‹ Le code des femmesChapitre 10 sur 35 · DE LEURS BIENS · texte numérisé non relu

DE LEURS BIENS

Voilà qui est .plus fort. Quoi ! pas même un subrogé tuteur ad hoc! C'est inouï ! Quoi ! le conseil de famille n'est pas assemblé, consulté ! C'est de plein droit que la mère devient maîtresse absolue de ses enfants, administratrice sans contrôle de leurs biens personnels ! Mariée, c'est-à-dire en état de minorité, on lui concède plus de droits que, veuve, c'est-à-dire en pleine majorité, la loi n'ose lui^en reconnaître ! Cela dépasse toute compréhension.

Nous verrons plus tard de quelles méfiances la loi entoure les mères veuves ; nous verrons, au chapitre de la tutelle, combien on prend de précautions contre les dangers de son administration, avec quel soin un homme est toujours placé près d'elle. Cependant, je le répète, elle est majeure alors. Et dans le cas qui nous occupe, lorsque, fictivement, l'autorité du mari pèse toujours sur elle, qu'elle est de fait mineure, que la puissance paternelle n'est pas éteinte, personne ne représente le père ! Personne

n'agit pour lui, ne conseille pour lui, ne surveille pour lui !

Qu'est-ce à dire , si ce n'est que la loi rend ellemême hommage à la capacité de la mère ? Que signifient cette confiance, cet abandon complet du pouvoir administratif, si ce n'est que la femme est apte à diriger des enfants, à gérer une fortune autre que la sienne, à conserveries biens qui lui sont confiés?

Mais si cela est vrai, — et cela doit être vrai, car autrement nous serions autorisés à taxer la loi d'imprévoyance, — pourquoi ne reconnaît- on pas toujours à la femme la même capacité et les mêmes droits? Pourquoi, dans des circonstances analogues, la traite-t-on difléremment ?

Le législateur s'est-il donc oublié ?

Je ne saurais le dire. Mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il a méconnu son principe ; il a sapé luimême, et d'avance, la doctrine sur laquelle nous le verrons s'appuyer plus tard.

Ne nous en plaignons pas, car ses contradictions nous servent. Les articles 124 et 141 sont pour nous des armes précieuses ; ils nous fournissent des arguments pour combattre les préventions d'incapacité dont on prend prétexte, en une foule de cas, pour assujettir la femme et l'inférioriser.

On comprend que nous ne demandions aucune réforme aux dispositions qui viennent d'être analysées. Elles sont justes.

Mais il était de notre devoir de les mettre en pleine lumière.

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