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DE LA SÉPARATION DE CORPS

Le mariage subsiste.

L'homme reste investi, non seulement de l'administration des biens de sa femme , mais de toute l'autorité que lui confère l'article 213.

La femme continue de porter le nom de son mari.

Supposez que le mari soit un être odieux, capable

de toutes les bassesses, — cela se voit, — quel sera

le sort de l'épouse séparée, restée pupille d'un tel

misérable ?

Supposez, d'autre part, que vous êtes en face d'un honnête homme, dont la femme, une créature infâme, a déshonoré le foyer, — cela se voit aussi, — la vile débauchée pourra donc traîner dans toutes les fanges le nom honoré qu'elle porte ?

Ne trouvez-vous pas que cette solidarité, qui rive étroitement l'un à l'autre deux êtres si peu faits pour marcher côte à côte dans le monde, constitue la plus grande des injustices et le plus épouvantable des dangers ?

Appartient-il à un homme taré de rester le maître de la femme dont la loi le sépare ? Un tel homme peut-il légitimement conserver ses droits, lorsqu'il n'est plus astreint à l'accomplissement de ses devoirs ?

Doit-il être permis,d'autre part, à l'épouse reconnue indigne, de souiller le nom qu'elle continue de porter? Celui qui, la croyant honnête, lui avait ouvert sa maison, devra-t-il, maintenant qu'elle en est sortie, qu'il l'en a chassée, être sali par elle? Aurà-t-il sa part des hontes et des abjections de cette femme ? Le nom qu'elle traîne dans la boue, c'est le sien. Pourquoi le garde -t-elle ? Oui, pourquoi ? Que lui est-elle à présent ?

Elle lui est ce qu'elle lui était hier. La séparation

ne les a pas désunis. Ils vivent à part, mais toujonrs solidaires, toujours liés.

Est-ce que cela est sensé ?

Puisqu'il y a encore des gens qui ne comprennent pas la nécessité du divorce et qui considèrent la séparation de corps comme un compromis suffisantj'e leur demanderai cette simple chose : de rapprocher le plus possible la séparation, dans ses effets civils, du divorce.

Il n*y a guère que les catholiques qui s'opposent au rétablissement du divorce.

Quelle raison donnent-ils ? Celle-ci : « Il ne faut pas dissoudre ce que Dieu a uni. »

Ils ne permettent pas qu'on désunisse, — mais ils permettent qu'on sépare.

Par cela seul qu'elle laisse subsister le mariage, le lien divin, la séparation leur va. Les époux séparés n'en sont pas moins des époux. Ils ne peuvent contracter de nouvelles unions légitimes. Le dogme est satisfait.

Eh bien, puisqu'il en est ainsi, puisque les catholiques ne voient dans le mariage que le sacrement ; puisque pour eux le caractère civil n'existe pas, ils peuvent , sans mentir à leur principe , permettre que les effets purement civils du mariage soient détruits par la séparation.

Je leur demande de consentir à ce que tout soit annulé, — sauf le sacrement.

En d'autres termes, et pour être tout à fait explicite, je demande que la séparation de corps entraine toutes les conséquences qui résulteraient du divorce, moins la faculté pour les époux séparés de se remarier.

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