PREMIÈRE PARTIE
amis, ses frères, ses cohéritiers ; vos autem dixi amico$. (Ibid*) Vous êtes mes amis; par conséquent que tout entre nous soit commun; vous êtes mes amis, entrez donc en possession du trésor infini de mes souffrances, de mes joies, de mon héritage éternel; vous êtes mes amis, versez donc dans mon cœur vos peines , vos craintes, vos découragements, vos intérêts, vos espérances. Tant que vous n'étiez que mes serviteurs et mes esclaves , il vous convenait de craindre; aujourd'hui que vous êtes mes amis , vos méfiances blesseraient mon cœur ; vos autem dixi amicos. Paroles consolantes qui nous permettent de nous reposer familièrement sur le cœur de notre bon Maître! paroles encourageantes qui bannissent de notre âme tout ce que nos péchés pourraient y semer de désespoir ou de découragement ! paroles pleines d'espérance , qui , en nous rappelant sans cesse que celui qui sera un jour notre juge , est ici-bas notre ami, nous conduisent, malgré la conscience de nos infidélités, dans le sein de sa miséricorde ! Ah! que nous blesserions au vif le cœur de Jésus si tant d'amour n'excitait notre confiance ! Quand un ami ne s'abandonne pas à notre cœur, quand les délicatesses de notre amitié ne peuvent vaincre chez lui un sentiment de méfiance, quel froissement n'éprouvons-nous pas? Quel froissement1 ne doit donc pas éprouver le cœur du divin Maître , dont la sensibilité était d'autant plus parfaite, qu'elle n'avait pas été viciée par le péché? quels froissements , dis-je, ne doit-il pas éprouver, lorsque après tant de marques de tendresse, nos cœurs ne s'abandonnent pas à son amour? lorsque, effrayés par la crainte de ses jugements, nous semblons n'ajouter qu'une foi incertaine à ses touchantes invitations? Ah! connaissons mieux le cœur aimable de Jésus; quel que soit l'état de notre âme , pécheur, juste, indigent, affligé, recourons à celui qui est â
là fois notre raédeoin , notre persévérance , notre richesse et notre consolation , et que nous puissions dire de nous ce que saint Jean disait de lui-mème : « Le disciple que Jésus aimait d'un amour de prédilection , goûtait un doux repos sur le sein adorable de son Maître ; » erat ergo recumbens unus ex disci pulisejus in sinuJesu, quem diligebat Jésus. (Joann. xiii. 23.)
Mais considérons les présents de notre divin Sauveur. Quels gages incompréhensibles de sa tendresse ! Étendu sur son lit de douleur, Jésus est tout absorbé par la pensée de ses enfants. Entendez sa voix mourante dicter son testament suprême et nous laisser en héritage ce qu'il a de plus cher, sa sainte Mère : ô Marie, vous êtes donnée par Jésus à saint Jean, et en lui à toute l'humanité; et vous lui êtes donnée en ce que que avez de plus aimable , de plus doux et de plus précieux pour nos cœurs, votre maternité même; ecce mater tua. (Joann. xix. 27.) Donation efficace qui nous fait devenir, non les enfants adoptifs de Marie, mais ses vrais et légitimes enfants dans l'ordre surnaturel ; présent d'ineffable valeur destiné à nous rappeler éternellement notre fraternité avec Jésus-Christ, et à élever sans cesse notre pensée et notre cœur vers ce frère divin ; ecce mater tua.
Cependant l'amour de Jésus n'est pas encore satisfait; il a voulu nous laisser un présent plus magnifique , un présent qui fût un gage plus explicite encore de sa tendresse. Appelé, par la volonté de son Père, à la gloire céleste, il n'a pas hésité à renverser les lois de la nature; et, par un miracle d'amour, il s’est donné lui-mème à nous, tout en s'élevant vers le ciel. Adorable présent eucharistique ! chef-d'œuvre d'amour divin! non-seulement nous vous vénérons en tous lieux comme le mémorial de la charité de Jésus-Christ pour les hommes, mais encore notre foi vous contemple, notre bouche