‹ Le cœur de Jésus; ascétisme et littératureChapitre 69 sur 306 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De la vie commune , et comment l’aimable coeur de Jésus est le principe et le modèle de la vie commune.

Nonne hic est fiber, ttios Mari#.

(Maec. vi. s.)

Celui-ei n’est-il pas l’artisan, (Us de Marie,

L'homme est naturellement enclin à l'orgueil; l’obscurité est une sorte de néant dont il a horreur. 11 cherche instinctivement à occuper dans l’estime de ses semblables une place d'honneur; et comme il ne peut parvenir à ce but sans attirer leurs regards par quelque action qui le mette en dehors de la route tenue par les autres , il a une aversion naturelle pour la vie commune, qui le laisse inaperçu au milieu du reste des hommes. La grâce a une économie toute différente de celle

de la nature ; son fondement pst l’humilité ; aussi est-elle ennemie de tout éclat, et fait-elle de la vie commune le théâtre ordinaire de ses plus grandes et plus solides opérations. Dieu n’aime pas à compromettre ses dons en les livrant à l’orgueilleux qui en fait parade, et sa sagesse ne lui permet pas de coopérer à une vaine ostentation. A partdonc ces vocations exceptionnelles par lesquelles le Seigneur , dans des vues qui lui sont connues , fait sortir du tableau de l'humanité quelques figures saillantes , qu’il environne de ses plus brillantes faveurs, la vie Commune est la condition du salut de l’homme ; elle peut seule exciter et sauvegarder l’action féconde de la grâce.

Jésus a été le modèle de cette vie commune , et c’est là peut-être ce qui parait à notre nature superbe dè plus mystérieux dans la conduite du Sauveur. C’est pourtant la vie que devait naturellement mener Celui qui était venu sur la terre pour montrer à tous le chemin du ciel : Je suis la voie, dit-il, je suis la porte, le chemin par où l’on va à mon Père céleste ; il fallait donc que Jésus-Christ menât une vie commune, afin que tous les hommes pussent marcher sur ses traces. Son cœur trouve ses délices dans l’obscurité de cette vie, qui est une immolation complète et incessante de sa divinité , et des excellences de son humanité sainte ; il ne craindra pas même dé compromettre , aux yeux des Juifs charnels , la vérité de sa mission, en leur laissant juger, par les dehors vulgaires de sa façon de vivre, qu’il ne peut être le Messie célébré par les prophètes, dont ils s’étaient fait une idée si pompeuse. Intelligence supérieure et sans perfectibilité réelle, puisque, dès le premier instant, il fut illuminé par les rayons du Verbe divin, Jésus voulut néanmoins soumettre les facultés de son âme à l’apparence de ce développement progressif, qui est l’apa-

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