DE LA RELIGION
i I . L'homme ne la connaît point encore ; ou s^il la connaît y il ne la suit point.
}^ 2. Je parle de la véritable religion; car pour les fausses religions, il en est partout.
jr 3. Mais y quel homme sensé, quelhoqnme vrai, quel homme juste, quel honnête homme, en un mot, s'il n'est point aveuglé par le prestige, retenu par le préjugé et l'empire d'une fausse éducation, •voudra être religieux à la manière des sectes religieuses I soit anciennes soit modernes?
i 4- Qu^l homme qui ne repousse, s'il a du sens, le Dieu féroce et brutal d'Israël, le Dieu fiirieux et implacable de Rome , le Dieu imbécile du bramine , les miUiers de dieux de l'idolâtre et le Dieu indifférent et momie des philosophes anti-chrétiens?
i^ 5. La religion telle qu'il faut l'entendre et telle que Dieu la manifeste à tous est la collection des devoirs de la créature envers le Créateur, de l'homme envers Dieu , de l'homme envers la société et de l'homme envers lui-même.
jt ô. Or^ desdevoir&ne peuvent se cotnpnendre si on n'esbiofolijgé de les rendt*8^^Kactement> conscien* cieusenient^i à qui dédroif.
i^. 7 . Ce ne semt donc pas assez^ d'admettre Dieu> de croire en lui ; il faut encore apprendre à connaître ce qu'il est pour nous , ce qu'il a fait et ce qu'il ne cesse de faire en notre faveur, et par conséquent ce que nous lui devons d'amour /'d'hooamages, dV' doratio» et de reconnaissance.
^ S.U ne faut pas dire que Dieu n'a pas besoitide^ nous^ de uoS' lK>mmagçsv de nos adorations.
^ 9. Il ne faut pas dire t Dieu est infiniment heureux; nos adorations ne peuvent rien ajoutera sa' souveraine félicité.
^ I o. Car y si Dieu peut se passeï^^ de nous f nous ne pouvons exister sans lui , être heuretrit sans lui, forts sans lui, puissants sans lui , justes sansrlui , vertueux enfiu àans lui.
5^ ri. L'effet peut-il être quelque chose' sans la' cause, exister sans la cause?
^. la. Comment anrions4-noU8 le tnouvémént et la vie, si Dieu ne nous les donnaiti^
S^ i3 Gomment serions-nous ju^es, si nous ne participions ^ de la justice divine; bons , si n'otf^ bonté ne venait)de la bonté de Dieu?
ii^ 14. Nous n'avons donc rien que ne nous ait tienne notre père céleste, et nous ne voudrions p^s le reconnaître !
S^ i5. Mais cela est impossible, parce que ce n'est point dans Tordre des choses^'
i^ i6. Et puisque l'ordre, c'est Dieu; puisque la justice, c'est Dieu; la bonté, c'est Dieu; la puissance, c'est Dieu ; la vérité, c'est Dieu; la miséricorde, c'est Dieu; la lumière, c'est Dieu; nous ne pouvons donc être quelque chose de tout cela qu'en Dieu et par Dieu.
i 17. Et sans la religion, que devient l'avenir de l'humanité? que devient l'avenir de l'homme?
:S^ 18. Si vous n'avez pas de religion, il est évident que vous ne croyez qu'à la vie présente.
^ 1 9. Et encore , comment y croyez- vous ? comme on y croit quand on n'estime ici-bas que la vie matérielle.
^ 20. Vous ne croyez point à une vie future. Vous n'estimez pas que la vie ait quelque valeur au delà de la vie présente.
5^ 21. Vous dites : Si je meurs demain, aujourd'hui, tout s'engloutira avec moi dans la tombe.
^ 22. Que doit donc vous faire, en conséquence de ce, une bonne ou une mauvaise action?
:S^ 23. Le bien et le mal ne sont à vos yeux qu'une chose de pure convention entre les hommes.
ii^ 24. Vous croyez et devez croire que c'est le riche qui a appelé vol , iniquité^ injustice, acte punissable par les lois humaines, la soustraction du bien d autrui.
j^ 25. Ainsi, le riche et vous avez deux manières d'envisager le vol, la rapine : l'un veut le plmir, l'autre l'absoudre. • '
j^ .26. Vous qui ne possédez pas, trouvez que c'est
bien ou que c'est une chose indifférente de prendre à celui qui possède.
jî^ay. Vous qui êtes riche, ne trouvez pas qu'on sévisse assez contre les preneurs ou les détenteurs du bien d'autrui.
5^ a 8. Ni l'un ni l'autre n'êtes peut-être bien dans la justice.
jî^ 29. Car, si nul ne doit dérober, nul aussi n'est obligé de périr de misère et de. besoin.
f3o, C'est là ce que vous dirait la religion si vous en aviez.
î^ 3i. Dieu a fait la terre pour tous. Tous doivent donc pouvoir exister sur la terre.
^ ^2. Mais qui peut comprendre sa véritable fin et la véritable fin de tout ce qui est , s'il n'a une religion ?
^ 33. Qui peut connaître les véritables rapports de l'homme à Dieu et de l'homme à l'homme , sans le secours de la religion?
ji^ 34. C'est en vain que vos lois humaines vous disent : Ce champ est à toi, tu peux en disposer; ce champ n'est pas à toi , garde-toi d'y toucher.
S^ 35, Ces lois , si elles n'ont d'autre sanction que celle de l'homme, ne peuvent avoir d'autre autorité qu'une autorité humaine , et cela ne peut suffire pour les faire respecter.
ji^ 36. PjBrsuadez à l'homme que tout vient de la créature, vos lois , vos mœurs, vos usages, vos coutumes , la vertu même ^ et vous pouvez être sur
rien dans ce monde n'inspirera le respect , "pas même la vertu.
^37. X^s hommes se jtigent entre eux: par ce qu'ils se voient &ire ; et comme la pente t{ui les mène à la convoitise est plus rapide que celle qui les mène à la ver tu y ils suivent plus focilement la première , parce que le plus grand nombre la suit.
^ 38. Voulez-pvous donc que. rien dans le monde ne soit sacré pour personne/ détruisez tout principe religieux ; vous aurez bientôt partout le brigandage et l'assassinat.
jl^ 39. On n'a pu emcore édifier une société sans religion. Je ne sais mémesiles impies , quelque impies [ qu'ils aient été j y ^^^ songé bien sérieusement, tant
ils ont compris que cela était impossible.
^ 40' Vous me dites que vous n'avez aucune reli* gion, que vous ne croyez ni à Dieu ni à Satan : je vous réponds en mettant la main sur ma bourse. Je ne me crois plus en sûreté avec vous.
^ 4i« Si vous aviez une religion de bonne foi, lors . même que vous seriez nu et affamé, je ne vous craindrais pas.
^ 42. Car je sais que la vie présente n'est qu'un passage à une vie meilleure pour quiconque est vraiment religieux.
^ 43. Je sais que l'adorateur de Dieu en esprit et
^, en vérité ne s'attache pas si exclusivement à la vie de
la terre que la douleur dans cette vie, ou même la
perte de cette vie, lui fasse oublier les devoirs del'é-
V quité er de l'honneur.
> 44» Mais vous Je "vous ^redoute , parce que vous ne m'offrez aucune garantie ; je vouai redoute précisément parce que vous ne redoutez Hen et n'espérez rien au delà de la vie. -
i ^5. Hélas! vous entends-je dire bien souvent , que sont les bienit et les plaisirs de ce monde? tout cela ne passe-t-il pas comme un songe ?
^ 46. Si vraiment ces biens sont si peu de chose pour vous y comment se fait il que vous mettiez pourtant en eux toute votre existence?
il^ 47* S'ils ne sont rien , pourquoi donc voulésvous qu'ils soient tout/ qu'il n'y ait rien au-dessus d'eux /qu'ils soient en un mot le commencement et la fin de la vie ?
i 4^* ^^^^ religion , vous lie pouvez dire deux mots qui aient du sens; tout se brise dans vos mains, se confond dans voire esprit.
^ 49- Vous ne pouvez savoir qui vous êtes , à qui vous êtes , ni où vous tendez.
i 5o. Vous ne savez plus pourquoi vous avez un père, une mère, des parents.
j^ 5 1 . Vous ignorez ce qu'est le monde inteliectuel ; vous ne savez si la matière n'est que }a matière ; vous vous demandez vainement d'où viennent le m^ouv^fment et la vie.
^ 5a. Aucune question , quelque simple qu'elle soit y ne peut être résolue par vous; car la cause première de tout, le principe générateur de tout^ous est inconnu.
jll 53. Ayez la vraie pensée religieuse, et vous aurez la véritable pensée sociale.
J^ 54* Alors tout sera compris par vous. Vous cesserez de croire que votre bonheur ne peut exister qu'au détriment du bonheur des autres.
ji^ 55. Vous ne blasphémerez pas, comme yotis le faites, Dieu et l'humanité, en fractionnatit la société en partis qui se déchirent au lieu de faire de tous une grande famille , conformément a la loi éminemment harmonique que Dieu vous a donnée.
^ 56. La religion vous marquant bien vos devoirs envers Dieu, vous ne craindrez plus de puiser votre force, votre puissance, votre justice, à la source divine qui vivifie toute la nature.
5^ 57. Quand vous ^urez puisé à cette source de toute force, dç toute justice, vous brûlerez du désir de communiquer à vos frères ce que vous aurez reçu;
j!^ 58. Car, vous aurez bien connu votre père, vous connaîtrez bien vos frères.
f 59. Vous aurez bien connu vos frères, vous aurez aussi bien appris vos devoirs envers eux.
^ 60. Et ce sera pour vous une bien grande joie de pouvoir chaque jour adresser des hommages à l'Eternel en société de ceux qui sont ses enfants comme vous.
i^ 61. Vous n'avez pas d'autre moyen pour faire cesser cet état de fraction qui divise l'humanité.
^ 6a. Ce n'est ni au nom de l'homme seul , ni par la puissance humaine seule que vous pourrez donner
à rhumanité la foi et la confiance nécessaires, indispensables pour qu'il y ait jamais stabilité dans la loi et Torganisation sociales.
^ 63. Ce qui ne remonte pas au delà de l'homme ne peut avoir plus, de consistance que l'homme.
5^64- Vous savez bien que jusqu'ici les sociétés n'ont fait que se dévorer les unes les autres.
jl 65. Pourquoi ? parce que jusqu'ici l'édifice social n'a jamais reposé que sur des fondements de boue.
5^ 66. Toujours la main de l'homme a employé des matériaux sans valeur.
^ 67. Toujours elle a construit en l'air, et sans s'assurer si la base de son édifice pouvait résister aux tempêtes.
^ 68. Lorsque les législateurs ont fait les lois, qui a été consulté , je vous prie ?
5^ 69. Législateurs religieux, d'pù venait votre religion?
5^ 70. Était-ce Dieu qui vous dirigeait dans la confection de vos codes?
5^ 71. Si c'était Dieu, pourquoi donc lui avez- vous donné toutes les passions humaines ?
f 72. Puis-je croire à vos religions, quand toutes me font Dieu plus cruel , plus injuste que le plus méchant*des hommes?
f 73. Dois-je obéir à vos lois religieuses, quand toutes sont des lois de sang et d'iniquité?
5^ 74. Dois-je croire que c'est Dieu qui me parle
tiht
quand je ne puis eompreiidre un seul mot ile ce que vous lui faites me direpar votre bouche ?
j^ 75. Qui donc a révélé à Ten&nt d'Israël son Dieu furibond et usurier?
^ 76. Qui a appris au Chàkiéen son dieu Bel?
^ 77. Qui a enseigne à Athènes et à Rome le colère Jupiter?
^ 78. Qui a jelé au monde le Dieu des Védas ou celui des brachmanes?
^ 79- Qui enfin a enfanté le Dieu latin, qui brûle toujours ses enfants au plus profond des abîmes et qui ne peut se lasser de les brûler?
♦ 80. Qui, dites-moi? votre folie, ô homme ! votre démence ! ou bien encore vos misérables passions , votre iniquité, vos convoitises! ! !
^81, En un mot, l'extravagance ou le mensonge, l'hypocrisie, la bassesse, la lâcheté, l'infamie!
i Sa. Quelques-'ims d'entre* vous ont osé mentir à l'humanité; l'humanité a été assez simple pour les croire, ou assezlâchepourneiias les chasser de son sein, et l'erreur a triomphé de la vérité, le crime de la vertu , la bêtise de la raison , le mal du bien.
j^ 83. Et c'est ainsi qu'on vous mène comme des animaux sans raison et sans force depuis des milliers d'années.
^ 84. Ainsi que vous êtes tellement imprégnée de folie, que vous ne soupçonnez pas même ce qu'il vous conviendrait de faire pour sortir de cet état d'abaissement qui vous dégrade.
y 8.5. Je vous entends vous plaindre sans cesse,
et me dire -que vous ne vous- trouvez pas dans une position normale.
i^ 86, Si vous aviez du sens , vous ne vous bomertèzpas à dés plaintes survotre état /vous chercheriez, un état meilleur.
3^ 87. Mais y sans le flambeau de la vraie religion qui éelaire tout homme venant en ce monde ^ que pouvez-vous faire?
ji^ 88. Quelle lumière peut vous venir de l'homme^ quand vous ne cherchez que la lumière de Thomme?
^ 89. Apprenez donc que l'homme a perdu la lumière que Dieu lui avait donnée , et que^parconsé quent, la vraie lumière ne peut vous venir de lui.
^ 90. A l'entrée de la vie, Dieu, il est vrai, vous donne Picore cette lumière qu'il ne refuse à personne.
j^ 91. Mais l'ennemi de Dieu et des hommes est là qui souffle sur cette lumière et vous jette dans les ténèbres.
^ 92. Au berceau de la vie , je vois à vos côlés , sur vos pas, une multitude d'impies qui pourtant croient être religieux, et qui s'acharnent à vous faire avaler l'iniquité comme l'eau.
^ 9Î. Rien dans leurs discours, dans leurs enseignements, qui vous donne de la religion la connaissance que vous devez en avoir.
^ 94- Rien qui soit social dans ce qu'ils vous disent.
^ 95. Ceux-ci vous font peur de Dieu.
^' 96. Ceux-là vous assurent que vous devez, pour
être sauvés, servir leur Dieu préférablement à tout autre Dieu.
5^97- Car lui seul, ajoutent-ils, a parlé aux hommes, s'est manifesté à Thumanité, et a prouvé sa puissance par des prodiges qu'aucun autre Dieu n'a pu faire.
f 98. Insolents menteurs ou illustres insensés ! ils veulent que vous aimiez le Dieu qu'ils vous ont fait de leurs propres mains , et que vous détestiez tous les autres.
f 99. Et vous, hypocrites ou insensés comme eux,
vous offrez votre encens à la même idole, vous vous
.^ inclinez devant les mêmes statues d'argile et de boue !
i 100. La corruption de vos prêtres devient votre propre corruption , leur bêtise votre propre bêtise.
5^ lOi. Comme eux, vous dites : Ce que. nous croyons en matière religieuse, ce que nous disons n'est pas vrai.
^ lOâ. Mais qu'importe? le prêtre a empoisonné nos enfants par les fausses idées qu'il leur a données de Dieu et de la religion.
^ io3. Eh bien I que nos enfants restent empoison-^ nés; car notre père et notre mère nous avaient aussi empoisonnés nous-mêmes !
^ 104. Disons donc à nos enfants : Chers enfants j on nous avait menti au nom de Dieu; nous vous mentons de même en son nom : mentez aussi à vos enfants.
^ io5. Mais ne chmgez pas de religion. Il vaut mieux être fourbe , hypocrite , tartufe , fripon même quêtre apostat de la religion de son père .
jî^ io6. Quelle incroyable déraison! comprenezvous bien tout ce qu'il y a de folie, d'impiété, d'aveuglement dans vos paroles et dans voire conduite?
ji^ 107. Quelle société que celle au milieu de laquelle se tiennent impunément de tels discours!
^ 108. Quelle garantie de moralité, d'honneur, peuvent vous offrir les hommes qui la composent?
5^ 109. Quelle vertu pourraient donc pratiquer ceux qui se rient ainsi des choses saintes, qui mentent à leurs enfants, à leur famille, à l'humanité , avec un tel cynisme?
i!^ iio. Puisque vous riez ainsi de Dieu, puisque vous le défigurez ainsi sciemment et volontairement, quel jeu donc ne devez-vous pas vous faire de l'homme?
J^ m. Qu'y aura-t-il dei sacré pour vous dans le commerce de la vie, puisque vous vous moquez ainsi de l'être des êtres?
f 112. Et lors même que vous seriez de bonne foi, lors même que vous seriez la triste victime du préjugé et de l'habitude, en seriez-vous moins dangereux pour la société?
ii^ 1 13. Vos croyances, ou, si vous voulez, votre religion contre natiu*e , pourraient-elles jamais avoir d'autres résultats sociaux que la religion et les croyances anti-naturelles des enfants dellndus et du grand empire, des descendants delà maison d'Israël, des adorateurs de Jupiter et de Bel, ou d'Isis, et de Rome la catholique?
5^,1 14. Apprenez donc, une fois pour toutes, tout
ce qu'ont eu de fatal pour rhumanité ces riaKgiQns imaginées par la cupidité ou par la folie pour écraser la loi de Dieu^ la véritable religion.
^ II 5. Apprenez-le bien, vous dis-jcj et ne permettez plus désormais k de faux prophètes d'insulter à Dieu et à l'humanité en colportant partout encore les doctrines impies qui empoisonnent le monde de* puis des milliers d'années.
S^ II 6. Et pour arrêter ces faux docteurs, pour empêcher leurs audacieux mensonges, ne vous faites plus illusion désormais; n'ayez plus de faiblesse, de pusillanimité.
S^ 1 17. Ayez au moins autant de courage, de persévérance à poursuivre l'erreur, à pourchasser les faux prophètes, que l'erreur et les faux prophètes en ont à répandre les ténèbres qui dérobent la lumière, l'iniquité qui tue la justice.
^ 118. Prenez garde maintenant surtout que le mal et l'iniquité , pourchassés par l'intelligence du bien, qui commence à poindre, grâce à la science, se revêtent de mille et mille formes et se cramponnent à tout pour conserver le terrain que leur a si longtemps laissé exploiter, l'ignorance.
^ 119. Ne croyez pas plus à ceux qui attaquent qu'à ceux qui se défendent; à ceux qui prêchent les vieilles religions^ que le temps emporte, qu'à ceux quiJes poussent dans l'abîme.
i lap. Les uns et les autres maniquènt de conseience^tde bonne foi. •
i^ I2IV Je vois'léfbnd des cœiirs j dit le Seigneur, et je ne vois partout que convoitise.
i I a a. Vous êtes tous corrompus , abâtardie , mes enfants, a dit notre pèr6 commun.
ii^ 123. Vous ne voulez plus de moi que comme d'ui^ instrumienit qui vous serve à dominertVos frères.
i^ 1 24. Voyez , examinez*vouB bien t ne vous est-il pas indifférent que je sois juif, protestant ou catholiquîs; que je vienne de Constantinojilé ou de Pékin , de Jérusalem ou de Rome?
^ laS. Vous le dites vous-mêmes chaque jour. Vos philosophes écrivent que toutes les religions sont bonnes.
jl^ 126. Comment vos maîtres et vos prédicateurs peuvent41svousF assurer que toutes les religions sont bonnes^ puisque toutes les religions, telles qu'elles existent aujourd'hui et telles que les onir faites les hommes depuis plus de trois mille ans, spnt et ont toujours été. enveloppées de ténèbres que nul n'a pu pénétrer ?
j^ 127. Peut-on affirmer que ce qu'on ne connaît pas est bon ou mauvais ?
i 128. Un aveugle peut-il vous parler des coul&arsf un mort des sensations?
jr 12^ En vérité, vous êtes fous, mes ehfents, de dire ev de faire ce que vous dites et ce que voud faites.
^ i36. Ou, bien ^ si vous voulez, vous êtes d'une insigne mauvaise foi. d'enseigner aux autres et de
feindre de croire vous-mêmes des doctrines que vous reniez au fond du c<ieur.
f i3i. Ou bien encore, si vous n'êtes rien en fait de religion , si vous ne condamnez ni n'approuvez , qui êtes-vous donc?
^ iSa. Dites-moi de quel nom je dois vous appeler? vous n'êtes ni les enfants du ciel, ni les enfants de la terre.
^ i33. Car ceux qui sont mes enfants aiment la vérité, et la cherchent ; la justice, et la pratiquent.
5^ i34. Vous n'êtes point les enfants de la terre;
*car ceux qui sont de la terre y cherchent le plaisir et
la jouissance, et votre indifférence est telle que c'est
à peine si vous avez ici-bas lés sensations de la brute.
5^ i35. Vous êtes malheureux et bien malheureux, faibles et bien faibles, décrépits et bien décrépits.
ji i36. Et votre malheur, votre inanition, votre faiblesse, votre décrépitude, vous les devez à vos folles croyances d'autrefois et à voire indifférence d'aujourd'hui.
^ 137. Semblables à ces malades ignorants qui se tuen^u lieu de se guérir, parce qu'ils ont eu l'imprudence de prendre des remèdes de charlatans, vous avez usé votre âme dans les poisons mortifèresde l'erreur, dans les accès violents du fanatisme, et vous vous éteignez tristement aujourd'hui dans le marasme de l'uniformité.
jl^ i38. Si je n'étais celui qui donne la vie et qui l'ôte; celui qui mesure l'immensité des cieux et qui
fait tout mouvoir, je n'aurais garde de vouloir vous rappeler à la vie.
^ 139. Car, pour le monde, vous êtes morts et bien morts , mes enfants ; et cette génération ne vous verra point revivre.
ji^ i4o. Mais je voudrais remuer , sinon raviver cette boue dans laquelle vous dormez.
5^ i4i. Je voudrais qu'avant d'exhaler votre d3rnier soupir, un remords du mal, un soupir pour le bien, vînt agiter une dernière fois votre machine, qui se dissout.
j^ i4â- Si donc vous êtes trop chargés d'iniquités et d'erreurs pour revenir ici-bas à la justice et à la vérité, écoutez du moins ce qu'ont été vos ancêtres, et ce que vous étiez vous-mêmes en adorant les veaux d'or , que tous vous adoriez sur la terre.
f 143. Et cessez, quand vous aurez entendu , de me blasphémer comme vous l'avez toujours fait.
i i44- Écoutez bien, vous dis-je, qui que vous soyez, Chaldéens ou Juifs, Indiens ou Chinois', Grecs ou Romains, disciples du Pape ou de Luther, écoutez : Car , tous vous avez anéanti ma loi , défiguré mes attributs , outragé mon nom. ■,-^. -
^145. Écoutez, et osez dire encore: Touteê les relir gUms sont bonnes. Il est indifférent d'être Juif ou Païen» PrO" testant ou Papiste , disciple de Confudus ou de Mahomet.
f 146. Pour raisonner comme vous le faites, il faut que vous ne compreniez pas la portée de ce que vous dites.
^ 147. Il faut n'avoir rien vu, rien appris, rien
oublié 9 ou il faut n'avoir profité de rien , n'avoir rien compris de ce qu'on a vu , lu et appris , pour dire comme vous dites et faire comme vous faites.
jir 1 48. Vous en êtes donc à savoir que c'est toujours en mon nom , ou plutôt au nom des faux dieux que vous vous êtes faits , que vous vous êtes tués les uns les autres?
J 149. Vous ignorez donc encore, bien que [vous l'ayez vu toujours, qu'il est peu de crimes que n'aient sanctionnés les religions que pourtant vous voyez avec indifférence; peu d'injustices qui ne viennent d'elles; peu de préjugés, de coutumes bizarres ou dangereuses qu^elIes n'aient établis?
j^ 1 5o. Qui a étouffé la loi de nature que votre Dieu avait gravée dans le cœur de l'homme? les religions que vous professez encore ou que vous regardez avec indifférence.
)i^ i5t. Qui a emprisonné la pensée de l'homme par toute la terre? vos religions.
i i5a. Qui a livré l'homme à l'homme et fait de l'humanité entière un troupeau de vîl bétail à TexpkHtâlion des intrigants et des fripons? vos religions.
j^ i53. Qui en Chine, en Afrique et en Asie a fait de la femme une marchandise de l'homme? les religions impieades peuples stupides de ces contrées imbéciles.
jr i54."Qui^ dans votre vieux monde, fait que la moitié dés populations dévore l'autre moitié? le Dieu partial et jaloux que vous adorez.
^ i55. Oui y c'est en son nom et pour lui que vous établissez des cmtes et des partis qui , divisant l'hu-
manitéy détruisent ses forces et la livrent sans défense à la voracité de ses vils exploiteurs.
j^ i56. C'est en son nom et pour liii que vous avez tenu, durant les siècles du moyen âge, la lumière sous le boisseau dans vos cloîtres et vos couvents.
5^ 157. C'est vous qui avez hébété l'homme, au point de lui persuader que, pour arriver au ciel, il fallait ne rien posséder sur la terre , afin d'être plus léger pour le voyage.
5^ i58. C'est vous qui avez tenu le monde dans le chaos affreux , dans le labyrinthe inextricable dont il n'est point encore sorti.
jt 1 59. C'est encore vous et votre Dieu qui , par les efforts impies. que vous faites sans cesse pour arrêter la lumière et détourner l'homme de la voie qu'il doit suivre, jetez de toutes parts dans la société les brandons de la discorde.
5^ 160. Car, qui traque les hommes , qui leur dit de se fiiire, de s'anathématiser, de se détruire?
^ 161. Ceux sans doute qui poursuivent le$ morts jusqu'au delà de la tombe, qui ont un Dieu différent pour chaque peuple, chaque nation^ chaque bojurgade.
^ 162. Or, c'est bien vous, hommes du jour, peuples du vieux monde , qui avez , au milieu de vous , dans vos pagodes, ici un Dieu catholique, là un Dieu protestant, ailleurs un Dieu juif.
f i63. De bonne foi, est-il possible d'être plus insensé que vous ?
^ 164. Croyez-vous que je puisse être multiple et à toute doctrine comme vous me faites?
ji^ i65. N'est-ce pas le comble de l'impiété de me faire changer de langage , de dessein , de justice, selon les religions que vous ont forgées vos caprices?
5^ 166. Rentrez donc dans la nature que vous avez quittée , et vous aurez la véritable religion.
5^ 167. Ne sacrifiez plus votre intelligence à votre imagination désordonnée; ne donnez plus à un fol enthousiasme ce que vous ne devez donner qu'à ce qui est le fruit de longues et mûres réflexions.
^ 168. La religion est le véritable édifice social à l'abri duquel doivent vivre toutes les nations.
5^ 166. Je suis le Dieu de tous; tous doivent s'incliner en ma présence ; tous me doivent des hommages^ des adorations, un culte.
^ 170. Nul ne peut être sans moi; ce serait donc une extravagance impie que de vouloir briser les rapports qui doivent nécessairement exister entre la créature et moi qui l'ai faite.
5^ 1 7 1 . Mais ces rapports qui sont nécessaires entre vous et moi, mes enfants, peuvent-ils donc être des rapport§,d'un tyran avec ses esclaves ?
j^ 172. Est-ce que je suis capricieux, fantasque, jaloux, cruel, implacable ?
)^ 173. Est-ce que je suis le père de tel peuple et le bourreau de tel autre ou de tous les autres ?
^ 174. Est-ce que j'ai pu dormir durant des siècles , puis me réveiller tout à coup pour créer votre planète?
— in —
^ 175. Est-ce que je suis oisif quelquefois , et actif dans quelques circonstances seulement?
jî^ 176. A vous entendre, vous et vos prêtres, il semblerait que j'ai dormi longtemps, et que je ne me suis réveillé que pour tirer du néant, dites-vous, l'homme et la femme que vous appelez Adam et Eve.
i!^ 177. Sachez donc, ignorants, qu'il n'est point de temps pour moi ni pour mes œuvres.
5^ 178. Sachez que j'ai été avant, que je suis après et que je serai toujours.
jl^ 179. Il n'est pas un instant où j'aie été sans produire.
, jlf 180. Je suis le mouvement sans commencement, sans milieu et sans fin.
^ 181. Je suis la vie qui fut, qui est et qui sera.
j!^ 182. Votre vie à vous n'est qu'une parcelle , un atome, un iota de la vie générale, universelle.
^ i83. Et néanmoins cette parcelle, cet atome, cet iota ne peuvent se perdre et ne se sont jamais perdus.
j!^ 184. Je fais tout, je donne tout, je règle tout, je conserve tout.
jl/ i85. La vie c'est moi, la nature c'est moi, le mouvement c'est moi.
5^ 186. Je suis tout ce qui est , et tout ce qui est n'est pas moi.
f 187. On ne peut me connaître que par la religion naturelle, car c'est la seule qui vienne de moi , toutes les autres n'étant que l'expression de la corruption ou de la sottise humaine.
^ i88. Ne vous blessez pas de la sévérité dont je vous traite.
jl^ 189. Considérez plutôt la profondeur de votre abaissement et de votre ignorance, de votre hypocrisie et de votre dépravation , et vous serez plus sévères encore envers vous-mêmes que je ne le suis moi qui suis votre Dieu.
j^ 190. Oui, descendez dans les profondeurs de vos égarements , voyez dans quelle abjection vous êtes, et vous frémirez d'indignation contre ceux qui vous mènent ainsi dans les ténèbres , et vous vous regarderez vous-mêmes avec pitié , en songeant que vous avez pu suivre de tels maîtres et tomber dans de tels désordres.
j!^ 191. Jusques à quand ne vous connaîtrez*vous pas tels que vous êtes? jusques à quand vous obsti- ' nerez-vous à me faire tel que vous?
5^ 192. Puisque je suis l'immensité, ne verrez-vous donc jamais que je suis incommensurable?
5^ 193. Pourquoi donc vouloir borner ma puissance , ma grandeur, mes attributs ?
^ 194. Pourquoi me faire agir comme vous, me faire naître et mourir comme vous ?
jl^ 195. En me dénaturant ainsi , vos religions ont détruit toute vérité.
jll 196. Est-il étonnant que vous en soyez à ne plus aimer que l'erreur et le mensonge, quand tout est erreur et mensonge dans votre foi religieuse?
il^ 197. Le sentiment du vrai est entièrement éteint en vous.
jl/ 198. IVamour du bien, de la vertu , vous ne l'avez plus et ne pouvez l'avoir.
^ 199. Si vous m'adoriez en esprit et en vérité, il s'opérerait en vous une transformation telle, que vous comprendriez à peine comment il a pu se faire que vous ayez été si longtemps ce que vous êtes.
jl^ aoo. Vous vous demanderiez, ^n rougissant de votre premier état, qui avait pu vous aveugler de la sorte.
^ aoi . Quoi ! vous écrieriez- vous, c'est moi qu'on a vu outrager, en croyant l'adorer, le Dieu qui m'a fait ce que je suis maintenant , ce que j'étais en sor* tant de ses mains, et ce que, par ma folie, je n'étais plus depuis longtemps !
5^ 202. Quoi! c'est bien moi qui ai pu, même à l'âge mûr et lorsque ma raison était le plus développée, mettre la religion là où elle n'était pas , et jamais la trouver là où elle était réellement!
jl^ 2o3. Oui , tels seraient votre honte, votre humiliation, vos tristes, mais bien justes réflexions, si vous étiez capables de réfléchir, si vous aviez de la raison ou de la conscience.
i 204. Et c'est l'humanité tout entière qui devrait ainsi rougir.
^ 2o5. Non, ce n'est pas seulement le Hottentot, le sauvage dans sa hutte, qui auraient à déplorer leur triste sort, leur aveuglement, leur misère^ leur foi d'insensés et leur conduite de fous.
jî^ ao6. Peuples qui vous dites civilisés, n'étes-vous
pas aussi misérables que ceux que vous appelez barbares ?
5^ 207. Dites donc si vous êtes moins malades que ces sauvages que vous regardez en pitié ?
jl^ 208. Et quand vous envoyez à ces peuples des missionnaires pour les convertir, si vous riez de ce que vous appelez l'idolâtrie de ces païens , êtes-vous moins idolâtres vous-mêmes que ceux que vous accusez d'idolâtrie?
:3^ 209. Us ne connaissent pas le vrai Dieu, ditesvous ; mais le connaissez- vous bien , vous qui êtes si orgueilleux de votre science religieuse?
i^ 210. De bonne foi, dites-nous ce qu'est votre Dieu; le savez- vous?
J^ 211. N'est-ce pas un Dieu qui naît, qui souffre et qui meurt ?
jî^ 212. Un Dieu qui s'emprisonne, ou plutôt que vous emprisonnez dans une particule de matière, puis que vous mangez ?
5^21 3. Que dis-je? n'est-ce pas un Dieu qui se transforme lui-même en chair, en pain, puis qui se reçoit lui-même et se mange?
^214. Puis, votre Dieu, quelle est son essence, ou du moins quelle essence lui supposez-vous ?
ji^ 2i5. Est-ce avec la raison qu'il vous a donnée que vous cherchez à le connaître ?
^216. Non , il y a longtemps que vous avez étouffé cette raison qui venait de Dieu, pour n'écouter et ne suivre que votre raison délirante ou celle de vos prêtres, qui se jouent devons.
j!^ 2 1 7. Pour quelques-uns d'entre vous, Dieu , c'est un être au moyen duquel vous effrayez les petits enfants et les femmes , vous faites trembler le vieillard au bord de la tombe, vous dépouillez l'ignorant qui a dé la fortune, et entretenez dans sa hideuse misère celui qui ne possède rien.
j!^ 218. Là religion, pour ceux-là, ne tend donc qu'à l'exploitation de la pauvre humanité.
5^ 219. Pour d'au très, c'est une habitude , une routine, un effet dé l'éducation , qu'on ne s'explique pas, qu'on ne veut pas s'expliquer, et qu'on suit sans savoir pourquoi.
ji^ 220. Pour la plupart des savants , des hommes du siècle et des indifférents, c'est aussi un moyen de déception qu'ils ne croient pas devoir détruire , bien déterminés qu'ils sont à s'en servir, s'ils arrivent jamais à diriger les peuples.
S^ 221. Vous le voyez, vous ne valez pas plus les uns que les autres.
^ 222. Vous n'avez ni intelligence, ni raison, ni justice, ni bonne foi.
}l/ 223. Vous manquez d'intelligence; car ce qui fait que vous trompez ainsi tout le monde, que vous n'avez ni justice ni probité, c'est le désir qui vous dévore de posséder les biens matériels de ce monde.
ji^ 224. Eh bien! ces biens, vous les posséderiez également , et avec plus de sécurité et de bonheur, si vous suiviez la religion qui vient de Dieu et non celle que vous ont faite vos mauvaises passions.
^ 225. En effet, la religion qui vient de Dieu est
une religion qui dispose^ qui organise, qui liarino-* nise tout dans l'intérêt de tous.
jî^ 2a6. La vôtre, au contraire , dissolvante, étroite et mesquine , est une religion de lutte , de contrainte, de désorganisation.
^ 227. La religion que vous professez ne vous donne que Tesprit du mal, et ne peut vous donner l'intelligence du bien.
^ 228. Je sais que vous croyez bien savoir discerner ce qui est bon d'avec ce qui est mauvais; mais je sais aussi que vous êtes dans une erreur complète sous ce rapport.
^ 229. Car, qu'est-ce que le bien, qu'est-ce que le mal ? définissons les choses comme il convient , puis voyons si vous comprenez.
5!^ 23o. Le bien est sans doute ce qui convient à tous, ce qui est dans l'intérêt général, ce qui contribue au bonheur de tous : qu'en pensez-vous ?
^ 23i. Le mal est certainement ce qui ne convient à personne, ce qui n'est dans l'intérêt de personne, ce qui empêche le bonheur de tous , ce qui fait le malheur de tous : pouvez- vous ne pas admettre cette définition du bien et du mal ?
jli 232. Eh bien ! voici ce que vous ne comprenez nullement , du moins dans la pratique.
y 233. Vous ne voulez pas vous persuader que votre véritable bonheur ne peut résulter que du bonheur général.
^ 234. Vous le croyez si peu, que, dans le commerce de la vie, vous faites tout pour détruire le
bonheur, la tranquillité , la fortune de vos frères , persuadés que vous êtes qu'il faut les renverser pour être heureux vous-mêmes.
ji^ 235. Il est vrai, et j'en conviens, que, si vous êtes honnêtes et vertueux, c'est moins à vous qu'il faut attribuer la culpabilité de tels actes qu'aux mauvaises lois et aux mœurs dépravées de ceux au milieu desquels vous vivez.
)i^ 236. Pour être bon, vertueux,* juste, dites-vous, au temps où nous vivons et sous l'atmosphère empestée d'iniquités, telle que nous l'ont faite les lois religieuses qui dépècent la pauvre humanité depuis des siècles, il faudrait avoir un courage surhumain comme Jésus-Christ et Socrate.
^ 237. Non, non, vous dis-je; mais, si vous ne vous sentez pas la force de donner les mêmes exemples de dévouement et de courage que ces illustres martyrs de la vérité , ne pouvez-vous pas du moins payer de quelque manière votre tribut à la cause humanitaire ?
f 238. On ne vous demande pas de monter à la croix avec Jésus-Christ , d'avaler la ciguë avec Socrate ; on exige seulement de vous que vous ne suiviez pas le torrent de l'iniquité.
j!^ 239. On vous demande de réaliser dans la vie ce que vous portez dans votre cœur , ce que vous avez dans vos convictions.
)^ 240. C'est la religion de l'humanité qui vous demande ces choses.
y/ 241. C'est cette religion qu'en votre qualité
de gens de bien vous portez gravée, dans votre cœur, mais que par pusillanimité vous n'osez opposer aux préjugés religieux que vous avez sucés avec le lait,ni aux vaines considérations que vous croyez devoir à votre famille , à vos amis ou à quelques personnages puissants à qui vous craignez de déplaire.
ii^ 242. Quant à vous qui vivez sans religion et qui craindriez d'en adopter une ; vous qui n'estimez pas qu'il soit utife, pour être honnête, d'avoir une foi invariable qui vienne de Dieu et non de l'homme, laquelle foi doive se manifester par des actes religieux , vous ne pouvez me comprendre.
yl^ 243. Car, pour me comprendre, il serait nécessaire que vous voulussiez m'entendre, et vous êtes tellement ancrés dans votre incrédulité, qu'en vérité je désespérerais de vous ébranler, si je n'avais pour vous convaincre que la vérité et la justice de la cause que je défends.
^ a 44- Mais je connais votre faible; le Dieu que je sers et que vous dédaignez m'a montré ce que vous êtes.
llf 245. Je sais comment on vous tente, hommes irréligieux; je connais ce que vous aimez, ce que vous adorez; votre Dieu enfin (car vous en avez un), m'a été manifesté par mon Dieu.
ji^ 246. C'est donc au nom de ce Dieu que je vais vous convaincre.
jl^ 247. Hommes des sens et de la chair, vous craignez l'esprit, parce que vous ne voulez renoncer ni aux sens ni à la chair.
^ 248. Eh bien! la religion qu'il faudrait croire
et pratiquer, ne vient pas proscrire vos jouissances matérielles : elle vient les régler.
ji^ ^49. Ces jouissances dont vous faites votre unique Dieu , elle vient vous dire, non pas de les aimer outre mesure , comme vous le faites, mais de les rendre durables en vous y livrant avec modération et ne les prenant jamais au détriment du bonheur de vos frères, qui y ont le même droit que vous.
- j!^ 25o. La religion que vous repoussez parce que vous êtes aveugles, vous procurerait à tous, si vous la connaissiez tous, des joies qui ne passeraient point.
^ a5i. k%ec elle, vous auriez des biens que vous ne craindriez pas de perdre.
^ a5a. Ce qui produit les révolutions, les vols, les injustices;^ce qui fait que la loi du plus fort est la meiUeure, n^existantplus sous l'influence salutaire de cette sainte religion , chacun posséderait en paix ce qu'il aurait légitimement acquis.
^ 253. Car, la faim ne dévorant plus aucun des enfants de Dieu , nul ne se ferait plus voleur pour manger.
^ 254. Car, les lois devenues éminemment religieuses de par le Dieu de l'humanité , tout , dans la société des hommes , aurait été réglé par elles pour la vie et le bonheur de tous.
ji^ 255. Nul, encore une fois, ne voudrait être spoliateur ni tyran , parce qu'il ne serait dans l'intérêt de personne d'être spoliateur ou tyran.
^ 256. Avec vos religions, ou, en l'absence de
toute religion, cet ordre de choses n'est pas possible.
j!^ 257, Vos religions organisent le désordre; vos prêtres enseignent l'anarchie.
^ 258. Vos philosophes, qui ne croient pas, n'établissent rien, n'affirment rien, n'organisent rien.
^ aSg. Or, avec une société d'hommes tels que vous, que peut-on faire ? quel édifice social prétendez- vous établir avec vos vieilles religions dont les vieux temples vermoulus s'écroulent , à la risée générale des nations, quelque effort que vous fassiez pour les restaurer.
f 260. Que voulez-vous faire aussi avec vos lazzis philosophiques qui n'ont servi jusque-là qu'à produire du protestantisme, qu'à renverser et à détruire ?
ji^ a6i. Vous voyez bien que ces vieilleries d^uenillées, dont vous vous arrachez les lambeaux pour les traîner ignominieusement dans la rue, ne sont bonnes à rien maintenant.
ji^ 26a. Pourquoi donc vous obstiner ainsi à poursuivre des inutilités, des riens?
f 263. Ne pouvez-vous donc vivre qu'au milieu des ruines fumantes des siècles d'ignorance et de fanatisme ?
i 264. Semblables aux oiseaux de proie, vous acharnerez-vous donc toujours à dépecer des cadavres?
jl^ 265. Revenez donc à la véritable religion, et Dieu vous redonnant l'intelligence que vous avez perdue, vous aurez retrouvé la véritable vie,
i!^ 266. Et la véritable vie vous étant rendue par
le vrai Dieu que voïis adorerez et la véritable religion que. vous- suivrez, vous aiirez Tordre partout au lieu du désordre que vous avez maintenant de toutes parts^
Tf 267. Il n'y aura plus dans vos sociétés d'indigents que dévorera la misère; car il sera dans l'intérêt de tous qu'ail n'y ait point de misère dévorante ni de fortune absorbante.
ii^ 268. Vos rivalités commerciales, qui font de la ruse et de la fraude les seuls moyens de salit t du négoce, n'existeront plus.
j!^ 269. Chacun sera ce qu'il doit être, et nul ne sera obligé d'être menteur et fripon pour viyre.
^'1^0. Je dis plus : nul ne voudra l'être; car le moyen d'arriver à la prospérité et à l'aisance sera la justice , et ceux-là seuls végéteront dans la vie, qui n'auront point été vertueux.
j^ 2171. La société, mieux avisée, ne permettra plus que la justice soit mise à l'encan , et qu'elle ait deux poids et deux mesures.
5!^ 272. Les arrêts de la justice, venant de la religion conîme la justice, et la justice de l'homme ne dérivantplusquede la justice de Dieu comme la religion, tout jugement .sera plein d équité et d'utilité publique. .
^ 273. La punition des coupables ne sera plus un remède qui les empoisonnera au lieu de les guérir , qui les tuera au lieu de leur laisser la vie matérielle, pour leur donner ainsi le temps de revenir à la vie morale après une purification convenable.
ji^ 274. Ne dites pas que ce sont là de belles utopies, mais qu'on ne saurait les réaliser.
j!^ 275. Car je vous répondrais que votre corps social est, de votre propre aveu,rempli d'humeurs, de plaies invétérées, dont quelques-unes ont disparu depuis un demi-siècle , et dont celles qui restent encore doivent disparaître tôt ou tard.
f 276. Comme nous donc, vous ne désespérez pas de l'avenir; il y a donc en vous quelque chose de la religion que nous vous prêchons.
ii^ 277. Encore quelques pas de plus, et vous serez à nous comme nous à vous.
^ 278. Encore un peu de temps, et la véritable religion aura fait justice de toutes ces dénominations impies qui nous séparent les uns des autres.
^ 279. Encore un peu de temps, et il n'y aura plus ni Grecs, ni Romains, ni Samaritains, ni Juifs, ni Protestants , ni Catholiques, ni Chrétiens , ni Païens ; il y aura des enfants de Dieu et une grande famille humaine.