CHAPITRE XL
DE LA NÉCESSITÉ d'unE HIEIIARCHIE SOCIALE ÉLECTIVE.
jl^ I . Il y a hiérarchie partout dans la nature. Il y a dans tous les êtres différence de grandeur, de force, de puissance, de durée, d'intelligence.
S^ 2. Le soleil a ses satellites qu'il attire, qu'il repousse , et qui reviennent toujours à lui comme à leur centre et à leur chef.
^ 3. La terre n'est point égale à l'astre brillant du jour; elle n'a point sa chaleur, sa force motrice, sa puissance, sa grandeur; elle est sa servante.
^ 4- Les lois des globes accusent donc une hiérarchie , et cette hiérarchie se répète dans toute la nature.
5^5. Le chêne est plus fort que le roseau, le loup plus fort que la brebis; le lion règne sur la plupart des animaux , l'éléphant les surpasse en grandeur.
^ 6. La plaine est moins élevée que la vallée ; la vallée est au-dessous de la colline , et la colline audessous de la montagne.
^ 7. 11 doit y avoir une hiérarchie en tout, parce
que la hiérarchie, ou la différence de position, de force, de grandeur des êtres vient de la nature même, et que ce qui vient de la nature existe nécessairement, et ne peut être susceptible de destruction.
f 8. Vouloir étabhr une société sans hiérarchie, ce serait tenter l'impossible.
^ 9. Ceux-là seuls veulent détruire toute hiérarchie, qui ne comprennent pas le mécanisme social, ou qui, le comprenant, veulent briser tout frein, toute règle, afin d'exploiter le désordre à leur profit. ^ 10. Si , mes enfants , dit le Seigneur, vous devez craindre ceux qui font de la hiérarchie un moyen de despotisme , vous ne devez pas avoir moins d'é^ loignement pour ceux qui veulent tout niveler.
jr II. Les uns et les autres sont des hommes de désordre et d'hypocrisie.
5^ 12. Ils sont hors de mes véritables lois , et ne veulent que votre malheur.
^ i3. Vous avez vu tour à tour les effets désastreux du despotisme et de l'anarchie; que les malheurs du passé vous servent de leçon pour l'avenir. ^14. Vous qui rêvez le despotisme pour établir une hiérarchie forte et puissante, sachez que le despotisme brise la machine sociale à force d'en serrer les ressorts, et que le pouvoir du despote étouffe , tue la vie sociale au lieu de l'entretenir et de la réchauffer.
j^ i5. Vous qui ne voulez pas de bornes à la liberté individuelle , et qui vous indignez de voir que
l'homme commande à Thomme, sachez que là où il n'y a point de direction, il n'y a point de mouvement combiné y et que là où il n'y a point de mouvement combiné, il y a choc, heurtement, confusion, chaos et mort.
^16. L'égalité sociale ne peut et ne doit exister que devant la loi.
5^ 17. L'inégalité d'intelligence, de force, de puissance est naturelle à tous les êtres.
j^ 18. L'ordre social ne souffrirait point de cette inégalité, si elle restait toujours ce qu'elle doit être dans les diverses sociétés.
^ 19. Mais cette inégalité, fondée par la nature, qui l'a jamais bien comprise?
5^ 20. On établit des hiérarchies selon les temps , les lieux , les hommes et les circonstances.
jl^ ai. C'est-à-dire que la justice, la raison et la vérité ne sont pour rien dans tout ceci, et les lois de la nature sont toujours indignement violées.
^22. Ce ne sont point les besoins et les intérêts sociaux qu'on consulte; on s'établit maître, parce qu'on est le plus fort, le plus protégé, et on dit à ses frères : Vom êtes à moi, vous et vos personnes et vos biens, et moi je ne suis point à vous.
^ 23. En un mot, la hiérarchie telle qu'on l'a faite dans toutes les sociétés jusqu'à ce jour a été un moyen de pressurer, de briser, de détruire.
^ 24. La hiérarchie n'étant qu'une organisation des partis les uns contre les autres , ne sert qu'à entretenir la guerre.
^ aS. Il est bien vrai que s'il n'y avait pas d'autre organisation possible que cette organisation mondaine, il faudrait renoncer à toute organisation sociale, et laisser le monde marcher au hasard.
^ 26. Mais en sommes-nous donc à cet état désespéré, qu'il faille laisser voguer sur la mer orageuse du monde la grande famille humaine sans pilote ni gouvernail ?
i 27. Non, sans doute. Une seule question se présente à résoudre, de la solution de laquelle dépend le salut de l'humanité.
^ a8. La hiérarchie, bien qu'elle ait été fatale à l'humanité jusqu'ici, à raison de ce qu'elle a toujours été le résultat de la haine d'une caste contre une autre caste, est néanmoins d'une nécessité absolue dans le gouvernement des sociétés.
^ 29. Seulement, cette hiérarchie , comment serat-elle établie désormais , afin qu'elle ne soit plus un moyen de despotisme, de désordre, de guerre, d'anarchie?
^ 3o. Les lois, les mœurs, les usages, les coutumes des nations étant parfaitement à rebours de ce qu'ils devraient être, vous n'avez qu'à prendre l'inverse de ce qui est; vous serez dans la vérité et la bonne foi.
)i^ 3i. Il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup de talent et de génie pour être bon législateur; il suffit d'être un parfait honnête homme.
i!^ 32. Un paysan, avec du sens commun et beaucoup de probité, ferait des lois mille fois meilleures
que le jurisconsulte le plus érudit, accoutumé à plaider le pour et le contre et à faire de l'éloquence à tant la ligne.
y 33. L'honnête homme n'obéit qu'à sa conscience; le malhonnête homme se prête à tout, au mal comme au bien, parce qu'il exploite l'un comme l'autre.
^ 34. Je ne vous demande donc qu'une bonne conscience pour comprendre ce que je vais dire.
^ 35. Toute hiérarchie est devenue odieuse ; c'est un fait qu'on ne peut nier ; et cependant une hiérarchie est indispensable; le monde ne peut marcher sans organisation ; ce n'est pas moins indubitable.
i 36. Il est donc quelque chose de radicalement vicieux dans l'organisation de toutes les sociétés anciennes et modernes.
jt 37. Et puisque les mêmes effets résultent des mêmes causes, la hiérarchie des sociétés modernes , organisant par castes, ou, si l'on veut, organisée par castes, tout aussi bien que la hiérarchie des temps passés, doit produire les mêmes ferments d'antagonisme, et par conséquent enfanter les mêmes catastrophes, les mêmes guerres, les mêmes bouleversements qui ont toujours déchiré les nations.
^ 38. Pour sortir de ce chaos, il faut organiser une hiérarchie sociale , et non nationale.
}l/ 39. Les hommes semblent s'amuser à faire et à défaire le pouvoir.
ii^ 4o. Aucune société humaine n'est bien consti-
tuée, parce que toutes sont constituées au détriment et au préjudice les unes des autres.
^ é^i. Vous avez une société anglaise et une société française; une nation anglaise et une nation française.
j^ é^fi. Vous croyez sans doute, vous, homme de sens et de justice, que cette qualification d'anglaise et de française ne gît que dans les mots; vous êtes dans l'erreur.
jt 43. Cette qualification différente signifie que ce qui est bon à Lutèce ne vaut rien à Albion.
j^ 44* Ainsi voilà des lignes de démarcation infi^nchissables sous peine de guerre et de perturbation, établies entre les enfants du même père, qui est Dieu.
j^ 4^* Dieu veut, lui, que ce qui est bon à Londres le soit à Paris, que ce qui convient à Pékin convienne à Constantinople , et ses enfants prétendent le contraire.
f 4^- 1^^ <lés lors, le Dieu de Londres n'est plus celui de Paris, le Dieu de Pékin ne veut point ce que veut celui de Constantinople, et la guerre est dans le ciel comme sur la terre.
^ 47- Si vos lois organiques venaient de l'unité, si toutes partaient du même principe, si toutes étaient l'œuvre de tous pour le bien de tous, vos hiérarchies seraient les mêmes en tous lieux.
f 48- Faites donc que tous concourent, non-seulement à la confection des lois, mais encore à l'organisation hiérarchique, et vous verrez bientôt disparaître cette irritation, cet antagonisme, qui arment et
les citoyens et les nations les uns contre les autres. y/ 49. Que le principe d'élection soit appliqué indistinctement à tous les degrés de la hiérarchie, et que le droit d élire soit exercé par tous, pauvres comme riches.
5^ 5o. Alors, rien ne se fera dans un esprit de haine, d'inimitié, de répulsion.
y 5i. Alors, ne se traiteront plus éternellement des questions de partis, mais des questions vraiment sociales.
jl/ 62. Autrefois, parce que le principe d'élection n'existait pas, ou parce qu'il était soumis au caprice de quelques-uns, votre société était fractionnée en nobles, en prêtres, en vilains et en manants. •
^ 53. Et cette division, si elle n'eût été du moins qu'une division nominative, n'eût point entretenu, excité l'esprit de parti entre des frères.
ji^ 54. Mais elle marquait à chaque parti qu'elle désignait une position, un rang différents, et des obligations, des devoirs différents aussi.
i 55. Le privilège existait pour les uns, pour les autres la corvée.
^ 56. Tel sang était réputé pur, bien qu'il se fût mille fois souillé; tel autre, impur, qui avait été mille fois versé pour la patrie.
y 57. Mais que voulez-vous? cette vieille société d'impies avait appris à blasphémer Dieu à l'école de ses dieux et de ses prêtres.
i 58. Sa hiérarchie ne pouvait être qu'une hiérarchie fondée sur le caprice et l'iniquité.
jr 59. Comment un troupeau d'hommes assez athées pour imaginer le Dieu le plus méchant et le plus atroce qui fut jamais auraient-ils pu avoir assez d'équité et de justice pour établir une hiérarchie vraiment sociale?
^ 60. Quand vous êtes assez méchant ou assez borné pour enseigner aux simples que le Dieu qu'il faut adorer fait porter aux innocents la peine des coupables, quelle justice faut-il attendre de vous?
5^ 61. Quoi! vos doctrines impies sanctifient l'iniquitéy et vous voudriez organiser la justice sociale , vous dont le Dieu n'aime que l'iniquité!
i 62. Non, non. On connaît l'arbre à ses fruits; vous avez produit les vôlres; l'humanité n'a plus qu'à vous couper et à vous jeter au feu comme le mauvais arbre de l'Evangile.
5^ 63. Ce que vous faites est frappé de mort; tout cela ne produit rien d'utile, parce que, n'ayant point été l'élu de Dieu, vos actes ne sont point sanctifiés par lui.
i^ 64. Vous exercez une autorité sur vos frères ; mais vos frères vous ont-ils choisi pour cet office? ne vous êtes-vous pas intronisé vous-même?
ji^ 65. Si vous n'êtes pas là par la volonté de tous, vous êtes maudit, et vos oeuvres le sont aussi.
^ 66 Car, si vous n'êtes pas ce que vous êtes par la volonté de tous, la volonté de Dieu ne se manifeste point par vous; vous ne manifestez que la volonté de Satan.
1^ 67. Ce que tous veulent, Dieu le veut, ou plutôt,
tous veulent toujours ce que Dieu veut, et Dieu ne veut jamais ce que veulent quelques-uns seulement.
^ 68. Or, Dieu est le premier de toute hiérarchie; et vous qui organisez en dehors du droit électif exercé par tous , vous chassez Dieu de l'organisation que vous faites.
f 69. Et quand vous faites ainsi, vous vous séparez de l'humanité, qui se compose des enfants de Dieu.
}^ 70. Car les enfants de Dieu ne sont point avec vous, et ne peuvent y être, les enfants ne devant point abandonner leur père pour suivre ses ennemis.
^ 'ji. Aussi voyez, c'est en vain que vous établissez des hiérarchies; elles ne peuvent se maintenir.
^ 72. Si elles se maintiennent quelque temps, estce la justice qui les maintient? Non, c'est la force, c'est la corruption , c'est le mensonge.
ji^ 73. Et elles ne se soutiennent quelque temps que pour tomber ensuite avec plus de bruit et de fracas.
^ 74. C'est que Dieu ne veut pas que vous ayez ainsi mille et mille hiérarchies différentes.
jir 75. Quand il frappe, par la main du peuple, vos rois , vos magistrats , il vient vous avertir que ce que vous avez fait, vous l'avez fait sans lui , et qu'il faut que cela périsse.
}li 76. Et cela, il vous le dit dans tous les pays, à toutes les révolutions qu'il fait par vous-mêmes ^ et vous n'avez point encore parfaitement compris.
^ 77. Cependant quelques-uns de vous commen-
cent à comprendre; ils voient le mal social sous ce rapport, et ont le courage de vous dire en face le remède qu'il faut employer.
^ 78. Mais, si vous ne les tuez point comme le faisaient vos ancêtres, ces hommes de Dieu , vous les persécutez encore.
^ 79. Allons, allons, ne craignez point les révolutions en établissant la hiérarchie comme je vous le dis.
^ 80. Les révolutions n'éclatent que parce qu'on ne rend pas à chacun selon ses droits.
5^ 81. Vous voulez bien que tous aient des devoirs et des obligations à remplir : pourquoi donc ne voudriez-vous pas que tous aussi eussent des droits à exercer?
f 82. On n'a des obligations et des devoirs que parce qu'on a des droits : le devoir suppose le droit, comme le droit suppose le devoir.
j^ 83. Ceci est établi de toute éternité par Dieu; et quoi que vous vouliez et que vous fassiez, vous ny changerez rien.
^ 84. Il faut que la parole de Dieu s'accomplisse, que le règne de Dieu arrive , que sa volonté se fasse, et que la vôtre ne se fasse plus en ce qui ne vient point de Dieu.
i^ 85. La volonté universelle ne se donne jamais à un seul ou à quelques-uns d'une manière irrévocable.
jî^ 86. Car cette volonté universelle n'appartient a
personne qu'a Dieu, et Dieu seul peut la conserver immuable.
J^ 87. Rendez donc toujours à Dieu ce qui est à Dieu, et n'allez pas vous faire d'autres maîtres que lui en abandonnant follement aux caprices de ceux que vous aurez choisis la volonté que Dieu vous donne à tous, mais qu'il vous défend d'aliéner à qui que ce soit.
jl/ 88. La hiérarchie doit donc être sociale et non nationale, élective et non arbitraire.
i 89. La hiérarchie repose sur le principe d'unité comme la foi universelle*
^ 90. Partout on croit au même Dieu; partout on a la même foi , les mêmes principes.
5^ 91. Partout on a la même pensée, et pour la vie présente, et pour la vie future; partout aussi on a les mêmes moyens de faire que cette double vie soit bonne et heureuse : la pratique du bien et la fuite de ce qui est mal.
f. 92. Or, ce qui est bien est ce qui est bon pour tous, on le sait; ce qui est mauvais est ce qui est contre l'intérêt général , on le sait aussi.
^ 93. Car, maintenant que le monde a la foi nou* velle, et il ne dit plus et ne croit plus, comme le disent et semblent le croire les ignorants et les impies : ce qui est bon pour l'un est mauvais pour l'autre.
^ 94. Dans le nouvel état social , ce qui est bon pour qnelques-^uns est bon pour tous les autres, attendu qu'il y a identité parfaite de biens et de maux entre tous et pour tous.
y 95. Si vous me faites souffrir, vous souffrez; si vous travaillez à mon bonheur ^ vous travailler au vôtre.
Jl^ 96. Vous et moi sommes enchaînés l'un à Taùtre pour ainsi dire, par la même foi , la même espérance, le même avenir et le même présent.
ji^ 97. J'ai dit que les membres de la hiérarchie sociale avaient la même foi, les mêmes biens, les mêmes maux , le même présent, le même avenir tout aussi bien que le'reste de l'humanité , d'où il suit que partout la hiérarchie doit être établie pour maintenir l'harmonie sociale par l'unité de principe et l'unité de but.
^ 98. Vous n'avez qu'un seul maître dans les cieux, qui est Jéhovah : vous n'aurez aussi sur la terre qu'un grand pontife ou pasteur universel, qui vous représentera l'unité divine.
Sf 99. Ce grand pontife, ou pasteur universel, représentant l'unité sociale de par la volonté de Dieu , manifestée par la volonté des peuples qui l'auront élu, vous lui adjoindrez d'autres pontifes que vous iiômmerez pontifes nationaux.
j^ 100. Ces pontifes nationaux auront la même foi que vous, la même foi que le grand pontife.
ji^ loî. Vous aussi, peuples et pontifes, voùà aurez \à même tnorale, la même discipline.
j^ 102. Vous aurez aussi deè prêtres ou pasteur^ ordonnés par vos pontifes et agréés par vous,
jl^ io3. Vous aurez pour ces memlbrés de la hiérarchie sociale une profonde vénération.
jl^ 104. Ce respect, toutefois, ne sera point un respect aveugle et fanatique.
j^ io5. Les hommes ne sont dignes de vénération qu'autant qu'ils sont justes ;
jt 106. Etilsne sont justes qu*autant que, par leurs enseignements et leurs actes , ils sont utiles à l'humanité.
^ 107. Du moment où ils altèrent la foi sociale, où ils foulent aux pieds les intérêts sociaux pour les intérêts d'une nation , d'un parti , d'une caste , ils sont traîtres à l'humanité, et l'humanité ne leur doit que le châtiment de leur trahison.
^ 108. Autant vous les aviez exaltés en les honorant de vos suffrages et les élevant au divin sacerdoce, autant vous devez les abaisser en les déposant et les livrant au mépris public des nations.
}lf 1 09. Vous seuls , mes enfants , a dit le maître des mondes, vous seuls avez le pouvoir d'édifier et de renverser; ce pouvoir, c'est moi qui vous le donne,
^ T 10. Et je vous le donne pour que nul d'entre vous n'attire tout à soi, et que celui de vos frères qui voudrait usurper ma puissance en s'étahlissant votre maître absolu soit brisé par vous.
5^ III. Moi seul dois être votre maître toujours. Ceux que vous choisirez pour le gouvernement et le pontificat seront soumis à ma volonté et à la vôtre.
î^ 1 12. N'écoutez point ceux qui vous diraient que vous troublez l'ordre en déposant les hommes que vous avez choisis.
iî^ 1 13. L'ordre n'est troublé que par ceux qui commettent l'iniquité :
ji^ 1 14* £t ceux-là seuls sont iniques qui se servent de la puissance qui leur a été donnée pour satisfaire leur convoitise, et non dans un but d'utilité générale.
j^ 1 15. Autrefois, mes enfants, dit le Seigneur, les lois que vous aviez faites sans moi, et qui étaient des lois pleines d'iniquité et de mensonge, avaient tout donné aux uns , et rien aux autres.
^ 1 16. I^s impies, les athées, les hommes de cri* mes et d'abominations qui avaient élaboré ces lois atroces s'étaient partagé la terre , et vous avaient exclus pour la plupart de foute participation à ce partage.
i^ 117. Pourquoi ces impies avaient-ils osé vous exclure de la sorte? parce qu'ils avaient pu le faire impunément.
. ^ 1 18. Et pourquoi avaient-ils pu commettre ainsi impunément l'iniquité, et plonger les quatre vingtdix-neuf cenrièmes de l'humanité dans l'ilotisme et dans la misère?
f 1 19. Parce que , mes enfants, continue le Seigneur, vous n'étiez bien établis ni doctrinalement ni hiérarchiquement.
^ 120. Vous n'étiez point établis doctrinalement : vous n'aviez eu parmi vous que des prophètes de Satan , qui vous avaient imaginé des dieux plus méchants et plus menteurs encore qu'ils n'étaient euxmêmes.
5^ 121. Quelques-uns, il est vrai, vous avaient dit
que j'étais un dieu unique, sans égal et sans pareil; mais ils m'avaient encore défiguré à vos yeux, en me faisant cruel , méchant, implacable , et en vous assurant que j'avais choisi un peuple pour le sauver tout seul, et que je maudissais et abhorrais tous le$ autres.
^ 12:2. Et en se disant mes élus^ mes enfants de prédilection, mou peuple choisi, ils s^établissaient vos maîtres absolus , vos tyrans.
jl^ 123. De par moi, vous n'étiez plus rien à leurs yeux , et ils étaient des dieux pour vous.
i 124. Rien de ce que vous aviez ne vous appartenait, que sous le bon plaisir de ces honàmes abominables.
j^ J25. Vous le voyez, vous n'étiez point établis selon la doctrine qui vient de moi; et la doctrine sur laquelle on vous avait fondés, étant une doctrine satanique qui n'avait fondé au milieu de vous que la rapine et le droit du plus fort,
^ 126. Ce n'était ni par la vertu, ni par la science, ni par le bon droit que vos maîtres avaient acquis le pouvoir qu'ils exerçaient sur vous; c'était parle prestige, la bassesse, l'hypocrisie, la force brutale.
9f 1 27. Vous étiez serfs et esclaves, parce que vous aviez été tout à la fois trompés et vaincus.
^ 128. Chaldéens el Jùife, Babyloniens et Egyptiens, Grecs et Romains, Scythes et Germains, vos prêtres et vos rois vous ont dit qu^ils disposaient de mon tonnerre et de ma foudre, et qu'ils pouvaient vous en frapper.
jf 129. Us votis ont dit cela, non pour vous rendre meilleurs et plus heureux, mais pour s'établir sur vous en maîtres.
jl^ i3o. Vous l'avez cru , et vous avez frémi d'épouvante en entendant de telles menaces.
5^ i3i. Les méchants qui vous jouaient en vous effrayant vous ont vus tremblants et imbéciles; ils se sont dit : Ces hommes sont à nous.
^ iSa. Dès ce moment, vos droits se sont évanouis, votre voix a été étouffée; plus de lois, plus de hiérarchie sociales.
i i33. L'humanité n'a plus été qu'un immense troupeau de moutons ou de bêtes fauves à la merqi de quelques cannibales.
^ 134. Celte hiérarchie de sang et de meurtre, de désorganisation et d'anarchie, ne s'est établie parmi vous que parce que vous vous êtes laissé donner par vos maîtres des lois de sang et de meurtre, de désorganisation et d'anarchie.
}i/ i35. Toutes ces horreurs n'ont eu lieu que parce que vous avez souillé mon nom, pollué mes attributs.
^ i36. Vos maîtres se sont fait dieux , et vous ne les avez pas déposés, parce que vous étiez lâches et corrompus, et vos maîtres vous ont méprisés.
^ 137. Ils se sont dit : Ils ne savent point exercer leurs droits ces hommes qui nous avaient élus d'abord; ils méconnaissent leur dignité dVnfants de Dieu : qu'ils soient donc nos esclaves.
j^ i38. Et (lès lors la hiérarchie sociale n'a plus été que le résultat de la violence et de la guerre.
ii^ iSg. Les peuples se sont armés pour détruire les peuples; les rois, pour s'arracher leurs couionnes;les enfants, pour briser le joug de l'autorité paternelle.
^ i4o. La loi et la règle sociales que j'avais données au monde ayant été remplacées par l'arbitraire et le caprice, le monde est allé roulant de révolutions en révolutions, sans jamais pouvoir s'arrêter dans là paix et la stabilité, parce qu'il n'y a de paix et de stabilité qu'en moi.
ji^ i4i. Or, la loi et la règle que je donne, je vous les donne à tous, parce que vous êtes tous mes enfants et que je veux tous vous sauver.
^ i4a. Ayez donc tous une même loi, une même règle : vous serez fondés sur l'unité, et étant fondés sur l'unité, vous serez forts et indomptables; car l'unité, c'est moi.
^ 143. Unité donc dans la foi, unité dans la règle sociale, et vous vivrez tranquilles et glorieux.
^ i44* Division dans la foi, division dans la règle , et vous vivrez dans le trouble et l'agitation, la misère et l'opprobre.
}lf 145. Vous venez de l'unité , vous devez retourner à l'unité, tous tant que vous êtes; constituez* vous donc tous par tous : vous aurez fait ma volonté sur la terre comme elle se fait au ciel, et l'ordre régnera sur la terre comme il règne dans lescieux.
CHAPITRK XII.
UE LA PUOPI\l]ÉT£, DU RESPECT Qu'oN LUI DOIT; DES MOYENS LÉGITIMES DE l'aCQUÉKIR, DE LA CONSERVER,
I":t de la manière de la transmettre.
^ I. La propriété est le droit par lequel une chose appartient en propre à quelqu'un.
i^ 2. La propriété s'acquiert de deux manières: par le travail et par l'hérédité.
^ 3. La propriété acquise par le travail peut être illimitée, à condition toutefois que celui qui la possède ne la fasse pas servir à tarir les sources de la prospérité publique, nul n'ayant le droit d'employer la surabondance de vie qu'il s'est acquise à étouffer la vie sociale.
ji^ 4- Le grand propriétaire est obligé d'entretenir par le travail la vie de ses frères , en occupant leurs bras, utilisantieur industrieetleur offrant les moyens d'arriver à un état d'aisance, et même, s'ils en sont capables, à l'état de haute prospérité qu'il a atteint lui-même.
ji^ 5. La propriété qui vient de Thérédité est celle que donne le droit de succession. Cette propriété, n'étant point le résultat , le produit du travail de celui qui succède, est essentiellement limitée.
}l/ 6. Elle ne doit être concédée à Thérilier que comme moyen d'existence , non comme moyen de luxe, qui ne doit s'acquérir que par le travail.
^ 7. L'hérédité, en ce sens, est sainte et sacrée , parce que tous les enfants de Dieu , en venant au monde, ont droit à la vie et à être vêtus.
y 8. Le désordre et la guerre dans toutes les sociétés humaines viennent de ce que la propriété n'est point établie par le droit que nous venons de dire , et de ce queledroit d'hérédité est illimité presqueautant que le droit de propriété provenant du travail.
ji^ 9. Dès que la fortune se transmet, non pour établir la vie de l'héritier, mais pour la rendre abondante outre mesure , la fortune arrive à celui qui n'a rien produit, ou du moiiiS qui n'a pas produit ce qu'il va posséder, et dès lors le travail est déprécié et la fainéanlise glorifiée.
il/ 10. Puis, cette fortune qui s'entasse dans des mains paresseuses, inutiles, arrête le mouvement social, et tarit les sources de la prospérité publique sur un point , ce qui est un crime de lèse-humanité.
i ï i . Ne doniiez donc à l'hérédité que ce qu'il faut lui donner, afin qu'il n'y ait point parmi vous de membres autorisés, encoiiragés à rester des membres parasites.
y 1*2. Que tous produisent et soient obligés de
produire pour jouir, et que ceux qui jouissent ne puissent jouir sans faire jouir leurs frères.
î^ i3. Or ce n'est point là ce que vous faites : et la propriété parmi vous, au lieu d'être le prix du travail, de la justice, ne pouvant être que le résultat de la violence et de la fraude, se perd parla violence et la fraude.
j^ 14. Et ceux qui possèdent tremblent de la frayeur qu'ils ont de perdre ce qu'ils possèdent, et ceux qui ne possèdent rien tremblent, parce qu'ils sont nus et qu'ils ont froid, ou parce qu'ils sont effrayés pour l'avenir.
^ i5. Voilà comment Dieu vous punit, vous qui êtes riches et qui n'avez point d'entrailles, et vous qui mourez de faim, et qui souffrez lâchement qu'on vous arrache le pain que Dieu vous donne.
5^ 16. Tous, vous manquez d'intelligence et ne connaissez pas même les premiers éléments de l'organisation sociale.
^ j'j. Vous, riches, croyez ne pouvoir posséder en paix et jouir de votre fortune qu'autant que vous avez à vous seuls ce qui &ufiSrait à des milliers de vos frères que la misère dévore.
5^ 1 8. Et vous qui n'avez rien , êtes si bornés aussi et si ignorants en science sociale , que vous en êtes à dire et à croire qu'il est bien qu'il en soit ainsi !
i^ 19. Tous, quand vous parlez de la sorte, vous blasphémez Dieu, l'humanité, et vous insultez k
vous-mêmes.
ji^ ao. Dieu a-t-il donc fait le riche pour dévorer
la substance du pauvre, et le pauvre pour être le marche-pied du riche?
)^ 11. Sans doute, toutes les fortunes ne peuvent pas phis être égales que les appétits et les capacités.
y 22. Il en est qui peuvent plus, et d'autres qui peuvent moins; il en est qui consomment plus, et d'autres qui consomment nioins.
}l/ a3. Il en est qui sont plus laborieux , d'autres qui le sont moins.
5^ 24. Mais en est-il qui doivent être vêtus et nourris de manière à étouffer de chaleur et de santé , et d'autres dépouillés et privés de tout jusqu'à périr de froid , de soif et de faim ?
^ 25. S'il en est ainsi, Dieu ne sait donc ce qu'il fait! oseriez -vous proférer cet horrible blasphème?
5^ 26. C'est donc vous qui avez fait ce qui se voit dans votre ordre social .
}^ 27. C'est donc toi, homme mille fois insensé , mille fois aussi méchant et pervers, depuis que tu t'es séparé de ton Dieu , c'est donc toi qui as fait ce chef-d'œuvre !
^28. Tes lois et tes codes que tu nous vantes tant , et que cependant tu fais et défais sans cesse, sans jamais rien produire qui ne soit d'un fou et d'un insensé, tes lois et tes codes ne savent donc qu'organiser la misère et la richesse !
i 29. O enfants des hommes f que vous êtes bien punis par là où vous avez péché !
î' 3o. Comme les enfants de Noë, vous avez voulu escalader le ciel pour y détrôner Dieu, et Dieu,
pour vous confondre, voujJ a oté le sens et la raison.
^ '^i. Votre langage a été confondu, et votre intelligence aussi; vous n'avez plus su d*oii vous veniez, qui vous étiez ni où vous alliez.
i' 32. Ne dirait-on pas, à vous voir vous voler chaque jour les uns aux autres le pain qui vous nourrit, que la terre va vous manquer?
jf 33. Ne semble-t-il pas qu'il n'y a plus de pâturages pour le troupeau, et qu'il faut que le troupeau périsse ?
i 34- Vous ne savez pas jouir de ce que vous avez, et cela parce que vous êtes trop avides de ce que vous avez et de ce que vous n'avez pas et que vous voudriez avoir.
^ 35. Votre avidité fait votre malheur. Vous n'avez point opposé de frein à l'avidité du riche, parce que vos lois ont été faites par le riche pour lui servir de bouclier contre le pauvre , voire même de massue pour le tuer en cas de résistance.
^ 36. Et dès lors, il a bien fallu que le riche fût sans cesse armé contre le pauvre, et que le pauvre épiât sans cesse le riche pour lui prendre sa fortune.
ifc 37. Que voulez-vous? quand la vie est à ce prix, il faut bien la conquérir ou la conserver à ce prix.
^ 38. Si vous étiez moins bornés ou moins méchants, au lieu de cette défiance que vous avez les uns des autres, bientôt il n'existerait plus entre vous que des rapports d'une douce fraternité et d'une entière confiance.
jl^ 39, Mais des relations de cette nature ne peu-
y 56. Dès que le mal est connu, qui pourrait dire que le remède est impossible?
y 57. Il est une manière naturelle d'acquérir la propriété, et cette manière, parce qu'elle est naturelle, est la seule juste, la seule équitable.
y 58. Tout ce qui est acquis de cette manière est selon l'ordre, et ne froisse les droits de persqnne.
5^ 59. Le cultivateur qui, à force de remuer la terre durant des années, est arrivé à grossir ses revenus et à se donner des aises qu'il n'avait pas, s'étant enrichi par les voies de la justice et de la nature, n'a causé nul désordre, nul malheur parmi ses frères.
jf 60. Il n'a point fait couler de larmes ; il n'a point arraché à la veuve son denier ni celui de ses orphe- . lins; son infatigable activité a, au contraire, répandu l'abondance autour de lui en fécondant la terre.
iî^ 61. Que la propriété ne s'acquière et ne se conserve que par des moyens de cette nature, et jamais il n'y aura parmi vous des riches qui auront tout accaparé, et des pauvres qui seront entièrement dépouillés.
ii^ 62. Il est donc bien facile de voir la cause qui ne permet pas à notre société actuelle de jouir d'une paix et d'une tranquillité véritables.
j/ 63. La fortune et la propriété, n'étant acquises et conservées parmi nous que par des moyens factices et pleins d'iniquité, y sont aussi ébranlées et même détruites par les mêmes moyens.
^ 64. Je m'explique : on donne de la valeur à ce qui n'en a pas, du prix à ce qui n'a qu'un prix
conventionnel , et ainsi on substitue la fiction à la
réalité.
ji^ 65. On devrait échanger des valeurs réelles contre des valeurs réelles ; et on échange des valeurs fictives contre de véritable» valeurs.
jî^66. Et tout ordre est tellement renversé, que ce qui n'est point le résultat d'un travail , d'une industrie utiles, a souvent plus de prix aux yeux des hommes moutonniers que ce qui provient d'une industrie et d'un travail légitimes.
ii^ 67. Le cultivateur qui, après Dieu, nous donne notre pain quotidien , après avoir tourmenté la terre durant un demi-siècle, trouve à peine une place à l'hôpital pour lui et ses enfants.
^ 68. L'artisan, l'ouvrier qut nous couvren t le corps de riches vêtements et nous abritent sous de somptueux palais, souvent aussi voient arriver le terme d'une vie longue et laborieuse au milieu des horreurs de la hideuse misère.
ji^ 69. Et l'homme dont les bras et le corps furent oisifs et paresseux tout aussi bien que son esprit et son intelligence , on le voit jeter à des oisifs comme lui les biens dont il surabonde.
5^ 70. Ainsi, faits comme nous sommes, le travail est néfaste au travailleur, bien que pourtant il soit nécessaireaux besoins de la vie, et que, de plus, il soit essentiellement hygiénique.
ji^ 71. Les jouissances matérielles n'existent pas pour ceux qui les produisent; elles n'existent que pour ceux qui les paient, et qui les paient fort mal.
y/ 72. Ce qui est ulile n'est ni apprécié ni connu ; on ne connaît et on n'apprécie que ce qui est superflu ou inutile.
y 73. Le saltimbanque , l'usurier, l'agioteur, roulent sur Tor; le laboureur, qui produit la vie, l'ouvrier, l'artisan, qui la conservent, roulent sur la vermine.
ji^ 74- La propriété mal acquise est aussi mal employée.
i 75. Ceux qui possèdent, pourla plupart, croient être conservateurs, parcequ'ils se cramponnent bien fortement à leur propriété , et ils ne voient pas qu'ils ne sont que de grands iipprudents qui s'exposent à se faire dépouiller.
ylf 76. £n effet, deuk causes permanentes dans la société actuelle mettent sans cesse la propriété et les propriétaires en question.
J^ 77. Les moyens anti-sociaux, les voies fausses, par lesquels on arrive le plus souvent à la propriété, et l'effroyable concentration de la richesse en un trèspetit nombre de mains.
J^ 78. Dieu a voulu que chaque être créé prît sa part de la vie commune , à la charge par lui de contribuer pour sa part à la vie de tous.
i 79. Tout est établi sur l'échange; c'est une règle <le Dieu que nul n'a le droit d'enfreindre^
V 80. Mais encore une fois, l'échange ne peut exister qu'entre des valeurs réelles.
î 81. Car, dès qu'il existe entre des valeurs fictives, ou bien entre une valeur réelle et une valeur
fictive, le désordre et Tiniquité commencent à setablir.
y 82. Dès lors, il est dans la société des membres parasites qui n'apportent rien à la communauté , qui ne produisent rien, et qui néanmoins absorbent, et absorbent d'autant plus qu'ils produisent moins.
il/ 83. C'est une erreur de croire qu'on paie son tribut à la société quand on est riche, pourvu qu'on jette quelques parcelles de pain à ceux qui ont faim et qu'on donne quelques verres d'eau à ceux qui ont soif.
)^ 84. Les riches qui sont de bons riches et qui ont du sens n'entendent point ainsi la philanthropie.
, ^ 85. Donner à manger aujourd'hui seulement à celui qui a faim, c'est faire le bien au jour le jour; ce n'est point guérir à tout jamais la plaie sociale.
5^ 86. Les moines et les prêtres de tous les temps et de tous les pays en ont fait autant, et on sait si les moines et les prêtres ont jamais cherché à exister autrement que par la misère et l'abrutissement des peuples.
y 87. Vous me vantez les aumônes que vous répandez soit par vous, soit par ceux que vous appelé^ les hommes de Dieu.
ji^ 88. Mais que voulez -vous par vos aumônes? est-ce bien l'humanité que vous voulez rendre heureuse?
jî' 89. Non , non , mille fois non. Vous voulez la maintenir dans letat où elle est, parce que votre insatiable cupidité vous fait craindre que la vie ne
soit point assez féconde en plaisirs et en jouissances pour vous si elle vient à être moins pénible pour vos frères.
^ 90. Vous dites donc à ceux qui meurent de faim : Ne vous plaignez point de votre état; souffrez avec rési^ gnalion : Dieu vous récompensera dans un autre monde,
^91. Comme si vous disiez : Laissez-moi tout prendre à moi, tout posséder, et contentez-vous de quelques miettes de pain que je voudrai bien parfois laisser tomber de ma table pour vous empêcher de mourir de défaillance,
y 99.. Vous le voyez, vous ne faites le bien que l)our entretenir le mal , et vous êtes presque aussi méchant quand vous donnez que quand vous ne donnez pas.
^ 93. Mais vous finissez par faire votre mal à vousmême; quand vient une révolution, enfantée parla misère et la faim, vous êtes horriblement persécuté, dépouillé, ^mis à mort.
^ 94. La justice de Dieu s'exerce sur vous d'une manière effrayante; vous êtes traité comme vous aviez traité les autres au temps de votre prospérité.
i^ 95. Le vase était trop plein, il a éclaté, et ces lichesses que vous y aviez accumulées aux dépens de vos frères, vos frères les reprennent aujourd'hui, et tout est perdu pour vous.
j!^ 96. Si vous aviez la science de la vie et du véritable bonheur, vous ne chercheriez point vos jouissances dans l'égoïsme et l'accaparement.
i 97. Vous verriez que Ccxdusivisme tue la vie au lieu de la conserNer; cl non-seulement la vie parti-
culière de chaque membre delà grande famille, mais la vie générale de tous.
)l/ 98. Mais non , vous voulez être heureux à part , et par-devers vous seuls.
}l/ 99. Eh bien ! vous n'êtes que malheureux en faisant ainsi.
y/ ïoo. En effet, tous tant que vous êtes, vous n'avez point une vie tranquille, mais une vie que vous tâchez de vous arracher les uns aux autres.
^ TOI . Le riche donne le moins possible au pauvre de ce que Dieu lui a donné pourtant pour le pauvre et pour lui.
iî^ 102. L'indigent, le prolétaire, voyant qu'ils ont à peine de quoi ne pas mourir de faim , prennent ce qu'on s'obstine à ne pas vouloir leur donner quand ils croient pouvoir le prendre sans danger.
y io3. Vous n'avez sanctionné jusqu'ici que le droit du plus fort ou du plus adroit; le droit du plus juste, du plus laborieux, n'existe pas.
llf 104. 11 n'y a vraiment parmi vous que des loups qui dévorent, et des agneaux qui sont dévorés.
y io5. Et tous vous êtes si bornés ou si méchants que vous ne comprenez pas ou que vous paraissez ne pas comprendre qu'il puisse en être autrement.
y 106. Ne savez-vous donc pas en quoi consiste l'hygiène de la vie ?
ji^ 107. Jusqu'à quand ignorerez-vous donc qu'il ne vous faut qu'une certaine quantité de nourriture pour vous bien porter?
i^ 108. No voyez-vous pas que les enfants du pro-
\^/j.ii:.r. <:f ;y; ^b fv.'"'-, ';jL^ i^b ♦'Liaijtî) d*r la nchessr
> j'/'^ ^'o■J^ fj <fvfir ôonc }>abk bojjLeur que^ou-
> / lo. ^/'rbl *ioiJC a loft que pour être heureux vout h<jMUiiil*:/> licJuebMrb bur nchesses- si Lien qu'il t^'jtiïâU*. qfi<? voiib visie/ 4 <Ui\'f^îiir seul et unique pro- ^ffU-tniit: fit: la l/-rr«?.
> I M. Voii>> p^/bM'î'ieiiez paisiblement si vous ne po^,^»/^d(^/ que Mî que VOUS devez [>osséder ; mais parce (|u<' votre rupidit/^ n'a pas de bornes, vous possédez tfi in^mbl'iul, comme un voleur qui a pris le bien d'afjfriJi.
'^ tijL. (îVfhl que Dieu ne veut pas que vous preniez trop de pL'iee sur la terre qu'il vous a donnée; ï\ veut que vous en laissiez pour votre frère, à qui il l*(i dorin/M! comme à vous.
y I il. Voici donc votre loi d'acquérir et de pos- «éder, rmîH enfaiilH, a dit le Seigneur votre Dieu et le
mien.
^ 1 1/| Acqucrez par le travail, et conservez par le
I ru viiil.
il' 1 1^. Le travail, c'est h^ mouvement, c'est l'action , c'est la vir produinant la vie et la conservant.
n' I iti. Si vous ne Iravailloz pas, vous ne jouirez pas; ou si vous jouisses, vos jcmissances vous seront nclastcs.
\ 117. C'o que vous aurez acquis par votre travail, par vtJhe industi^ie, par votre science, jouissez^en
- iHI — pendant que vous êtes sur celle terre: \ous en nv»"/ le droit.
y II 8. Cependan:. si vous avez de grandes richesses, regardez bien autou?- de vous, et ne crove/ pas que vous deviez laisser sans soulagement la misère de vos frères.
y 1 1(^. Ce n'était pas pour vous seuls que Dieu vous avait donné des bras , de l'intellieenre . du génie: vous ne devez donc pas tfïut rapporte!- i\ vous.
i 120. Ptenoncez à cette cupidité impie qui vous fait tout accaparer ]»our vous el les vôtres.
y 121. Cest cette infernale convoitise pour vous et les vôtres qui jnoduit la guerre entre vous.
i' 122. C'est elle qni vous rend, tantôt si bas, si vils, si mercenaires, si esclaves, si hypocrites ; tantôt si tyrans, si des]»()tes, si pleins de fierté et d'insupportable orgueil.
ii 123. Jouissez du fruit de votre travail, de votre industrie, de votre science, de vos sel'^ices rendus à rhumanité; c'est un droit que nul ne peut vous contester.
y 124- Cependant, que vos jouissances ne soient point des jouissances d'égoïstes; car, s'il en était ainsi, ces jouissances nuiraient àl'ordre en devenant pleines de luxure pour vous et fécondes en miséivs et en privations pour vos frères.
y 125. Quand vous êtes riches, vous êtes les providences de ceux qui ne le sont pas, et vos bienfails doivent se répandre sur vos fivres t\\i\ sou^*'
comme la rosée fécondante du ciel se répand sur la plante desséchée par le brûlant Eucaléon.
j^ 1 26. Si vous avez accaparé pour accaparer seulement , vous n'êtes point des enfants de Dieu; vous avez voulu arrêter la vie commune en attirant tout sur un seul point; vous avez blasphémé Dieu et l'humanité.
ji^ 127. Voilà néanmoins ce que vous faites pour la plupart, et c'est ainsi que vous vous arrachez la vie les uns aux autres.
5^ 128. Si du moins votre convoitise ne s'étendait pas au-delà de la vie, si cette immense fortune que vous avez acquise revenait à la grande famille quand vous n'êtes plus, le remède serait à côté du mal, et la société n'arriverait plus à ces horribles convulsions qui viennent périodiquement lui déchirer le sein et la réduire à deux doigts de sa perte.
f 129. Mais vous semblez avoir à cœur de prolonger votre convoitise et vos iniquités au delà de la tombe.
i^ i3o. Vous avez été égoïstes, vous voulez que vos enfants le soient comme vous.
y i3i. Vous dites : Il en est par milliers parmi les enfants de Dieu qui ont mené une vie pleine de privations, de douleurs et de misères, bien que cette vie ait été une vie utile et laborieuse.
^ i32. La pratique de la vertu et de pénibles et immenses travaux n'ont pu les sauver de la misère la plus affreuse.
y i33. 11 cil est d'autres, au contraire, qui n'ont eu
que la peine de naître , et qui, sans avoir payé le moindre tribut à la société, sont affaissés sous le poids de la richesse.
jl/ 134. Cela n'est pas juste sans doute; et cela n'est pas selon la loi de Dieu , qui veut que tous aient de quoi se vêtir et se nourrir.
i i35. N'importe : le monde est ainsi fait à rebours, et il ne faut rien y changer.
il^ i36. Il serait juste de dire à nos enfants : Vous êtes d'hier; vous n'avez point souffert comme nous qui vous transmettons d'immenses fortunes.
5^ 137. Mais nous avons une multitude d'infortunés qui ont porté le poids du jour durant de longues années, et qui sont dénués de tout.
ji^ 1 38. Si vous êtes nos enfants, si notre sang coule dans vos veines, ces infortunés sont nos frères; car ils sont, comme nous, les enfants de Dieu.
j/ 1 39. Nous ne vous devons donc , et vous ne pouvez en conscience recevoir de nous, que ce qui est nécessaire à la conservation de la vie que Dieu vous a donnée.
f 1 4o. Si vous voulez arriver à l'état d'opulence que nous avons atteint, que ce soit par de longs et honorables travaux et par d'immenses services rendus à l'humanité.
^ i4i. La fortune ainsi acquise et ainsi possédée, bien loin de devenir fatale à l'ordre, serait en quelque sorte le grenier d'abondance de l'humanité.
5^ il\i. Nous allons donc assurer votre existence, à vous qui êtes notre sang, la chair de notre chair;
— 2S4 — mais sans oublier nos frères, de la grande famille qui souffrent.
jî^ 143. Et afin que ces frères qui souffrent, poussés par la faim , ne viennent point un jour vous demander compte de la vie que vous tt nous leur aurions prise en ne venant point à leur secours , nous allons laisser tomber sur eux comme sur vous quelques parcelles de ces grands biens que nous tenons de la bonté divine.
jl/ i44- Hélas! qu'a vous- nous dit? c'est bien là sans doule la justice; ce devrait bien être la loi humaine, car c'est la loi de Dieu.
^145. Mais la pauvre humanité est tombée dans l'enfance et la folie ; elle ne nous comprendra pas.
9l 146. Nos dernières volontés ne seront point sacrées pour elle. Qu'y a-t-il de sacré pour l'homme qui a perdu le sens et foulé aux pieds la seule loi qui vienne de Dieu, la loi naturelle?
^ 147. La justice n'est plus aujourd'hui, aux yeux de l'humanité, qu'une vaine théorie qu'il serait extravagant et impossible de réduire à l'acte.
^ 148. Nous voyons le bien que nous devrions faire ; mais nous faisons le mal , parce que la pratique du bien a trop de chances pour nous et de périls.
^ 149. Prenez donc ces immenses richesses, vous qui n'avez rien fait pour les posséder, puisque vous n'êtes que d'hier.
y i5o. Prenez-les et possédez-les au milieu des dangers , des craintes et des tremblements.
)! I ?) I . C.ar vous avez autour de vous des frères
qui périssent de besoin , et que l'envie, la jalousie et la colère tiennent dans un état incessant de rébellion contre vous.
J^ i52. Prenez-les et ajoutez-y encore, afin d'augmenter ainsi sans cesse le nombre de ceux que dévore la faim.
^ i53. Prenez - les , et transmettez -les quand vous les aurez grossies encore, ces richesses, à vos enfants, comme nous vous les avions transmises nous-mêmes.
5^ i54. Un jour viendra, comme il est venu tant de fois depuis six mille ans , que les hommes sont devenus les enfants du désordre et de Satan, d'enfants de Dieu qu'ils étaient; un jour viendra où le loup chassé du bois parla faim vous dévorera vous et ce que vous avez : n'importe , jouez le tout pour le tout, c'est la mode de faire ainsi.
^ 1 55. Ce ne sont point là de vaines déclamations ; si ce n'est là ce que vous dites, c'est du moins ce que vous faites tous les jours.
}^ i56. Et c'est en vain que l'histoire de l'humanité vous apprend que tous les bouleversements sociaux ont eu les mêmes causes, l'ambition effrénée, le despotisme impie des ims, et l'excessive misère, l'affreux esclavage des autres ; vous ne voulez rien faire pour guérir ces plaies qui gangrènent le monde depuis tant de siècles.
ji^ 157. On vous dit : Ce ne sont point les hommes qu'il faut tuer : ce sont les mauvaises doctrines; et
— 28G vous tuez les hommes et conservez leurs mauvaises doctrines.
S' i58. Vous parlez sans cesse du respect dû à la propriété, et vous-mêmes manquez chaque jour à ce respect en cherchant, par tous les moyens, à renverser vos rivaux et à vous emparer de leurs dépouilles.
^ iSg. Propriétaires et prolétaires, vous vantez l'ordre et ne le connaissez pas; la justice, et ne pratiquez que l'iniquité.
^ i6o. Vous savez vous jalouser, vous haïr; vous savez vous arracher par la calomnie, la ruse, la bassesse, la mauvaise foi, et parla force, vos biens, votre fortune, votre honneur, votre tranquillité; c'est la seule science que vous ayez puisée à l'étude de l'histoire des générations passées.
ji^ i6i. Il est vrai que cette histoire n'est guère qu'une histoire de meurtres et de dilapidations; ne puisez donc plus à cette source empoisonnée.
T^ 162. Il est un livre plus saint et plus sacré; c'est le livre de la nature; lisez dans ce dernier : il est écrit tout entier de la main de Dieu ; brûlez le premier , il est écrit de la main de l'homme, et l'homme n'y a écrit que le mensonge.
iî^ i63. Vous tremblez toujours pour l'avenir ; vous êtes dans des frayeurs continuelles qu'on ne vous dépossède de ce que vous avez acquis par votre travail ou de ce que vous tenez de vos parents.
Si i64- Savez- vous pourquoi vous êtes ainsi sans cesse dans l'inquiétude et les tremblements , au mi-
lieu même des jouissances de l'opulence et de la richesse?
y i65. Ah! c'est que pendant que vous vivez, il en est parmi vos frèrcîs qui ne vivent pas ! C'est que pendant que votre présont et votre avenir sont assurés, il en est qui n'ont ni le présent ni l'avenir, et qui ne peuvent se les assurer, quoi qu'ils fassent.
^ i66. Voilà d'où vient que vous ne pouvez jouir tranquillement, quelque honnêtement que vous ayez acquis et que vous possédiez d'ailleurs.
y 167. Car c'est une chose remarquahleque dans l'état social tel qu'il est fait, les bons riches ne sont guère moins exposés que les mauvais à tout perdre dans les révolutions.
^ 168. Comment se fait-il que vos économistes, qui ont écrit tant de fois sur la propriété, sur les moyens de l'étendre et de la faire valoir, n'aient pas songé avant tout aux moyens de bien l'établir et de la conserv^er ?
^ 169. Riches et pauvres, je le sais, dit le Seigneur, j'ai entendu mille et mille fois vos murmures insensés : vous m'accusez, les uns de ne pouvoir jouir en paix, les autres de n'avoir à jouir de rien.
^ 170. Mais, accusez- vous vous-mêmes , car votre mal vient de vous.
ii^ 171. Est-ce ma loi ou la vôtre qui étabht la propriété? est-ce ma loi ou la vôtre qui entasse tout sur quelques têtes, et qui ne laisse rien au grand nombre ?
î 172. Est-ce ma loi qui livre la fortune publique
aux dilapidations éhontées de l'immoralité et de la corruption?
5^ 1 73. Est-ce ma loi que vous suivez dans la répartition de vos richesses?
^' 174. Est-ce ma loi qui est pleine d'iniquité et en même temps de folie, au point de vouloir enrichir encore ceux qui déjà sont étouffés de bien-être et de jouissances matérielles?
f 175. Mais, mes enfants, il n'y a que vous qui puissiez être assez fous et assez méchants tout à la fois pour croire qu'on n'est heureux du véritable bonheur que lorsqu'on étouffe de joie et de plaisir.
^ 176. Ma loi , si vous étiez assez honnêtes ou assez éclairés pour la connaître , vous montrerait que vous ne soupçonnez pas même en quoi consiste le bonheur de la vie, que vous poursuivez pourtant avec tant d'ardeur.
5^ 177. Le bonheur de la vie consiste sans doute à jouir paisiblement et librement de la vie.
i^ 1 78. Le bonheur de la vie doit être, pour le riche, ou si vous voulez, pour celui qui possède, de jouir tranquillement de ce qu'il possède, d'être assuré de ne point être dépouillé et de ne point per dre en quelques instants le fruit de longs et pénibles travaux.
^ 179. Pour celui qui ne possède pas , ou qui possède à peine de quoi satisfaire aux besoins de la vie , le bonheur doit consister dans l'exercice libre de son industrie et dans l'emploi libre aussi des moyens
qui peuvent lui procurer une existence plus facile.
ji^ i8o. Or, qui ne voit que, dans l'état actuel, ce bonheur ne peut exister ni pour le riche ni pour celui qui ne l'est pas?
ji^ i8i. Si j'aspire à moi seul l'air qui est nécessaire à la vie de plusieurs , évidemment, moi seul ai la vie, et ceux qui sont autour de moi la perdent.
i!^ 182. Si donc votre loi sociale permet l'accumulation de la richesse d'une manière effrayante entre les mains de quelques-uns, votre loi est meurtrière, car elle veut que le plus fort ou le plus heureux dévore le plus faible.
}^ i83. Eh bien! votre loi sociale, non-seulement permet l'accumulation des richesses d'une manière effrayante entre les mains de quelques-uns, mais elle veut même, par toute la force qui est en elle, que cette accumulation ait lieu.
ii^ 184. J'en conclus que votre loi établit la lutte, et non l'harmonie sociale.
^ i85. Vous ne savez que médire : Vous voulez donc bouleverser tout ce qui est, et prendre à ceux qui ont quelque chose pour donner à ceux qui n'ont pas? c'est donc une révolution, un renversement que vous provoquez , tout en protestant contre les bouleversements et les révolutions ?
^ 186. Ceux-là seuls veulent les bouleversements et les révolutions, qui posent les causes desquelles résultent les bouleversements et les révolutions.
}l/ 187. Or, les ébranlements sociaux n'ayant lien que lorsque la vie générale est mal répartie , vous seuls, qui nous accusez, faites les révolutions et les ébranlements, car vous seuls voulez que la vie générale soit mal distribuée.
^ 1 88. Et c'est parce que ce que vous faites est une provocation continuelle aux bouleversements et aux révolutions que, riches et pauvres, n'avez ni paix ni bonheur, l'avenir étant presque aussi gros de tempêtes pour les uns que pour les autres.
yli 189. Si la concentration de la propriété n'est pas la cause des bouleversements et des révolutions, dites pourquoi , depuis six mille ans, l'histoire du monde n'est que l'histoire des peuples qui s'assassinent et se dépouillent ?
J 190. Dites pourquoi Moïse et les Hébreux s'insurgent contre les Egyptiens, et les écrasent après en avoir été si longtemps les esclaves?
i^ 191. Dites pourquoi le Parthénon est démoli par le Capitole?
^ 192. Dites pourquoi les enfants du Latium sont dévorés par ceux de la Germanie?
^ 193. Dites pourquoi, Anglais et Français, peuples de l'Orient et peuples de l'Occident, vous tenez tant à vous égorger les uns les autres?
j^ 194. Dites enfin, peuples qui faites des révolutions à chaque instant, pourquoi vous faites ces révolutions ?
^ 195. N'est-ce pas parce que la rapacité de quelques-uns d'entre vous a tout attiré d'un côté, que
les parties du corps social qui ont été dévalisées cherchent à dévaliser les autres ?
ji^ 196. La preuve que vous ne connaissez ni ma loi ni la justice, dit le Seigneur, c'est que, révolutionnaires et révolutionnés ne valez pas plus les uns que les autres.
i^ 197. Vous excitez des commotions, non pour changer en bien ce qui est mal , mais pour dilapider et détruire.
yi 198. Vous dites : un bouleversement peut me servir; riche, il peut ajouter à ma fortune; pauvre, il peut me faire sortir de la misère, et ce bouleversement, il faut le faire.
^ 199. Voilà toute votre pensée; et comme c'est une pensée de convoitise et d'infamie, elle produit ce que produit une pensée de convoitise et d'infamie.
^ 200. Vous triomphez aujourd'hui, et vous dépouillez les vaincus ; mais demain les vaincus se rébellionnenl , vous dépouillent et vous tuent.
3^ 201. Vous perdez par la violence ce que vous aviez acquis par la violence, et ce qui vous était venu par l'iniquité s'en va par Tiniquîté.
. J^ 202. En fait de science sociale, vous ne savez que des mots que vous avez appris comme de misérables écoliers, et de ces mots vous en faites vos lois.
5^ 2o3. Vous avez tellement la raison et le sens pervertis, que vous n'avez point encore aperçu, après tous les revirements sociaux par lesquels vous êtes passés depuis six mille ans , un seul côté de la véritable question sociale.
i ao/\. Vous savez bien que le gouvernement des patriarches, la république , la théocratie, l'aristocratie et la monarchie se sont détrônés tour à tour, sans que pour cela les peuples aient jamais cessé d'être à la merci des phis forts et des plus intrigants.
î' 2o5. Comment alors ne cherchez-vous pas à connaître les motifs de cet état extra-normal de la société?
^ 206. Si vous cherchiez dans toute la sincérité de votre cœur, vous trouveriez infailliblement la cause de cet état violent et le remède qu'il convient d'y apporter.
}l/ 207. Je cherche, dites-vous, et ne trouve rien de mieux à faire que ce qui se fait.
^ 208. Si la propriété ne se transmet pas intégralement du père aux enfants, quelque considérable qu elle soit (Tailleurs entre 1rs mains de celui qui la transmet, vous n'aurez plus que des propriétés morcelées à l'infini, et la vie sociale que deviendra-t-elle dans ce nouvel état de choses?
ji' 209. Qui vous a dit que, pour établir l'ordre, il fallût partir du désordre?
^ 210. Je vous parle d'un nouveau monde à créer, et vous voulez que je fasse ce monde avec les matériaux vermoulus de l'ancien?
jî' 211. Sans doute dans votre monde, à vous, la propriété morcelée à l'infini produirait le désordre tout aussi bien que le produit la propriété trop agglomérée sur un point ou sur quelques points.
î 212. Je vous ai dit mille fois qu'avec votre orga-
• nisation on ne pouvait ni avancer ni reculer, qu'on ne pouvait que rester dans la boue et y périr.
5^ 21 3. Aussi, ne meproposé-je point de construire mon édifice des vieux matériaux du vôtre.
j^ 2 14. Je ne veux point faire servir, comme vous , à la vie ce qui trouble la vie et finit par la détruire.
5^ 2 1 5. Vous avez fait des valeurs secondaires les valeurs premières, et des valeurs premières les valeurs secondaires.
5^ 216. Vous avez mis en première ligne et avez apprécié outre mesure ce qui n'est point nécessité de la vie , et avez ravalé presque au néant ce qui est nécessaire à tous d'une nécessité absolue.
ji^ 217. Vous avez ôté aux choses de la nature la valeur qu'elles devaient avoir, et avez transporté cette valeur à des choses qui ne l'ont point et qui ne sauraient l'avoir.
ji^ 218. Quel moyen d'obtenir dans vos sociétés une pondération, un équilibrequi maintiennent ce qui est ?
5^ 219. Toujours il y a excès, parce que toujours il y a ignorance ou fausse application des principes sociaux.
^ 220. Vous le savez du reste vous-mêmes; car vous êtes misanthropes jusqu'au cynisme sur les principes et la morale de tous ceux qui nous gouvernent.
ji^ 22 1 . Et votre cynisme vient de ce que vous avez ' vu tous les gouvernements commettre à peu près les mêmes fautes et les mêmes injustices. %
^ 222. Vous êtes ressassés de leurs protestations de dévouement à la chose publique, l'expérience vous
ayant appris que ce qu'ils appellent la chose publi- . que n'est en réalité que leur chose propre, et qu'au fond le bien public est toujours la dernière de leurs affaires.
5^ 22Î. Cette profonde immoralité que vous stigmatisez avec énergie vient cependant autant des gouvernés que de ceux qui gouvernent.
^ 224. Vous qui blâmez du reste, et vous qu'on blâme, n'êtes ni plus sages ni plus moraux les uns que les autres.
i^ 226. Aulieudevousborner àfaireducriticisme, il serait mieux de dire ce qu'il faut substituer à ce qui est.
J 226. Il ne suffit pas de tenter quelques efforts pour rhabiller le vieil édifice ; il faut le prendre par sa base.
il^ 227. Voici donc les véritables bases de la propriété : tant que vous ne les aurez point établies, c'est en vain que vous ferez des lois d'économie sociale ; vous échouerez toujours , et la propriété sera mise en question.
ji^ 228. Tout travailleur a le droit de jouir paisi* blement de la fortune qu'il s'est acquise par son travail , par sa science , son industrie , quelque élevée que soit cette fortune.
jlf 229. Il y a ui) droit naturel; car il est riche par échange de services.
^ 23o. Il a donné à la société le fruit de son travail, de ses études, de son industrie: la société lui rend les jouissances qu'il lui a procurées.
i^ 'i3i. 11 y a donc tribut pour tribul, bien pour bien de lu part de la grande famille et de la part du membre de la famille.
j^ a3a. L'équilibre ne sera point brisé par la concentration de cette grande fortune sur une seule tête ; car nous supposons que cette concentration n'existera que pour celui qui aura acquis cette richesse aux conditions et par les moyens que nous venons d'indiquer.
ii^ 233. Acquérir ainsi la richesse , c'est produire la vie par et pour la vie, et par conséquent c'est ce que j'appelle faire de l'ordre.
^ a34. Mais le désordre commence dès que cette même fortune passe tout entière à celui ou à ceux qui n'ont point contribué à l'établir^ et qui n'ont eu que la peine de naître.
i^ 1235. Si vous voulez que mon fils soit millionnaire parce que je le suis , vous donnez à qui n'a rien produity et vous établissez le désordre, car vous ne voulez plus que la vie soit produite par et pour la vie.
Jr a 36. Dès lors vous faites de la paresse, de l'inutilité, un élat normal de l'homme; que dis-je? vous glorifiez la paresse , et dès lors aussi vous avez parmi vous presque autant d'eunuques que vous avez de grands propriétaires.
i a37. Je sais bien que vous ne comprenez pas ceci : car, je vous entends dire qu'il faut de ces richesses absorbantes pour faire aller le commerce et pour réaliser les grandes entreprises.
Tjf 238. D'abord je dois vous faire observer que
vous commencez l'édiâce par le sommet ^ et que cela n'est pas naturel.
i aSg. Commençons donc par faire que chacun puisse se nourrir, se vêtir et se loger; puis nous songerons au luxe, qui vous tient tant au cœur.
S^ 240. Vous voulez toujours du luxe d'a])ord et du superflu ; il me semble qu'il faudrait vouloir ^le nécessaire et l'utile , puis s'occuper de l'agréable.
i!^ a4i. Avant de bâtir de magnifiques palais, d'élever d'immenses édifices religieux, établissezvous sainement, vous etla société , et n'ayez dans vos maisons et vos temples que des statues de bois jusqu'à ce que le vêtement et la vie de tous vos frères soient assurés.
jl^ 24a. Il ne faut pas que le travail produise* d'abord le luxe , il faut qu'il produise la vie.
S^ 243. Vous insistez et vous dites : Ce que vous nous enseignez là est contre la nature et l'ordre.
f 244- Vous allez contre la nature dont vous brisez les liens, en voulant que le père n'ait pas plus d'affection pour ses enfants que s'ils lui étaient entièrement étrangers.
f 245. Vous détruisez l'ordre et jetez le monde dans l'atrophie, en rendant impossibles et la grande culture des terres, et les grands mouvements commerciaux, et la grande vie sociale, qui ne peuvent venir que des grandes fortunes.
^ 246. Il n'est point ici question de détruire l'affection des pères pour leurs enfants; il s'agit de savoir seulement si l'on doit tout sacrifier à la famille par-
ticulière, et ne rien faire pour la grande famille.
^ 247. Qui vous dit qu'un père ne doive pas assurer l'existence de sa famille? Nous savons, aussi bien que vous, qu'après Dieu il est la providence de ses enfants.
. ji^ 248. Quand vous nous attaquez sur ce point, vous imaginez évidemment des objections pour vous donner le plaisir de les réfuter.
ji^ 249. Nous vous demandons seulement si tous les hommes n'ont pas le même père, qui est aux cieux, et si, tous ayant le même père céleste , ils ne sont pas frères.
^ 25o. Nous vous demandons si la fraternité universelle doit être annihilée par la fraternité de la famille particulière ; ou, si vous voulez, s'il faut tellement concentrer ses affections sur la famille particulière, qu'il ne reste plus que de la haine ou de l'indifférence pour le reste de l'humanité.
^ 25i. Quoi! vous voulez qu'un enfant au maillot, qui ne sait encore que barboter au sein de sa mère , soit , en naissant, comme étouffé par une surabondance de vie, tandis que des milliers de ses frères tombent de défaillance et de besoin !
^ 252. Laissez à cet enfant de quoi soutenir la vie que Dieu lui a donnée; Dieu le veut ainsi ; puis, qu'il achète, parle travail, le luxe de la vie.
i!^ 253. Dieu n'a pas voulu qu'il respirât à lui seul Fair qu'il donne aux autres aussi bien qu'à lui, et le bien public le lui défend.
J^254. L'excédant delexistence particulière appartient à la vie générale.
Si aSS. Si vous vous obstinez à toujours ajouter à l'excédant de vie de celui qui a déjà trop de joAiissances, évidemment vous épuisez la vie du grand nombre.
^ 256. Et quand vous avez pris trop long temps et que vous voulez encore prendre , un jour vient ou ceux dont vous avez humé la vie tombent d'inanition, et meurent. '
^ 267. Il advient aussi que ceux qui restent, ne voulant pas mourir comme leurs frères, se lèvent, et vous prennent la vie comme vous venez de la prendre à ceux qui ne sont plus.
il^ 258. Il y a six mille ans que vous faites ainsi; c'est là la cause première de toutes vos révolutions.
^ 259. Vous me répondez : Mais les révolutions seraient continuelles et bien plus effrayantes si les fortunes ne passaient pas intégralement des parents aux enfants ou aux collatéraux.
ji 260. Qui donc, ajoutez-vous, disposera de ce que vous appelez l'excédant de propriété , qui ne doit point revenir à ceux que la loi actuelle désigne comme héritiers du tout?
i!^ 261. N'y aura-t-il pas autant de perturbations sociales qu'il y aura de cas d'hérédité?
^ 262. Voilà bien les enfants du siècle : ils sont dans un cercle vicieux , dans une position fausse en tous points , et c'est de cette position contre nature
qu'ils partent pour repousser toufe amélioratiofn à l'état déplorable où ils se trouvent.
^ 2^63. Qui vous a dit que l'excédant de fortune , qui ne ferait point partie de l'hérédité, serait jeté à la face sociale comme une pomme de discorde ?
^ 264. N'avez-vous pas un pouvoir social, chargé d'équilibrer l'intérêt particulier et l'intérêt général?
j^ 265. Ce pouvoir, que tous vous avez élu, qui est à la merci de Dieu et à la vôtre ; qui dépend de Dieu d'abord, puis de vous, et duquel vous ne dépendez qu'en ce qui a trait à l'accomplissement de la mission que Dieu et vous lui avez donnée, ce pouvoir sera le répartiteur de cet excédant de propriété.
iî^ 266. Et ne craignez pas que cette immense concentration de fortune entre les mains de ceux que vous aurez choisis pour vos mandataires devienne jamais absorbante comme dans les familles particulières.
^ 267. Le pouvoir n'a que deux manières de disposer de l'excédant de l'hérédité: i^ la répartition du tout ou d'une partie sur les membres de la grande famille qui ne possèdent rien; 2® l'emploi du tout à des travaux d'utilité publique.
$r 268. Que le monde soit organisé ainsi, et le monde sera sauvé, et le sang des rédempteurs de l'humanité n'aura point été infécond; il nous aura tirés du chaos , et nous verrons renaître l'âge du monde où l'homme habitait le jardin d'Éden.
j^ 269. Rêve que tout cela! vont dire les prétendus civilisés du siècle ; un tel état social est impossible ;
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el que deviendront les grandes entreprises si la fortune est ainsi morcelée par l'abolition, ou du moins par la limitation de l'hérédité?
^ 270. Qui canalisera les fleuves, fera des digues àl'Océan, entretiendra les routes publiques, embellira les cités, encouragera les arts et les sciences?
5^ 271. Qui jettera surles vastes mers ces immenses navires qui portent les richesses d'un monde à lui autre monde?
ji^ 272. Qui soutiendra l'agriculture ? qui établira des usines, des a tehers faisant mouvoir comme aujourd'hui des milliers de bras?
5^273. Remarquons bien d'abord que ce n'estpoint notre loi sur la propriété qui morcelle, mais bien la vôtre.
^ 274. Car morceler, c'est diviser, c'est fractionner; c'est donner, comme vous le faites, à quelques-uns plus qu'il ne leur faut, et ne pas donner le suffisant aux autres.
jî^ 276. Morceler, c'est distribuer la vie de manière à l'affaiblir et mçmeà la détruire; or, tout cela, c'est votre loi qui le fait.
5^276. La propriété , telle que vous l'établissez, finit toujours par se détruire et se perdre pour la généralité des hommes.
^ ^'j'j. Elle est absorbée par la famille particulière de telle sorte qu'elle sert peu ou qu'elle ne sert en rien l'humanité.
^ 278. C'est donc vous qui acculez la vie publique en la jetant toute sur quelques points.
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}l/ ^79. Nous, au contraire, nous lui laissons lessor que Dieu lui donne; tous la prennent; nul ne la vole et n'est obligé de la voler.
yl/ 280. Quand vous voulez être forts sur tous les points contre votre ennemi , vous vous réunissez , vous vous associez en plus grand nombre possible , afin que, tout en vous divisant pour aller chercher voire adversaire nombreux et posté en force sur un grand nombre de points fort éloignés les uns des autres, vous l'attaquiez partout avec ime force tellement compacte et tellement supérieure, qu'il succombe sans coup férir.
j^ 281. 11 est bien évident qu'ici vous n'avez la victoire que parce que vos forces ont été réparties de manière à ce qu'aucun des vôtres ne pût agir et se battre autrement qu'en combinant sa force et son action avec la force et l'action de ceux qui combattaient sous la même bannière que lui.
^ 282. De cette combinaison , il est résulté que pas un iota de la force de tous n'a été perdu, et voilà, encore une fois, pourquoi vous avez triomphé.
j!^ 283. Si, au lieu de cette unité d'action et de force, vous eussiez trop concentré de forces sur un point en dégarnissant les autres , peut-être fussiezvous restés maîtres du champ de bataille sur lequel vous étiez venus en grand nombre; mais vraisemblablement vous eussiez été battus sur tous les autres.
5^ 284. Eh bien! ne voyez-vous point que dans ce dernier cas vous ne seriez ni vainqueurs ni vaincus; que vous auriez gagné d'un côté et perdu de l'au-
tre, et que par conséquent la guerre serait à recommencer?
}li iS5. C'est précisément ce qui arrive avec vos lois sur la propriété.
^ 286. Comme elles n'organisent rien de juste, de raisonnable, de normal, d'harmonique, la propriété, établie par elles, est une véritable pomme de discorde.
j!^ 2 8 7. Vos grands propriétaires forment de grandes entreprises, il est vrai; ils font exécuter de grands travaux ^ mais pour qui s'opère ce mouvement de capitaux?
j!^ 288. Que ces travaux soient d'une utilité incontestable, ou qu'ils soient simplement des travaux de luxe , de bonne foi , dites-nous, qui en profite ?
f 289. Ceux qui les commandent d'abord , et quelquefois ceux qui les exécutent; quant à la société , ils lui sont presque toujours onéreux, et presque jamais ils ne lui sont profitables.
ji^ 290. Qu'ont produit, je vous le demande, vos lois d'hérédité absolue chezles différents peuples dont nous connaissons l'histoire? r.a misère, la misère, rien que l'horrible misère.
W 291. Que la loi que je vous donne règne à Jérusalem , et le peuple juif ne sera plus le peuple le plus misérable de la terre ; au lieu du chandelier d'or du temple, du luxe effrayant du temple, et delà misère dévorant le peuple, le peuple aura la vie commode d'abord, et plus tard un culte brillant et magnifique.
^ 292. Et le peuple, ayant la vie commode, ne s'insurgera ni contre Dieu ni contre Moïse.
jl^ 293. Que la loi que je vous donne règne aux rives du Nil, et la stupide histoire de la stupide humanité, au lieu de vous raconter avec emphase le nombre d'esclaves, de poireaux, d'oignons, et les trésors qui furent employés à élever ces énormes monuments, appelés merveilles du monde, et qui ne sont pourtant que des monuments de la folie humaine , vous dira la vie libre, abondante , heureuse, des fils de la vieille Egypte.
^ 294. Que Périclès pratique ma loi, et Pèriclès, au lieu d'épuiser les trésors de la Grèce à élever des monuments de luxe, brisera d'abord les fers de l'esclavage pour ceux de ses frères qui sont esclaves , donnera du pain à ceux qui n'en ont pas , fera que chacun de ses concitoyens puisse être bien vêtu et bien abrité, puis emploiera à un luxe utile ce qu'il ne sait que jeter à un luxe inutile et destructeur.
5^ 295. Que les pâtres de Rome, sans rester pâtres, ne perdent point leur simplicité première ; qu'ils commencent toujours par l'utile, et que jamais l'agréable ne l'emporte pour eux sur le nécessaire; Rome ne cessera point d'êtie forte en devenant brillante, et le féroce Attila ne viendra point renverser ses murailles.
i 296. Que le Byzantin ait au même degré l'esprit d'ordre qu'il a l'esprit de dissipation, de désordre ; et le luxe oriental, sagement dirigé, ne produira plus la dégoûtante misère à côté d^une surabondance im-
pie, et le glaive de Mahomet viendra se briser contre l'unité byzantine.
ii^ 297. Grands et prêtres du dix-huitième siècle, n'étouffez point la vie du peuple en bii prenant l'air et le pain ; le peuple respectera et vos propriétés et vos têtes.
^ 298. Moines d'Ibérie, que lehixe du monastère ne dévore point la substance du peuple; le peuple vous laissera vos madones et vos capuchons.
S^ 299. Ma loi est conservatrice de la propriété; elle la fait respectable, parce qu'elle veut que tous possèdent.
ji^ 3oo. La vôtre l'anéantit autant qu'il est en elle, en dénudant le grand nombre pour vêtir le petit nombre.
}lf 3oi. Votre loi est faite par quelques-uns et au profit de quelques-uns ; la mienne est faite par Dieu au profit de tous les enfants de Dieu.
Si 3o2. Avec votre loi , on a forcément des révolutions périodiques; avec ma loi on a la paix.
^ 3o3. Avec votre loi, on a un luxe absorbant qui énerve les sociétés humaines et les perd; avec la mienne, on a un luxe qui étend la vie, la rend brillante et la conserve.
^ 3o4. Avec votre loi , on a des cités immondes , •des bourgs à chaumières, des cahutes où l'air manque à la vie, ou bien où la vie est en lutte avec les, intempéries de l'air; avec la mienne, il y a vie hygiénique au village comme à la cité, dans la chaumière comme dans le palais.
}l/ 3o5. Avec votre loi, la fortune publique s'emploie à obstruer la voie publique, à prendre la vue (lu voisin, son air; avec ma loi, on n'établit point de servitudes; on multiplie la vie et ou la rend belle.
jl/ 3o6. Ne dites pas que ma loi rend impossible la grande culture en divisant la propriété à l'infini , qu'elle arrête le développement de l'industrie, en dispersant les capitaux; cela est vrai dans votre état social tel que vous l'avez fait; cela est faux dans l'état social tel que le veut la loi de Dieu.
^ 307. Dans toutes vos sociétés , depuis six mille ans, c'est-à-dire, dans votre monde de dol et de fraudes, il n'y a jamais que deux partis en face.
i 3o8. Des riches et des pauvres, des puissants et des faibles, qui se disputent toujours et s'arrachent quelquefois le pain et la vie que Dieu leur donne.
5^ 309. Aujourd'hui, c'est César qui défait Pompée; demain , César est poignardé par Brutus.
5^ 3 10. Et, remarquez bien que dans tout ceci souvent celui qui égorge ne vaut pas mieux que celui qui est égorgé.
y 3 1 1 . Ni l'un ni l'autre ne connaissent la justice ; ni l'un ni l'autre ne veulent la loi de Dieu : c'est ici tout simplement un duel à mort pour savoir qui sera dépouillé et qui sera spoliateur.
^3x1. Quand vous êtes à vous battre sur le champ du meurtre, semblables à deux amants qui veulent
avoir la même amante, vous vous colletez pour avoir la même bourse.
^ 3i3. Vous êtes des misérables qui ne voulez vivre que de la vie de rapine , et rieii de plus.
5^ 3i4- Il importe donc peu à qui reste le champ de bataille , puisque le bonheur de l'humanité n'en doit point résulter.
5^ 3 1 5. Le parti vainqueur, quel qu'il soit , vous donnera sa loi; et sa loi, vous pouvez en être sûrs, sera faite pour lui et les siens contre tous les autres.
^ 3i6. Maintenant, faites fonctionner, si vous pouvez, la fortune publique dans l'intérêt public !
ji^ 317. La lutte sociale a cessé pour recommencer sourdement d'abord , puis pour produire une nouvelle explosion plus terrible que la première.
^ 3 18. Si vous aviez eu ma loi, vous seriez constitués de manière à ne plus craindre l'explosion.
5^ 319. Car, le résultat de la fortune publique, aussi bien que la fortune publique , étant sous la sauvegarde de tous, nul ne pourrait les détourner au profit (le quelques-uns.
W 320. Je sais bien que vous allez dire : Ceci est vrai, ceci est juste; mais c'est le rêve d'un honnête homme; on ne peut en faire la loi sociale ni la loi de la propriété.
)i^ 32 1. Vous voyez bien que, quand vous parlez ainsi , vous vous accusez vous-mêmes et tout ce que vous faites d'ineptie et de fraude, tout à la fois.
y 3aa. Par-là inénie que vous avouez que ma loi (»sl vraie, qu'elle est bonne, qu'elle est juste, vous avouez qu'elle peut et qu'elle doit régner sur le inonde, à moins que vous ne considériez la vérité , la bonté et la justice comme des chimères.