CHAPITRE VIL
Du sacrifice, et comment l'aimable cœur de Jésus est le principe et le modèle de la vie de sacrifice. *
Sacriflcate sacriflciom juttltl».
( Pu iv. e. )
Offre! an sacrifice de justice.
Le sacrifice est l’acte le plus essentiel de la religion ; pas de peuple ayant un culte et adorant une divinité qui n’ait eu son sacerdoce , son autel et sa victime; qu’est-ce en effet que le sacrifice ? C’est l’acte par lequel on reconnaît sensiblement le souverain domaine de la divinité, non-seulement sur la nature entière, mais encore sur l’homme lui-même. Le sacrifice est donc le premier acte de religion, la base et la raison de tous les autres. Aussi fut-il toujours regardé comme fondamental. Veut -on détruire une religion? on abat les autels , on brise les insignes du sacrifice , et ce n’est que sur leurs ruines que l’impiété peut réaliser ses projets.
Pour apprécier toute l’importance du sacrifice , il ne faut qu’ouvrir les saints livres et considérer avec quelle minutie de détail le Seigneur daigna lui-même prescrire toiites les cérémonies du sacrifice, indiquer l’ornement des prêtres, désigner les victimes, tandis que l’écrivain sacré , racontant
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l'acte de la création de ce vaste univers , renferme en quelques lignes le récit de ce grand événement.
Le cœur de Jésus est un modèle de sacrifice. Dans l'ancienne loi , le sacrificateur s'épargnait en immolant la victime ; mais dans l'auguste sacrifice de la loi de grâce , figuré par les divers sacrifices du judaïsme , le prêtre et la victime devaient être confondus sur le même autel , et s'immoler volontairement à la gloire du Très-Haut. La consommation du sacrifice eut lieu sur le Calvaire , alors que la grande victime se donna elle-même ce solennel témoignage: Consummatum est. (Joann. xix. 30.) Mais ce sacrifice avait commencé dès le moment même de l’incarnation, et avait continué pendant toute la vie de l'Homme-Dieu. En effet , dès son entrée dans le monde, Jésus se considère comme une victime et embrasse avec amour et liberté cette douloureuse condition. « Vous avez méprisé les autres oblations, dit-il à son Père, j'ai dit alors : Me voici ; je viens , avec le corps que vous m'avez donné, dans l'intention d'accomplir vos ordres divins. 0 Qu’est Jésus sur l'autel de la crèche, dans l'obscurité de Nazareth , dans le dévouement de sa vie publique , sur le bois du Calvaire, sinon une victime, immolant à son Père céleste son honneur et sa liberté ; semetipsum exinanivit formam servi oedipiens... ( Philip ♦ il 7); oblatus est quia ipse voluit... (Isamjii. 7); sacrifiant toutes les joies du monde , et se dévouant à la mort la plus ignominieuse ; proposito sibi gaudio , sustinuit crucem ? (ffeb. xïi. 2.) Cet état de victime , qui semblait ne devoir pas se concilier avec son état de gloire, Jésus le continue dans le ciel , où saint Jean le représente sous la figure d'un agneau immolé et tout sanglant; Agnum... occisum... (Apoc. v. 6.) 11 le continue surtout dans la sainte Eucharistie, autel perpétuellement dressé , où chaque jour, à toute heure , à chaque