CHAPITRE XX
De 1a filiation divine, et comment l’aimable cœur de Jésus est pour nous le principe et le modèle de cette filiation.
Pnedestinavit nos in adoption» filiora , per Jesum Christum. ( Ephes. i. S.)
11 noos a prédestinés, par Jèsas-Ckrist, k l’adoption de ses entants.
L'adoption est un acte par lequel on donne à quelqu’un le nom de fils, et tous les droits attachés à ce titre, c’est-à-dire, les droits à l’amour et à l’hérédité. L’adoption suppose la même nature. H était donc impossible à Dieu de donner à l’homme cette marque de sa tendresse, si le Verbe , dans les ingénieuses inventions de sa miséricorde, n’avait trouvé le moyen de nous élever à la participation de sa nature divine, selon l’expression de saint Léon, en descendant lui -même jusqu’à la bassesse de la nôtre, et en alliant ces deux natures Hans sa personne sacrée : Foetus est homo nostri generis ut nos divines naturel possimus esse consortes. Cette union ineffable ’a pas été une simple union morale, mais une union per-
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sonnelle ou hypostatique, c'est-à-dire que le Verbe s'est uni 4 l'humanité en tant que personne de l'auguste Trinité, en tant que Fils de Dieu; et c'est ainsi qu'il a communiqué mystérieusement à l'humanité sa divine filiation. Aussi ne dédaigne-t-il pas, dit l'Écriture, de nous appeler se6 frères; non confunditur fratres eosvocare. (Heb. il. 11.)
Le mystère de l'incarnation a donc été pour nous la condition essentielle de notre adoption ; qui prœdeitinavit nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum ; et c'est à notre aimable Sauveur que nous devons l'incompréhensible honneur d'être nommés et d'être en réalité les enfants de Dieu ; ut filii Dei nominemur et simus . (I. Joànn. iii. 1.) Ces dernières paroles de saint Jean, l’apôtre par excellence du cœur de Jésus, nous révèlent toutes les richesses de l'adoption divine. En effet, tandis que l'adoption humaine n'établit entre les hommes que des rapports de convention , et qu’elle ne forme, après tout, qu'une paternité et qu'une filiation factices, l'adoption divine, au contraire, est d'une telle efficacité que nous pouvons, dans toute la vérité et la douceur du terme, appeler Dieu notre père , abba Pater , comme nous sommes dans la réalité ses véritables enfants, filii Dei nominemur et simus. C'est aux chrétiens qu'était réservé cet auguste privilège : ubi venit plenitudo temporis misit Deus filium suum. . . ut eos gui sub leye erant redimeret, ut adoptionem filiorum reci peremus . ( Galat . iv. 4, 5.) Dans l’ancienne loi, il y avait un seigneur et des sujets, un maitre et des serviteurs; et ero eis in Deum et ipsi erunt mihi in popvium (Jerem. xxxi. 33); il n'y avait pas encore des enfants.
Or, le oœur de Jésus a été la source et le principe de cette auguste filiation. En effet, malgré l'économie de l'incarnation, l'homme ne pouvait devenir enfant de Dieu par nature;
il ne pouvait donc l'être que par les sentiments de confiance, de respect et d'amour envers le Seigneur qui voulait bien s'appeler son père, et lui donner par là-même des droits à sa tendresse et à son héritage. Mais n'est-ce pas du cbeur que partent ces sentiments ? Aussi est-ce le cœur seul que Dieu considère en nous, Dominus autem intuetur cor ( I. Reg. xvi. 7), le cœur seul dont il sollicite la donation, prœbe, fili mi, cor tuum mihi. ( Prov . xxm. 26.) Jésus se trouvant donc le principe de notre adoption, selon la belle et consolante théologie de saint Paul, nous pouvons conclure qu'il n'est principe d'adoption que par son cœur, source intarissable des plus tendres sentiments à l'égard de son Père céleste ; c'est par la communication , et en quelque sorte par l'épanchement en nos âmes des divines affections de son cœur, que nous devenons les véritables enfants de Dieu.
11 suit de là que le cœur de Jésus n'est pas seulement le principe de notre filiation divine , mais qu'il est encore le modèle que doit se proposer notre piété filiale envers Dieu. Or le cœur de Jésus a eu pour son Père céleste un amour tendre et ardent, dont toute la vie de cet aimable Sauveur n'a été qu'une expression continuelle; diligo Patrem (Joann. xiv. 31 ) ; ce cœur a été dévoré de zèle pour l'honneur et la gloire de son Père; zelus domus tuœ comedit me. (Joann. ii. 17.) Il s'est dévoué, par une soumission constante et généreuse, au parfait accomplissement des volontés de son Père; quœ placita sunt ex, fado semper (Joann. vjii. 29); il s'y est dévoué jusqu'à faire le sacrifice de ce qu'il avait de plus cher au monde. « Pourquoi me cherchiez -vous, dit- il à ses parents alarmés de son absence? ne saviez-vous pas que je dois être tout entier aux intérêts de mon Père? » quid est quod me quœrebâtis f nesciebatis quia in his, quœ Patris mei sunt , oportet
me esse? (Lee. il. 49. ) Sommes-nous donc véritablement les enfants de Dieu, ou bien en avons-nous seulement le nom? Examinons sérieusement notre cœur; rapprochons ses sentiments de ceux de notre incomparable modèle ; demandons à notre cœur si toutes ses affections s’élèvent vers Dieu , s’il n’est pas indifférent dans la pratique pour les intérêts de son Père céleste , si ses pensées, ses plans, ses désirs sont en parfaite harmonie avec le bon vouloir divin. « Ceux-là sont les fils de Dieu, dit l’Apôtre, qui se conduisent d’après son Esprit. » Ah ! l’Esprit de Dieu nous rend-il le consolant témoignage que nous sommes les enfants du Très-Haut , réjouissons-nous dans le Seigneur, et faisons éclater notre allégresse; car, « si nous sommes, dit saint Paul, les enfants de Dieu, nous serons ses héritiers; et si nous sommes les héritiers de Dieu, nous partagerons l’héritage de Jésus-Christ lui-même. » Qu’importe qu’il faille sur ses traces marcher au Calvaire! Qu’importe qu’il faille comme lui souffrir et mourir! Les peines et les souffrances de la vie présente ont-elles quelque proportion avec la gloire du Fils de Dieu, dont nous serons un jour participants ; non sunt condignœ pcissiones hujus tempo ris ad futuram gloriam quœ revelabitur in nobis. (Rom. vin. 18.)
FLEURS SPIRITUELLES
« Le Verbe s’est fait chair, afin que par le Verbe, qui est le Fils et qui vit en nous, nous devenions nous-mêmes les fils de Dieu... Le Fils, en invoquant son Père au dedans de nous, fait que nous pouvons aussi donner à Dieu le nom de père ; et il suit de là que Dieu ne peut être appelé le père de ceux qui ne possèdent pas le Fils dans lèur cœur. »
(S. Athanase, Discours 5 contre les Ariens .)
ISO
« Lorsque la nature accorde un fils unique à un père, celui-ci ne s'avise pas de recourir à l'adoption pour lui donner des frères, mais il concentre en lui tout son amour. Lorsqu'un fils se trouve seul dans une famille, il cherche encore moins à adopter des frères pour les admettre à recueillir une part de l'héritage. Cependant, ô mon Dieu, cette chose inouïe parmi les hommes, vous l'avez faite pour nous ! »
(8. Augustin , de l* Excellence du baptême.)
a Dieu est un bon père qui ne lègue pas à ses enfants des droits à un héritage terrestre, qui ne leur promet ni des maisons de boue, ni des monceaux d'or et d'argent, sonrce d'envie et d'orgueil, mais il leur donne avec son amour, les devoirs de la piété, les préceptes de la justice et sa loi de vérité, qu'il grave, non sur la pierre, sur des membranes, sur le bois ou sur la cire, mais au fond de leur cœur, afin que ses enfants ne se contentant pas d'une contemplation vaine et oisive de ses promesses éternelles , et plaçant toujours sous leurs yeux le testament de leur père, s'occupent de ce qu'ils ont à craindre ou à espérer de lui, et mettent tout leur soin à exécuter ses divines volontés. »
- ( S. Grégoire le Grand, v Ps. Penit. n. 26.)
« Oh! aimez d'un amour de préférence ce frère qui, bien loin de diminuer l'affection que vous portait votre Père céleste, l'a au contraire merveilleusement augmentée dans ses résultats , qui vous fait instituer son cohéritier , qui vous a donné droit d'entrer dans l'héritage paternel, quoique par vos désobéissances vous lui eussiez donné bien des raisons de vous déshériter. » (8, Thomas, Qpusc* 66, c. xm.)
« C est une faveur toute particulière de notre Créateur que nous puissions l'aimer comme des enfants aiment leur père ,