AVEC LE CIEL DORÉ, LE VENT, LA VOIX DES CHÊNES
— Le déclin du soleil, diraient-ils, nous est bon, A nous qui sommes las et nus et solitaires, Et le parfum de mort qui monte de la terre Emeut en nous tes fils amers, ô vieux limon.
Ah ! qu'il fut vain d'aimer, de lutter et de croire ! Le sépulcre sans cesse a faim des belles formes, L'homme efface en riant ses antiques symboles. Et le temps a bouché les clairons de la gloire.
Enfin le soleil meurt dans la cendre nocturne, Le Jour en soupirant défaille aux bras du soir, La vieille année expire, et nous allons pouvoir Nous mêler au sommeil de l'immense nature. —
Et les mortels plaintifs, remâchant leurs soucis. Boiraient la froide nuit aux pages de mon livre : Au bord d'une eau qui roule un ciel lugubre, ainsi Les roseaux jaunissants gémissent sur la rive.
Mais je renonce à t'enfanter, livre infécond Qui courberais encor plus bas le dos des faibles, Car j'ai vu les puissants travailleurs de la glèbe Semer d'un bras qui semble écarter l'horizon,
24 LE CŒUK SOLITAIRE
Et je veux, en dépit de la Mort souveraine, Affirmer qu'il est beau de vivre et d'être fort. D'ailleurs, ce requiem de l'espérance humaine, Octobre pur le chante avec ses feuilles d'or.
22 Février i8q8.
SUR NOS PAS LE PROFOND ENFER s'eST REFERMÉ 2 5
Sur nos pas le profond Enfer s'est refermé.
O compagnonjpensif qui m'enseignes la route,
Moins réprouvés que nous les morts au fond du gouffre
Blasphèment : — Dieu nous hait, mais nous avons aimé.
Sur l'extrême plateau qu'une aube obscure teinte, Nous resserrons nos mains qui vont se désunir, Et nos funèbres cœurs roulent des souvenirs Plaintifs comme le vol des âmes dans les limbes.
Vois s'étoiler le ciel terrestre au carrefour
Où Virgile attristé se sépare du Dante.
Un grand rêve t'arrête au seuil du monde humain,
Tu restes dans la nuit quand Je vais vers le jour : Pour me guider hors des ténèbres du chemin, Elève ton esprit sur moi, comme une lampe.
28 Novembre 1897.
JEVSiÉTT{ES SU\ LqA VIE
A Maurice Magre
Qu'on ouvre la fenêtre au large, qu'on la laisse Large ouverte aux confins du jour évanoui ; La rose'e automnale ondoiera ma tristesse, Comme elle ourle d'argent la margelle des puits. La vie en riche habit de métal agonise ; L'ombre des peupliers est longue sur les berges, Le souffle de septembre extrême, faible brise, Suspend aux tilleuls blonds les cheveux de la Vierge ; L'herbe courte scintille au fil des vols de faux; Les feuilles des rameaux se baisent, là bas l'eau
3o LE CŒUR SOLITAIRE
Chante en mineur de vanne en vanne ; l'on entend Le bruit mat des fléaux qui retombent sur l'aire, Des voix, les pas d'enfants qui font craquer les faînes. Jours d'automne, jours de douceur... la vie est claire, Octobre met l'anneau d'or rouge aux doigts de l'an. Vous qui passez, n'avez-vous pas connu ma peine, La peine que je porte au fond de l'âme ? Elle est Pâle comme un rayon de soleil sur la vigne, Fraîche comme le grès d'une jarre de lait, Et soyeuse comme un duvet de col de cygne. Peine de femme après l'amour, chagrin sans cause D'orphelin qu'à la nuit nulle chanson ne berce, Rose qui plie en rosoyant après l'averse Sous le tulle que les libellules y posent, Ma peine que parfois l'oraison purifie, Hostie e'blouissante au cœur de l'ostensoir, Cette peine est vraiment trop obscure ce soir : Qu'on ouvre la fenêtre au large, sur la vie !
24 Sepr.embre iSq'').
FENÊTRES SUR LA VIE 3l
Ce soir, après la pluie, est doux ; soir de septembre Si doux qu'on en voudrait pleurer, si plein d'abeilles Qu'on fuit tout défaillant la pénombre des chambres. C'est un soir de septembre un peu triste et c'est veille De dimanche et c'est l'heure où ceux de la maison Viennent s'asseoir parmi les roses du perron. C'est un soir de septembre et veille de dimanche ; On se tait ; la maison et les roses sont blanches, L'automne, enlumineur silencieux et lent, Empourpre sur les pans de murs la vigne vierge ;
La brise aux doigts furtifs fait trembler de l'argent
Sur la feuille, paupière agite'e, et sur Therbe ;
Avec l'angelus grave et résigné chemine
Le multiple retour, au lointain, des clarines,
Le foin fleuri des chars oscille sur la route,
Les peupliers d'or clair frissonnent, on écoute
Retomber le marteau sur le contre-heurtoir
Et l'implorant appel des mendiants du soir.
Les fleurs lasses se font plus lourdes sur leurs tiges ;
Une étrange langueur, souffle à souffle, voltige
De l'aïeule, songeuse à cause de la mort,
A la vierge, pensive à cause de l'amour.
Nul ne parle ; la chair s'inquiète ; le jour
Impalpable s'efface et fond comme un accord
Expire... et la nuit monte, hélas ! au cœur des hommes.
A cette heure indécise où rampent les ténèbres,
La prière en secret nous écarte les lèvres.
Comme la source entr'ouvre un sable amer ; nous sommes
Humbles, nous voudrions être pareils, mon Dieu,
A la limpidité de ton firmament bleu.
Et que nos reins, comme la chair des chastes veuves.
N'aient plus pour lit d'amour qu'une tombe où s'étendre.
... Ah ! détourner enfin sa bouche de la femme !
O Seigneur, en ce soir si grave de septembre, Dispense au ciel obscur la manne lumineuse Qui nourrit le sommeil religieux des âmes, Et, devant que ta grâce abaisse nos paupières, Fais neiger sur les cœurs et les maisons de pierre Les étoiles avec l'azur pour qu'on oublie Toute cette tristesse immense de la vie.
II Septembre 1896.
Vieilles femmes des champs, vos âmes sont plus simples Que la brebis qui bêle et l'angelus qui tinte, Et vos yeux, ignorants du rêve, sont naïfs Comme le bleu passé des faïences anciennes.
L'automne est là qui fait les vieilles gens pensifs ; Votre bras tremble à puiser l'eau quotidienne, Car la source qui fuit et murmure à vos pieds Confond votre visage avec les feuilles mortes. La Vierge tend ses tils de la vigneaux rosiers, La lumière du jour est pâle sur les portes.
C'est l'automne, le soir, et vous êtes assises,
En oraison pour vos défunts, contre l'église.
L'enclos silencieux sent la mort, des colombes
Y vieiînent becqueter la terre autour des tombes,
Et le vent sur le mur effeuille encor des roses.
Là, marqués pour la vie éternelle, reposent
Les moissonneurs dorés qui jadis vous aimaient
Dans l'ombre violette et chaude autour des meules.
Quand vos époux, pétris du parfum de la glèbe,
Entre leurs bras vous renversaient, faibles aïeules.
Dans les miroirs voilés de vos larges prunelles
La campagne, le ciel et le soleil tournaient ;
Puis l'amour vous fermait les yeux comme un sommeil.
Et vous voici, ce soir d'automne, dans le vieil
Enclos à réciter lentement le rosaire
Pour les bons laboureurs qui dorment dans la terre.
Le soleil rougeoyant comme une grange en feu
Empourpre vos doigts secs et vos bagues d'épouses,
Et sombre. Le couchant s'obscurcit peu à peu.
Le vent nocturne, plein de soupirs inconnus,
Entre les tertres noirs lisse l'herbe qui bouge,
Et la fraîcheur scintille au front des croix de pierre.
A l'Occident persiste une pâle lumière;
II est tard, tout se tait, la nuit lourde en son flux
Roule un sable lacté sur les bords du ciel bleu. Les aïeules vers leurs foyers vont et se traînent: Et cependant, plus haut que la ténèbre humaine. Leur âme taciturne aspire à la suprême Aube qui les fondra dans le soleil de Dieu.
2 Novembre 1896. — 3 Mars 1898.
Le ciel est pur, l'eau transparente, et l'air du soir Léger comme un baiser fugitif sur ma joue. Le vent dans mes cheveux semble un enfant qui joue, Et je vais, parmi l'herbe encor chaude, m'asseoir En face du limpide et pensif horizon.
Haleine de la nuit qui de'vale, silence, Espace où d'un agile essor l'âme s'élance, Solitude ! A la cloche un chant d'oiseau répond ; Dans les champs où le soir traîne ses voiles bleus Un attelage au pas indolent se balance.
Le soleil met de l'or sur les cornes des bœufs,
Le soleil qui descend au delà des collines
Verse l'adieu de ses rayons mélancoliques
Sur la mouvante mer sans fin des moissons mûres
Dont la houle, semblable au vaste rêve humain,
Roule et se gonfle et meurt et frissonne et murmure
Vers la ligne de ciel qu'elle n'atteint jamais.
Je regarde et mon front retombe dans mes mains
Comme un fruit délicat s'abrite sous ses feuilles.
O silence des soirs d'été, profonde paix
Où, comme en un miroir, l'esprit qui se recueille
Voit flotter l'horizon nocturne du passé.
Nous nous sommes aimés un jour, et ce fut vain
Comme un rosier sur un tombeau. Je me souviens,
J'écoute bourdonner en moi l'amour ancien,
J'ai peur de cette guêpe impossible à chasser.
Cœur lacéré, pareil à l'arbre qui renforce
En vieillissant les noms gravés sur son écorce,
Quand pourrons aimer sans mémoire, en quel lit
Saurai-je enfin trouver le véritable oubli ?
Le soleil sur les blés et les coteaux se couche,
Mais ses rayons mourants me rendront-ils la bouche
Comme eux voluptueuse et large et tiède et rouge
De l'amante avec qui je me suis rêvé dieu ?
FENÊTRES SUR LA VIE Sq
Les épis lourds du pain futur me rendront- ils
L'ample maturité de son pelage d'or ?
Les coteaux dessinés sur l'azur par un fil
N'ont pas l'inflexion légère de son corps,
Et les parfums qu'en sommeillant la terre exhale
Ne sont pas doux à respirer comme son âme.
Un éclair de chaleur fouille le crépuscule : Ainsi le souvenir me déchire et me brûle.
Dans ces soirs de splendeur pacifique où l'on souffre A sentir sa bassesse et sa pauvreté d'homme, Où l'esprit aveuglé de lumière tâtonne.
Où le cœur enivré d'azur et d'air étouffe, On a des mots d'enfant qui pleurent et supplient Vers ce vaste univers qu'on voudrait croire Dieu. Ah ! dit-on, remplir l'orbe immense de la vie, Ouvrir comme l'étoile un jour surd'autres cieux, Porter comme le roc l'or^ le fer et le feu. Tressaillir au printemps nouveau, pousser des feuilles, Etre la brume, l'eau du puits, le fruit qu'on cueille, Vivre enfin sans se voir vivre! Puissante mère, Prends-moi, terre des morts, terre des blés, ô terre,
Mêle mon corps vivant à ta grande poussière !
Mais la Nature avec orgueil poursuit son rêve :
Elle n'alliera pas notre sang à ses sèves.
Le jeune avril, le bel e'té, le vieil automne
Dansent leur ronde autour du linceul de l'hiver
Sans savoir qu'ils font naître, aimer et souffrir Thomme.
Dans sa joie égoïste et pleine l'univers
Reste sourd au désir fraternel de la chair,
L'âme contre le noir grillage qui l'enferme
S'élance, oiseau captif, et se brise les ailes:
Nous ne connaîtrons rien delà Mère éternelle.
Et nous aurons un mal secret de la voir belle,
D'épier vainement l'obscur travail des germes
Dont la sourde harmonie échappe à nos oreilles.
Nous ne mûrirons pas dans les grappes des treilles,
Ni dans le fruit, ni dans le blé, ni dans la pierre,
L'eau nous refusera son sourire, le chêne
Ne nous livrera pas la nymphe qu'il enchaîne,
Et si nous prions trop le soleil, sa lumière
Calcinera nos yeux à travers nos paupières.
La Nature, d'un geste ennuyé de marâtre,
Ecarte notre soif de ses larges mamelles. Elle va; notre amour, nos rêves et nos peines Etendus à ses pieds craquent comme les faînes Eclatent sous les pas indifférents du pâtre.
Et pourtant, sous le ciel des soirs d'été sans fin,
Encor, toujours, jusqu'à la nuit où le Destin
Voudra fermer les yeux à Thumanité lasse,
D''autres viendront, pareils à moi dans leur chair veuve,
Le cœur amer d'un vieil amour resté vivace,
Voir, parmi les clameurs des corbeaux dans l'espace,
Le soleil se coucher sur des moissons heureuses.
Charme indéfinissable et fin, le soir d'été
Se glisse, souffles, fleurs et voix, par les fenêtres ;
Comme sa paix se pose en baume sur les lèvres,
Comme son calme apprend aux âmes la bonté !
Il est profond, il est limpide, son azur
Enseigne que, miroir du ciel, le cœur soit pur;
Il est le visiteur invisible qui passe,
Se penche, et dont les doigts de douceur entrelacent,
Tels qu'aux roses des murs les grappes de glycines,
Notre sourire humain à nos douleurs divines.
Il parle, il nous remplit de tendresses confuses,
Pour rien, pour la chanson d'un pauvre qui s'éloigne,
Ou pour une fumée au ciel, pour une voile
Sur la mer. Le soir seul est notre hôte, on refuse
D'ouvrir aux Passions qui frappent à la porte;
L'âme qui laisse au loin s'affaiblir leurs voix fortes
Rayonne un chaste éclat d'étoile solitaire,
Et devant la muette ivresse de la terre,
Devant le Dieu caché qui déborde la vie,
On pleure, on s'agenouille, on joint les mains, on prie.
Souffles, voix... On croyait écouter Dieu qui parle. Quand le seul vieil instinct charnel, hélas ! chuchote. Le soir est plein de bras ouverts, de lèvres chaudes, D'yeux trop grands qu'on voudrait fermer avec des larmes. Des murmures venus du fond de l'ombre appellent,... Le jardin défaillant cède à l'universelle Volupté qui ravit les sphères dans leurs orbes, La brise en effeuillant des roses fuit, agite La treille; l'air bleuit, les rossignols accordent Le fébrile cristal de leurs flûtes magiques; L'herbe ondule au vent, l'eau bruit, et de la cime Aux branches basses, l'arbre éperdu balbutie Des mots que le désir secret de l'homme achève.
L'heure est comme une vierge avant les noces; puis
La dernière clarté remonte au ciel: la nuit
Frissonnante descend sur le jardin qui rêve,
Se pose, assoupit l'herbe et l'eau ; l'arbre s'apaise,
Et désormais, parmi l'immobile feuillage,
Le cœur ivre et gonflé reste seul inquiet.
Hélas! aimer, aimer encore, aimer toujours...
On lutte à peine, et sur l'appel de la chair lâche,
Sincèrement, comme on pleurait, comme on priait,
On reprend la chanson impure de l'amour.
Fièvre du sang qui va créer, mélancolie
De l'âme qui se sent mortelle et se délie
Et se fond dans un lourd sanglot de volupté !
Vers l'immense tristesse et l'immense bonté,
Vers la femme, fruit d'or où brûle tout l'été,
On tend ses mains enfin plus simplement humaines,
Et la nuit bienheureuse alors, paisible et pâle,
Emportant la terrestre idylle sous son aile.
Autour de ses tremblants enclos d'étoiles mène
Le chœur mystérieux des heures nuptiales.
4 Juin 1897.
XY
Au seuil de sa prison charnelle l'âme écoute
Venir le soir comme un messager ange'lique
Qui vers elle chemine et l'enveloppe toute
De parfums, de tendresse et d'ombre, et de musique.
L'âme attentive au pas du visiteur nocturne, A dépouillé les vains désirs comme des feuilles, Et, docile au semeur divin, elle recueille La cendre et le sommeil qu'il puise dans son urne.
Le soir silencieux souffle à souffle s'écoule.
Son amoureux émoi ferme les jeunes roses
Et berce, d'un baiser furtif qu'à peine il pose,
La langueur des ramiers qui longuement roucoulent.
Le soir mêle les voix claires aux robes blanches, Il fait rire d'échos en échos les collines. Le soir d'or se suspend à l'âme qu'il incline Comme le fruit trop lourd fait se ployer la branche,
Il attriste l'adieu du soleil sur les tuiles, Et sa grave rumeur recueille au bord des routes La limpide chanson qui tinte, goutte à goutte, Des lèvres sur la chair et de l'eau sur l'argile.
Le soir souple s'enroule au rouet des servantes, Et l'aïeule aux cheveux d'hiver, aux mains d'automne, Emplit sa cruche au puits d'argent clair qui frissonne Et sa prunelle obscure aux étoiles naissantes.
. . . O soir d'amour, soir de bonté, qui pacifies Les visages amers et durs des misérables. Soir divin dont le simple angélus ineffable Terrasse les genoux d'orgueil devant la vie,
Arrête la clarté de tes mondes en marche Sur le front des porteurs de lyres et des sages Dont les rêves profonds s'ouvrent comme des arches Au-dessus du funèbre et sourd fleuve des âges
Où notre nef d'exil s'engouffre à toutes voiles, Tandis que Dieu, pensif, d'un invisible geste, Versera pour leur soif dans la cuve céleste Les fruits de 1 ame humaine et des grappes d'étoiles.
Mai li
Le soir léger avec sa brume claire et bleue Meurt comme un mot d'amour aux lèvres de Te'té, Comme l'humide et chaud sourire heureux des veuves Qui rêvent dans leur chair d'anciennes voluptés. La ville, pacifique et lointaine, s'est tue; Dans le jardin pensif où le silence éclôt Chantent encor, discrètement, des fraîcheurs d'eau Qu'éparpille, affaibli, le vent tiède et nocturne ; Des jupes font un bruit de feuilles sur le sable, Les guêpes sur le mur bourdonnent à voix basse,
Des roses que les doigts songeurs ont effeuille'es Répandent leur énamourante âme de miel ; Une aube étrange et pâle erre aux confins du ciel Et mêle en un profond charme immatériel De la lumière en fuite à de Tombre étoilée.
Que me font les soleils à venir, que me font L'amour et l'or et la jeunesse et le génie !... Laissez-moi m'endormir d'un doux sommeil, d'un long Sommeil, avec des mains de femme sur mon front : Ah ! fermez la fenêtre ouverte sur la vie !
c^ j\zAuxcis jz^mmEs
O Jammes, ta maison ressemble à ton visage.
Une barbe de lierre y grimpe, un pin l'ombrage,
Eternellement jeune et dru comme ton cœur
Malgré le vent et les hivers et la douleur.
Le mur bas de ta cour est doré par la mousse,
La maison n'a qu'un humble étage, l'herbe pousse
Dans le jardin autour du puits et du laurier.
Quand j'entendis, comme un oiseau mourant, crier
Ta grille, un tiède émoi me fit défaillir l'âme.
Je m'en venais vers toi depuis longtemps, ô Jammes,
Et je t'ai trouvé tel que je t'avais rêvé.
J'ai vu tes chiens joueurs languir sur le pavé,
Et, sous ton chapeau blanc et noir comme une pie,
Tes yeux francs me sourire avec mélancolie.
Ta fenêtre pensive ouvre sur Thorizon ;
Voici tes pipes, ta vitrine qui reflète
La campagne parmi les livres des poètes.
Ami, puisqu'ils sont nés, les livres vieilliront, Où nous avons pleuré d'autres hommes riront : Mais que nul de nous deux, malgré l'âge, n'oublie Le jour où fortement nos mains se sont unies. Jour égal en douceur à l'arrière-saison; Nous écoutions chanter les mésanges des haies, Les cloches bourdonnaient, les voitures passaient,., Ce fut un triste et long dimanche des Rameaux: Toi, brisé sur l'amour comme un roseau sur l'eau Qui tremble et sous le flot secrètement sanglote, Moi, frémissant, avide à mourir du départ Sur la mer où tournoient les barques sans pilotes. Nous écoutions tinter les sonnailles des chars, Pareillement émus de diverses pensées, Et le ciel gris pesait sur nos âmes blessées. Reviendrai-je dormir dans ta chambre d'enfant.