‹ Le cœur de Jésus; ascétisme et littératureChapitre 254 sur 306 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

Hélas! ô doux objet de mon amour, qui seul connaissez mes soupirs et mes gémissements, et qui voyez le fond de mon cœur, hélas! plein de tristesse, je vous cherche de toutes parts, et cependant, ô ma vie ! je ne puis vous trouver!

Je n’ai pas craint de m’enfoncer dans les forêts et dans les broussailles, j’ai visité les lieux les plus impraticables, je suis allé jusqu’au sein des mers; mais, dans mes recherches et sur terre et sur mer, je ne rencontre aucun sentier, aucune Iraee qui réponde à mes larmes.

LE ClECR 1)E JÉSUS.

Sentio me tantos frustra impendisse labores Perque viam insuetos atténuasse pedes.

Dicite vos socii, populus genialis amantum, Dicite, si nostis, qua meus vivit Amor;

Ille meiis, vita quem diligo càrius ipêa,

His erit indiciis cognitus ille meus :

Puichrior est rutilo radiantis lumine solis ;

Cœlis splendidior cum sine nube nitent;

Gynthia flammiferis quanto supereminet astris Tanto est angelicis puichrior ille choris.

Cernite florigero vernantes gramme campos > Ceniite quam læto prata colore vii*ent;

Omne deCus terræ nitor omnis fulget in illo Et Cœli supero quidquid in axe micat.

Nondum opifex rerum, cœlorum extenderat orbes Nec librata suo pondéré stabat humus;

Non Phœbus nitida lustrabat lampade terras,

Non Pelagi spumans cinxerat unda solum ;

Jamque meus vivebat Amor, flammaque perenni In semet refluus fons bonitatis erat.

Sed licet æternos sine tempore computet annos> Attamen ilium omnis parturit usque dies;

Ardet, et ardenti perfundit lumine soient*

Deque ejus radiis sidéra lumen habent;

Jactat ubique faces, terras comburit et astra, lllius et gelidis incubât ardor aquis.

C) superi, o vigiles, o vos qui nostis Amorem Dicite quando abiit, quo simula vit iter.

SECONDE PARTIE

AU! je le vois, toutes mes peines sont perdues, et c'est en vain que j'ai usé mes pieds à ces courses inaccoutumées. Ditesmoi, ô mes compagnons, peuple heureux et aimant, ditesmoi, si vous le savez , où est allé l'objet de mon amour, cet ami tendre que je chéris plus que moi-même ?

Voici à quelles marques on le reconnaît : il est plus beau que le disque radieux et étincelant du soleil, il est plus brillant que la sérénité d'un ciel sans nuage. Autant l'astre des nuits l'emporte en éclat sur les étoiles , autant mon ami l'emporte en beauté sur les chœurs des anges.

Voyez ce parterre orné de fleurs odorantes comme d'autant de perles, voyez les lis mariés à la pourpre des roses, voyez dans les prairies ces tapis de vert gazon émaillés de fleurs, voyez la magnifique verdure qui décore les champs; tout ce que la terre renferme d'ornements et de magnificence, mon ami en possède leclat, et il brille de tout ce que les cieux ont de splendeurs.

L'Auteur de la nature n'avait pas encore étendu et semé de globes lumineux le pavillon du firmament, il n'avait pas encore suspendu et équilibré dans l'espace le globe terrestre ; l'astre brillant du jour n'avait pas encore commencé sa course pour éclairer le monde, et les flots écumeux de la mer n'environnaient pas encore le continent comme d'une ceinture , et déjà cependant vivait l'objet de mon amour, déjà existait en lui le foyer éternel et la source intarissable de la bonté.

Quoique, au-dessus du temps, il ne compte que des années éternelles , chaque jour, cependant, semble lui donner une nouvelle naissance. Il brille et il verse dans le soleil des flots ardents de lumière, et c'est de ses rayons que tous les astres tiennent leur éclat, De toutes parts il disperse ses feux, il

Dicite, vos sancto mihi quondam fœdere juncti.

An meus, ille meus perditus usque latet?

Sed tu dulcis Amor, cur non te osteudis amanti f Cur fugis et sponsam deseris usque tuam? Ergone, sponse, animas ad vulnera cogis amantes, Atque venenata cuspide corda feris?

An forte hic præsens vuUum tegis obice nubis,

Nec sinor ore tuo, iiube tegente frai ?

Sic tu nempe soles tacitis illudere votis,

Sicque meam speras posse probare fidem.

Ast ego te numquam dulcissime sponse,relinquam;

Nec mea comburet viscera falsus amor.

Spiritus ante meus tenues vanescet in auras Quam mea mens possit non meminisse tui.

Te mihi non enses, non unda, nec auferet ignis Ipsa licet tristis Styx adeunda foret.

Ergo veni mea lux ; cur longa absentia amantem.

Vexât, et infestum pectora vulnus edit ?

Ora notât pallor, totoque in corpore languor.

Et tetrico in vultu mortis imago sedet.

Sed quo nunc rapior? quis me novus occupât ardor?

Quæ flamma insolito membra calore cremat?

An te conspicio, mea lux, et Amore fatescens Te mihi præsentem, sponse, latere puto ?

Ah! præsens sponses : nec se mens credula fallit Intusnara sentit Numen adesse tuum.

Jam mea divinum spirant præcordia amorem; Involo in amplexus, jam mea vita, tuos,

SECONDE PARTIE. 439

enflamme les cieux et la terre, il répand la fraîcheur sur les glaces des ondes.

O puissances célestes, ô gardes vigilantes, ô vous qui connaissez l'objet de mon amour, dites-moi à quel moment il est parti? Quels détours a-t-il suivis? O mes chers compagnons, unis à moi par une alliance sacrée, ne pourrai-je trouver mon amour? cet objet si cher est-il perdu pour jamais?

O vous, mon tendre amour, pourquoi ne vous montrez-vous pas à celui qui vous aime ? Pourquoi me fuir? Pourquoi délaisser ainsi votre épouse? Est-ce ainsi que voug blessez les âmes qui vous aiment, et que vous percez les cœurs de traits empoisonnés?

Ne seriez-vous point par hasard ici présent, mais caché sous le voile d’un nuage pour m’empêcher de jouir de votre vue? Ainsi vous plaisez-vous souvent à tromper mes vœux secrets, ainsi vous plaisez-vous souvent à éprouver ma fidélité. Mais moi, jamais, ô mon époux, ma douceur, jamais je ne vous abandonnerai, et mon cœur sera toujours enflammé d’un véritable amour.

Mon dernier soupir se dissipera dans le vide des airs avant que mon âme puisse vous oublier. Ni le glaive, ni les flots, ni la flamme, et quand je devrais même entrer dans le triste empire de la mort, rien ne pourra vous ravir à mon amour. Venez donc, ô ma lumière î Pourquoi par votre absence tourmenter qn cœur qui vous aime? pourquoi le laisser en proie à une cruelle blessure qui le ronge? Voyez la pâleur de mon front : tout mon corps est languissant, et ma face maladive présente l’image de la mort!

Mais quel ravissement subit ! quelle ardeur nouvelle s’empare de moi! quel feu inconnu embrase tous mes membres ! Est-ce vous que je vois, ô ma lumière? Mop cœur se fend

LE CfTTR m JÊSTS.

Jam super astra feror, pedibus subümia calco Culmina cœlorum : sordida terra. Taie.

Terra, vale, et mundi vos impia turba, valete.

Gens infixa solo, turbaque amoris inops.

Fas mihi nunc tecum, mea spes, mea vita, morari :

Fas mihi te solo nunc sine teste frai.

In te, sua vis Amor, votorum meta meoram,

Sit mihi certa salus, sit mihi tuta quies.

Oscula jam liceat per arnica silentia tecum Oscula per Iongas jungere pressa moras.

Te plénum, vacumque sui ad te pectus anhelat.

Et mea vita tuis ignibus usta périt.

Ignibus usta périt mea vita : o parce sagittis.

Parce, Amor, ah ! tantas comprime, sponse, faces. Pone modum flammis, ignem compesce furentem :

Quam jacis, ah ! misera figit arando necem.

En morior, jam victor ovans prædare jacentem Oreque grandiloquo parta trophæa cane.

O amor ! o furor ! o quæ me dementia cepit !

0 mors, o miris perdita vita modis !

0 signa! o monstra! o sanæ ludibria mentis!

O vigilans soranus ! o sine nocte dies !

0 ratilans nox ! o sapiens dementia! flamma Ardorem extinguens ! os sine voce loquax !

0 casta ebrietas! clamosa silentia cordis!

O ubi sum ! quid ago ? quo furibunda feror ! Desipio, tu cogis, Amor ! Sed numquid inermis 3emper eroî et raortem $emper inulta feram?

SECONDE PARTIE

d'amour ! Oui, ô mon époux, vous êtes caché ici près de moi î Oui ! oui ! vous êtes avec moi. Ce n'est point le rêve d'une imagination crédule; je sens votre présence au dedans de moi. Mon âme respire un amour tout divin. Je vole, ô ma vie, je vole à vos saints embrassements. Je suis emporté vers les cieux, et de mes pieds je foule le faîte des demeures éternelles.

Terre méprisable, adieu ! adieu! Vous aussi, partisans d'un monde impie, multitude collée à la terre, tourbe sans amour, adieu !

Ah! il m'est enfin permis, 6 mon espérance et ma vie, d'habiter avec vous et de jouir seul à seul de votre présence! Je trouve en vous, ô doux objet de mon amour, le terme de mes vœux, mon salut assuré et le repos le plus paisible. A la faveur de cet aimable silence, laissez-moi vous donner à loisir de chastes , de tendres embrassements.

Mon cœur vide de lui-même et plein de votre amour soupire pour vous, et ma vie se consume dans vos flammes sacrées.

Oui, le feu de votre amour dévore ma vie! Assez, ô amour, ne lancez plus de traits ! O mon époux, tempérez vos ardeurs , éteignez ces flammes, arrêtez ce furieux incendie! Ah! la flèche dont vous m'avez percé me tue, je succombe : vous êtes vainqueur ! jouissez de votre triomphe , votre victime est à vos pieds; élevez vos trophées, entonnez bien haut l'hymne de la victoire...

O amour! ô délire! quelle extase s'est emparée de moi! O mort! ô merveilles qui m'ôtez la vie! ô prodiges! ê miracles ! ù égarement d'une raison sans folie ! ù sommeil dans lequel on ne dort pas ! ô jour sans nuit ! ô nuit lumineuse ! ô folie pleine de sagesse ! ô flammes qui éteignez les feux ardents! ô langue h la fois éloquente et muette! ô chaste

Arma, arma hue farte, hue fidi properate sodales Ferteenses, gladios , spicula, tela, faces.

Quid moror? et cesso jacujum forquere, vel hastam. Et non incerta figere tela manu ?

Sed jam victus Amor propi*io comburiturigni.

Et patitur telis vulnera facta suis.

Dicite io pæan, io plaudite : victor Amoris Est Amor, en victas porrigit ille manus.

Ponite vos socii tumulum, tum cædite saxo Hœc duo perspicuis oarmina scripta notis :

Hæc tenet urna duos alterna cæde peremptos :

Victus uterque fuit , victor uterque fuit.

PETA US JÜ8TUS SAUTELUUS (1663). * Magdalena ad tumulum Ghristi.

elbgia.

Vidit ut ereptum fato sibi præcoce regem Magdalis, et tumulo corpus inesse suo,

Uda oculos, innexa manus, resoluta capillos, Lamentabilibus sic ait orsa sonis :

Ite , oculi , in lacrymas , ite , in suspiria , voces. Et perarate meas, flumina bina, gênas.

Dextra , oculi, oor, lingua suos testentur amores ;

Denique pars nostri nulla dolore vacet Vix bene terdenis teroos super addidit amnis.

SECONDE PARTIE. 443

ivresse !... Où suis-je? que fais-je? où m'entraînent mes transports? je divague, et c'est vous qui m'y forcez, ù divin amour !

Serai-je donc toujours sans armes, et souffrirai-je continuellement la mort sans me venger jamais? Des armes! des armes! vite, apportez, compagnons fidèles, apportez des glaives, des épées, des flèches, des dards, des torches. Pourquoi attendre? n’est-il pas temps de lancer le javelot et d'enfoncer d'une main sûre et ma lance et mes traits?

Mais déjà mon amour vaincu se consume dans ses propres ardeurs, et il est mortellement blessé de ses propres armes ; chantez le triomphe ! applaudissez ! L'amour est vainqueur de l'amour, il est son captif, il porte ses fers ! O mes compagnons, dressez un tombeau, et gravez en profonds et grands caractères, sur le marbre, les deux vers suivants :

Ici, blessés d’amour, donnent en paix deux cœurs :

Tous deux furent vaincus, tous deux furent vainqueurs.

Page 1