CHAPITRE XXI
De la fol 9 et comment l'aimable cœur de Jésus est le principe et le modèle de cette vertu.
Aspicientes in anctorem fldet et consnm» matorem Jesum. i Hébr. xn. 2.)
Tenant les yeux fixés sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi.
La foi, selon saint Paul, est la substance môme de nos espérances, et la parfaite conviction de ce qui échappe à l’œil de notre faible intelligence; sperandarum substantia rerum, argumentum non apparent ium. (Hebr. xi. 2.) Quoique basée sur la véracité divine , la foi ne laisse pas d’être volontaire et libre, car son objet, caehé comme sous un voile, n’entraîne point par son évidence l’adhésion de l’esprit humain ; aussi le môme apôtre n’hésite-t-il pas à dire que nous croyons par le cœur, c’est-à-dire par la volonté; corde enim creditur *, (Rom. x. 10.) Or, si la foi est si rigoureusement exigée pour le salut , que celui qui refuse de croire , dit saint Jean , est déjà condamné, ce serait une erreur de penser que la foi seule peut nous ouvrir les portes du ciel ; pour être juste aux yeux de Dieu , il faut que notre croyance passe dans nos œuvres, qu’elle les dirige, les vivifie, les surnaturalise , le*
divinise en quelque sorte. Justus autem métis ex fide vivit (ffebr. x. 38) ; « mon juste vit de la foi. » Le juste selon le cœur de Dieu doit donc chercher dans les choses qu'il ne voit pas, mais que la foi lui découvre, la raison et comme le ressort secret de ses pensées , de ses actions et des divers mouvements de son àme. Or, puisque c'est par la volonté et par le cœur que nous croyons , et puisque Jésus-Christ est appelé par l'Apôtre l'auteur de notre foi, auctorem fidei , il suit que notre foi doit prendre sa source dans le cœur de Jésus.
Bien qu'il ne pût y avoir en Jésus-Christ, dans la rigueur des termes ni acte, ni habitude de foi, vu qu'il n'y avait en lui ni ignorance, ni obscurité, cependant, en vertu des lumières infuses dont son âme fut originairement inondée , son cœur adhérait à la vérité et aux promesses des biens futurs qu'il ne possédait pas encore ; son cœur lui donnait l'intime conviction du bonheur qui lui était réservé comme le prix de ses souffrances, de cette félicité sans bornes dont la connaissance eût naturellement échappé à ses sens et à sa raison humaine , mais dont la foi est en même temps la substance et l'argument. C'est en conformant ses actes à cette sorte de croyance, qu’il a passé sa vie dans les travaux, qu'il a prêché la parole de Dieu et souffert la mort la plus cruelle comme la plus ignominieuse. N’est-ce pas ce que nous indique le grand Apôtre, lorsque après avoir nommé Jésus-Christ l'auteur de la foi , il montre comment le divin Sauveur a réglé sa conduite, non d'après les maximes du monde, mais selon les maximes de cette même foi ? « Dans la vue de la joie éternelle qui lui était proposée, dit saint Paul, Jésus, au lieu de la vie tranquille et heureuse dont il pouvait jouir, a souffert la croix, en méprisant la honte attachée à ce Supplice;» proposito sibi gaudio sustinuit crucem , confusions