LA MORALE
^ I. L'homme, depuis qu'il a perdu la voie de Dieu, n'a pas mieux connu la morale qu'il n'a connu la religion , qu'il n'a connu Dieu.
5^ 2. La morale telle que le monde l'enseigne et la pratique, est la chose la plus ridicule et la plus bizarre.
^ 'i. A. quoi bon, je vous prie, la morale que vous appelez la morale publique ?
^ 4- Qiie signifie-t-elle dans la plupart de ses points? a-t-elle pour but le bien public? guérit-elle une seule plaie de l'humanité ?
y 5. Donne-t-elle à manger à ceux qui ont faim , à boire à ceux qui ont soif, et couvre- t-elle ceux qui sont nus?
^ 6. Non, non. Votre morale publique a pour but évident de conserver tout ce qui est préjugé, tout ce qui est routine , coutume de nation , de peuple , de cité , de bourg , de famille.
jl/ 7. Votre morale publique ne règle rien dans un
intérêt comuiuii 9 universel; elle consiste à étouffer la volonté du grand nombre, pour ne point gêner les caprices et le mauvais vouloir de quelques-uns.
5^ 8. Votre morale ne s'étayant point de la religion, ou du moins n'ayant point pour base la religion qui vient de Dieu, mais bien les diverses religions que vous avez faites, et qui sont non moins mensongères que vous, a nommé mal le bien et bien le mal.
5^ 9. Ce qui est selon les lois de la nature , vous le proscrivez, de par votre morale; et vous glorifiez tout crime qui viole ces saintes lois.
j!^ 10. Cette morale vous fait bien souvent déifier l'homicide, le meurtre, l'assassinat; comme le déifient les barbares.
ii^ 1 1 . Ne parlons pas de barbares , car c'est vous qui l'êtes bien plus que ceux que vous gratifiez avec tant de dédain de cette qualification.
^1*1. Vous parlez de morale et de civilisation, et vous prétendez que vous avez une morale pure et une civilisation parfaite.
f i3. Les animaux, en ce cas, ont aussi une morale pure et une civilisation parfaite.
S^ 14. Que dis-je? mais eux seuls sont des êtres moraux et civilisés.
^ i5. Car entendons-nous. .Qu'appelez-vous morale et civilisation? la morale et la civilisation consistent-elles dans l'adresse et la ruse , la duplicité et l'hypocrisie , aussi bien que dans la force et l'agilité du corps, l'habileté à tirer l'épée , à donner un coup
de poignard, selon certaines règles établies par votre morale publique ?
5^ i6. Si ce sont là vos moeurs, évidemment vous êtes au-dessous de la brute.
^17. Car les animaux ne se font la guerre et ne se dévorent que lorsque la faim les force à se faire la guerre et à se dévorer.
^18. Et vous, vous avez tout à satiété, et ne laissez pas que de vous faire la guerre.
S^ 19. Taisez-vous donc, vous dis-je. Ne meniez pas impudemment. 11 est des choses qu'on ne peut nier de bonne foi,
j^ ao. Et voilà votre morale et votre civilisation : elles consistent, n'est-il pas vrai, à-mentir sans hésiter? ceux-là seuls sont barbares, selon vous, qui appellent les choses par leur nom.
5^ Qi. Cette jeune personne qui a suivi la nature et ses lois , vous la flétrissez précisément parce qu'elle a suivi la nature et ses lois; et telle autre quia violé la nature et ses lois, vous n'aurez pas assez de louanges pour elle ! ^
}l[ 1^, Il y a dans votre morale publique, ou, si vous voulez , dans vos mœurs , tant de bassesse , d'infamie , qu'on peut dire hardiment en face de votre société d'hypocrites : // est permis de faire en secret tout ce qu'il est défendu de faire en public ; seulement y il ne faut pas se laisser prendre.
^ ^3. Ainsi, les règles de votre morale défendent la polygamie ; et il n'est aucun de vous qui , non-
^186 — seulement ne soit polygame , mais encore qui ne se glorifie de l'être.
j!^ 24. Que dis-je? votre conscience vous dit tellement que vous et vos lois n'êtes que des fous ou des menteurs qui renversez , par vos mœurs, toute notion du bien et du mal que vous marquez pourtant si bien dans vos codes , qu'il est reçu parmi vous de se vanter d'avoir fait à la morale des infractions qu'on ne lui a pas faites!
j!^ aS. Voyez cette jeune personne, cette jeune femme que ses parents mêmes, ses amis et ses proches repoussent et méprisent; qu'a-t-elle donc fait?
5^ 26. Ce qu'elle a fait? mais, mon Dieu, ce que vous faites vous-mêmes tous les jours.
^ 27. Elle n'est ni plus ni moins coupable que vous quant à l'acte que vous lui reprochez.
^ 28. Mais, cet acte, vous pouvez l'avouer, parce que vous êtes homme, et qu'ayant fait la loi, vous vous êtes bien gardé de la faire contre vous ; tandis que l'infortunée qui n'a cédé qu'à une tentation que vous lui avez suscitée, votre société stupide autant qu'infâme sera impitoyable envers elle! ! !
^ 29. Je vous dis que vous n'avez que la science du mal , et que vous ne savez pas faire le bien , ou que vous ne voulez pas le faire.
^ 3o. Osez me dire après cela que vous savez bien discerner le bien du mal.
i^ 3i. Osez me dire que vous n'avez que faire d'enseignements religieux, qu'il vous est absolument inutile de prier Dieu et d'avoir une religion.
ji^ 32. Si vous tenez encore un tel langage, et si vous osez encore me dire : la morale publique, c'est tout : voire Dieu et votre religion , tout cela est bon au plus pour faire peur aux ignorants et au peuple.
ii^ 33. Si vous parlez de la sorte, je vous prierai de me dire sur quel point de votre morale vous n'êtes pas en opposition avec vous-même.
^ 34. Je vous demanderai quel point de votre morale pourrait soutenir la plus légère discussion.
5^ 35. Il ne faut pas me répondre ici, comme vous le faites, par un torrent d'injures ou de menaces; il ne faut pas non plus me mener en prison.
^ 36. Car, c'est ainsi que font ceux qui sont chargés d'iniquités, et qui craignent qu'un mot, une parole les fassent connaître pour ce qu'ils sont.
^ 37. Et n'est-ce pas là votre fait? que pouvezvous me répondre, si vous me laissez le temps de vous accuser?
5^38. Non, non; vous ne pouvez être justes avec moi, sous peine de vous suicider vous-mêmes.
5^ 39. U faut aussi que vous étouffiez ma voix; car c'est la voix de la vérité , ou il faut que vous la suiviez cette voix , que votis viviez de ma vie , que vous soyez juste de ma justice. •
5^ 4o- Mais , non ; vous ne pouvez me suivre. Car pour cela, il faudrait vous dépouiller, non de vos biens , mais de vos vieux préjugés.
5^ 4i- Et vous êtes, si peu intelligents, que vous craindriez de perdre les uns en perdant les autres.
ii^ 4îi- Dieu, que vous avez trop longtemps outragé,
— ISS — n'a pas jugé que le temps d'une entière expiation arrivât encore pour vqus.
j^ 43' Il vous laisse encore dans l'aveuglement. Vous ne vous êtes point encore suffisamment purifiés, vous devez boire le calice d'amertume et de contradiction jusqu'à la lie.
ii^ 44* Si je vous parle comme je dis , ce n'est pas que j'ignore que plusieurs d'entre vous crieront comme le peuple insensé de Jérusalem : qu'il soit crucifié ! que son sang retombe sur nous et sur nos descendants!
il^ 4^' Mais si l'anathème de la folie a son accomplissement, les enfants de la folie seuls seront marqués de l'anathème.
)!^ 46- Ce n'est pas la mémoire du Christ qui a été souillée de sang, c'est le front de ses bourreaux.
5^ 47- Ce n'ont point été les enfants de la vérité que l'anathème a dispersés par toute la terre, ç'ont été les enfants de l'erreur.
f 48. Le temple a été détruit pour toujours, parce que Terreur qui l'avait élevé ayant été vaincue par la vérité, le temple n'a pu se relever.
V 49- Tuez donc, tuez la vérité, vous qui ne voulez que votre morale publique , et qui par conséquent ne voulez pas la vérité.
ji^ 5o. La vérité ne périra pas; la vérité est éternelle. Mais vqus , votre règne finira, et votre mémoire ne restera que pour être maudite.
i!^ 5 1 . Écoutez , -si vous pouvez comprendre, vous comprendrez. J'aurai rempli ma mission quand je
vous aurai dit ce que Dieu m'a ordonné de vous dire.
^ 52. Et puis vous, vous direz, si cela vous plaît, comme le peuple juif : qu'il soit crucifié! qu'il soit crucifié !
^ 53. Et puis vous, pauvres insensés, ou hommes de corruption et de mensonge , quand on vous demandera, comme à la nation juive, lequel vous voulez délivrer de Jésus ou de Barabbas, de l'honnête homme ou du voleur, vous répondrez : Barabbas ou le voleur !
^ 54. Car, ce sont les voleurs que vous préférez bien souvent.
^ 55. Je n'ai point, moi qui vous parle, de crainte puérile. Je crains Dieu, et ne crains pas les hommes.
^ 56. Moi qui n'ai pas votre morale publique, mais qui ai la morale universelle qui vient de Dieu et de la religion , je n'ai point les considérations humaines de Pilate.
i 57. Ce que les hommes condamnent n'est pas toujours ce que je condamne, ce qu'ils approuvent n'est pas toujours ce que j'approuve.
^ 58. Dieu que je sers m'a appris que les jugements des hommes étaient sujets à cassation.
iî^ 59. Si je ne puis les casser, je les déclare du moins entachés d'erreur et susceptibles de révision.
j^ 60. Allons, allons, en m'attachant au gibet ou à la croix , vous ne pouvez que tuer mon corps.
5' 61. Et quoi que vous fassiez, vous ne pourrez m'empêcher de dire et de prouver que votre société,
telle que l'a faite votre morale publique , est une réunion de trompeurs et de trompés.
jli 61. Je crierai malgré vous , à qui voudra avoir des oreilles pour m'en tendre, que vous avez établi des règles sociales, non pour régler, mais pour dissiper, pour dissoudre , pour renverser.
j!^ 63. Je dirai que vos règles, vos lois ne protègent point, n'organisent point, n'arrangent point, mais qu'elles sont désorganisatrices et ^dissolvantes.
f 64. Vous avez fait partout la^art du lion. Vous avez protégé ceux qui n'avaient que faire de votre protection.
5^65. Ceux qui pouvaient marcher seuls, vous leur avez prêté main-forte ; ceux qui boitaient ou qui ne pouvaient se soutenir , vous les avez laissés au milieu de la route sans appui , sans secours.
5^ 66. Le lion a et : Ceci est à moi, parce que je suis le plus fort; ceci est encore à moi, parce que je suis roi, et cela, je le veux aussi, parce que je suis maître.
jl^ 67. Votre morale publique est élastique pour ceux qui la font , ou pour ceux en faveur de qui elle est faite.
j^ 68. Si elle est équitable , d'où vient donc qu'elle viole les règles les plus vulgaires de la justice ?
jl/ 69. Si ce n'est pas votre vil égoïsme qui l'a faite, d'où vient donc qu'elle n'a pas d'entrailles pour le faible, et qu'elle ne s'occupe que du fort?
^ 70. Quoi ! vous avez une morale publique, et
le pauvre, parmi vous , peut être traqué, avili, dé- '. peqé impunément par le riche !
J^ 7 1 . Vous avez une morale publique , et si moi, qui possède, ai fait affront à celui qui n'a rien; si je l'ai frustré dans son honneur, dans ses biens, j'aurai pu gratuitement lui marcher sur le corps et en faire ma victime ! ! „
^ 'J1. Et parce que j'aurai quelques pièces de monnaie pour satisfaire ma convoitise, mon désir impie d'opprimer Mon semblable, et que mon semblable, attendu son état de dénuement,, ne pourra employer à mon égard les voies légales, l'opprimé devra périr, et l'oppresseur triompher!
^ 73. Et voilà comment votre morale publique a transformé l'iniquité en justice et la justice en iniquité.
^ 74. Et cette morale publique est si peu une morale, que nul d'entre vous n'appelle cela mal, tant cette morale prétendue a fait de vous des hommes d'iniquité!
^ 75. Et vous avez le cœur si dépravé, et vous êtes d'un cynisme si révoltant , que vous raillez sans pitié, quand vous ne les jetez pas en prison, ceux qui sont assez honnêtes et assez courageux pour vous dire que vous n'avez nulle probité , et que vous n'êtes que des hommes de mammone!
^ 76. C'est donc de la morale publique, hommes * vains et insensés, que ces usages barbares qui , parmi vous , établissent arbitrairement des degrés de
dégradation pour les uns et des degrés de glorification pour les autres. .-^
^ 77. C'est donc de la morale publique, que cet avilissement de la femme que vous vendez plus ou moins chèrement sur vos places publiques, selon qu'elle a plus ou moins de jeunesse et de beauté.
^ 78. C'est donc de la morale publique, que ces unions matrimoniales entièrement fondées sur la fortune, et jamais ou presque jamais , sur la sympathie et la vertu.
^ 79. C'est donc de la morale publique, que ces unions que vous déclarez 'éternelles, vous qui ne savez ni le passé, ni llavenir, et qui même ignorezle présent.
^ 80. Non , non, ce n'est pas de la morale, mais bien de la corruption publique.
5^81. Vous avez détruit et détruisez, par tant de crimes et d'audace , toute notion du bien et du juste.
f 82. Vous ébranlez l'ordre public , au lieu de le consolider.
5^ 83. Et quand les opprimés s'insurgent et se ruent violemment contre vous, ils se vengent et vous rendent les maux que vous leur avez faits.
^ 84. Et quand vous les punissez, si vous êtes devenus les plus forts, vous hésitez souvent dans l'application de la peine que vous leur infligez.
^ 85. Et cette hésitation ne vient point d'un sentiment de pitié et de miséricorde, c'est la crainte qui vous l'inspire.
^ 86. Vous avez une arrière-pensée. Vous vous ditft : Ce qui arrive à cet ennemi que j'ai vaincu peut nous arriver à nous-mêmes; soyons indulgents, et gardons-nous d'être justes selon la loi que nous avons faite; car, si nous tuons aujourd'hui que uqus sommes maîtres , demain on peut nous tuer si nous devenions esclaves.
f 87. Votre justice, hommes dq rien, n'est donc qu'une justice incertaine, flottante, craintive, partiale.
^ 88. Sa balance suit le mouvement que lui don< nent votre intérêt personnel , vos viles passions.
^ 89. L'intérêt public , vous ne le consultez jamais quand vous prenez des mesures, quand vous rendez des arrêts.
^ 90. Si vous êtes bigots, vous consultez l'intérêt et travaillez pour le triomphe de vos doctrines relif gieuses qui, elles-mêmes, ne sont que des brandons de discorde pour la société.
5^ 91. Car, ces doctrines déclarent anathème et infâme quiconque ne renonce pas à sa raison , à son père et à sa mère pour vous suivre.
5^ 92. Si vous êtes impies, c'est pis encore. Car dans ce cas , vous n'avez point de conscience , pas même une conscience erronée, puisque vous n'avez point d'avenir , et que la vie pour vous n'est qu'une vie d'accaparement et de possessions matérielles.
jf 93. Vous vous agitez pour le temps ,' dans ce cas, et dites : j e suis terre, je vais rentrer dans la terre : qu'est4l besoin de travailler pour l'avenir et de rendre ma
mémoire respeclable à laposlérité, pnùquil ne doit rester de moi que de la poussih'e?
^ 94. Iffaut à la morale une sanction, et cette sanction, ni vous ni vos fausses religions ne pouvez la donner.
5^g5. Cherchons-la donc ailleurs; et où? en celui qui donne la vie et qui peut l'ôter.
^ 96. En celui que les passions humaines ne peuvent atteindre, qui n'a pas, comme vous, une justice pour l'homme et une justice pour la femme, une justice pour le faible et une justice pour le puissant; mais qui a une même justice pour tous.
^ 97. Marchez sous la houlette de ce pasteur suprême, et vous arriverez à la terre promise.
^ 98. Ne suivez que la morale qui vient de lui, et vous n'aurez plus dans vos mœurs, dans vos coutumes, dans vos usages, ces contradictions qui affligent les gens de bien, ébranlent les faibles et enhardissent au mal les méchants.
^ 99. Vos lois sont impuissantes, vous le voyez, et cependant vous avez une morale publique.
^ 100. Vos lois, ce n'est point par conscience qu*on les observe, c'est par crainte.
j^ loi. Vous ne pouvez compter, pour leur observance, que sur la force brutale, et si vous n'êtes toujours là, l'arme au bras, pour les défendre, partout elles sont violées.
j^ 102. Cependant si votre morale publique était une morale consciencieuse ; si ce n'était une morale inventée par des hommes pour donner le change à
d'autres hommes, on ne se rirait pas ainsi de cette morale. ^
î^ io3. Vous ne pouvez sortir de ce cercle vicieux : votre morale est de vous; elle rapporte tout à vous; elle est dans le sens de l'individu, et non dans le sens de la société.
i 104. Quoi que vous fassiez pour la faire sortir du cercle étroit que vous lui avez donné, elle y revient sans cesse, et après que vous vous êtes ébran- 1^ lés mille fois et que vous vous êtes battus cent fois sur la place publique, vous n'avez fait que vous agiter dans la prison que vous vous êtes faite, et êtes revenus au point de départ.
i io5. Quelle justice voiilez-vous avoir avec une morale partiale et entièrement fondée sur le caprice et là mode?
^ 106. Comment espérer Féquité dans vos jugements, quand vos mœurs publiques sont remplies . d'iniquité ?
^107. Pourriez-vous ine dire quel cas vos moralistes du jour font de la vérité, quand la vérité est pauvre?
f 108. Us la honnissent et la conspuent comme fe* raient les honnêtes gens, du crime , de l'erreur.
^ 109. Vous dites tous, tant vous avez peu d'intelligence et de probité : Ce législateur n'a pas de fortune, de puissance ; donc il ne mérite pas qu'on le suive.
)l^ 1 10. Cet autre n'est qu'un charlatan qui a gagné son opulence à faire des dupes : n'importe, il est
couvert de pourpre; il a un brillant équipage , de nombreux valets, nous devons le préférer.
:^ m. Votre morale publique, c'est donc le cynisme du mal, mis en action.
j^ lia. Vos mœurs sont si impies, si dépravées, que vous ne donnez de la valeur qu'à ce qui n'en a pas, et que vous ne dépréciez que ce qui est bon.
j^ 1 13. Il faut bien reconnaître dans vos sottises la main de Dieu qui vous frappe.
jr 1 14. Car, il y a dans tout ceci un aveuglement qu'on ne peut comprendre; votre conduite est la chose tout à la fois la plus criminelle et ia plus inconcevable.
5^ 1 1 5. Vpus prêchez la morale, et vous êtes d'une profonde immoralité; vous enseignez le bien, et vous faites sans cesse le mal.
5^ 1 16. Que dis-je? non, non; vous ne prêchez pas même la morale; car ce que vous appelez morale ne mérite pas ce nom.
f 117. Il est une morale éternelle qui vient de Dieu, et qui est la seule vraie, la seule bonne, parce qu'elle est la seule utile, et cette moraleJà, vous ne la connaissez pas, ou ne la voulez pas.
^ 118. Si vous aviez de la moralité, votre société serait-elle constituée comme elle l'est?
^ 1 19. Y en aurait-il parmi vous les trois quarts condamnés à végéter dans la nudité, la misère, et à mourir de faim tandis que les fainéants et les débauchés sont énervés et presque étouffés par l'excès des j ouissances matérielles ?
il^ I20. Si l'im moralité ne constituait pas, en quelque sorte , vos mœurs , le faible qui meurt de besoin serait-il sans cesse obligé , pour ne pas mourir, d^ mettre le pistolet sur la gorge du mauvais richel^
j^ 1 2 1 . Si vous n'étiez des hommes d'une effrayante immoralité, vous qui n'avez pas de religion , seriezvous hypocrites au point de faire servir la religion à laquelle vous ne croyez pas , seriez-vous hypocrites au point de faire servir cette religion à entretenir la misère publique, tout en la donnant comme un remède qui doit la détruire à tout jamais?
jt^ ]!2ia. Ne faut-il pas être sans aucune moralité, comme vous Têtes , pour oser imposer aux autres des fardeaux qu'on ne veut pas même toucher soi-même du bout des doigts ?
f 123. Tous parlez d'hypocrisie, hommes du siècle; dans vos théâtres, sur vos places publiques, dans vos sociétés , vous stigmatisez ceux qui font de religion marchandise.
f 1 24- En cela vous faites bien ; et si vous faisiez toujours de la morale ainsi , je ne viendrais point vous faire rougir de vous-mêmes.
j^ ia5. Mais, arrachez donc la poutre qui est dans votre œil; puis vous extrairez la paille de l'œil de votre prochain.
^ 1 26. Si vous ne voulez pa^ que votre frère soit hypocrite , ne le soyez pas vous-mêmes.
^ 127. Et si vous l'êtes, taisez- vous sur Tbypocrisie de votre frère ; vous n'avez pas le droit de censure.
i 1 28. Or, que faites-vous qui vous autorise à parler? que faites-vous qui vous autorise à arguer vos frères ? ou plutôt , que ne faites-vous pas qui ne vous condamne à rougir et à vous taire?
y 129. L'ira moralité, c'est le mensonge, c'est la déception, c'est la fraude, c'est la duplicité dans les doctrines et dans les mœurs, c'est le désordre dans la conduite, n'est-il pas vrai? vous en convenez, si on vous interroge sur ce point.
5^ 1 3o. Eh bien ! telles sont cependant vos mœurs , vos doctrines , votre conduite.
^ i3i. Vous n'êtes que de grands hypocrites, puisque vous ne voulez , dites-vous , de certaines croyances qui sont encore en honneur parmi vous , et que vous soutenez de votre argent et de votre puissance , puisque vous n'en voulez que pour le peuple et les ignorants.
^ iSa. Or, qu'y a-t-il de plus immoral qu'un homme qui soutient le mensonge parce que le mensonge lui sert à exploiter ses frères?
^ i33. Qu'y a-t-il de plus infâme que d'exploiter la crédulité des simples et des pauvres d'esprit ?
}lf 134. Si votre conduite n'est point une infamie, que faudra-t-il donc appeler de ce nom?
^ i35. Et comment pourriez-vous avoir parmi vous, dans vos famflles , dans vos maisons, parmi vos serviteurs, des hommes de probité, quand vous mettez, pour ainsi dire, la probité à l'index par tout ce que vous faites et ce que vous dites?
^ i36. Vos enfants savent que vous les envoyez à
confesse, et que vous n y allez pas, que vous les faites prier Dieu, et que vou« ne le priez pas, que vous les envoyez au temple, et que vous n'y entrez jamais, et vous prétendez qu'ils vous regardent comme des parents vertueux ! !
^ x37. Mais vous les croyez donc bien simples et bien insensés! ùaais vous les jugez donc moins intelligents que la brute!
^ 1 38. Vous voulez que vos prêtres fassent ce qu'ils disent, et qu'ils ne disent que ce qu'ils font.
^ iSg. Et, assurément, vous avez droit d'exiger que ceux qui sont vos pasteurs, que vous payez pour cela, à qui vous confiez ce que vous avez de plus cher au monde, et à qui vous vous confiez vous-mêmes, aient cette sévérité de mœurs , cette sincérité de doctrine que vous réclamez.
^ i4o. Mais vous, n'êtes- vous pas aussi les pasteurs de vos enfants, de vos familles, puisque vous en êtes les chefs naturels, et qu'après Dieu, vous êtes leurs dieux; et vous ne voudriez pas qu'il y eût entre vos paroles, vos enseignements et votre conduite, cette conformité absolue que vous voulez dans leurs précepteurs !
j!^ i4i. Vous n'êtes donc pères ou maîtres que pour mentir et tromper, et non pour diriger, édifier et sauver !
^ 142. Vous ne parlez donc si souvent de morale que pour étourdir sur votre compte , et couvrir vos iniquités !
^ 143. En tout, vous n'avez donc qu'une appa-
rence de moralité , et n'êtes en somme que des sépulcres blanchis.
S^ i44- Je ne sais si vous êtes plus* méchants que vous n'êtes inconséquents, ou si vous êtes plus inconséquents que vous n'êtes méchants.
^ 1^5. Il importe peu; le mal social n'en est ni moindre ni pire.
S^ i46. Quand le résultat est le même, il n'y a point à s'ingérer du plus ou du moins de méchanceté ou d'inconséquence de celui qui pèche.
^ 147. Ce qu'il est urgent de faire, c*est d'arrêter le mal en montrant celui qui le commet comme un grand insensé ou comme un grand coupable.
^ 148. Et puis, les innocents, parmi vous, où sont-ils aujourd'hui que la lumière vous vient de toutes parts?
^ 149. Sodome n'a dans ses murailles que des ty-* pes de corruption.
j^ 1 5o. Si le feu du ciel devait tomber sur ceux qui ont corrompu leurs voies, où sont les justes qui ne seraient point frappés?
ji^ ï 5 1 . Qu'on me trouve dix justes, dit le Seigneur, qui n'aient point sacrifié au veau d'or, et je sauve tout le reste.
ji^ 162. Mais toute voie a été détournée, toute justice méconnue; l'immoralité a empoisonné la terre : il faut que tout périsse, parce qu'il faut que tout change et se purifie.
^ i53. Cette génération est j^erdue; elle a vieilli
— 20i dans le mensonge, et la vérité ne saurait la convaincre.
5^ 1 54. Le vieil arbre social n'a point produit de bons fruits; déjà, j'ai brûlé ses branches parce qu'elles rendaient infecte et stérile la terre autour d'elles ; je veux le brûler jusqu'à la racine, pour qu'il cesse d'empoisonner la terre. •
^ 1 55. Et ne faut-il pas que vous soyez purifiés de vos iniquités?
^ 1 56. Ne faut-il pas que toute chair souffre ce qu'elle a fait souffrir , que tout esprit soit abaissé , humilié, dégradé comme il a abaissé, humilié, dégradé.
f 157. N'est-il pas juste que cette morale que vous avez si indignement outragée sur cette terre, fasse votre tourment ailleurs?
^ i58. N'est-ce pas moi, dit le Seigneur, qui redresse toute voie, qui redonne toute justice?
^ 1 59. Et n'y eût-il qu'un juste parmi vous, ne lui dois-je pas la justice?
5^ 160. Et si vous, qui n'avez suivi que l'iniquité, ne quittez cette terre que pour une autre terre, où vous serez encore condamnés à souffrir comme sur celle-ci et plus encore que sur celle-ci , en doit-il être de même du juste ?
ii^ 161. Ah! il est arrivé à la terre promise; il a eu sa révolution ; il a parcouru l'espace que je lui avais marqué, sans perdre un instant de vue là marche que je lui avais indiquée; son pèlerinage est accompli; il entre dans la joie éternelle.
jf 162. Pour VGUS, vos douleurs ne sont point finiesy parce que vos péchés se sont multipliés comme les sables de la mer.
^ i63. Vous ne serez point sauvés, parce que ma justice ne peut sauver le crime.
y 164. Vous qui restez ou qui venez après ces impies , considérez l'avenir qui vous attend , si vous n'avez une autre morale que la leur, d'autres mœurs que leurs mœurs.
y i65. Mes jugements sont équitables mais sévères; je vous jugerai comme je juge vos pères, comme j'ai jugé vos ancêtres.
^ 166. Si vous voulez éviter ma justice , ne vivez point de la même vie que vos ancêtres, ni de la vie de vos contemporains.
jî^ 167. Ne soyez ni juifs, ni païens, ni comme ceux d'Albion, ni comme ceux de Lutèce, ni comme ceux du Tibre, ni comme ceux du Tage, ni comme ceux de La Mecque, ni comme ceux de l'Indus ; car, aucun de ceux-là ne pratiqua jamais la morale qui vient de moi.
i^ 168. Ma morale est la morale de la nature et de la conscience,
ji^ 1 69. La morale mondaine est celle des mauvaises passions et des vils intérêts.
^ 170. Ma morale fait trouver bon ce qui est bon, utile ce qui est utile , vrai ce qui est vrai , juste ce qui est juste.
y 171. La morale mondaine appelle bon ce qui est mauvais, utile ce qui est dangereux, inutile
ou indifférent, juste ce qui est rempli d'iniquité. j^ 172. Ma morale marque du sceau de la réprobation quiconque attire tout à soi, et ne laisse rien
à ses frères.
^ 173. Et la vôtre n'est faite que pour dépouiller les uns en enrichissant les autres.
jii 1 74. Ma morale consiste à respecter les propriétés acquises par des voies légitimes , par un travail et une honnête industrie.
f 175. La vôtre ne respecte rien; tous les moyens lui sont bons pour arriver à la fortune.
^ 176. Comme elle attend tout, comme elle espère tout de cette vie, et que la vie future n'existe pas pour elle , elle prend à la terre tout ce qu'elle . peut lui prendre sans conscience ni inquiétude de l'avenir, qui n'est qu'une chimère à ses yeux.
j^ 177. Ma morale fait faire le bien pour le temps et pour l'éternité , en vue de Dieu et en vue de rhomme.
^ 178. Quiconque suit ma morale ne se décourage jamais dans la pratique du bien , persuadé qu'il est que, si les hommes l'oublient, moi qui suis juste, je ne l'oublierai pas.
i 179. La morale mondaine pousse au bien, lorsque le bien qu'çn fait peut nous mettre en spectacle et nous attirer les louanges des hommes.
jlf 180. Dans tout autre, cas, non-seulement la morale mondaine ne nous pousse point aux bonnes actions, mais encore elle se rit de nous, de notre désintéressement, lorsque nous sommes assez ver-
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tueux pour taire le bien pour le bien, sans espcnr de récompense.
jl^ j 8 1 . Voyez les mondains qui pourtant se prétendent honnêtes gens, voyez-les accabler de leurs sarcasmes les hommes qui se dévouent gratuitement , soit à éclairer ceux de leurs frères qui sont dans l'ignorance y soit à adoucir la misère de ceux qui souffrent.
if i8a. Voyez ce que fait votre morale publique pour les véritables amis de Thumanité.
V i83. Elle a , votre morale publique, des titres, des distinctions , des honneurs , des richesses à offrir à ceux qui ont déshonoré l'humanité par une \ie de fraudes et de rapines,
i 1 84. Pour ceux qui ont ramassé dans la rue des enfants abandonnés , qui ont ouvert des asiles aux indigens , qui ont crié partout durant leur vie que c'était un crime à ta société d'avoir dans scm sein des milliers de malheureux destinés à mourir de feàim , pour ces hommes admirables > votre mcNnle publique u a bieu souvent qi^ la caloomie cm h prison.
i 180. £t vous me vantes voire morale pdbfiqoe^ et vous voules que j'en rei^oonaîsse Tefficacilsé !
V i8<>. Mais ne sait-on pas que \g»tre mordb m'a jamais cicatrisé une seule des^ plaies de Flntmamlé?
i 187. Votre morale publique, je la prosdw»
parce qu elle n'est que Tiniquit» cachée sous U» de-hors u-ompeurs de la vertu.
V i88w Votre morale publique, je la proscris par-
ce qu'elle ne sait établir pour l'humanité souffrante que des hôpitaux où elle envoie mourir les malheureux qu'elle a faits.
jlr 1 89. Je la condamne parce qu'elle est hypocrite comme vous qui l'avez faite.
^ 190. Je la condamne y parce qu'elle ne s'apitoye sur le sort de ceux qui souffrent que pour mieux entretenir leur douleur.
^ 191. Je m'explique : si votre morale avait de l'efficacité, elle éteindrait à tout jamais le paupérisme, et ne se bornerait pas à le pallier.
^ 192. Or, tout ce que vous faites tend à entretenir la misère, et non à la faire disparaître d'au milieu de vous.
^ Î93. Vous dites : c'est impossible. C'est impossible ! promettez-moi seulement que vous ne m'attacherez pas au poteau , et je vous montrerai , par des faits, que cela n'est pas impossible.
^ 194. Voilà donc toute votre science d'hommes honnêtes et de moralistes : empêcher vos frères de mourir de faim, en sauver quelques-uns en leur jetant comme à des animaux domestiques quelques restes de vos tables somptueuses!
5^ 195. O impiété! ô cynisme dégoûtant! ô honle de l'humanité !
f 196. Mais les animaux ne font pas ainsi , eux ;'ils ne s'arrachent point les uns aux autres ce qui est nécessaire à la subsistance de chacun d'eux ! ^
^ 197. Eux, ils n'ont point d'hôpitaux pour s'y reléguer et mourir misérablement.
^ 198. Non, non, vous dis-je, votre morale qtli n'est pas celle de Dieu , vous a rendus de beaucoup inférieurs à la chèvre qui broute.
î iqq. Ah! c'est que les animaux, comme les élé ment», comme les astres, comme les cieux et la terre, ont respecté et suivi la loi de nature.
V tioo. C'est qu'aucun dVux ne s'est insurgé conti*e Tauteur de la nature; cest qCi'aucun ne m'a renié pour le suprême modérateur de toutes choses , dit le Soigneur.
\ JOK Vous seuls, vous qui cependant aviez plus i^u de moi, avez été impies et dénaturés.
i lO'i. Vous seuls avez dit : nous ne servirons pas. \ux lois de celui qui nous fuit ce que nous sommes, nous opposei-ons nos lois à nous.
V 'jo3. A ses règles de morale , nous opposerons les régies de la momie que nous nous serons faite.
V 20^. Et parlant , tout a été renversé par vous; et il u\ a plus eu que désorvlre parmi vous.
V Jo5. \Li vous avez dît d'abord , sans le croire^ puis vous Tuvez dit en le croyant, lorsque votre aveuglement a été sons remède , vous avex dit : eiDpécher la uùsère, c^est impossible.
V ji.^ Il en est qui scmiI sons pain, sans Vlèlenent, et c'est bien qu'il y en ait qui manquent de pain et de xèteuieut.
V J07. El de tout temps cela a été ainsi, et cela doit être toc^oursw
V io8^ Et cette opium, vous y tenez parcequ*eHe
flatte votre vanité, vos mauvaises passions, et qu'elle nourrit votre orgueil.
ji^ 209. Vous aimez avoir des esclaves à vos pieds; vous aimez à humilier vos frères , à leur marcher sur le corps.
ji^ 2 10. Plus ils sont abaissés, plus vous êtes élevés, au-dessus d'eux ; plus- ils sont rampants , plus vous vous gonflez de dédain superbe et de mépris.
^ 211. C'est votre morale qui vous inspire tous ces nobles sentiments.
ji^ 2 m. Je vous dis qu'elle vous ôte tout sentiment de bien ; que vous jetez à la vanité ce que vous devriez donner à des choses utiles.
i^ ïii3. Vous sacrifiez aux arts d'agrément, aux théâtres, à la musique des sommes exorbitantes.
5^ 214. C'est bien sans doute d'encourager les artistes , les arts.
^ niB. Mais la morale de Dieu, si vous l'aviez, vous dirait que vous commencez par là où il faut finir.
i 216. La morale de Dieu vous dirait qu'il 'ïaut commencer par l'utile et finir par l'agréable.
5^ 217. La vôtre vous dit au contraire qu'il est mieux de commencer par l'agréable; et quand vous dira-t-elle qu'il faut finir du moins par l'utile ?
ii^ 218. Pensez-vous que les choses en iraient plus mal si vous employiez à des établissements d'utilité publique, àrextinction de la mendicité, l'orque vous prodiguez aux temples, je ne dirai pas de votre dieu.
car irocis n'en aree pas , mais aux chapdles de tos madone» et anx palais de vos mandarins?
f 219. Cest bien sans doute d'élever des temples magnifiques â b dirinité ; mais il ne faut le faire que lorsque les en&nts de Dieu ont de quoi se Tetir et se nourrir
f a20. Tant qull y a des pauvres parmi vous, adorez Dieu dans la chaumière , sur la place publique , dans des temples de bois ; vous Toutrageriez en dcmnant à son culte et a ses ministres ce qu'il veut que vous donniez à ses enfants qui sont dans les gémissements et la misère.
§" 221. C'est donc votre morale perverse qui fait que rien n'est établi, dans votre société , selon la justice et Tintérét général.
i a'22. C'est cette morale qui fait que vous regardez souvent comme des hommes de désordre ceuxlà mêmes qui voudraient vous ramener à l'ordre.
j^ 223. Vous avez tellement peur de perdre ce que vous possédez, que vous vous obstinez sans raison à conaerver vos vieilles habitudes, tant vous craignez qu'en changeant de conduite vous vous exposiez à vous voir dépouiller de vos biens.
i/ 224* On vous crie: Le tonnerre gronde; conjure» l'orage, ne vous mettez point, comme l'avait fait votre père, sous cet arbre dont les branches et la cime élevée menacent le ciel et agitent l'air : la foudre peut tomber sur cet arbre et vous tuer.
î^ 225. Vous dites : Je veux m'abriter là parce que
mon père s'y abritait ; je ne crains ni Torage ni la foudre.
jl^ 226. Mais l'orage et la foudre ne vous craignent pas non plus ; et l'orage vient, et le tonnerre vous tue là même où vous aviez voulu vous abriter^
^ 227. Vous voyez bien que vous cherchez la tempête et la mort; votre morale publique ne vous apprend pas même à les éviter,
S^ 228. Au lieu de réduire la morale à quelques pratiques de dévotion , à quelques devoirs de bienséance et de mode^ qui ne produisent rien dans Tiur térêt social, ayez une morale large et grande, dont les règles soient l'accomplissement des devoirs sociaux.
^ 229. Regardez comme un homoie d'une grande moralité celui dont la fortune est consacrée, non à entretenir dans la paresse une nombreuse domesticité , mais à assurer l'avenir d'un grand nombre de familles en occupant les bras de chacun de ceux qui les composent.
jl^ 23o. Au contraire, qu'il soit anathème à vos yeux, celui dont les vêtements et les palais sont éTun luxe effrayant, dont la vie est pleine de dissolution et de débauche, et qui n'a point d'entrailles pour l'humanité qui a faim.
^ 23 î. Ne me traquez pas, parce que je vous dis cela, sous prétexte que je suis un homme d'anarchie.
^ 232. Écoutez-moi plutôt, et faites ce que je vous dis; je veux vous sauver de l'anarchie.
^ 233. Les bonnes mœurs ne peuvent produire le
- 2!0 désordre ; les mauvaises mœurs seules sont anarcliiques.
^ 234. Les sociétés se perdent par la corruption des mœurs , car la corruption des mœurs affaiblit les liens sociaux, qui ne sont forts que lorsque les devoirs sociaux sont bien connus et sévèrement observés.
)i^ 235. Je vous ai enseigné un nouveau Dieu, une nouvelle loi; je vous ai montré un nouveau monde ; je vous ai donné une nouvelle morale, dérivant d'une religion nouvelle qui ellc'même établissait un culte nouveau ; vous ne devez plus marcher
dans les anciennes voies sociales.
ji^ 236. Je vais vous dire comment vous devez marcher maintenant pour ne point revenir au point de départ, mais toujours avancer vers la perfection et le bonheur, c'est-à-dire vers Dieu, votre père et votre tout.