‹ Le cœur de Jésus; ascétisme et littératureChapitre 16 sur 306 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

hommes, est un état d’amour souffrant, qui exige de notre part un amour de compassion , d’amende honorable et de réparation.

Bien que Jésus, assis à la droite de son Père, ne soit plus accessible à la souffrance, bien que la sensibilité infinie de son cœur, absorbée dans les jouissances divines, ne puisse recevoir aucune émotion fâcheuse de nos irrévérences et de nos froideurs , nous devons néanmoins considérer la réalité de ces douleurs dans l’efficacité naturelle de leur cause, c’està-dire dans la conduite pleine d’ingratitude de la plupart des hommes; Jésus, par un effort d’amour qui sera le sujet éternel de notre admiration et de notre reconnaissance dans le ciel , a fixé sa tente parmi nous, pour adoucir par sa présence les rigueurs de notre pèlerinage ; partout où quelques chrétiens se trouvent réunis, Jésus est au milieu d’eux pour les consoler, les diriger, les enrichir de ses dons célestes et les nourrir de sa chair adorable. Il lui faudra souvent habiter dans des tabernacles indignes de sa majesté, passer les nuits solitaires, essuyer les outrages de l’hérésie et les sarcasmes de l’impiété; n’importe, il restera avec nous pour nous inonder de ses faveurs et de ses dons ! Or, c’est dans, cette permanence active et bienfaisante parmi les enfants des hommes, dans cet ineffable et divin séjour au milieu de nos cités et jusque dans nos demeures, que toute sa personne sacrée trouve à souffrir de la part de ces mêmes hommes. En effet, Jésus souffre dans sa vue , outragée par ces péchés publics qui scandalisent la foi populaire, par ces réunions profanes où le vice s’insinue par tous le3 sens , par ces offenses secrètes de pensées, de désirs et d’actions qui ne sauraient échapper à ses regards; enfin par cette violation universelle du dimanche, dont on profane la sainteté par le travail ou par le crime. Jésus

lê cæw dè Jésus.

souffre dans son oute, par les blasphèmes dont l'air est continuel* lement infecté* et qui semblent devenir une nécessité dans le langage humain * par ces chansons dissolues et ces conversations déshonnêtes* par les emportements de la colère, et aussi par les traits mordants de la médisance et de la calomnie. Jésus Souffre dans ses affections , profondément blessées par l'oubli et l'éloignement des pécheurs auxquels il ouvre en vain ses bras paternels; par les froideurs, les infidélités et l'indifférence de tant d'âmes comblées de ses prédilections. Ah ! il faudrait connaître l'infinie sensibilité de son cœur divin* pour comprendre ses souffrances ! Son amour est méconnu des hommes ! Les flammes qui le consument ne peuvent fondre la glace de leurs cœurs; et ses divines caresses ne trouvent en eux qu'insouciance ! O mon Dieu I la haine vous serait moins injurieuse* Ce que l'on hait* on le reconnaît au moins , on le confesse * on l'estime même quelquefois ; l'indifférence n'est qu'un mépris insultant. Jésus souffre dans son âme * par la solitude où on le laisse. On va voir ses amis quand on les sait dans la peine; Jésus est offensé, Jésus est outragé * il est dans la peine , et il se plaint que personne ne vient le consoler. « J'ai attendu , dit-il , que quelqu'un partageât ma tristesse* et personne ne s'est présenté, j'ai cherché un consolateur* et je ne l'ai pu trouver. » Sustinui qui simul contristaretur et non fuit et qui consolaretur et non inveni . (Ps. lxviii. 25.) Jésus souffre , si l'on peut s'exprimer de la sorte, jùsqùe dans sa divinité, par les irrévérences sans nombre qu'on fait subir à sa Majesté infinie. Jésus souffre enfin dans tout lui-même, par l'audace de ces âmes sans affections et sans remords* qui viennent froidement le trahir comme Juda9 au banquet sacré* et pour lesquelles néanmoins sa miséricorde sait trouver un pardon. Ah! il me semble entendre le divin

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