PREMIÈRE PARTIE
(Joann. 1. 1 6.) «Dieu, écrit-il ailleurs, ne nous a pas donné dans la nouvelle alliance un esprit de crainte, mais il nous a communiqué un esprit d'amour. » Approchons-nous donc avec confiance du cœur de notre aimable Maître ; puisons dans ce cœur le feu divin qui doit consumer les nôtres, et qu'en passant dans nos âmes, ce feu ne perde rien de sa pureté ni de son ardeur; aimons Dieu, aimons notre prochain, comme Jésus les a aimés ; Jésus a aimé Dieu jusqu'à sacrifier sa vie pour sa gloire, et il n'a pas hésité à répandre tout son sang pour le salut des hommes ; tel doit être notre amour; nous devons aimer jusqu'à la mort; notre amour est le prôtre qui doit nous immoler nous-mêmes à chaque instant. Qu'est-ce, en effet, qu'un acte d'amour de Dieu, sinon un oubli de nous-mêmes, un sacrifice de notre vie personnelle, une mort du moi pour vivre de Dieu, et pour remplir toutes nos facultés de la plénitude de cet objet? vivo autem, jam non ego : vivit vero in me Christus. ( Galat . ii. 20)... Mihienim vivere Christus est . ( Philip . i. 21.)
Qu'est-ce que l'amour sincère de notre prochain , si ce n'est l'immolation de nos goûts à ses intérêts, le dévouement de notre activité à son service, le sacrifice de nos pensées, de nos désirs, de notre temps, de notre vie enfin, pour vivre de ses pensées, de ses désirs , de sa vie? « Je me fais tout à tous, disait saint Paul, dans l'élan de sa charité; je suis libre, mais je me fais esclave avec les esclaves; je suis Juif par ma naissance, mais je me fais gentil avec les gentils. Qui de vous est faible, que je ne m'affaiblisse avec lui? Qui de vous est scandalisé , que je ne ressente en moi-même les effets de sa chute ? » C'est donc en vain que nous nous flattons d'avoir la charité , si nous nous épargnons nous-mêmes. Comment notre charité pourrait-elle être patiente , si nous ne savons nous plier aux
dispositions de la Providence ou à l'humeur parfois contrais
riante de nos frères? Gomment serait-elle douce et bienfaisante, si nos intérêts sont en guerre avec leurs intérêts? Comment §e mettra-t-elle à l’abri des mauvais soupçons, si notre cœur n’est pas sourd aux inspirations de la jalousie? Comment enfin souffrira-t-elle ce qui s’oppose à notre tranquillité personnelle, pi notre amour-propre ne s’est pas immolé ? Établissons-nous solidement, et en quelque sorte, enracinons-nous dans la charité, comme dit saint Paul ; in charitate racficati et fundati. ( Eph. m. 17.) L’amour est naturellement expansif, libéral, communicatif; il nous fera embrasser tousles sacrifiées et nous attirera les complaisances du Seigneur ; propterea m diligit Pater: quia ego porto animant meam. ( Joann. x. 17.) Mon Père eéleste me donne son amour et son cœur, disait Jésus- Christ , parce que je n’hésite pas à lui sacrifier tout mon être. Puissions-nous méditer et comprendre pratiquement ce divin commerce de la charité 1
FLEURS SPIRITUELLES
a Pieu ne s’est pas contenté de nous unir comme les branches d’un arbre sur une tige , comme les rayons du soleil pur un même globe , comme les pierres d’un même bâtiment qu les membres d’un même corps ; mais il a voulu que nous n’eussions qu’un cœur et qu’une âme, afin que l’Église fût l’image de l’union parfaite qui se trouve dans l’adorable Trinité. « ( S. Ctprien, Traité de la Cène. )
« La même charité est due à tous ; mais elle ne doit pas S’exercer de la même manière. 11 y a des personnes que la obarité enfante; il y en a d’autres avec qui elle se rend faible; il y en a qu’elle édifie, d’autres qu’elle appréhende d’offçnser;
PREMIÈRE m TIB. W
il y en a vers lesquels elle s'abaisse; il y en a d'autres contre lesquels elle s'élève. Elle est douce pour les uns, séyère pour les autres, ennemie de personne, mère de tous, »
(S. Augustin , livre de V Enseignement des ignorants , 1. ÎY.)
« Si vous vous apercevez que votre prochain a commis une faute , ne donnez point à votre esprit la liberté de l'accuser et de le condamner, mais excusez-le plutôt. Si vous ne pouvez excuser l'acte, excusez du moins l'intention; dites que c'est une imprudence ou une surprise. »
( S. Bernard, Serm. 40 sur le Cantiq . des cantiq. )
« Le feu est d'autant plus fort qu'il envoie plus loin sa chaleur; de même la charité est plus puissante, non lorsqu'elle rend ses bons offices à ceux qui nous touchent de près par les liens du sang et de 1 amitié, ou par le* conformité de caractère, mais lorqu'elle s'étend sur ceux qui sont d'une humeur différente, ou que leur mauvaise volonté éloigne de nous. »
( S. Thomas, Somme . 2. 2. q. 27, art. 7. )
« Si nous comprenions combien la charité à l'égard du prochain nous est nécessaire, et combien elle est importante, nous n'aurions pas d'autre préoccupation que de la mettre en pratique. »
( Ste Térèse, Château de Vâme . 1. III. )
g NotrerSeigneur répandant son sang sur la croix a fait un oimept sacré duquel il a voulu cimenter, unir, conjoindre et attacher toutes les pierres de son Église qui sont les fidèles, les unes avec les autres.,, Quand sera-ce que nous serons toqt détrempés en douceur et suavité envers le prochain? Quand verrons-nous les âmes de nos prochains eu la sacrée poitrine
(lu Sauveur? Hélas! qui le regarde hors de là, il court fortune de ne* l'aimer ni purement, ni constamment, ni également. Mais là, qui ne l'aimerait, qui ne le supporterait?»
( S. François de Sales.)