre vie de boue.

j!^ i58. Puis vous criez au désordre, àTanarchie: mais qui a fait tout cela? vous-mêmes.

i!^ ï5g. Vous n'attaquez le désordre que pour rétablir le désordre; l'iniquité, que pour maintenir l'iniquité.

)li 160. Vous n'êtes si acharnés les uns contre les autres que parce que vous vous jalousez les uns les autres. .

^ 161. Tout se réduit pour vous à vous dépouiller mutuellement. Aujourd'hui c'eet vous qui êtes victimes; demain vous aurez la fortune de celui qui vient de prendre la vôtre.

J 162. Vous n'avez aucune intelligence de la vie sociale. Vous n'avez que l'écorce de l'esprit; la matière domine en vous; vous êtes entièrement sous sa fatale influence, et vous ne connaissez encore que le règne du glaive.

}^ iG3. 11 est cependant écrit que quiconque frappe par iéph périra par l'épée,

X 164. lit il y a des siècles que vous périssez ainsi. Il y a des siècles que le plus fort tue le plus faible et dévore sa sul)slahc(\

i i65. 11 y a des siècles que tous, sur cette terre, sont dans les angoisses et la terreur.

i 166. Il y a des siècles que les rois , les puissants et les riches sont en suspicion toujours, et en horreur souvent au reste de la société.

y 167. Il y a des siècles que cela dure ; vous le savez, et vous n'avez pas l'esprit d'en connaître la cause.

y 1 68. Écoutez donc ce que vous dit l'esprit : vos maîtres ne sont injustes que parce que vous pratiquez vous-mêmes l'iniquité.

y 169. Faibles, vous souffrez parce que vous n'avez pas l'intelligence de la vie, parce que vous ne comprenez pas l'ordre tel que Dieu l'a fait pour tous.

y 170. Au lieu de ces violences auxquelles vous vous livrez quelquefois et par lesquelles vous voulez obtenir de force ce qui vous manque, et ce que, comme enfants de Dieu, vous avez droit d'obtenir en portant le poids du jour , montrez une force d'inertie digne des enfants de Dieu.

^ 171. Et vos frères qui sont puissants et qui possèdent , n'auront plus de défiance et ne craindront plus de venir apaiser vos cris de douleur.

^ 172. Vous êtes des hommes nouveaux par la science; soyez des hommes nouveaux par l'esprit.

Jl^ 173. Vous condamnez le glaive et la force brutale par vos idées; ayez donc le courage de les proscrire par le fait.

y 1 7/4. Cessez d'allier vos habitudes , vos moeurs anciennes, à vos nouvelles doctrines.

' X 175. Qu'il y ait franchement divorce entre Tantien monde et le nouveau, entre l'esprit de lumières et Béelzébut.

3^ 176. Ceux là seuls montent sur le Thabor qui sont montés sur le Golgotha , et s'y sont purifiés en dépouillant le vieil homme.

^ 1 77. Vous hésitez sans cesse entre le vieux et le nouveau monde^

j^ 178. Que signifient ces hésitations? prenez garde; vous vous perdrez avec ces tâtonnements.

■'■ il^ 179. Pour avoir trop attendu, vous arriverez au bout de la carrière sans avoir rien résolu.

j^ 180. Si vous ne mourez dans Timpénitence finale, comme la plupart de ceux qui persistent franchement jusqu'à la fin dans l'esprit de mensonge, vous n'en périrez pas moins, victimes de vos tâtonnements insensés.

^ 1 81. Et vous verrez la génération se rire de vous au bord de la tombe ;

J^ 182. Et lorsque la mort vous enveloppera déjà de son crêpe funèbre, vous entendrez vos neveux murmurer des paroles irrévérencieuses contre vous.

5^ i83. Et votre fin ne sera pas la mort du juste; parce que vous n'aurez rien fait pour l'avenir, rien pour la vertu.

^ 184. Vous aviez été indifférents durant votre vie; on vous verra froidement entrer dans la tombe.

^ i85. Quels regrets pourriez-vous laisser au monde, vous qui n'avez jamais rien fait pour personne?

X' i8G. Où sont vos titres à la reconnaissance pu» blique ?

^ 187. Quel aveugle avez-vous éclairé? quel boiteux avez-vous fait marcher? quel indigent avez-vous secouru? quel malade avez-vous guéri?

ji^ j88. Avez-vous considéré la vie comme vous ayant été donnée pour en partager Tusage avec vos frères?

f 189. N'avez- vous pas vécu uniquement pour vous? La matière, le temps présent, les jouissances matérielles et égoïstes de la chair, ne vous ontelles pas constamment obscurci l'esprit et dépravé le cœur ?

ji^ 190. Que pouvez-vous donc offrir à Dieu et à la société qui puisse montrer que vous n'avez pas été dans ce monde un membre parasite de la grande famille humaine?

)^ 191. Vous n'avez pas su connaître le véritable bonheur, les vraies jouissances de la vie.

i' 192. Vous avez négligé la plus belle partie de vous-même , l'esprit ; et Dieu qui vous l'avait donné, vous a punis du mépris que vous en avez fait.

i 193. Votre vie, toute matérielle ,comme celle de la brute , ne vous a pas même procuré les jouissances de la brute.

jl^ 194 L'animal le plus immonde mange, dort et n'a pas ces inquiétudes de l'avenir, ces remords du passé, qui ont empoisonné toute votre existence.

^ 195. Si vous aviez rempli la double condition de votre existence, si vous n'aviez donné rt>ut à la ma-

tière au détriment de lesprit, ahl maintenant que vous êtes arrivés au déclin de la vie, votre existence ne serait pas pour vous un fardeau insupportable.

j!^ 196. 11 vous resterait encore les jouissances de lesprit*

jl/ iQ'j. Dieu vous récompenserait dès ici-bas de vos vertus en vous établissant en quelque sorte les dispensateurs de sa justice.

^ 198. Mais vous avez coniplétement négligé de cultiver votre esprit; vous ne vous êtes occupés que de la matière, et aujourd'hui celte terre, c'est en vain que vous vous y cramponnez ; elle vous échappe.

i 19g. Vos bras débiles ne peuvent plus la tenir, vous allez passer à l'éternité.

5^ !200. Et cette immensité qui se présente à vous, cette nuit des temps, ce chaos, qui vont vous engloutir, vous font frémir d'horreur.

ji^ 201. Usés par les excès de la chair, vous cherchez vainement à rallumer ces passions grossières qiii ont été si longtemps vos uniqut^s dieux.

^ 202. Vous n'êtes plus que des cadavres qui tombent en dissolution.

5^ 2o3. Vous êtes impuissants à trouver un allégement à votre état de désespoir.

f 204. Le seul moyen qui vous reste, les consolations du cœur, lis jouissances de Tâme, vous n'êtes pas même capables de le soupçonner.

^ 2o5. Vous aviez la parole puissante d'un Mirabeau , et, comme lui, l'orgie ne vous suffit pas p • vous étourdir à vos derniers moments, il faut c

— ÎH) —

poison vous délivre d'une vie que votre lâcheté vous rend désormais insupportable.

y 2oG. Ce devrait donc être Ik toute la science liu- ; maine : réhabiliter lu chair, la matière et Tesprit.

yli 207. Jamais la machine sociale ne niiarchera tant qu'on s'obstinera à lui faire tenir une route qui n'est ]>as celle de la nature.

5^ 208. Qu'on multiplie tant qu'on voudra les rt* lations socialesj qu'on trace partout des routes de communication entre les peuples; si la chair, la matière, demeurent inconciliables avec l'esprit, on n'en aura * pas moins la misère , le désespoir pour le grand nom-

F bre, et l'abondance et la fortune pour le très-petit

k nombre.

^ 209. Le désordre enfantera toujours le désordîe ; la violence, la violence, la confusion la confusion.

ji^ aïo. Ne croyez pas que vous arriverez au règne de la justice parce que vous serez arrivé à l'apogée de la science humaine. La science de l'iiomme, quand elle n'a pas la science divine pour compagne, ne peut conduire qu'à la mort.

i^ 2 1 1 . Car la science humaine n'a point fait la vie et -ne connaît point les routes qui conduisent à la vie.

i^ 212. Car la science humaine n'est qu une dérivation de la science divine, et cesse deire vraiment la science quand elle perd la source d'où elle vient.

J^ 2i3. Si vous pouvez vous suffire par la matière, hommes qui négligez l'esprit, d'où vient donc que

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vous ne trouvez pas dans votre chair et dans la matière de qnoi vous satisfaire?

i^ a 1 4- Et si vous qui foulez la matière, pouvez-vous suffire par l'esprit, pourquoi donc êtes-vous toujours si matériels et si charnels?

^ 2i5. 11 faut pourtant résoudre cette double et importante question, hommes du jour, sous peine de devenir bientôt la proie de la sauvagerie.

5^ 21 6. Oui, il faut que cette lutte que votre hypocrisie entretient entre l'esprit et la matière, et que l'intrigue , la bassesse et la cupidité exploitent si bien à leur profit , cesse à tout jamais , sinon votre société vile et corrompue, comme celle d'Auguste, sera dévorée comme elle par la barbarie.

^ 217. Choisissez donc entre le chaos du moyen âge et l'avenir de bonheur que vous donnera le règne de Dieu et de la vérité.

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