CHAPITRE X
1)11 POUVOIR KLKCTIF OU DU VKHITABLE POllVOIK.
^ I. Tous les hommes sont hommes; qu'ils soient (le la montagne ou de la plaine, des rives de la Seine ou des rives du Mississipi, il importe peu; ils ont les mêmes droits.
iî^ a. Tous doivent porter le fardeau social; nul n'a le droit d'en décharger entièrement quelques-uns pour en charger exclusivement les autres.
j^ 3. Le pouvoir, pour être légitime, doit être l'œuvre de tous: car, s'il n'est que l'œuvre de quelquesuns, les droit» de tous n'ont pas été exercés, et tous les hommes ne sont pas des hommes.
^ 4« Mêmes droits et mêmes devoirs, ou, si l'on veut, somme égale de droits et de devoirs pour tous; tel est le gouvernement social.
i 5. Touchez à cet équilibre de quelque manière que ce soit, la machine sociale va de côté et d'autre, et sebrise à force de secousses.
î' 6. 11 n'est pas de machine, quelque bien établie
qu'elle soit, qui ne se brise quand elle est toujours f irée en sens contraire.
ji^ 7. Ceux qui orientaux révolutionsetàranarcliie lorsque vous leur parlez de pouvoir électif, sont des hommes d'iniquité ou des ignorants.
y S. Ils crient, parce qu'ils craignent le règne de la justice, et que la volonté de Dieu se fasse, et non la leur.
jl^ 9. Criez au voleur dans la forêt, les voleurs quitteront la foret, ou se cacheront dans les parties les plus touffues et les plus impénétrables du bois.
y. 10. Criez justice, justice! au milieu des hommes d'iniquité ; vos cris les -terrifient comme si vous eussiez dit : voleur ! Ils se rendent justice quand vous les prenez par surprise.
ji^ 1 1 . La conscience publique est, au fond, la même chez tous les hommes; seulement, elle est pervertie partout par vos mœurs, vos usages, vos lois, et surtout par vos constitutions sociales.
5^ . 1 2 . Vous êtes constitués en violation flagrante des droits de Dieu et de l'humanité; tout est vicié dans le principe ; que peut-il y avoir dfe bon dans les conséquences?
ii^ i3. Il n'en serait pas ainsi si tous les droits eussent été respectés dans Forigine.
jli 14. Le pouvoir qui n'est pas le résultat de l'élection de tous doit tomber également, après avoir été plus ou moins longtemps attaqué, soit qu'il respecte les droits de tous, soit qu'il les viole.
S^ i5. 11 tombera, disons-nous, lors même que,
par impossible, il respecterait les droits de tous.
^16, Car, s'il est juste, il manque à son origine, et, j'ai presque dit, à sa vocation.
}lf 17. En effet , quelle est son origine? la violation du droit commun.
j/ 18. Quelle est sa vocation? il est appelé à exercer son empire en faveur de ceux qui l'ont élu contre ceux dont il n'a point eu l'assentiment.
jî^ 19. Voilà la véritable position du pouvoir non électif, ou du pouvoir provenant d'une élection fausse et incomplète.
jî^ 20. Et remarquez bien que, dans l'état des choses, ceux qui exercent le pouvoir ne sont point responsables de tout ceci , et que la société qui les tue, a tort, et commet un crime.
5^ a I . Car, ce qui vient de l'injustice et de la fraudé ne peut être conservé que par l'injustice et la fraude.
jî^ 22. Si donc vous êtes torturés, peuples qui né comprenez pas la légitimité du pouvoir social , par ceux que vous avez faits vos maîtres sans conditions, ne disposez pas de leur vie pour cela : vous n'en avez pas le droit.
^ 23. Le crime n'autorise pas le crime, l'usurpation ne sanctifie point l'usurpation.
}lf 24. Je dis plus : Si vous souffrez de l'état dans lequel vous vous êtes mis, gardez -vous de tout briser pour sortir de cet état.
ii^ 25. Ce n'est point par la précipitation et la violence que vous arriverez à briser vos fers.
^ 26. Avancez par l'intelligence et non par la
force; vous progresserez ainsi de manière à netre jamais obligés de reculer.
i 27. Je sais bien que vous ne pourrez avancer toujours que lorsque vous aurez cette intelligence dont je parle.
^ 28. Eh bien ! cette intelligence ne vous viendra que pendant le calme et avec la réflexion.
ji^ 29. Or, le calme et la réflexion n'existent guère au milieu des tempêtes violentes des révolutions.
i 3o. L'emportement et la colère domiinent alors et nous poussent aux excès.
5^ 3i. Il y a bien longtemps que les hommes se battent, que les sociétés se détruisent, que les pouvoirs se culbutent les uns les autres , et nous ne sommes jusqu'ici arrivés nulle part à la fixité gouverne^ mentale.
5^ 32. Et nous n'avons pu comprendre encore les véritables causes de ces secousses sanglantes qui renversent ce qui avait été édifié, et qui édifient ce qui avait été renversé.
j^ 33. Pour les enfants de Dieu, cette cause est facile à connaître; car les enfants de Dieu connaissent la justice; ils l'aiment et la pratiquent.
^ 34. Les enfants de Dieu ne veulent point la justice pour eux seuls; ils la veulent pour tous, parce qu'ils se considèrent comme tous égaux devant Dieu.
^ 35. Quand donc vous voyez les enfants de Dieu au milieu des enfants des hommes, courant avec eux et se mêlant à leurs querelles, ne croyez pas qu'ils
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soient ianimés du même esprit que les enfanta de la mammone.
jl^ 36. Les enfants du siècle ont un es[^t d'animosite les uns contre les autres ; ici , c'est Tesclave qui s'insurge contre son maître; là , c'est ce qu'on appelle le sujet qui se rue contre son souverain.
f 37. Ici, je vois le riche qui dévore le pauvre; là , le pauvre qui déteste le riche, et qui le dépouille quand il le peut.
^ 38. Grands et petits, pauvres et riches , maîtres et serviteurs , tous sont dans un état d'agitation et d'irritation.
^ 39. Et il est nécessaire qu'ils s'agitent ainsi ; car , nul n'est dans sa sphère , et s'il y est, il ne peut y rester en paix.
^ 4o- Le voisin dresse sans cesse des pièges au voisin, le frère jalouse le frère, le père même est suspect à ses enfants.
^ 4i • La guerre n'est pas seulement entre les partis , entre les nations ; elle est sous le toit de la famille.
^' [\i. Chacun a ses créatures, ses amis et ses ennemis , quelle que soit sa position sociale , et la paix ne peut régner un seul instant sur la terre.
^ 43. Quand tout se tait dans le monde, c'est alors même que votre monde est le plus malade.
^ 44- Tout n'est que sécurité apparente , et le calme n'est toujours que le précurseur de la tempête.
^ 45. Votre hiérarchie sociale repose sur un fon-
dément d'iniquité ; elle n'est point le résultat de la volonté générale , et elle est sans cesse en butte aux attaques de ceux qu'elle blesse.
i 46. Vouis vous croyez impérissables quand vous avez la force ; mais vous n'avez qu'une force humaine j et la force humaine n'est point une force indomptable.
i^ 47- Venez de la justice , vous viendrez de Dieu, et votre pouvoir ne périra pas;
^ 4B* Car Dieu vous illuminera quand vous viendrez de lui. 11 vous montrera comment s'exerce le véritable pouvoir et comment il s'établit d'une manière durable.
^ 49* Vous ne murmurerez point en disant toujours après maintes révolutions : Ce n'est point encore là ce qu'il nous faut; nous sommes encore trompés.
^ 5o . Vous murmurez de la sorte parce que vous voulez ce que vous ne pouvez obtenir, parce que vos intérêts sont lésés , parce que, en un mot, vous n'avez point vos coudées franches et que vous souffrez.
^ 5 1 . Mais, quoi que vous fassiez, cet état pénible continuera tant que vous serez divisés par la croyance, et que vous n'aurez pas le même père céleste.
)^ Sa, Pour obtenir un état meilleur , qui vous sauve à tout jamais de l'anarchie, il faut que le pouvoir vous aime tous également, et que vous tous aimiez aussi ceux à qui vous avez confié le pouvoir.
i 53. Or, pour que le pouvoir vous aime et que vous l'aimiez vous-mêmes , il est nécessaire quHl y ait entre vous et le pouvoir communauté d'intérêts.
jl 54- Faites donc, peuples, par votre sagesse, que la chose publique ne soit jamais à la merci de quelques-uns, mais que toujours le petit nombre des intérêts cède à l'intérêt général.
j^ 55. Les hommes ne se trompent que parce que les mauvaises passions les égarent.
ji^ 56. Ne les mettez plus continuellement aux prises avec leurs mauvaises passions, et ils ne se tromperont plus dans le choix du bien.
îl^ 57. Laissez à tous les enfants de Dieu l'exercice libre des droits que Dieu leur a donnés.
5^ 58. Ne dites pas, comme disent les impies : Nous seuls avons des droits à exercer ; le reste de fhumanité^doit nous être as^vi, et si nous lui permettons une fois de participera notre puissance, c'est une concession que nous faisons, et que nul ne peut exiger uns seconde fois de nous.
.^ 59. Un droit naturel est un droit divin , qui ne se perd jamais.
. ^ 60. Le principe de tout pouvoir est dans tous ; et lorsque le pouvoir a été donné à quelqu'un ou à quelques-uns par tous, ce pouvoir doit être repris par ceux qui l'ont donné s'il est mal exercé; comme je puis vous reprendre un fidéicommis si vous en abusez.
5^ 61. Le pouvoir est une charge, et n'est jamais une propriété pour celui ou ceux qui l'exercent.
i 6^. La société le confie ; elle ne le donne pas dans le sens absolu de ce mot.
y 63. Tout, en droit naturel et divin, appartient à tous; donc, rien en fait de pouvoir ne pei|t être aliéné en faveur de quelques-uns.
i 64- Car, du moment que tout est donné à quelques-uns d'une manière absolue, le droit naturel n'existe plus.
^ 65. 11 n'y a plus de grande propriété ni de grande famille humaine; il y a dès lors nécessairement des gens vêtus et des gens dépouillés, des hommes élouffant de santé et des hommes mourant de faim.
y 66. Et dès que le pouvoir, ainsi constitué sans élection ou par l'élection de quelques-uns seulement, a envahi la société, la guerre est allumée partout.
^ 67. C'est alors que le désordre et l'anarchie régnent en souverains absolus sur les^hommes.
^ 68. La lutte est engagée entre les partis par la loi mêmequi devrait organiser les partis etles réunir.
^ 69. Quand donc vous n'êtes pas le pouvoir élu par tous, vous êtes impuissant d'une impuissance absolue à faire le bien.
^ 70. Et remarquez, je vous prie, qu'il importe peu pour cela que vous soyez honnête ou malhonnête homme ; dans l'un ou l'autre cas, même impuissance pour vous d'être juste.
i 71. Que voulez-vous faire? tenir une balance impartiale entre tous les partis?
^ 7a. Mais cela est-il possible? si vous êtes juste de
la justice parfaite, les partis n'en seront que plus acharnés contre vous.
jl^ 73. Parmi vous, mes enfants, dit le Seignmir, ce n'est point la justice qui peut avoir raison.
i 74. La justice tend à tout égaliser en fait de droits , et vous avez des lois et des constitutions qui tendent à tout inégaliser.
i!^ 75. La justice qui vient de moi veut que tous^ soient heureux du bonheur que je donne, moi , c'est-à-dire de ce bonheur qui rend heureux sans '*v nuire à autrui.
}ii 76. Et faits comme vous êtes par vos mœurs et vos lois , vous ne pouvez devenir heureux qu'au détriment du bonhéUr d'autrui, riches que de la misère d'autrui, puissants -que de la faiblesse d'autrui.
f 77. Si vous aviez d'autres mœurs et d'autres lois, et surtout plus d'intelligence que vous n'en avez,, eussiez-vouâ^^^ soliveau pour vous gouverner, ce soliveau vous iiÀiffîrait; il serait l'unité où tout viendrait aboutir, et, en même temps, le lien d'harmoi^e générale.
^ 78. Mais l'homme même le plus ferme et le plus juste ne peut voui convenir; sa volonté, ne pouvant être que sa volonté propre ou celle de son parti , doit se briser tôt ou tard contre la volonté du parti qui sera vainqueur.
)^ 79. Et cependant vous prétendez, insensés que vous êtes , que le pouvoir que vous donnez soit absolu; ou, si vous consentez à ce qu'il soit électif, vous voulez qu'il soit élu une fois pour toutes !
If
i^ 8p. Quel aveuglement est le vôtreF ne voyeasvous donc pas que vous voulez des choses contradictoires et impossibles ?
j^ 8i. Comment un pouvoir même électif , qui n'est que le résultat de la volonté de quelques-uns ou l'effet d'un revirement politique , d'une victoire gagnée, pourrait-il avoir quelque durée?
^ 82. Est-ce que le sort des arpnes et la fortune ne sont pas quelque peu inconstants?
^ 83. On croirait, en vérité, que le monde et les choses du monde ne vous sont connus que d'hier.
jf 84. Oq étiess-vous donc, vos ancêtres et vous, quand les enfants de la Troade et du Pyrée, du Tibre et de la Germanie se prenaient tour à tour le sceptre et la puissance?
^ 85. Où étiez-vous donc quand César défaisait Pompée, quand Brutus tuait César, qu^d Sylla et Marius ensanglantaient la république, et que Germains et Visigoths venaient dévorer plus tard la ville de Romulus et anéantir sa puissance?
jt 86. Et aujourd'hui que se passe-t-il autour de vous? n'êles-vous pas vraiment bien établis dans la paix?
^ 87. Ne vous faites-vous pas encore de petites guerres partielles jusqu'à ce que ce faux équilibre que vous prétendez avoir foé parmi vous venant tout-à-fait à se rompre, vou^ vous ruiez les uns contre les autres dans Ic^ sang çt le carnage ?
^ 88. f jes petitesî qat^ons souffrent des empiète-
ments des grandes, et les petites nations se ^guent un jour contre les grandes.
^ 89. Les populations augmentent d'une manière effrayante , et les moyens de subsistance restent les mêmes ou diminuent.
)l^ 90. Les ferpients 4^ disçça*de ^e mii^^iplient partout; l'état social est un état viqlent pu chacun sqhjFfre du bien comme du mal de phs^cifp,
j!^ 91. La richesse enfaqte la misère j |a mi^^fOi la dégradation de l'homme, la servitude.
j!^ 92. Ce qui serait bon dans une société ççmstituée selon la raison et la justice devient mauvais au milieu de vous, qui ne suivez que la loi 4e J'égoïspf ç et de la caste.
^ 93. Vous vous appelez nobles et grands seigneurs, bourgeois et artisans, propriétaires et prolétaires; je ne puis m'expliquer ce que signifient les trois premières qualifications que vous vous donnez çt aux- ^ quelles pourtant vous semblez le plus tenir.
^ 94. Qu'est-ce en effet que des mots qui ne représentent rien ?
^ 95. Or, un noble, un grand seigneur, un bourgeois, qu'est-ce que cela veut dire, je vous prie?
jl^ 96. Des gens qui vivent dans une complète oisiveté, sans doute, et cela parce qu'ils sont riches.
il^ 97. Mais la paresse et l'inutilité sont-elles donc des titres sociaux?
)^ 98. Les hommes dont les bras sont inutiles, dont l'esprit reste entièrement oisif comme le coitps, sont-ils des hoipmes ?
T 99. Ce ne sont pas même des brutes; car la brute ne reste point inactive; elle agit selon sa nature et le but pour lequel elle a été créée.
^ 100. N'établissez point parmi voos des rangs, des conditions, des titres inutiles.
^ 1 01. Que votre hiérarchie se compose de savants, de lettrés, de cultivateurs, d'artisans; c'est bien : c'est là la hiérarchie de la nature.
i^ 102. Toute hiérarchie qui n'est pas fondée sur de telles bases vous est pernicieuse; vous devez la repousser.
^ io3. Ces distinctions oiseuses que vous admettez aujourd'hui sont nécessaires , j'en conviens j pour défendre TOtre œuvre sociale telle qu'elle est.
^ 104. Avec le pouvoir électif, elles doivent tomber tôt ou tard M' ^ io5. Comprenez bien l'élection, et vous ne la
restreindrez plus à des classes que vous appelez élevées , supérieures , et qu'il vaudrait mieux appeler inutiles.
)^ 106. La supériorité ne peut exister, selon la justice, que par la science, le travail et les services rendus.
ji^ 107. Elle ne peut venir ni de la naissance, ni de la caste, ni de la fortune.
f Ï08. Voilà ce que vous feignez d'ignorer, et ce que vous vous obstinez follement à contredire.
jt 109. Vous craignez de donner trop d^extension, dites-vous, au principe d'élection, qui, bon en lui^^
même, peut devenir une source intarissable de révolutions, si on rétend outre-mesure.
)i^ iio. Vous êtes toujours dans la même erreur; vos révolutions ne sont jamais venues de ce qu'on a donné trop d'extension au principe électif, mais de ce qu'on l'a trop restreint.
jl^ III. On ne se révolte pas quand on n'est pas opprimé; on ne réclame pas ses droits quand on peut les exercer librement. '
5^ 112. Il n'y a qu'un fou qui puisse crier dans la rue, on m'assassine! j>n me tue 1 quand nul ne songe à lui prendre la vie.
5^ 1 1 3. Une nation ne peut être folle de la même folie du moins qu'un individu.
^ II 4. Ne vous prenez plus vos droits les uns les autres ; rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu : chacun de vous aura ce qu'il doit avoir, et n'aura rien à réclamer; ^^
5^ II 5. Et l'abîme des révolutions sera coknblé pour toujours.
5^ 116. L'esclave et l'ilote, l'indigent et le prolétaire n'auront plus de paroles menaçantes et accusatrices contre le riche.
5^ 117. Ou plutôt l'esclavage et l'ilotisme, l'indigence et le prolétariat ayant disparu de la société^ la plaie qui la ronge sera guérie, et le monde sera revenu à son véritable état normal.