CHAPITRE XXVI
De la charité envers le prochain, et comment l’aimable cœur de Jésus est le principe et le modèle de cette vertu.
Cbaritas Dei diffusa est in eordibflft nostrts. {Rom. v. 5.)
La charité de Dieu est répandue dans nos cœurs.
Nous ne pouvons nous former une plus juste idée de l'importance de la charité dans l'économie de la grâce, qu'en nous rappelant le magnifique éloge qu'en a fait le Sauveur. «La charité , dit-il, est la fin et l'abrégé de toute la loi; in his duo busmandqtis universel lex pendet, et prophètes. » (Matth. xxii. 40.) Çette vertu a un double objet : Dieu, aimé en lui-même, pour Jni-même et par-dessus toutes choses ; le prochain, aimé comme image de Dieu, comme reflet de ses perfections infinies, çcmroe héritier, par le fait de sa création, des droits mêmes de Pieu sur nos affections et sur notre cœur. La charité, embrassant dans sa, perfection ce douhle objet, est une vertq exclusivement propre au christianisme ; car, bien qu'il fût ordonné au peuple juif d’aimer Dieu de toutes les puissances de son âme, il lui était permis néanmoins de ne distribuer qu'avec yéserve à soq prochain les affections de son cœur. Jésus qui venait, non pour détruire la loi, mais pour la perfectionner, disait aux Juifs : Il fut ordonné à vos ancêtres de ne faire aucun mal à leurs ennemis , et de ne pas nuire à ceux dont ils avaient essuyé les outrages 5 mais ma loi d’amour vous impose i'obli-
gation d'aimer vos ennemis comme vous-mêmes, et de combler de vos bienfaits ceux qui vous poursuivent de leur haine. Notre divin Maître recommande encore plus explicitement à ses disciples la charité envers le prochain comme le caractère spécial de son Évangile. Il ne leur dit pas : Le monde vous reconnaîtra pour mes disciples , à l'éclat des miracles que vous opérerez en mon nom , à votre zèle pour le triomphe de ma doctrine, ou au témoignage héroïque que vous donnerez dans les supplices à la sainteté et à la sublimité de mes enseignements ; mais il leur déclare que le monde les reconnaîtra infailliblement pour les disciples de son cœur, s'ils s'aiment les uns les autres ; in hoc cognoscent omnes quia discipuli mei estis , si dilectionem habueritis ad invicem. (Joann. xiii. 35.)
Or, le cœur de Jésus est le principe et la source où nous puisons la véritable charité; c'est de lui qu’on peut dire excellemment qu'il est, par sa fécondité, la mère qui engendre dans tous les cœurs le bel amour; mater pulchrœ dilectionis . ( Eccl. xxiv. 24. ) La connaissance profonde qu'il avait des perfections divines , l'embrasait d'un tel amour pour son Père , qu’il est comme contraint de s'en rendre à lui-même un éclatant témoignage : ego diligo patrem. Mais l’image de la divinité lui apparaissait si radieuse dans les hommes , qu'il ne craignait pas en même temps de se proposer comme un parfait modèle de la plus vive tendresse envers eux; ut diligatis invicem sicut dilexi vos. ( Joann. xiii. 34.) Or, cet amour de Jésus était essentiellement expansif. J'ai apporté du ciel, dit-il, les flammes de l'amour; et que désire mon cœur , sinon d'en voir toute la terre consumée? Aussi n'est-ce pas, comme l'affirme l'Apôtre bien-aimé, n'est-ce pas de la plénitude de son cœur divin que se fait dans les nôtres un mystérieux écoulement de ces flammes célestes ? de plenitudine ejus nos omnes accepimus.