CHAPITRE XXM
De la charité envers Dieu, et comment l'aimable cœur de Jésus est le principe et le modèle de cette vertu.
Diliges Dominons Deum tums.
X Deut . vi. S.)
Vous aimer» le Seigneur votre Dieu.
La charité est une vertu par laquelle nous aimons Dieu pardessus toute chose , à cause de sa propre excellence. Elle est, suivant Notre-Seigneur , la fin et le but de tous les commandements et de toutes les prophéties; la charité anime et vivifie les autres vertus qui, en dehors de sa féconde influence, resteraient stériles pour notre salut. Quand j’aurais une foi vive à transporter les montagnes, dit T Apôtre, quand je parlerais le langage des anges, je ne suis rien si la charité vient à me manquer. (I. Cor. xm. ) La charité , en nous unissant à Dieu, nous identifie avec lui jusqu'à ne faire, pour ainsi dire, de notre volonté et de la sienne, qu’un seul principe d’action; qui autem adhœret Domino , unus spiritus est. ( I. Cor. vi. 17.) C’est en effet la tendance essentielle de l’amour , de chercher à s’unir à l’objet aimé, et de ne se tenir en repos que lorsqu’il le possède ; l’amour tend donc à nous unir au Seigneur, et à nous identifier, s’il est possible , avec lui; qui autem adhœret Domino 9 unus spiritus est.
Il y a divers degrés dans l’amour de Dieu; de là les divers degrés dans la gloire, ou , pour parler le langage des Écritures, les diverses demeures dans le royaume du ciel. Ces
divers degrés ne diffèrent que par l'intensité, et ils ont cela de commun , qu'ils renferment la préférence de Dieu sur tout autre objet.
Le cœur de Jésus est le plus parfait modèle de l'amour divin. L’amour est basé sur l'estime, et l'estime sur la connaist sauce ; or, le cœur de Jésus puisant dans son union substantielle avec le Verbe une connaissance parfaite des attributs et des excellences de Dieu , dut avoir une estime et un amour proportionnés à cette connaissance. Qui pourrait donc comprendre l'étendue, l'intensité, les ardeurs de son amour pour le Père céleste? Il était si attaché à son objet, qu’il ne faisait qu'un avec lui ; ego et Pater unum sumus. (Jqann. x. 30.) De cette unité parfaite découlait naturellement la conformité, ou plutôt, l'identité d'opération; Pater meus usquemodo operatur , et ego operor. (Joann. v. 17.)
L'amour de ce divin cœur n'était pas un simple amour de sentiment; il était encore effectif, et c'est surtout dans le dévouement et le sacrifice qu'il se manifestait. « Afin que le monde, dit Jésus-Christ, soit témoin de l’amour que je porte à mon Père, et qu'il voie jusqu'à quel dévouement me presse cet amour, levez- vous et allons; ut cognoscat mundus quia diligo Patrem, et sicut mandatum dédit mihi pat erx sic fado : surgite , eamus hinc . (Joann. xiv. 51.) s> Et où va-t-il ce divin amour ?,.. à la passion et à la mort, c'est-à-dire, au sacrifice et à l'immolation de tout lui-même.
Imitons notre divin Maître ; notre coeur est fait pour le même objet que le ?ien; il est aussi insatiable , et Ken seul peut en remplir l'infinie capacité ; mais il est une chose qui éteint en noua les ardeurs de l'amour divin ou qui l'empêche d'etnbraser poa âmes, c'est l'amour des objets terrestre^; accoutumés aux choses de ce monde par un contact continuel