‹ Le cœur de Jésus; ascétisme et littératureChapitre 113 sur 306 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

que s'échappe sans cesse la sève divine qui la conserve et qui la vivifie. Otez l'eucharistie, le sacerdoce chrétien disparaît, l'autel est une énigme, et le temple une solitude inanimée.

Mais l'eucharistie est surtout le résumé et le mémorial des merveilleux exemples de perfection que nous donna le cœur du divin Maître pendant sa vie mortelle; memoriam fecit mi rabilium suorum. Modèle de la pauvreté évangélique, il vit dénué de cès biens frivoles et de ces consolations humaines que nous croyons essentielles à notre bonheur. Modèle d'obéissance , il descend du ciel à la voix du prêtre et sort du tabernacle au simple désir du fidèle. Contemplons son humilité , son abnégation, sa mansuétude ; avec quelle patience il tolère nos oublis et nos irrévérences ! Quel amour tendre, généreux et persévérant il oppose à l'éloignement, aux froideurs et aux outrages des hommes ! Avec quelle miséricordieuse bonté il accueille l’infortune et le repentir ! C'est dans le tabernacle , qu'animé d'un zèle brûlant pour les intérêts de son Père céleste, il continue sa vie de prière, de louange et de réparation. C'est du fond du sanctuaire que, se faisant tout à tous pour nous attirer à la participation de sa gloire éternelle, il fortifie les âmes faibles, console les cœurs affligés, encourage l'athlète chrétien dâns sa lutte, convertit le pécheur et fait persévérer le juste.

Présentons-nous donc souvent devant le trône de son amour, allons souvent contempler avec les yeux de la foi ce modèle accompli, qui s'offre à notre imitation sur la montagne sacrée; inspice et fac secundum exemplar quod tibi in monte monstratum est. ( Exod . xxv. 40.) Si quelqu'un de vous est pressé du désir de sa perfection, nous dit l'aimable Sauveur, s'il soupire après les eaux vivifiantes des vertus chrétiennes, qui jaillissent jusqu'à la vie éternelle , qu'il vienne à mon

cœur qui est la fontaine d'eau vive , et j'étancherai sa soif; si guis sitit , veniat ad me, et bibaU (Joann. vn. 37.) Le cœur de Jésus dans l'eucharistie est la source intarissable d'où dérivent dans le sein de l'Église toute vertu, tout mérite , tout don parfait; de plenitudine ejus nos omnes accepimus . (Joann. I. 46*) C'est pourquoi Jésus-Christ, en annonçant aux Juifs étonnés l’institution de l'eucharistie, déclara que la participation à ce mystère d'amour serait la condition essentielle de la vie de l’âme dans l'ordre de la grâce... Celui qui ne mange pas ma chair et ne s'abreuve pas de mon sang n'aura pas la vie en lui ; nisi manducaveritis carnem filii hominis ... non habebitis vitam in vobis.. (Joann. vi. 54.) Mais celui qui s'approche de moi avec pureté et confiance , celui qui s’imit à moi par l'union la plus intime et la plus parfaite , qui est celle de la manducation, entrera avec moi dans une communauté de vie et de sentiment ; il demeurera en moi , et moi je demeurerai en lui; et sa vie étant devenue la mienne, il ne vivra que pour moi : qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem, in memanet, et ego in illo.,. etipse vivetpropter me. (Joann. vi. 57-58.)

Ainsi , par la douce efficacité de l'eucharistie , cette vie sensuelle que l'homme tient de l'alliance de la nature et du péché , fera place à une vie sainte et divine ; et cette céleste transformation lui permettra de dire avec vérité ces paroles sublimes du grand Apôtre : « Je vis , mais non , ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. » L'âme qui participe à ce mystère d'amour recevra donc l'effusion des sentiments , des vertus et des mérites du cœur de Jésus.

Daignez , ô mon aimable Maître , fixer nos pensées et nos affections dans vos saints tabernacles , d'où rayonnent 6ans cesse de votre cœur sacré ces mystérieuses émanations de

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