DU POUVOIR SOCIAL
^ I . Tout le bonheur ou le malheur de la société dépend de sa bonne ou mauvaise organisation.
^ 2. Dieuf la religion, la morale, la science, ne servent de.rien à une société qui n'est pas constituée selon les règles éternelles de l'éternelle justice.
^ 3. Faites des révolutions tant qu'il vous plaira: si ces révolutions n'ont pour but de ramener à la vérité qu'on méconnaît, à la justice qu'on foule aux pieds depuis des siècles, il vous faudra toujours recommencer.
i^ 4- Or, vous n'êtes point encore constitués nulle partt enfants des hommes.
jl^ 5. 3e vois bien des constitutions partielles , des lois locales dans vos sociétés ; mais ces constitutions, ces lois fractionnent l'humanité et ne la constituent pas.
^ 6. Constituer, c'est fixer, c'est établir, c'est coordonner.
^ 7. Eh bien! vos constitutions, vcft lois, sont dçs
manifestations d'antagonisme d'un peuple contre un autre peuple , d'une nation contre une autre nation , d'une localité contre une autre localité.
5^ 8. Il y a des factions et des fractions partout, et de l'unité et de la légitimité, nulle part
j^ 9. Les questions sociales se décident partout par le glaive; la raison et la justice n'y sont pour rien.
f 10. J'avoue que la justice et la raison n'ont que faire au milieu de vous.
5^ 1 1 . Pour que la justice et la raison pussent avoir quelque influence dans vos sociétés , il faudrait que celles-ci pussent se diriger d'après les règles de la justice et les enseignements de la raison.
ii^ 12. Et quel moyen que cela soit ainsi? ceux qui sont raisonnables et justes parmi nos frères ne peuvent rien à l'immoralité générale.
^ 1 3. Cette immoralité résulte des principes mêmes par lesquels se meut votre machine sociale.
5^ 14. Et votre machine sociale n'a que des ressorts d'iniquité.
f 1 5. Et ces ressorts d'iniquité, vous ne voulez pas qu'on les brise.
jt 16. Et ceux qui veulent les briser, pour établir l'ordre que vous n'avez pas , vous les brisez.
f 1 7. Gouvernants et gouvernés , vous composez des partis , vous protégez , vous défendez des partis , vous n'êtes point les hommes de l'humanité.
^18. Chefs et peuples , vous ne vous aimez pas et ne pouvez pas vous aimer.
^ 19. Chefs et peuples, vous vous défiez les uns des autres, et devez être effectivement dans une mutuelle défiance les uns des autres.
j^ 20. Le parti vainqueur se tient tant qu'il peut sur les cadavres et les ruines qui échafaudent son pouvoir.
^ m. Lorsque tout cela tombe en poussière , ou il s'obstine à périr en se cramponnant stupidement à ces cadavres à ces ruines, ou il cherche à prolonger sa vie en s'établissant sur d'autres cadavres et d'autres ruines.
^ 22. Le pouvoir tel qu'on le comprend vulgairement est si peu le pouvoir qu'il n'a toujours, quelque part qu'il s'établisse , qu'une existence précaire et chancelante.
jlr 23. C'est que le pouvoir social, tel que l'ont conçu et que le pratiquent les hommes, est vraiment le pouvoir le plus anti- social qu'il soit possible d'imaginer.
j^ 34. Le pouvoir , en effet, défini d'après la justice éternelle et le sens commun, c'est le gouvernement de tous par tous; et le pouvoir, selon le verbiage impie de vos constitutions humaines , c'est le gouvernement de tous par quelques-uns et au profit de quelques-uns.
i^ 25. Et vous estimez tellement que vous êtes arrivés à l'apogée du bien sous le rapport gouvernemental, que vous ne pouvez souffrir qu'on vous blâme.
J^ 26. Cependant, si vous descendiez quelque peu
dans votre conscience , si votre orgueil pouvait cesser un instant de se rebeller contre la justice et la raison^ vous verriez que vos doctrines gouvernementales ne sont que des doctrines d'iniquité.
^27. Qui vous a donné le droit de régenter vos frères? Ce ne peut être que celui qui a droit de les régenter.
i 28. Or, ce n'est ni vous ni moi qui avons ce droit, ni aucun de nos frères pris en particulier.
5^ 29. Si nul de vos frères n'a pu, pris isolément, vous donner ce droit qu'il n'a pas, d'où vous vient-il donc?
f- 3o. Je le tiens , dites-vous de la société. Est-ce de la société entière ou d'une fraction de la société?
^ 3i. De la société entière, c'est impossible. Vous êtes fractionnés, et ne pouvez jamais être unanimes.
^ 3a . Vous tenez donc votre pouvoir de quelquesuns, au grand mécontentement, et sans nul doute , au grand détriment des autres.
^ 33. Mais si vous avez ainsi acquis le pouvoir , comment l'exercer dans l'intérêt de tous et dans le vôtre ?
f 34. Que dis-je? si c'est là l'origine de votre autorité, comment la conserver sans commettre chaque jour de nouvelles injustices?
^ 35. Vous venez de quelques-uns, vous ne venez pas de tous : vous dépendez donc de quelques-uns, et ne dépendez pas de tous.
^ 36. Vos intérêts et ceux de vos protecteurs peuvent être les mêmes; il y a alliance entre vous, parce
— i2i5 — que votre propre conservation l'exige ; voilà tout.
^ 37. Mais cette alliance, ce pacte entre vous et les vôtres, sont précisément ce qui démontre l'usurpation de votre pouvoir.
5^ 38. C'est aussi ce qui vous rend impuissants à faire le bien de tous.
^ 39. Car, par-là même que vous vous êtes élevés à l'aide d'une faction , vous n'êtes plus libres dans l'exercice du pouvoir.
i 4o- Vous devez , sous peine de périr , sacrifier aux exigences de votre parti.
)^ 4 1 • Il vous faut donc fouler les uns pour satisfaire les autres, dépouiller les uns pour engraisser les autres , tuer les uns pour sauver les autres.
^ [\*i. Vous aurez donc tour à tour des Pompée , des César, des Sylla et des Marins, peuples qui ne connaissez pas ma loi, dit le Seigneur, et vous n'aurez jamais des chefs selon mon cœur.
^ 43. Je sais bien, a dit encore le maître des mondes , que vos ennemis et les miens blasphèment contre moi et contre vous, en supposant que ma loi est inexécutable.
^ t\t\. Oui, ils ont dit dans leur langage impie : Le monde ne peut être autrement gouverné : il en est, et c'est le grand nombre, qui sont faits pour obéir et se taire , quoi qu'il arrive ; et d'autres pour commander, quoi qu'il advienne aussi.
^ 45. Ce n'est qu'à ce prix que la vie peut être paisible , l'ordre et la tranquillité régner partout.
f 46- E^ ™cs enfants , s'ils vous disent vrai , d'où vient donc que le désordre est partout?
5^ 47 • D'où vient que la famille est arn^ée contre la famille, que l'airain destructeur gronde sans cesse dans vos villes, dans vos cités, et détruit si souvent le toit qui vous abrite?
jt 48. D'où vient que le faible périt sous les coups du fort , que le pauvre meurt de faim , on s'insurge contre le riche pour le dépouiller et le faire mourir à sa place
j^ 49- Est-il une nation, un coin de votre terre, où il n'en soit pas ainsi?
f 5o. Le pouvoir que vous connaissez et que vous exaltez ne vient pas de moi.
jlf 5i. Vous croyez que l'ordre ne peut exister que par lui, et les siècles ont prouvé qu'il n'établissait que le désordre.
f Sa. Renoncez donc à vos maximes, qui viennent de vous et de votre ignorance , et suivez ce que je vous enseigne.
^ 53. Tout pouvoir mondain s'exerce par la raison du plus fort, et, par conséquent, au milieu des luttes sanglantes de la haine y de la jalousie, de la vengeance et de la colère.
i 54 . Tout pouvoir mondain s'exerce ainsi parce qu'il froisse le grand nombre des intérêts.
5^ 55. Ce n'est pas ce pouvoir qui peut édifier; il ne peut que détruire.
^ 56. Car, pour édifier, il ne faut point heurter,
méconlentery disperser, violenter; il faut satisfaire , unir, harmonier.
^ 57. C'est impossible, dites-vous : les caractères sont trop différents , les goûts trop divers, les intérêts trop en opposition, pour qu'il soit jamais possible d'arriver à cet ensemble de volontés qui serait nécessaire à l'établissement de la loi que vous voulez établir.
f 58. Non , cette unité gouvernementale n'est pas possible; c'est une utopie qui ne peut être réduite à l'acte; laissez le monde se gouverner comme il fait.
j^ 59. Ce que vous voulez vient de votre imagination exaltée ; Dieu lui-même n'oserait, tenter de l'établir parmi des hommes.
i^ 60. Cette perfection gouvernementale ne peut convenir à la terre ; je ne sais même si elle pourrait convenir aux célestes intelligences.
^61. Voilà bien le raisonnement de quiconque ne voit pas ou ne veut pas voir le fond des choses.
^ 62. Voilà bien les éternelles objections de ceux qui ont pris obstinément le parti de nier tout mouvement de l'esprit humain.
^ 63. C'est en vain que vous leur montrez la marche toujours ascendante de l'humanité , en vain que vous leur dites les mille transformations sociales : ils nient tout cela, parce qu'il leur plaît de le nier, et vous assurent qu'il fait nuit à midi, parce qu'il leur convient de vous affirmer qu'il fait nuit au milieu du jour.
^ 64. Établis comme ils sont, les hommes voient
les •choses à rebours y parce qu'ils ne sont pas dans une position normale.
^ 65. Manquant de la science de sociabilité , ils se posent mal et disent : Nous devrions être mieux; mais Dieu ne l'a pas voulu, Vestons ce que nous sommes.
jl^ 66. £t les impies qui entendent ce langage des simples et des insensés disent aux simples et aux insensés dont ils veulent subjuguer les esprits et les volontés : Non, vous ne pouvez être mieux; restez ce que vous êtes, sous peine de périr.
j^ 67. Cependant le mal s'accroît, devient insupportable; la tempête s'élève, le tonnerre gronde, la foudre éclate, et les impies sont écrasés.
^ 68. Mais la fraude succède à la fraude ; les impies succèdent aux impies , et le mal social continue.
^ 69. Quand donc finira cette bascule de pouvoir qui détruit le pouvoir sans amélioration pour la société ?
i^ 70. Lorsque le pouvoir social viendra remplacer le pouvoir de parti ;
5^ 71 . Lorsque la justice et non l'intérêt privé sera l'origine et la source de tout pouvoir social.
f 'ji. L'éblranlement social, qui vous fait peur quand on vous parle du pouvoir tel qu'il le faudrait pour le bonheur de tous , n'est à craindre et n'existe qu'avec le pouvoir tel que vous le faites.
^ 73. 11 vient, ce pouvoir que vous aimez pourtant, parce que vous ne voulez pas comprendre qu'il
puisse y en avoir de meilleur, il vient de vos pernicieuses maximes sur l'organisation sociale.
i 74. Tant que ces maximes ne seront point changées , tant que vous n'aurez point renoncé à ce qui vous perd, quelque pouvoir que vous établissiez, ce pouvoir sera toujours mis en question et pourra être renversé par le premier venu.
^ 75. Il n'y a de légitime, de sacré et de respectable que ce qui vient de Dieu.
5^ 76. Les œuvres de Dieu ne périssent point, parce qu'elles tiennent à l'ordre de la nature, et que l'ordre général de la nature ne peut être détruit.
5^ 77. Tout pouvoir qui s'établirait sur cet ordre viendrait de Dieu et ne périrait point; car ce qui vient de Dieu est impérissable.
f 78. Mais le pouvoir qui aurait une source si pure reconnaîtrait les droits de tous les hommes , et ne conserverait entre eux que les différences qu'établit la nature.
^ 79. Vous avez des craintes chimériques quand vous dites : // faut une fixité permanente au pouvoir ; autrement le désordre serait en permanence dans tes socié^ tés humaines.
j^ 80. Quand vous parlez ainsi , c'est comme si vous disiez : Nom sommes dans un état de renversement complet en fait de raison et de justice ; C anarchie est notre élément, puisque nous ne quittons le champ de bataille et la place publique oii notre sang a coulé, et où notre argent a été englouti j que lorsque les forces et l'argent nous manquent.
y H I . Mai$ que faire à cela ? Cest ta condition de l'ku • tmniU d'éire ioujaun aux priées avec eUe-méme, et de se déchirer les flancs de ses propres mains.
'i/ Ku. Évitons seulement de nous trouver dans la mêlée, et ne nous présentons sur le champ de bataille que lorsque les partis n'y sont plus aux mains , et qu'il nous est donné d'exploiter la victoire et la défaite,
^ 83. Telle est la morale qui résulte de vos révolutions; comme elles sont Êsiites sans intelligence et Huns bonne foi, elles ne produisent rien et sont toujours À refaire?
ii' 84. Or, comment ne voyez-vous pas que cela vient d'un vice radical dans vos doctrines sur le pouvoii* social.
il' 85. Les pouvoirs qui sont fondés sur la nature et lu raison sont-ils ainsi jetés au vent au gré des moiudn*iS ébranlements sociaux?
i^ 86. L*autorité paternelle, par exemple, n'estoUe pas toujours sainte et sacrée?
i 87. Ce)M)ndant cette autorité n'a point pour se garder tles soldats ni des trésors.
S' 88. Kt le chef tle famille qui n a que la misère à ottVir à ses enfants est-il moins vénéré c[ue le chef opulent et fortuné?
^ 8i). Comment donc ne voyes-vous pas que vous nVtes dans le désortliv que parce que vous êtes sortis de kl naturtv^
* t)*v S*i\ est km* sHI est juste • s'il est de droit ualiuvl que les eufaiils de kt même famille particulièiv |varlieqH'nt aux mêmes travaux. aux mêmes
charges, et, en iiiéine temps, qu'ils aient les mêmes droits, les mêmes avantages, pourquoi donc cette équitable répartition de biens et de maux , de char-
ges et de droits , n'existe-t-elle pas pour tous les enfants de la grande famille?
))^ 91. Cela ne se peut, dit-on , sous peine de désordre. Mais avez -vous la paix avec ce que vous faites ?
f 92. Nous venons de vous démontrer que vous avez la guerre ; et vous vous ne pouvez avoir que la guerre , car vos lois organisent la guerre.
i 93. Vous accusez la justice quand vous blâmez ce qui vient de la justice.
^ 94. Or, ce que nous vous proposons vient de la justice ; vous en convenez : pourquoi donc ajoutez-vous qu'on né peut l'établir?
^ 95. Si on ne peut établir ce qui vient de la justice, la justice n'est donc pas juste; elle commande donc des choses injustes , puisqu'elle commande des choses impossibles.
^ 96. Et puis la voix de la nature , qui vous crie que les droits de tous sont égaux, est donc une voix mensongère ?
^ 97. Mais non : en réalité, vous avez ma conviction sur ce point; seulement vous éludez la solution de la question , parce que vous avez l'esprit de mammone , et non l'esprit de Dieu.
^ 98. Le pouvoir tel que vous le comprenez ne peut avoir qu'une existence éphémère, parce qu'il
est établi pour le petit nombre contre Timmense majorité.
y ç)g. Et lors même qu'il n'est pas établi par quelcjues-uns contre tous les autres , lors même qu'il vient de la majorité, bientôt il oublie son origine.
i^ loo. Cela ne peut être autrement, £aits comme vous l'êtes.
^ loi. Nul d'entre vous n'a l'intelligence de la véritable constitution sociale.
J' i(>2. Vous courez tous dans la lice; aucun de vous ne sait bien où il va.
j!^ io3. Le jeune homme, ardent, loyal et bon, y court, lui, avec l'amour du bien public, et croit, candide qu'il est , que tous vont le suivre.
il^ 104. Bientôt il voit que peu l'ont suivi , et que ceux que son élan généreux a entraînés n'ont eu que des pensées d'égoïsme et d'intérêt privé.
if io5. Découragé par l'immoralité et la lâcheté sociales , il abandonne aussi la sainte cause de Thumanité, comme viennent de l'abandonner ceux qu'il avait regardés d'abord comme ses plus généreux défenseurs.
^ 106. Ainsi se grossit sans cesse le parti des ambitieux, des indifférents et des égoïstes.
^ 107. Car celui-là aussi va sacrifier tout à son ambition, à son égoïsme, et devenir indifférent pour le bien public.
^ 108. Pour n'être pas dévoré, il va dévorer les autres; il a cru voir que tous les éléments lui seraient contraires s'il s'obstinait à suivre les lois de l'hon-
iieur et du dévouement, et, pour ne pas périr, il a dit : Sauvons nos bagages ; jetons le reste à l'eau.
j^ 109. Il en est ainsi, mes enfants, dit le Seigneur, parce que ce n'est point mon pouvoir que vous avez établi parmi vous , mais bien le vôtre.
jl^ 1 10. Et comment la famille vivrait-elle en paix, quand l'autorité du père y €st méconnue ?
jf 1 1 1. Là où je ne suis pas, il n'y a point d'intérêts communs , pas plus qu'il ne peut y en avoir dans la famille qui n'a pas de père.
J^ lia. Quand l'autorité du père est reconnue, les intérêts se confondent ; chacun des membres de la famille dit : Ce que nous donnons par nos bras à notre chef, à notre souche, doit nous revenir et nous revient déjà à tous.
i^ ii3. Tous vivent alors de la vie de chacun, et surtout de la vie du chef, qui se communique à tous.
j^ 1 14* Séparez ces membres si bien unis , la vie se fractionne, et partant s'affaiblit.
S^ ii5. Et ces fractions qui étaient fortes quand elles vivaient de la vie commune, vous -les voyez maintenant user leurs forces et périr en voulant s'arracher les unes aux autres, par la violence, cette vie forte et puissante qu'elles se donnaient mutuellement , sans effort , sans secousse , lorsqu'elles étaient sœurs et qu'elles avaient un père commun.
i 116. Eh bieni mes enfants, c'est là la plaie qui vous dévore ; c'est là le vice social aujourd'hui.
i 117. Vos pouvoirs ont établi des hiérarchies dans vos sociétés ; ils consacrent des di£Eérences de rangs 9 de fortune , de pouvoir, d'états , de profiessions.
y 1 18. En cda ils font bien; ce n'est pas ce que je blâme; tous ne sont pas propres à tout.
y 119. La force, Tintelligence, ne sont pas les mêmes pour tous.
y 1 20. Il est des montagnes , des plaines et des vallées dans la nature non intelligente; il ne peut y avoir nivellement dans la nature intelligente.
i 121. Mais la nature n'a rien fait qui soit mauvais et qui se détruise.
i 122. Dans la nature, la vie donne la vie à la mort, et de la mort résulte la vie.
jr 123. L'homme seul ne sait détruire que pour détruire , parce que lui seul ne comprend pas les œuvres de Dieu.
i 124* I^s différences hiérarchiques établies par lui ne Tont point été dans un esprit de conservation, mais bien de destruction.
y ïji5. Les classes sociales n'ont point de fondement naturel; c'est le caprice, c'est l'ambition qui les ont faites.
^ 1 26. Tel est artisan , non parce que c'est là sa vocation, mais il Test parce qu'il ne lui a pas été possible d'être autre chose.
i 127. Nul n'a selon sa capacité, sa force, son intelligence; chacun possède ce que le hasard, Tintrigiie , la fortune, lui ont donné.
il ia8. Il résulte de ceci que la rapine, la violence et la mauvaise foi sont les reines du monde.
jtL 129. I^e pouvoir véritablement organisateur et conservateur, on ne le connaît pas encore.
jf i3o. Et ce pouvoir, ni la puissance de Thomme, ni l'intelligence humaine ne peuvent le donner.
^ i3i. Celui-là seul de qui viennent le monde physique et le monde moral peut organiser et conserver tout dans Tun et l'autre monde.
^ i3a. L'homme a usé tous les systèmes humains depuis bientôt soixante siècles , et il nous a appris qu'il ne savait que renverser et détruire.
^ i33. Les générations se sont succédé et te sont dévorées les unes les autres, toujours au profit de quelques ambitieux qui les ont poussées à la mort pour s'emparer de leurs dépouilles.
ji^ 134. En somme, les pouvoirs n'ont pas mieux valu les uns que les autres.
^ i35. La même pensée les a dominés tous :- exploiter rkumanilé et la mener comme un vil troupeau.
f i36. Le pouvoir social établi sur les principes de la nature et de la raison ramène la sociétéTà son état normal.
j^ 137. Le pouvoir, partant partout du même point de départ et se proposant d'atteindre le mcme but , ne tiraille point en sens contraire les diverses nations.
^ i38. Le timon de ce pouvoir, la racine de ce pouvoir, son origine, se trouvant là où tout a son
— 22G — origine et son principe ^ né peuvent être ni changés, ni dénaturés ni détruits.
j^ 1 39. Les hommes ne veulent plus et ne peuvent plus changer, dénaturer ou renverser un tel pouvoir.
jt^ i4o. Ils ne le veulent plus parce qu'ils n'ont plus d'intérêt à le vouloir; ils ne le peuvent plus, parce que, pour le pouvoir, il faudrait briser la volonté et la force sociale.
i f^i. Mais la volonté et la force sociales sont telles que nul ne peut les briser.
ji^ 14^. IVIaintenant, il n'est pas de pouvoir qui ne puisse être renversé par un autre pouvoir, pas de force cjue ne puisse vaincre une autre force, pas de nation qui ne puisse être vaincue par une autre nation.
f 143. Et il faut qu'il en soit ainsi dans l'état actuel; car les peuples et les nations ont des intérêts divers.
jl^ 1 44- La vie des peuples et des nations est une vie d'agitation et de violence, comme leurs intérêts qui se heurtent sans cesse.
il^ 145. Cette nation qui est puissante et riche veut l'être 'encore davantage ; pour cela , elle opprime , elle dépouille celles qui sont autour d'elle et qui n'ont pas assez de force pour se défendre.
j^ i46. Un jour vient où lés nations voisines, opprimées, fatiguées du joug qu'on leur fait porter, se coalisent et renversent la nation qui les écrasait.
5^ 147. Mais ne croyez pas qu'il ne doive plus y avoir d'opprimés et d'oppresseurs.
^ i48. Le vainqueur n'a pas vaincu pour la J!istice ; il a vaincu pour l'iniquité.
^ i49- Le joug oppresseur ne pèsera plus sur les . mêmes peuples ; voilà tout.
^ i5o. La tyrannie aura succédé à la tyrannie; il n'y a de changé que les noms des opprimés et des oppresseurs.
^ i5i. Et peut-être ne faut-il accuser ici ni l'audace de ceux qui oppriment, ni la faiblessse de^ceux qui se laissent opprimer.
5^ i52. Au fond, cela ne peut être autrement. Vôtre organisation sociale , étant mauvaise en tous points, organise la guerre, et la guerre en permanence.
5^ i53. Quand vous avez vaincu, vous devez opprimer, sous peine de périr; car, si vous ne brisez pas les factions, les factions vous brisent.
^ i54. Votre conservation veut que vous exerciez la tyrannie, et pour conserver votre position , vous êtes tyran.
5^ i55. Dieu lui-même, s'il gouvernait d'après vos lois, vos mœiîrs, vos constitutions, serait obligé * d'user de contrainte et de violence comme vous le faites.
y i56. Quand donc, voulant renverser un système par un autre, vous dites : Ce mode de pouvoir seul peut donner la liberté et le bonheur, ou vous mentez sciemment et volontîiirenient, ou vous promettez plus que vous ne pouvez donner.
)l/ iSy. Car, le poiivoir cpie vous voulez établir, n(»
conciliant point tous les intérêts, aura pour ennemis acharnés ceux qu'il blessera.
i/ i58. Vous voilà donc, même après la victoire , sur le champ de bataille contre une partie de ceux que vous gouvernez.
î^ iSq. Et quand vous seriez en paix avec votre peuple, dont toutes les exigences seraient satisfaites, n'auriez- vous pas à craindre les nations vos voisines?
5^ i6o. Quoi que vous fassiez, vous ne pouvez être en parfaite sécurité; tôt ou tard , votre perte peut venir du dedans ou du dehors.
y i6i. Si vous n'êtes dévorés par votre peuple, vous pouvez l'être par les peuples étrangers.
^ 162. Votre pouvoir marche sans cesse l'arme au bras ; semblable à celui qui marche dans la confusion «l'une nuit orageuse et obscure, il tremble de tomber entre les mains d'un ennemi qui le renverse et le dépouille.
y i63. Comment se fait-il donc que vous ne compreniez pas votre véritable position ?
î' 164. Puisque c'est là l'histoire de tous les pouvoirs, pourquoi ne cherchez-vons pas d'autres moyens sjouvernementaux?
y i65. Lorsque quelqu'un de vos frères a pris un remède <|ui Ta tué, vous vous gardez d*employer ce même remède pour la même maladie.
V 166. D'où vient donc que vous vous obstinez à appliquer au corps social, pour le guérir, ce qui déjà lui a donné mille fois la mort ?
J 167. Faites que le pouvoir vive désormais de la
vie de tous, et quil ne puisse, sans se suicider, toucher à la vie et à la fortune de qui que ce soit.
i 168. Effacez donc de vos constitutions ces dénominations de nations, qui changent les intéréis comme les noms des enfants de Dieu.
^ 169. Qu'il n'y ait plus au delà de la Manche et en deçà des enfants de la Tamise armés pour ruiner les enfants de la Seine, et des enfants de la Seine jaloux de supplanter les enfants de la Tamise.
j|r 1 70. Que tous les enfants du même père, adorant le même Dieu, et de la même manière, s'aident, se soutiennent , rapportant toujours tout à Dieu , et par conséquent, tout à tous.
3^ 171. Dieu a fait ce qui est à Albion comme il a fait ce qui est à Lutèce; ce qu'il a fait pour Albion, il Ta fait pour Lutèce.
^ 17a. Soyez enfants d'Albion ou de Lutèce, qu'importe ? en êtes-vous moins les enfants de Dieu ?
^ 173. Soyez Tartares ou de la Chine, de l'Europe ou de l'Afrique, soyez enfin du vieux continent ou du Nouveau-Monde, vous êtes des frères, car vous avez tous le même père, qui est aux cieux.
y 174. Ne dites donc pas : il n'y a point de salut pour les enfants d'ispahan, de Pékin , de Washington ; il n'y a de salut que pour ceux de Rome.
^ 175. Ne dites point : La société ne peut être constituée à Lutèce comme à Ispahan, à Pékin comme à Rome. •
ii^ i7(). Vous parlez ainsi parce que vous ne connaissez pas le véritable pouvoir social; parce que
VOUS ne vous croyez pas tous les enfants du même Dieu.
y 177. Quand vos dieux cesseront de se faire la guerre, vous ne vous la ferez plus vous-mêmes les uns aux autres, et vous comprendrez ce que je vous dis.
j^ 1 78. Quand la. vie sera pour vous quelque chose de plus réel et de plus digne , vous entendrez mieux le pouvoir.
y/ 1 79. Car alors , vous ne vous contenterez pas de travailler pour la vie présente, et ne songerez pas uniquement aux jouissances matérielles; vous édifierez pour le temps et pour l'éternité.
V 180. Aujourd'hui, avec les faux enseignements qu'on vous donne, vous manquez d'intelligence gouvernementale.
ji^ 181. Quel pouvoir pourriez- vous établir d'une manière durable? Vous n'avez que vou^ et vos mauvaises passions pour travailler à la chose publique.
i i8a. Si vos dieux ou votre Dieu y sont pour quelque chose, ils viennent tout gâter; car vos dieux se battent entre eux , et votre Dieu unique , tel que vous nous l'enseignez, est un dieu plein de colère, d'injustice et de mauvaises passions.
^ i83. Vos dieux ou votre Dieu exercent donc sur vous im pouvoir dHniquité.
^ 1 84. Si vous gouvernez la société et vous gouvernez vous-même «comme ils se gouvernent, évidemment, vous n'avez pas de pouvoir pour l'édification, mais bien pour la destruction.
^ i85. Vous vous disputez l'empire de la terre comme vos dieux se disputent l'empire de l'Olympe.
il^ i8'6. Or, est-ce ainsi que doit être constituée la société ?
^ 187. Vos sociétés y hommes des faux dieux, ou hommes sans Dieu , sont des tours de Babel.
jl^ 188. Chaque contrée a un langage différent, des lois et des mœurs opposées.
j^ 189. Et que signifie cela? est-ce que ma loi n'est pas la même pour tous?
i 190. Est-ce que mon gouvernement, à moi, change et varie comme les vôtres?
j!^ 191. Est-ce que vous ne voyez pas aujourd'hui dans mes lois, dans l'exercice de mon pouvoir sur vous, la même unité, la même harmonie qu'y ont remarquées vos ancêtres des époques les plus reculées?
j^ 192. Les lois de la nature se sont-elles multipliées comme les vôtres? vous ai-je révélé des choses que je n'aie dites il y a des milliers d'années à d'autres peuples?
j!^ 193. Simplifiez donc vos rouages gouvernementaux, comme j'ai simplifié les rouages gouvernementaux des mondes qui suivent mes lois, et vous aurez l'unité et la force, comme je les ai, moi qui vous parle.
^ 194. Ne fondez le pouvoir ni sur les lois de Confucius, ni sur les lois de Numa , ni sur les lois de Solon, ni sur celles de Lycurgue, ni sur les enseignements de Moïse, ni sur ceux de Mahomet, ni sur l'autorité de Luther, ni sur celle de Calvin j établis-
sez-voiis de par les lois de la nature et de la raison.
f 195. Garces lois-là, c'est moi qui les donne; le pouvoir qu'elles fondent vient de moi, et je vaux mieux queConfucius etNuma, que Solon et Lycurgue, que Moïse et Mahomet, que Luther et Calvin.
jli 196. Tous ces législateurs ne s'entendent pas; comment vous entendriez- vous , vous qui vous gouvernez par leurs lois ?
j^ 197. Comment les pères pourront-ils bien diriger les enfants, si les pères se battent entre eux?
5^ 198. Que mon pouvoir soit le type du vôtre; que ma volonté soit manifestée par la vôtre, et votre pouvoir social sera stable comme le mien , et votre volonté ferme comme la volonté de votre père
céleste.
ji 1 99. Quand vous serez arrivés, mes enfants , dit le Seigneur, à avoir sur la constitution sociale ces idées nettes et justes que je viens de dire , je vous enverrai des prophètes qui seront vos pères sur la terre.
jf îioo. Vous les choisirez , non pour vos maîtres , mais pour vos tuteurs.
^ aoi. Vous les choisirez, non parce qu'ils seront riches ou puissants, mais parce qu'ils seront justes.
^ 20a. Ija garantie sociale ne reposera plus sur la fortune et la naissance; elle reposera sur la vertu.
^ ao3. Et vous n'aurez pas à craindre que la pauvreté des gouvernants soit fatale aux gouvernés; la fortune publique ne sera plus à la merci de quelques dilapidateurs , le pouvoir de tous , exercé par tous , protégera les intérêts de tous.
^ 2o4* Et d'ailleurs, si mes prophètes que vous aurez choisis pour gouverner vos tribus font servir leur pouvoir à vous despotiser, vous les déposerez.
)^ ao5. Le pouvoir exercé de la sorte ne pourra jamais être fatal aux nations.
^ 206. Maintenant, ce sont les individus qui font la guerre aux peuples pour des motifs de conservation, qui ne sont point la conservation des peuples.
i 207. Rarement les peuples profitent de leur propre sang qu'ils répandent.
^ 208. Ces guerres qui désolent tant de contrées, qui ensanglantent tant de pays, ne rapportent guère plus aux peuples vainqueurs qu'aux peuples vaincus.
jf 209. Elles font beaucoup de victimes , elles enrichissent quelques combattants victorieux, et enchaînent toujours au char du triomphateur les vainqueurs tout aussi bien que les vaincus.
5^ 210. Quand le pouvoir n'est point à la merci de tous et que tous sont à la merci du pouvoir , le pouvoir attire tout à soi ou aux siens.
5^ 21 1. Il n'a rien de commun avec l'intérêt public, et il ne s'occupe du bonheur de tous qu'autant qu'il y trouve un accroissement à sa puissance , une facilité de plus à son despotisme.
j!r ai2. C'est là le vice capital de tous les pouvoirs qui viennent des hommes, qui ont leur 'origine à la terre.
il^ 2i3. Il faut qu'ils tuent, qu'ils brisent, qu'ils détruisent pour se conserver; et ils tuent, ils brisent,
ils détruisent ^ parce qu'ils ont plus l'amour delà vie que l'amour de la justice.
j^ sii4* I^s choses étant comme elles sont, nous n'avons pas à les blâmer.
ii' 2i5. Us ne peuvent vivre qu'en prenant la vie des autres , et ils la prennent.
^ 216. £t la voix publique les blâme à peine du reste , de la prendre.
)^ 217. Un pouvoir est détruit par un autre; on s'en scandalise fort peu : on dit : c'est le sort qui en a décidé.
ii^ 2 1 8. Galba a vaincu Otbon , Othon a vaincu Vitellius ; on s'est incliné tour à tour devant Galba , Othon et Yitellius, sans se demander où en était la chose publique.
j!^ 2 19. Et cette passivité, cette atrophie, est ce qu'il y a de mieux dans votre état social. ,
^ 220. A quoi peuvent aboutir les convulsions dans des sociétés qui manquent d'intelligence?
ii^ 221. Vous n'avez sous la main que du poison; que pouvez-vous prendre qui vous conserve la vie ?
^ 222. Si vous cherchiez ailleurs qu*eiî vous-mêmes et parmi vous; si vous remontiez jusqu'à Dieu, vous vous sauveriez infailliblement.
^. 223. Mais vous n'avez point encore assez souffert de votre obstination, de votre aveuglement.
il/ 224. Les bras qui vous oppriment ne vous ont point encore assez opprimés.
î^ 22 5. Il faut que vous passiez encore par de rudes épreuves, que vous soyez dépouillés et enchaînés
comme vous avez dépouillé et éncbainé les libéfateurs que je vous ai envoyés.
^ 226. Le poison que vous avez donné à Socrale, vous le bftirez; le fiel et l'absinthe dont vous abreuvâtes Christ, vous en serez abreuvés.
^ 227. Vous aurez dent pour dent, œil pour œil. Bien et mal, j'ai tout pesé dans ma justice, et ma justice vous tiendra compte d'un iota pour vous récompenser ou vous punir.
j!^ 2a8. Peuples et nations, vous resterez dans l'avilissement où vous êtes jusqu'à ce quç l'intelligence vous vienne.
^ 22^. Vous direz niaisement : Le monde va mal, il est vrai; mais il ne peut aller autrement.
^ aSo. Nous sommes esclaves ; mais il faut des esclaves. Nous mourons de faim , même en travaillant^ mais il faut que cela soit ainsi .
j^ aSi. Peuples et nations, dit le Seigneur, vous serez plus insensés encore, ou plus blasphémateurs; vous mettrez le comble à votre folie et à votre impiété en ajoutant à ce langage athée, les uns, que je ne m'occupe point de tout cela, et que je laisse tout faire ; les autres, que c'est moi qui le veux ainsi 1
5^ aSa. Quand vous en serez venus à cet excès d'audace et de folie, tout sera consommé; les prophéties seront accomplies.
^ a 33. Le pouvoir des méchants aura tout envahi.
}l^ a34. Alors, que ceux qui n'auront point blasphémé quittent Sodome; je les sauverai.
t 'l'ib. Pour eux, le pouvoir ne sera point la volonté des plus forts opposée à la volonté des plus faibles; ce sera la volonté de tous, manifestée par celui ou par ceux que tous auront élus.