‹ Le cœur de Jésus; ascétisme et littératureChapitre 255 sur 306 · HERBE JUSTE S AUTEL · texte numérisé non relu

HERBE JUSTE S AUTEL

Madeleine au tombeau de Jésus.

ÂLBGIB.

Quand Madeleine vit son roi enlevé à son amour par une mort si prompte, quand elle vit son corps gisant dans le tombeau , tout en larmes , les mains jointes et les cheveux épars, elle fit entendre ces tristes paroles : Coulez, coulez, mes larmes, et comme deux fleuves creusez-vous un lit à travers mes joues ; douloureux soupirs , échappez-vous de ma poitrine; mes mains, mes yeux, mon cœur, ma langue, témoignez vos regrets, et qu'il n'y ait rien en moi qui soit exempt de douleur...

A peine était-il arrivé à son trente-troisième printemps ,

AU

Et oinis est gelidus, qui meus ignis erat.

O nimis, o nostris, o mors nimis invida votis,

O nimis, o anima» mors inimica meæ,

Dum ruis, e reliquis immansuetissima parcis Rumpere sacrilega stamina sacra manu ; Inspicienda fuit diæ reverentia formæ ,

Et faceres , oculis ni quoque capta fores.

Ut fera sis nullisque hominum mansuetu querelis Movissent oculos ora décora tuos.

Vix amabilior violis , et amœnior astro ,

Thetis in æquorea quod modo lavit aqua.

Aurea sydereis faciès erat æmula flammis :

Yultus ebur; soles lumina, labra rosæ.

Vultus ebur ; duo labra rosæ ; duo lumina soles ;

Sicca rosa est ; marcent lumina; livet ebur.

Heu ! ubi divini collecta modestia vultus ?

Heu! ubi ponderibus verba rotata suis?

Heu ! ubi præsignis faciès? ubi bina gemélli Fox oculi ; linguæ gratia ; frontis honos?

Lingua tacet, sordet faciès in honora, reliquit Ossa vigor , frontem gratia , lobra rubor.

Ne data vel plantis i eferam , vel vulnera palmis , Cemite, quam latum pectoris ulcus hiat ; Grande patet ( fateor), terebrati pectoris antrum Sedpartem illius vulneris ipsa tuli.

Scilicet infligens mio duo vulnera ferro ,

Et nostrum , et Domini transiit hasta latus.

Non potuit ( nam extinctus erat ) sentire dolorem , Nec fuit illius , sed meus ipse dolor.

Ille quidem vulnus , sed ego sum passa dolorem Vulneris, et nostrum pars sua cuique fuit.

SECONDE PARTIE

et déjà le voilà glacé , lui , la flainme de mon cœur. O mort barbare ! ô funeste sort , contraire à mon bonheur ! ô mort, cruelle ennemie de mon âme ! ô furie , la plus impitoyable de toutes! quand tu te préparais à trancher d’unë main sacrilège la trame sacrée de ses jours, que n’as-tu jeté un regard sur sa face auguste et divine : tu aurais ensuite achevé ton crime , si tu n’avais pas été arrêtée par ce spectacle. Quelque barbare que tu sois, quelque insensible que te laissent les plaintes des mortels, j’én suis sûre, la beauté de ses traits aurait touché ton cœur.....

Quand il vivait , il avait plus de charmes que la violette; et plus d’éclat que le soleil à son lever du sein des mers. Sa noble figure était plus brillante que les astres , son teint était d’ivoire, ses deux lèvres étaient deux roses , et ses deux yeux deux soleils. Et maintenant, rose lànée! astre éteint! ivoire livide ! Hélas ! qu’est devenue la modeste beauté de son visage? qu’est devenu le charme des paroles qui tombaient de sa bouche? que sont devenus la splendeur de ses traits, l’éclat de son regard , la douceur de sa voix , la majesté de son front? Hélas ! sa langue est muette, ses traits sont souillés et flétris , ses membres n’ont plus de force ; adieu, beauté de son front ! adieu, roses de ses lèvres !...

Je ne vous montrerai pas les plaies de ses pieds et de ses mains : voyez plutôt la large blessure de son cœur. Oh ! oui, elle est large et profonde l’ouverture de son côté ; mais moi aussi j’ai eu de cette blessure ma part de souffrance ; car la lance d’un seul coup nous a blessés tous deux, elle a transpercé à la fois le cœur de mon Maître et le mien. Il était mort et insensible; ce n’est pas lui , non, c’est moi qui en ressentis la douleur. Sur lui se fit la blessure, moi j’en ai enduré la souffrance ; ainsi avons-nous eu chacun notre parti

Plangite pectora , sidéra plangite; plangites rupes Plange solum ; cœli plangite ; plange solum.

Fletes poli, etnostrum pariter sentite dolorem,

Merge tenebrosum, sol lacrymose, diem.

Flete , piæ volucres, Libani quœ frigus amâtis ,

Flete , feræ ; lacrymaè nil feritatis habent.

Aeriæ quercus, inflexibilesque cypressi Vos decuit tantis indoluisse malis.

Sed quid ego vestros oblita requiro dolores?

Indolait natura suo prope perdita régi ,

Nullaque mœstitiæ res fuit orba suæ.

Tu quoque funde tuos inconsolabilis imbres,

Nec defrænatas ripa moretur aquas.

Sed sine marginibus, sine fine, sine ordine currens Gutta eat ex oculis præcrpitata tuis.

Gutta eat in rivos, et eant in flumiiia rivi , Fluminaque in fluCtus, in marefluctus eftt.

CuT plures mihi parca oCulos natura negavit?

Nec mihi quæ plangam pectora plura dédit ,

Et vivo, nec facta latex !...

Ah ! saltem in flammas solvar , nisi solvor in utidàs $ Et mihi præstetamor, quod nequit ipse doloî1.

Ut tumulo junctim requiescere possit in uno Et meus, et Dominimixtus utetfque cinis.

Ei vivo, nec facta cinis! Quam frigidus ille est.

In cinerem qui me vertere cessât amor.

Hæc ait * et residens in marmore suspiravit > Frigidiorque ipso marmore pene fuit.

Languebat, flebatque simul, sed utrumque decebdtj Nam languere dolor , flere jubebat amor.

Magdalidos lacrymæ Christi cruor undique manat,

Vous tous qui avez Un cœur, pleurez ! Forêts;, rochers, mer, ciel , terre , pleurez ! Que tout s’associe à ma douleur. Soleil , verse des pleurs, et plonge le jour dans la nuit sombre. Oiseaux qui aimez la fraîcheur du Liban, si vous êtes sensibles, pleurez ! Pleurez, bêtes sauvages, et noyez votre férocité dans les larmes. Chênes altiers, inflexibles cyprès, vous aussi vous devez voiis affliger d’un si gtand malheur ?...

Mais que dis-je! pourquoi vous inviter à la douteur T La nature a pleuré le trépas de son roi, rien n’est resté sans douleur.

Et toi, Madeleine, ne dois-tu pas être inconsolable? Ah! que rien n’arrête le torrent débordé de tes larmes. Que tes pleurs , comme un fleuve impétueux , sans rive , sans digue , sans embouchure, se précipitent de tes yeux ! Que chaque larme se change en ruisseau, chaque ruisseau, en toPrént , chaque torrent, en fleuve, et chaque fleuve, en mer immense ! Oh ! pourquoi la nature trop avare ne m’a-t-elle donné que deux yeux? Quoi! elle ne m’a accordé qu’un cœur pour soupirer et gémir ! et je vis ! et je ne suis pas toute fondue en larmes !

Ah ! du moins, si je ne puis me résoudre en larmes, que je me change en flamme, et que l’amour opère en moi ce que ne peut la douleur ! Que mes cendres et celles de mon maître beposent ensemble dans le même tombeau! Je vis!... je né suis point réduite en Cendres !... Oh! qu’il est donc fboid Cét amour qui n’a pas la force de mé consumer !

En disant ces mois, elle pousse un soupir et devient pluë glacée que la pierre sur laquelle elle était assise. Évanouie, elle vernit des larmes; la douleur la privait du sentiment , et l’amour la faisait pleurer. Les larmes de Madeleine et le sang de Jésus coulent avec une égale abondance. Les blessures de

Et cruor , et lacrymæ sunt utriusque pares :

Nam licet a plagis vis prodiga sanguinis iret ,

Non minor ex oculis visus abire liquor.

Sed, tamen hoc distant > soiis liquor ibat ocellis, Christe, fluit nulla non tibi parte cruor. Miscentur lacrymisque cruor , lacrymæque cruori , Et currit socia rivus uterque via,

Indistinctum avido tellus bibit ore liquorém ,

( Nunquam tam dives sparserat imber humum ). Protulit e lacrymis flores, e sanguine flores ,

Lilia sunt lacrymis nata, cruore rosæ.

Iriterea pario sedet ilia simillima saxo.

Obstupet, et totos quamvis dolor occupet artus , Desiit in mediis tune dolor esse malis.

NICOLAUS AVANCINUS (1670).

Ode ad Jesum crucifikum.

Tuo advolutus Numiili amplector ci*ucfem Quam lividis hiné brachiis Atque inde dimetiris* o animæ anima , Meique amoris o amor,

Moriture Jesu ! nullus hinc memet fuior Insanientium hostium , aut Crudelitatis barbaræ nullæ minæ ,

Nullus revellet impetus,

Non festa mundi pompa, non Cypridis joci , Non blandientes gratiæ.

Hic bscitantes vulnerum plagâs colo,

Hic sanguinem deosculon

Seconde partie. 449

Jésus donnent passage à de larges flots de sang, et de larges flots de larmes s’échappent des paupières de Madeleine.

La seule différence , c’est que les larmes ne partent que des yeux, tandis que votre sang , ô Jésus , coule de toutes parts. Les larmes se mêlent au sang, le sang aux larmes : ce sont deux fleuves rapides dans un même lit.

La terre boit avec avidité ces flots mélangés ; jamais elle n’avait été arrosée d’une pluie aussi féconde ; cette double rosée fait naître des fleurs ; les larmes produisent des lis, et le sang fait épanouir des roses.

Cependant Madeleine reste toujours immobile. On la prendrait pour une statue de marbre de Paros. Elle a perdu tout sentiment , et quoique la douleur soit en ses membres , la douleur semble avoir disparu par l’excès même de ses torturés.

vt.

NICOLAS AVANCÎN.

Ode à Jésus crucifié.

Prosterné à vos pieds , j’embrasse la croix sur laquelle sont étendus vos bras livides, et où vous allez mourir, ô mon divin Jésus, âme dé mon âme, amour de mon amour.

Rien ne pourra m’arracher d’auprès de vous, ni la barbare éruauté de vos ennemis en fureur, ni leurs menaces, ni leur violence > hi les joies et les pompes du monde, ni les amorces de la volupté , ni les attraits de la séduction.

Iéi j’àdore vos blessures et vos larges plaies, ici je puis baiser votre sang. Traître sacrilège, bourreau de l’innocence, infâme déicide, ce n’est pas toi qui m’inspires de l’horreur; ce n’est pas toi non plus, troupe perfide, toi qui as percé les mains , les pieds et le cœur de mon Dieu , et déchiré

Non tibi, sacrilege proditor, latro Dei Et innocentis carnifex,

Neque tibi, turba perfida, indignor, mei Quæ lancinasti Numinis Manus, pedes latusque , quæ corpus flagris Delineasti immitibus.

Si quæ reposta est pœna latroni impio,

HæC pœna débita est mihi.

Ego tigris ilia Caspia, ego férus Léo,

Ego pardus ille barbarus Qui tibi probroso vulnere e venis sacrum Suxi cruentus sanguinem;

Ègo asperavi milites ; ego addidi Rigido metalium pectori,

Ut per flagella et verberum pondus grave Animam latentem quærerent x\dusque fibras ossium. Ego gravem tuis Aculeum spinis dedi.

Quæ fossa tibi per tempora in cerebri trahunt Imos recessus vulnera*

Ego ilia Lypara infausta quæ clavos tuis Manibus trabales prodidi ,

Qua riguit hasta, pectoris itur*a in sinum.

Ego crudus ille carnifex Qui fabricavi funeri extremo Crucëm ,

Qui te peremi. Sistor hic Acciduus orno, pendulo supplex Déo.

At heu ! loquuntur vulnera,

Vetusque crimen exprobrant : hic tu , impié Sperabis indulgentiam ,

Ubi manifestain sceleris indicium tui Per tôt patescit vulnera?

Tu clariorein solibus vultum et oculos Sereniores sidéré

SECONDE PARTIE. 4&1

tout son corps par de cruelles meurtrissures; non; s’il faut un châtiment à ces attentats criminels, c’est moi qui l’ai mérité, c’est moi qui dois le souffrir.

Plus cruel que le tigre, plus féroce que le lion, plus sanguinaire que le léopard, c’est moi, 6 Jésus, qui, dans ma barbarie , vous ai couvert de si horribles blessures , et qui ai tiré de vos veines votre sang précieux.

C’est moi qui ai excité la fureur des soldats et qui ai rendu leur cœur aussi dur que le bronze; c’est moi qui les ai poussés à aller chercher jusque dans la moelle de vos os, par là flagellation et les coups, votre vie qui s’y était réfugiée comme dans une retraite sûre ; c’est moi qui ai rendu plus acérée la pointe de ces épines qui , transperçant votre front sacré , vinrent blesser et déchirer profondément les parties les plus intimes de votre tête auguste.

Dans mon cœur comme dans une forge infernale ont été làçonnés les énormes clous de vos mains; là aussi a été trempée la lance cruelle qui devait vous percer le flanc. Infâme bourreau que je suis! c’est moi qui ai fabriqué la Croix pour votre dernier supplice, c’est moi qui vous ai tué !... Je reste ici , étendu sous ce gibet , et prosterné en suppliant aux pieds de mon Dieu> qui y est suspendu!...

Mais quoi ! les blessures élèvent la voix et me reprochent mes iniquités passées ! Est-ce bien ici , disent-elles > qtie tu oses espérer ton pardon, misérable ? Ne vois-tu pas toutes ces plaies ouvertes qui attestent hautement tes forfaits? Ce visage plus radieux que le soleil, ces yeux plus étincelants que les étoiles, tu les as souillés de tes crachats. Jésus me dit ; Tu m’as

Sputo impiasti, tu flagrorum gravi Pondéré onerasti tergora :

Tii mihi manus, pedesque terebrasti , latus Tu pertulisti lancea.

Per te, saCrilege, frontis innubis dies Aculeis inhorruit.

En impie audes ( pro nefas) audes tuo Sperare veniam crimini ?

Audeo, benigne Christel non est hoc reis Tribunal implacabile :

Tribunal est clementiæ. Ut causæ meae Hic consulas, sententiam

in te tulisti, mortis Judex licet Sedeas, patrem non exuis

Clementiaque et gratia enervas gravem Severitatis dexteram.

Non, non recedam. Stat mori tecum, Deus,

Arbore sub ista spiritum

Liceat supremum fundere, et amatæ crucis Gratis mori in complexibus.

DU CERCEAU (1670-1730)

Omnia vauitas , præter amare Jesum.

Purpitreum florem forma deceptus amabara,

Venit hiems, rapuitque meum mihi barbara florem* Huic successit apis, digitum sub acumine læsit.

Post etiam nostros meruit sibi passer amores ;

At celeri aufugiens lusit me perfidus ala.

Dilexi etThirsin, mors abstulit improba Thirsin. Nunc te, Christe, unum, nunc toto pectore amàbo Cui neque Bruma potest neque mors inimica nocere, Quique tuos nec, Christe, fugis nec lædis amantes.

SECONDE PARTIE. U) 3

acoablé d'une grêle horrible de coups, tu as percé, tu $s meurtri mes mains et mes pieds , tu m'as ouvert le côté d'un coup de lance ; c'est toi , sacrilège , qui as hérissé d'épines mon front toujours pur et serein; et tu oses, impie, quelle horreur! tu oses ici espérer le pardon de ton crime?

Oui , je l'ose , ô bon Jésus ! la croix n'est pas un tribunal implacable, c'est un tribunal de miséricorde en faveur des criminels.Pour me mettre à couvert, vous avez pris sur vous la sentence, et quoique, en votre qualité de juge, vous puissiez porter des arrêts de mort, vous ne cessez pas d'être père. Votre clémence et votre bonté empêchent le bras de votre rigueur de s'appesantir. Non, non, je ne me retirerai point; je suis résolu de mourir avec vous ; ô mon Dieu , laissez-moi expirer au pied de ce gibet et rendre le dernier soupir en serrant avec bonheur dans mes bras votre croix bien-aimée!

DU CERCEAU

Tout est vanité, si ce n’est aimer Jésus.

Une fleur vermeille me séduisit par sa beauté, j'y attachai mon cœur : l'hiver survint, et, le cruel, il me ravit ma fleur. Ensuite je m'épris d'une abeille : elle me perça de son aiguillon.

Plus tard un passereau s'attira mes bonnes grâces, mais, le perfide, il me trahit, et prenant un rapide essor, il me quitta. Je me fis un ami de Thirsis : la cruelle mort vint et me l'enleva.

Ah ! désormais, ô Jésus, oui désormais je n'aimerai que vous seul; vous aurez mon cœur tout entier. Vous êtes à l'abri des atteintes et de l'hiver et de la mort, et ceux qui vous aiment n’ont à craindre de votre part ni abandon ni blessures,

LE CŒUfL PE JÉSUS,

ALEXANDER DE HOHENLOHE, Qhristiaoi jubilus post communionem.

Ad quem diu suspiravi Jesum tandem habeo,

Hune amplector, quem optavi , Quem optavi teneo.

Omnes meæ exsultate Facultates animæ,

Exsultate , triumphate Et ingresso plaudite.

Tristis eram et abjectus,

Eram sine gaudio ,

Quia aberat Dilectus,

Quem præ cunctis diligo :

ged ut yenit et intravit Animæ tugurium ;

0 quam dulce permeavit Meum cor solatium !

Non sic terras umbris tectas Gratus sol illuminât,

Non sic æstibus dejectas Nimbus herbas récréât,

Sicut animam languentem Refocillat Dominus,

Hanc tristantem et torpentem Noyis donat viribus.

Félix dies, felix hora ,

Qua me, Jesu, visitas !

Pulchra nimis et décora Lux, ad me qua pro eras!

SECONPE PARTIE.

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