CHAPITRE XXVIII
De la vertu de miséricorde, et comment l'aimable cœur de Jésus est le principe et le modèle de cette vertu.
Miserator et misericors Dominos.
( Ps . ai. 8.)
Le Seigneur est plein de miséricorde.
La miséricorde est une compassion efficace pour les infortunes d'autrui. Elle embrasse également dans son action bienfaisante et consolatrice les douleurs physiques, les peines de l'esprit et les angoisses du cœur. Le propre de la miséricorde est, d'après l'étymologie même de ce mot, de nous rendre malheureux et souffrants des malheurs et des souffrances du prochain , miserum cor , ainsi que le remarque saint Thomas. Dans ce monde où toute créature gémit, suivant l'expression de saint Paul, sur cette terre de larmes, où l'homme est plus habituellement crucifié au Calvaire que glorieux et consolé au Thabor, la vertu de miséricorde est une vertu sociale, dont l'exercice doit être de tous les instants. Elle nous rapproche, par une sympathique attraction, de tous les cœurs blessés ; elle nous lie , par une tendresse plus qu'humaine , à toutes les existences fanées par la douleur, et nous place ainsi, comme une consolation, auprès de chaque souffrance. La miséricorde demande non-seulement une parfaite abnégation, mais elle exige encore qu'après être morts à nous-mêmes, nous vivions et souffrions dans les autres, et c'est pour cela que le Seigneur déclare qu'il préfère la miséricorde au sacrifice; mtsericordtam volo et non sacrificium. (Màtth. ix. 43.)
lë omt m Jésus.
Or le cœur de Jésus est le principe et le modèle de cette admirable vertu ; en effet, la miséricorde vient essentiellement du cœur, et nul ne pouvait la faire régner plus efficacement en nous par l’attrait tout-puissant de l’exemple, que celui qui pour notre rédemption s’était revêtu de toutes nos infirmités, et qui avait consenti à faire la douloureuse expérience de nos misères pour les soulager en les sanctifiant, et pour se rendre capable d’y compatir 5 debuit per omnia fratribus similari , ut misericors fieret . ( Heb. 11. 17.)
La tendresse de sa miséricorde l’a invité à descendre du ciel dans l’humiliation de la crèche, et à perpétuer parmi nous sa visite , pour partager et essuyer les larmes de notre? exil ; per viscera misericordiœ ... m quitus visitavit nos orieni éx alto. (Luc, 1. 78.) Sa vie publique fût un exercice continuel de miséricorde. « Qui de vous est infirme, nous dit-il, avec plus de vérité que saint Paul, que je ne me fasse infirme avec lui ; » quis infirmatur, et ego non infirmorf (IL ton xl 89.) «tVenea à moi, s’écrie-t-il dans sa compatissante charité* venea â moi, vous tous qui êtes fatigués , et je vous soulagerai; à Uënite ad me omnès . ( Màtth. xt. 88. ) Dociles à cette invi* tation de son cœur , les malades se pressent autour de sa personne sacrée, et ils sont guéris; sanabat omnes. (Luc* vi. 19.) Les pécheurs accourent, et ils sont délivrés du poids de leurs péohés; remittuntur tibi peccata tua. (Màtth. ix. 8.) N’est-ce pas la miséricorde de son cœtir qu’il dépeint dans les douloureuses sollicitudes et les saintes joies du père de famille * au sujet de l’enfant prodigue ? N’est- ce pas aussi cette miséricorde dont il décrit les délicatesses dans la touchante parabole du bon pasteur ? La multitude a suivi Jésus dans le désert; avide du pain vivant de sa parole* elle oublie là nourriture matérielle et tombe de défaillance ; aussitôt le