‹ Le cœur solitaireChapitre 11 sur 13 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Entrerai-je, ce soir, Seigneur, dans ta maison, Sans craindre que ma chair, vouée aux œuvres viles, Apporte le relent de luxure des villes A la candeur des jupes d'ombre en oraison ?

Je songe à d'autres jupes d'onibre qui sont douces Pour endormir l'effroi des poètes malades, A des doigts alourdis d'anneaux aux pierres troubles, Troubles comme des yeux menteurs, comme mon âme.

l'inquiétude de dieu i35

Entrerai-Je, ce soir, Seigneur, dans ta maison, Si mon Iialeine tord l'iiumble flamme des cierges, Si ma prière même inquiète les vierges. Eau claire où s'élargit la chute d'un poison?

Je songe à de souples toisons de courtisanes Où les poètes las enfouissent leur songe. Bonnes toisons qui font la nuit sur les visages, Lourdes como'ie l'amour, sourdes comme des tombes.

Que votre main soit rude et juste et me châtie, Seigneur, Seigneur, moi qui voudrais tant vous aimer, Et quand ma bouche se clora d'avoir crié Vos doigts divins la rouvriront avec l'Hostie.

Je songe aux nuits de joie ivres et douloureuses Où ma faim, attablée à des cènes mauvaises, Suçait tenacement de ses vrilles de pieuvre Le ciboire charnel des blanches^sacrilèges.

Je viens vers vous, du fond de mon iniquité, Je viens vers vous, Seigneur, à qui les enfants parlent, De tout mon bon vouloir et de toutes mes larmes, Etre triste avec vous, moi qui vous attristai.

l36 LE CŒUR SOLITAIRE

L'immémorial faix de péchés, le fardeau

De luxure et d'orgueil creuse mes reins qui saignent ;

Aux margelles des puits, nulle Samaritaine

N'a tendu vers ma soif ses paumes pleines d'eau.

Oubliez que je fus des serviteurs indignes; Et dans l'ombre que font les collines, le soir, Celui qui cherche l'âtre et la pierre où s'asseoir Sentira qu'un pardon se couche sur les vignes.

La nuit tombe et m'arrête où dort votre mai.son, Les ramiers se sont tus, mais les fontaines chantent, Fraîcheur obscure, en palpitant pour que j'y trempe Mes mains, l'aridité de ma bouche et mon front.

L'eau froide et pure emportera vers les ténèbres L'arôme fugitif des anciennes caresses, Le souvenir des voix, des regards et des gestes. Et le soufHe laissé par Elle entre mes lèvres.

Faites, Seigneur, miséricorde à ma faiblesse,

A cette toute faiblesse des pauvres âmes

Qui n'ont pleuré que pour la chair tiède des femmes.

Que je souffre, Seigneur, des ronces qui vous blessent.

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